Deux films sublimes

     

Jacques Béal et une partie de sa garde rapprochée, à la Brasserie L'Horloge, à Amiens.

Jacques Béal et une partie de sa garde rapprochée, à la Brasserie L’Horloge, à Amiens.

L’Horloge est une nouvelle brasserie installée en plein centre d’Amiens. On y boit un Sauternes succulent. Pas étonnant donc que Jacques Béal eût choisi cet endroit pour y dédicacer et présenter son dernier roman, La Griffue (éditions Presse de la Cité). Je suis plongée dans sa lecture et, je dois le reconnaître lectrice adorée, je me régale. L’histoire, l’éditeur la résume ainsi : « Entre 1832 et 1848, une plongée romanesque dans l’univers des derniers chasse-marée, entre Paris et Boulogne-sur-Mer, sur les pas d’une jeune femme volontaire surnommée « la Griffue », qui devra puiser dans les secrets de sa famille pour comprendre la disparition étrange du père tant aimé. »  A l’Horloge, toute la garde rapprochée de l’écrivain était là : Pascal Pouillot (qui tient à préciser qu’il ne boit jamais de Picon-bière – contrairement à ce que pouvait laisser penser l’une de mes précédentes chroniques –  mais préfère, avec modération, le vin), Jean-Jacques Blangy, Lucien Fontaine, Jean-Louis Crimon, Jean-Bernard Grubis (directeur de l’excellent et très beau magazine L’Audacieux) et quelques fort jolies dames. Nous avons bien ri, et avons fini par nous mettre à table. Agréable moment. Je mène, parfois, une vie épatante, surtout quand un film m’emporte. Cela est arrivé récemment deux fois au Gaumont d’Amiens. Deux films sublimes, exceptionnels, d’une puissance émotionnelle rare. Le premier Le Goût des merveilles est l’oeuvre d’Eric Besnard avec Virginie Efira (Louise), Benjamin Lavemhe (Pierre) et deux talentueux enfants-comédiens (Lucie Fadeget dans le rôle d’Emma, et Léo Lorléac’h dans celui  de Felix). L’histoire se passe dans la Drôme ? Louise élève seule ses deux enfants et tente tout pour faire tourner l’exploitation crée par son défunt mari. Un soir, au volant de sa voiture, elle percute un homme, Pierre, au comportement étrange. En fait, il est atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Ce film est bouleversant d’un bout à l’autre ; il oscille entre gravité et humour et distille une justesse de ton rare. La différence et la maladie mentale sont traitées par Eric Besnard avec délicatesse et finesse. Autre film bouleversant : La Vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric et Valeria Golino. Monsieur Sim (Bacri) n’est pas un chanceux ; pas un gagnant non plus. Sa femme l’a quitté ; il a perdu son travail. Son père, qui vit en Italie, ne lui témoigne qu’une lointaine froideur. Se présente à lui un emploi inattendu : vendre des brosses à dents censées révolutionner l’hygiène bucco-dentaire. Cela va lui permettre de travers la France. Ca part sur l’humour, puis l’étrange monte d’un cran, la mélancolie aussi. Et ça devient subtil, très fort, quand Sim apprend le secret de son père, le pourquoi de cette froideur. Grâce à cette révélation, il finir par en apprendre beaucoup sur lui-même. Bacri et Amalric sont géniaux. J’ai adoré. Cours voir ces deux films, lectrice, ma fée. Et, au fait, bonne année ! Où avais-je la tête ? (Au cinéma, of course.)

Dimanche 3 janvier 2016