Suis-je un néocon ou un néo coco ?

Dans son numéro du jeudi 28 novembre dernier, Le Point consacre un passionnant dossier intitulé Les Néocons, entendez les « Nouveaux conservateurs à la française ». A la une du magazine, il est expliqué que ceux-ci « détestent l’Europe, le libéralisme et la mondialisation », qu’ils sont adeptes du « triomphe de l’idéologie du repli » et que leurs réseaux se déploient tant à gauche qu’à droite. Et Le Point de citer quelques-uns de ces spécimens rares : Patrick Buisson (quelle horreur!), Jean-Pierre Chevènement (mon chouchou; j’aime beaucoup), Henri Gaino (pas mal !), Marine Le Pen (quel horreur! quel malheur!), Arnaud Montebourg (pas mal du tout; adorable en marinière à la Brian Jones), Natacha Polony (mignonne; ex-chevènementiste; le poivre des émissions de Ruquier), Eric Zemmour (abusivement haï; respecté par son complice Eric Naulleau qui, lui, est un gage de qualité puisqu’il aime Graham Parker et la bonne vraie littérature). Je me suis penché attentivement sur le dossier : suis-je un nécon, lectrice, mon amour? Etre rangé au côté de Marine Le Pen et de Patrick Buisson me dégoûte, de Chevènement m’honore, de Montenbourg m’amuse, de Gaino m’intrigue, de Zemmour ne me déplaît point, de Natacha Polony m’excite. Suis-je un néocon, lectrice, ma cambrure? Avant de devenir un vieux con, être un néocon me console. Je me sens proche par certains côtés, oui. J’ai toujours combattu l’Europe des marchés. J’adore mon pays. Les douaniers ne m’ont jamais dérangé même quand, en 1974, ils m’ont gaulé à la frontière belge alors que je tentais de passer en fraude ma Gibson Lespaul Deluxe, achetée discrètement près de la gare du Midi, à Bruxelles. J’aime l’Europe fraternelle, celle dont eussent pu rêver Voltaire et Diderot. J’aime l’Etat. Fils de cheminot, j’adore les nationalisations. La sociale démocratie libérale et festive, communicante, celle des anciens gauchos, néo bobos, me gave sérieux. En fait, je crois que je suis un néo coco, lectrice bientôt mondialisée.

Dimanche 8 décembre 2013