PROSES : Rambour-le-Grand

 

Jean-Louis Rambour, poète, vit dans le Santerre. Son dernier livre, le mémo d'Amiens, est une belle réussite.

Jean-Louis Rambour, poète, vit dans le Santerre. Son dernier livre, le mémo d’Amiens, est une belle réussite.

Quatre-vingt-dix portraits ; quatre-vingt-dix vies. Et comme Jean-Louis Rambour est un vrai poète, sensible, émouvant, écorché, blessé certainement, sincère à coup sûr, on se régale. Son petit livre intitulé Le mémo d’Amiens est un délice de subtilité littéraire et poétique. Il parle des gens de peu, de ceux dont on ne présente pas dans les bouquins. De ceux qui, un jour, il a croisés. Il les décrit comme on photographie les filles et les hommes dans les romans-photos. Sans afféterie ni ponctuation. C’est original, remarquablement écrit, bien ficelé. On s’attache à ces personnages, à ces Amiénois inconnus qu’il croque en quelques phrases rapides, fraîches, torrentielles pour ces personnes habituées à caresser du regard un fleuve relativement calme : la Somme. Il y a là André « épouse le fauteuil d’osier suite à un AVC » ; Pierre le Belge « comme un nom de gangster/Le plus gentil des hommes toujours lisant/ Son crayon à mine posé sur l’oreille ». Tout ça se passe à Amiens. Jean-Louis avait parlé de ce livre à son ami Pierre Garnier. Il est sûr que Pierre l’eût aimé. Rambour est un poète, un vrai, un sombre (parfois), un taiseux (souvent), sensible à la souffrance des autres. C’est un grand. Rambour-le-Grand ; ça sonne comme le nom d’une commune du Santerre où il réside et qu’il aime tant. Lisez-le sans tarder.

PHILIPPE LACOCHE

Le mémo d’Amiens, Jean-Louis Rambour ; éditions Henry (à Montreuil-sur-Mer) ; 95 p. ; 8 €.