L’enfer selon Jérôme Leroy

 

L’excellent écrivain sort un recueil d’une cinquantaine de nouvelles aussi courtes que percutantes. Moments d’horreur pure d’une société gangrenée par le pognon.

Jérôme Leroy, écrivain. 2010.

Jérôme Leroy est un écrivain très séduisant car il n’entre pas dans le moule formaté de la pensée unique. C’est un hussard de gauche, «un hussard rouge», comme dirait Patrick Besson, capable de tout autant apprécier Michel Déon, Jacques Laurent, Kléber Haedens que Roger Vailland ou Frédéric H.Fajardie. Longtemps professeur de lettres dans des collèges de quartiers difficiles du Nord de la France, Jérôme Leroy se consacre aujourd’hui pleinement à la littérature. On est en droit de l’en féliciter. C’est pour notre plus grand plaisir. De ses expériences passées, il a su s’inspirer et tirer quelques leçons. Cette société ultra-libérale ne tourne pas rond. Et, selon lui, ce n’est pas avec une sociale démocratie à fesses molles qu’on parviendra à faire bouger les choses. Pour résumer – et il ne s’en cache pas – Leroy est un marxiste pur et dur. Un communiste à l’ancienne, mais aussi un nostalgique du monde d’avant. Quand les états avaient encore des choses à dire, qu’ils avaient encore du pouvoir et que notre beau monde n’était pas gangrené par le consumérisme, les multinationales et l’individualisme. Et quand l’Europe était encore une belle idée pensée par de courageux résistants qui songeaient à la fraternité, et pas cette jungle des marchés surveillés par les miradors du mark. Têtu, Leroy enfonce le clou au fil de ses excellents livres (romans, nouvelles, poèmes, essais, anthologies, etc.).Il ne faut passer à côté de l’un de ses meilleurs romans, le fascinant Le Bloc, paru en 2011, en Série noire (prix Michel-Lebrun 2012). Ces idées, on les retrouve bien sûr dans le présent recueil d’une cinquantaine de très courtes nouvelles, sobrement intitulé Dernières nouvelles de l’enfer. Des textes uppercut, vifs, taillés dans la pierre brute de la révolte. Il puise également son inspiration dans la littérature de genres; son livre est peuplé de psychopathes, fantômes, vampires, zombies. On est souvent dans la science fiction mais aussi dans le fantastique, l’épouvante. Et même l’horreur. Exemple dans l’excellente nouvelle «Utilité publique», sous-titrée «Aux anthropophages qui sont l’avenir de l’homme», un boucher est embauché pour travailler sur… la chair humaine. C’est affreux! On se croirait dans une pièce de Copi. Et ça marche. On est pris dans le tourbillon. C’est ça, l’effet Leroy. Un grand écrivain.

PHILIPPE LACOCHE

«Dernières nouvelles de l’enfer», Jérôme Leroy. 283 p.; l’Archipel.17,95 euros.