Emmanuel Bove et Johnny Thunders me poursuivent

       

Laurent (à gauche) et Pierrot Margerin, au Relais du Campus, à Amiens.

Laurent (à gauche) et Pierrot Margerin, au Relais du Campus, à Amiens.

     Je suis allé voir Laurent Margerin en concert, au Bar du Campus où je n’étais pas allé au moins depuis six ans. L’endroit n’a pas changé ; Laurent non plus. Moi, si. C’est regrettable. J’avais plus de cheveux, moins de poches sous les yeux, moins de rides. La vieillesse est un naufrage. Laurent, équipé de sa guitare, a interprété ses belles chansons, douces balades, d’autres plus rock. Les textes sont bien écrits, nuancés. Jamais démagogiques. C’est agréable d’écouter un concert de Laurent Margerin. Peu de temps avant la fermeture, son frère Pierrot Margerin, lui aussi artiste émérite et joyeux drille, est venu le saluer, en compagnie de son batteur, le précis et talentueux Benjamin Nail. Je n’ai pas résisté au plaisir de prendre les deux frères en photo. Dans dix ans, si Dieu ou Marx me prêtent vie, je regarderai cette photographie et me rappellerai de ce moment. De mon départ dans la nuit humide, picarde, bovienne, sous les arbres maigrelets du boulevard de Chateaudun à Amiens. Bove, parlons-en. Je suis allé à Paris pour assister à la projection en avant-première de La prochaine fois je viserai le cœur, film remarquable de Cédric Anger, avec Guillaume Canet et Ana Girardot. L’œuvre s’inspire de l’affaire du gendarme Alain Lamare, gendarme de 22 ans, au PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) de Chantilly qui, entre 1978 et 1979, va tuer une jeune fille et en blesser d’autres. Jeune journaliste à l’Agence France Presse dans l’Oise, Yvan Stefanovitch enquête sur l’affaire et en tirera un livre très réussi Un assassin au-dessus de tout soupçon, chez Balland, en 1985. Ce dernier – que J’ai lu vient de rééditer – a servi de base au film La prochaine fois je viserai le cœur. Cédric Anger a donné le nom de Franck Neuhart, au personnage de Lamare joué par Canet. Neuhart : mon sang de lecteur n’a fait qu’un tour. J’ai tout de suite pensé au roman, L’Amour de Pierre Neuhart,  d’Emmanuel Bove. « Bove ? C’est mon écrivain préféré ! » m’a répondu tout de go Anger. Et quand, dans le film, une chanson de Johnny Thunders (chanteur des Heartbreakers, mon groupe préféré de la fin des seventies), s’échappe de l’autoradio de la voiture volée par Lamare, il me confie aussi qu’il adore ce combo et Thunders tout particulièrement. Que de coïncidences ! L’après-midi, je suis allé rendre visite à mon éditeur Emmanuel Bluteau – qui publiera, sous peu, un recueil des chroniques Les Dessous chics que tu dévores tous les dimanches, lectrice adulée – au Raincy, dans l’Est parisien, je me suis dit que Bove eût pu habiter dans cette ville faite de maison en meulière, avec des jardinets proprets. Une atmosphère un peu grise, à la tristesse acidulée. Comme la mélancolie de Pierre Neuhart et celle de Thunders.

                                             Dimanche 2 novembre 2014