L’élégante mélancolie de François Long

  Cet album, magnifique et poignant, de François Long, n‘est pas né par hasard. Il est né d’une nécessité après la souffrance générée par la perte d’êtres chers. Explications.

Ce disque est poignant d’un bout à l’autre. Il est beau, apaisé, sans colère, sans rage, mais terriblement mélancolique. D’une mélancolie poignante comme celles de quelques grands artistes :  Nick Drake, Alan Wilson (de Canned Heat), Neil Young. François est un élément fort de l’excellent groupe les Rabeats ; il n’est pas que cela. Derrière la basse Höfner de McCartney, se cache un poète, un artiste qui cherche, qui lance des poignées d’étoiles de larmes dans la nuit à la recherche d’un père et d’une mère qu’il vient de perdre. Et à qui il aurait voulu dire encore plus : « Je vous aime. » Explications.

Comment est né cet album ? Où, quand et avec qui a-t-il été enregistré ?

La perte d’êtres chers m’a incité à écrire de nouveaux morceaux. Light Years From Home devait être un EP de trois ou quatre titres. Et, au final, il y en a sept dont un titre composé initialement pour l’album précédent, titre qui sera la toute première collaboration avec Elise Marianne dont le talent d’écriture et la voix aura permis de le sauver !  Elise participera à l’élaboration de trois autres titres. Sur cet album, on retrouve mes fidèles amis Flamm et Simon Postel aux batteries sur trois titres. Je me suis chargé du reste, voix, guitares, basses, claviers, programmations et mixage. Maxence Collart et Bérenger Nail ont masterisé le tout. Et comme pour le premier album, j’ai demandé à mon photographe préféré, Lwood de me faire la photo de la pochette.

« Je ne lui avais jamais dit « je t’aime »… » François Long

Expliquez-nous le titre Light years from home ? C’est un titre très stonien pour le fan de Beatles que vous êtes.

2000 light years from home! J’adore ce titre des Stones. Une facette pas super connue de ce groupe. Avec l’album Their Satanic Majesties Request, les Stones sortent leur Sgt Peppers. Il n’y a qu’un pas entre les Beatles et les Stones. Et en fin de compte, je ne suis pas beaucoup plus Beatles que Stones, je suis plutôt les deux ! À des années lumières d’ici, donc. Une façon d’illustrer l’éloignement définitif de personnes que j’aime plus que tout.

Il recèle une couleur assez sombre. Pourquoi ?

Initialement, je travaillais sur une suite à The Seven Others. Mais de récents événements m’ont inspiré bien autre chose. Le décès de mon père m’a profondément affecté… Une douleur terrible. Un vide. Puis, David Bowie est parti. Un autre vide, artistique celui-là. Il nous manque terriblement. Quelques mois plus tard, Maman est décédée. Une période difficile depuis mai 2015…

Est-ce que ce côté sombre peut s’expliquer par la poignante chanson «

La pochette du disque de François Long. Superbe photo.

», destinée à votre père défunt ?

Avec tous ces tristes événements, ce nouvel album ne pouvait pas être joyeux. J’ai d’abord écrit « The Damage is Done », que l’on peut traduire par « le mal est fait », chanson dédiée à ma mère pour qui la maladie d’Alzheimer a fait qu’elle ne s’est pas même rendue compte que Papa était parti… J’ai écrit « The Man I Love » pour mon père, me rendant compte que je ne lui avais jamais dit « je t’aime ». Ça ne se faisait pas, sûrement… Faites-le, ça ne coûte rien. C’est juste de l’amour et on en a tous besoin…

A quels artistes, chanteurs et groupes avez-vous pensé en composant ce disque ?

David Bowie, sans aucun doute. Il est pour moi l’artiste avec un grand « A ». L’artiste pluriel qui a poussé l’art, que ce soit la musique, l’écriture, la mode, l’esthétique, tout, simplement plus loin. Il expérimentait, repoussait sans cesse les limites. Un pionnier, un découvreur de talents, un guide.

Sly d’un côté ; vous de l’autres. Est-ce à dire que le groupe les Rabeats inspire ses membres et les conduise vers des albums solo ?

Je ne pense pas qu’il y est de liens directs entre nos projets solo et les Rabeats. Nous faisons notre truc, chacun dans notre coin. C’est simplement par envie, voire une nécessité légitime, d’exposer ce qu’on a en tête à un moment donné.

Quels sont vos projets ?

Je travaille sur un troisième projet, voire même un quatrième. Et simultanément, je mets tout en œuvre pour que je puisse jouer mes titres en concert, seul en acoustique ou accompagné pour une formule plus proche des albums.

                                                                   Propos recueillis par

                                                                   PHILIPPE LACOCHE

Light Years From Home, François Long. CD sept titres. (www.francoislong.fr/infolightyearsfromhome)

 

Mes coups de coeur

Des anges pour Delpech

Belle idée: demander à dix chanteurs (Marc Lavoine, Vianney, Calogero, Louane, Slimane, Alain Chamfort, Lilian Renaud, Patxi, Didier Barbelivien, Pascal Obispo) de reprendre, d’interpréter, d’adapter dix chansons du regretté Michel Delpech. «Les Divorcés», par Marc Lavoine, est poignant. Vianney s’approprie magnifiquement «Quand j’étais chanteur»; Calogerorestitue avec délicatesse la puissance poétique (André Hardellet qui se fût intéressé aux classes moyennes, aux petits techniciens commerciaux) de l’émouvante chanson «Ce lundi-là». Slimane fait michel-delpech-1vibrer la si mélancolique «Chez Laurette», tandis que le talentueux Patxi donne le meilleur de «Pour un flirt» grâce à sa belle voix acidulée. L’incontournable Didier Barbevilien (massacré par quelques critiques de la bien pensance parce qu’il avait osé rester fidèle à Sarkozy; il a le droit, non? C’est beau la fidélité) exhume la moins connue «Les aveux». Et ça finit en beauté avec «Tu me fais planer», porté par le professionnalisme élégant de Pascal Obispo. Charmant. PHILIPPE LACOCHE

J’étais un ange, Tribute à Michel Delpech. Universal.

 

Julien et l’esperluette

On a beau dire, il se passe quelque chose dans cet alum de Julien Doré. La première chanson «Porto-Vecchio», souple, longue liane, vous bondit aux oreilles. Basse ronronnante, orgue à l’ancienne. Et la voix voilée du Julien qui fait le reste. La différence. Sans oublier ce beau texte. «Coco Caline», on dirait du Chamfort; c’est un compliment. «Sublime & Silence»: facile, may be, mais cette chanson est quasiment sublime. Orgue encore, doux comme dans une chanson de Kevin Ayers; vieux synthé qui rappelle ceux des clubs du début des années 80, du côté de Saint-Quentin (Aisne) quand les filles sentaient le savon Rexona. Et puis, il y a «Le lac» qui passe beaucoup en radios; c’est mérité. Un excellent disque. Ph.L.

&, Julien Doré. Sony Music.

 

Mes coups de coeur

L'Amiénois Albin de la Simone est présent sur la compilation Saravah.

L’Amiénois Albin de la Simone est présent sur la compilation Saravah.

Il faut le Fair

Fair est une belle initiative. Les lauréats se voient attribuer une bourse de 7000 €, un soutien en communication, une aide à la diffusion en France et à l’international, des formations professionnelles et artistiques, un conseil en management et un soutien juridique. Un groupe le reconnaissait en ces termes: «Le Fair est une fin, la fin de votre enfance musicale. Le Fair est un début, le début de votre vie de musicien.» La sélection 2017 regroupe, selon les organisateurs «tout ce qui se fait de mieux en France en ce moment en termes d’électro, de hip-hop, de chanson, de rock et de pop». Difficile de ne pas tomber sous le charme du rock acidulé et garage de Johnny Mafia (de Sens), ou des atmosphères avant-gardistes de Las Aves (de Toulouse; ah, ce cri superbe du début de morceau!), ou des succulentes mélodies psychédéliques de Marietta (entre Syd Barett et les géniaux Kinks des débuts), ou la pop scintillante et superbe de 0 (de Paris), ou celle, plus sucrée, de Requin Chagrin (de Paris et Ramatuelle) et son superbe riff de guitare. Ce disque est un must.

PHILIPPE LACOCHE

Fair 2017-Ricard SA Live Music.

 

Saravah a 50 ans

Fondé en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est l’un des plus anciens labels indépendants de musique en France. Mais il s’agit surtout d’une aventure humaine, tissée de rencontres artistiques, de coups de cœur. Tournant le dos à la rentabilité à tout prix, ce label est pourtant parvenu à durer puisqu’il fête aujourd’hui ses 50 ans. À cette occasion, un concert sera organisé le dimanche 20 novembre, au Trianon, à Paris. Sort également le présent disque qui réunit de nombreux artistes parmi lesquels Bertrand Belin (qui reprend «La bicyclette»), Albin de la Simone «(Cet enfant que je t’avais fait», en duo avec Kahimi Karie), Camélia Jordana, («Ode to Maffen»), Yolande Moreau et François Morel («C’est normal»), Bastien Lallemant «(Le goudron»), Olivia Ruiz («Le kabaret de la dernière chance»), etc. Le dessin de la pochette est signé Charles Berberian. Ph.L.

Les 50 ans de Saravah, Saravah-Socadisc.

 

 

Sly, des Rabeats, l’homme qui voulait parler Beatles

 Le chanteur-guitariste des Rabeats sort un remarquable album solo. Du travail d’orfèvre, des mélodies sublimes. Carrément magnifique !

    Quel est le titre de

Sly, des Rabeats.

Sly, des Rabeats.

cet album ?

Sly : San Fairy Ann.

    Pourquoi ce titre ?

Un de mes meilleurs amis, qui est londonien, que j’ai connu quand j’étais à Londres, un jour, nous étions au téléphone et on s’amusait se donner des expressions de nos langues mais dans l’autre langue. Je lui ai demandé de m’envoyer la liste de toutes les expressions françaises que les Anglais tous les jours. Il commence à me dire : « A la mode », « Femme fatale », « Je ne sais quoi », etc. et un moment il me dit « San fairy Ann »… Je lui réponds que ce n’est pas français. Je lui demande comme il écrit ça : il me répond : « San fairy ann »… Je lui dis : « Non, Paul, ça ce n’est pas français. Qu’est-ce que ça veut dire ? » Il me répond : « It doesn’ matter… avec son accent british. » En fait, il voulait : « Ca ne fait rien. » « San fairy ann », ça veut dire « Ca ne fait rien » ; les Anglais l’utilisent aussi. C’est un peu désuet. Ca date de la première guerre mondiale. Les soldats britanniques qui sont arrivés sur le sol français, on anglicisé plein d’expressions pour mieux comprendre ce qu’ils lisaient. J’ai trouvé ça magnifique. Moi, le Frenchy qui chante en anglais, fan d’Angleterre, je me suis dit qu’il y avait un lien direct puisque c’est un mot qui nous est revenu mais réécrit en anglais. A noter que ce disque est dédié à Hubert Mounier, le chanteur de l’Affaire Louis Trio avec qui j’ai fait ses deux derniers albums.

Vous disiez que vous aviez vécu à Londres. C’était quand et combien de temps y êtes-vous resté ?

Dans les années 90. J’y suis resté un an sans revenir. Depuis, j’y vais revoir mes amis. Là-bas, j’étais prof de français et je faisais également de la musique. Et quand je suis revenu, j’avais la ferme intention de devenir musicien. J’étais aussi parti en Angleterre avec l’intention de parler Beatles. C’était juste avant les Rabeats.

Quels sont les titres chansons ?

Il y a quinze plages et quatorze chansons. Le premier morceau s’appelle « Once upon a time ». « Il était une fois » ; c’est une petite intro qui amène sur la deuxième chanson qui s’appelle « When I was Superman ». Car j’ai été Superman mais c’est fini. L’idée, c’est que quand on est gamin, on est le roi du monde. Et puis, plus on avance, plus on s’aperçoit que non. Cette chanson raconte ça. C’est le regret de cette sensation d’être Superman. Mais j’y crois encore un peu. (N.D.L.R. : il bombe le torse et exhibe un magnifique tee-shirt à l’effigie de Superman.) Après il y en une qui s’appelle « When you father me ». Là, c’est le contraire. « Quand tu me feras ça ». J’ai fait un truc qui n’existe pas. J’ai pris des noms communs que j’ai transformés en verbes. J’ai envoyé ça à mon pote Paul pour lui demander si ça marchait. Il m’a répondu : « Carrément ! C’est super bien trouvé. » J’étais tout fier. J’ai écrit cette chanson quand ma femme était enceinte ; elle attendait ma fille, c’était il y a trois ans et demi. Ca veut dire « Quand tu me feras papa ». « I will rock you ». Rock, c’est le rock’n’roll mais ça veut dire aussi « bercer ». Pour toute cette chanson, j’ai pris des trucs : « If you sky me ». « Tu me cieles » ; ça ne veut rien dire. « Si tu me cieles, I wil bird you », « Je te oiserai ».

Et les autres chansons ?

“Round’n’round” (Kevin Price/Sly),  “Put on the light” (Sly), “Come on” (Sly), “Time” (Fiona Cox/Sly), “Radar for your love” (Paul Howell/Sly), “Love song” (Paul Howell/Sly), “I wouldn’t like to be me” (Sly), “Burning inside” (Sly), “Hey darlin’” (Sly), et “I can’t help falling in love with you” (connue par Elvis Presley). Au début de la dernière chanson, on entend pendant quelques secondes Hubert qui chante « Cinderella ».
Ce disque est une autoproduction. Comment pourra-t-on se procurer le disque matérialisé ? Et sur le net, quelle sera la procédure à effectuer pour l’écouter ?

Le disque objet, nous allons l’avoir bientôt. On va le mettre en place dans les magasins habituels à Amiens. Le disque-objet sera presque anecdotique parce qu’aujourd’hui c’est un peu moins prisé par le public.

A quoi ressemblera ce CD ?

Ce sera un disque qui sera glissé dans la pochette ; en couverture, il aura une photo moi ; la photo est de Raphaël Villatte, un photographe amiénois.

Y aura-t-il un livret avec les textes dans le CD ?

Non. Il y aura juste les crédits, quelques remerciements. En dématérialisé, ce sera sur iTune, Deezer… je ne suis pas connaisseur de tout ça, mais je vais le devenir. (Rires.)

Vous aviez réalisé d’autres albums auparavant. Quand et leurs titres ?

L’avant-dernier était en français. Je ne regrette rien, mais je me sens plus à l’aise pour chanter en anglais. Je ne parviens pas à dire pourquoi. C’est comme si je disais que je me sens plus à l’aise à la guitare qu’à la basse. C’est quelque chose de physique. Le précédent disque s’appelait Les Pensées magiques. Il est sorti il y a quatre ans. Avant encore, il y avait un groupe qui s’appelait Avril 67 (la date de sortie de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band). Ce disque était donc réalisé par ce groupe. C’était il y a dix ans. En même temps, il y a l’aventure Rabeats.

Comment avez-vous conçu le présent disque ?

Je fais des chansons de façon un peu compulsive. Je me réveille ; je pense à quelque chose. Ca m’amène à une suite d’accords, une mélodie, mais tout ça mentalement. Sans jouer. L’erreur à ne pas faire c’est se dire : « Je vais m’endormir, je m’en souviendrai demain matin. » En fait, on  ne se souvient de rien ; donc il faut se lever. La plupart du temps, c’est la nuit. Je prends mon iPhone et une guitare sèche ; je fais très peu de bruit pour ne pas réveiller les autres. Je chante ; je chantonne la ligne de basse pour avoir l’harmonie. Et le matin, quand je suis en train de prendre mon café, je me dis : « Tiens, au fait. J’ai enregistré un truc cette nuit. » Donc j’y retourne. J’écoute mon iPhone ; et là c’est parti. Cette fois, j’ouvre l’ordinateur avec le studio d’enregistrement. Je plante une première piste témoin. Je fais une guitare acoustique en même temps dans le même micro. C’est cette piste témoin qui me permettra d’empiler les idées.

Dans un texte vous racontez que vous avez écrit les chansons de ce disque au bord du lit, à l’hôtel, guitare sur les genoux.

Exactement.

Vous auriez pu appeler ce disque : Sur mes genoux.

Tout à fait ; je n’y ai pas pensé.

Ce disque est très Brit Pop ; il y a un côté Beatles, mais pas trop. A quels groupes pensiez-vous quand vous avez composé ces belles mélodies ?

Je fais beaucoup de footing. Et j’écoute de la musique en même temps. Il y a des associations qui se créent entre les musiques et les chemins de verdure, des odeurs… Quand je rentre chez moi, je ne pompe pas ce que j’ai entendu, mais je recrée l’atmosphère. D’ailleurs quand je les réécoute, je sais exactement à quel endroit j’ai pensé à cette mélodie, et j’ai les odeurs qui viennent avec. J’ai vu un nouveau truc à la télé ; un mec qui s’est fait implanter un ordinateur dans le cerveau avec ça, il voit les couleurs des sons. Ca fait sens car on est tous comme ça : on a tous des couleurs, des lumières qui nous rappellent des choses qui restent imprimées en nous.

Pourriez-vous revenir sur quelques chansons essentielles de ce disque ? Quel est le thème général de ce disque ? Y a-t-il un engagement ?

Il n’y a pas d’engagement dans le sens politique ou sociétal. Je ne suis pas fait pour ça. Je m’intéresse plus aux sensations, aux angoisses, ou dire son amour aux autres, ses joies… Je me suis fait aussi écrire des textes par des amis anglais ou irlandais. Dont mon ami Paul Howell et Fiona Cox m’a également écrit un texte. Elle allait souvent au Goodness, l’un des pubs d’Amiens où elle a été serveuse. Elle adore la musique. Je lui envoyé une de mes chansons qui s’appelle « Time » ; elle a écrit les paroles. Un autre mec à qui j’ai demandé un texte, c’est Kevin Price que j’avais croisé sur un bateau de croisière sur lequel nous jouions avec les Rabeats. Il m’a dit qu’il écrivait des summer songs ; des chansons pour l’été. Je lui ai dis que je voulais une summer song. Il m’a écrit le texte de la chanson qui s’appelle « Round’n’round ». Les autres textes, je les ai écrits.

Qui vous accompagne sur le disque ? D’où viennent-ils ? Et qui a procédé aux arrangements ?

En fait, le disque, je l’ai enregistré tout seul, sauf une chanson. Je me suis pris pour le Lenny Kravitz d’Amiens ; sauf la batterie car j’en suis bien incapable et ça me fait bien plaisir d’enregistrer avec Flamm. Une chanson a été enregistrée par Christophe Deschamps, le batteur star français et Dan Westin, un batteur qu’on voit très peu. (N.D.L.R. : en fait, il plaisante car c’est le nom qu’il donne à sa boîte à rythmes !) Les musiciens qui m’accompagnent sur scène sont des potes (c’est comme au tennis, je ne peux jouer qu’avec des potes). Avec eux, j’ai enregistré le dernier titre, « A rock of mine » qui est un single à part ; le texte est également écrit par Paul Howel. Ces musiciens sont donc Chicken, c’est Nicolas Poulet (Chick’N : poulet !). Jul Laurenson que j’ai rencontré 2005 à Fréjus. Je m’ennuyais ; je vais boire une bière dans un bar. Et j’entends les patrons qui se plaignent de ne pas avoir de monde à leur terrasse. Je vois un petit ampli Fender et un petit micro. J’ai ma guitare à l’appartement. Je leur dis : « Si vous voulez, on la remplit la terrasse ; vous me payez en bières ; ça me va très bien. » Pour le fun, je prends donc le petit ampli Fender et je branche le petit micro dedans. Et je commence à chanter tout seul, sur la terrasse qui se remplit. Jul Laurenson s’assoit et me dit : « C’est chouette ce que tu fais. Demain on va faire un tour en bateau. Tu viens ? » Notre amitié a commencé comme ça. J’ai appris par la suite qu’il était guitariste. Il était parisien ; aujourd’hui il habite Amiens car il est venu me rejoindre. C’est également lui qui joue avec moi dans un groupe qui joue du U2. Et, bien sûr, il y a Flamm qui se définit comme un batteur organique. La batterie et lui, c’est un seul animal. Cinq membres indépendants. Il y a également Philippe Messiot ; on avait commencé le groupe à quatre sans clavier. Mais sur mon album, il y en a, du mélotron, du clavier, de l’orgue… ca me manquait ; on se croise avec Philippe. On parle de musique, et je me rends compte qu’on parle de la même chose, et je ne le savais pas. Je lui confie que je cherche quelqu’un de discret et lui confie aussi que le musiciens que je compte recruter risque de s’ennuyer car il n’aura pas grand-chose à faire. Il y a un dilemme. Il me répond : « Je comprends mais moi, j’aime ne pas faire grand-chose, ou du moins, avoir l’air de ne pas faire grand-chose. »  Je lui dis : « Top là ! On y va. » Il m’envoie toutes les ambiances musicales, tous les sons que j’aime mettre sur les intros… des cris d’oiseaux… Philippe Messiot est la gentillesse à 100% ; la fiabilité. J’ai découvert un mec épatant ; il va super vite à tout comprendre…

Effectuerez-vous une tournée promotionnelle pour ce disque ? Et le concert de lancement du CD à Abbeville aura lieu quand ?

Ca approche, ce sera le vendredi 21 octobre, à l’espace Saint-André.

Pourquoi à Abbeville ?

C’est à nouveau une coïncidence ; on a fait les plateaux France Bleu, le printemps dernier. Le principe consiste à jouer quatre compositions et deux reprises. Ca s’est très bien passé avec le public ; la mairie d’Abbeville était représentée. Ils me disent : « Il faut faire quelque chose ; c’est chouette ; est-ce que vous avez un album ? ». Je réponds qu’il est quasiment prêt. Ils m’ont proposé d’attendre octobre pour qu’on fasse la sortie à Abbeville ; j’ai dit OK.

Il y aura d’autres dates ?

Oui, il y en aura d’autres, mais rien de confirmé ; donc je préfère ne rien dire.

Quels sont vos projets ?

Les Rabeats : plus on joue, plus on est content. On a joué ce week-end. A chaque fois qu’on se retrouve la magie reprend en quelques seconds.

Et ça ne vous empêche pas d’avoir vos projets parallèles.

Au contraire ; ça nous permet de les faire. Ca nous laisse du temps et ça nous fait faire des rencontres. Mon copain François Long, bassiste des Rabeats, sort lui aussi un album (N.D.L.R. : Light Years From Home ») ; je l’ai écouté avec lui dans le tour-bus ce week-end. Dans le silence. Je l’ai trouvé touchant. François a perdu ses deux parents en un an, d’où la pochette.  Ca m’a mis les larmes aux yeux. Il y a une chanson particulièrement touchante, pour son père, « The man I love (for Paddy) » qui est un petit bijou. C’est une chanson très étrange ; il a une voix pas comme d’habitude. Sur cette chanson, il s’est passé quelque chose, c’est sûr.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

 

Sly, des Rabeats, l’homme qui voulait parler Beatles

Le chanteur-guitariste des Rabeats sort un remarquable album solo. Du travail d’orfèvre, des mélodies sublimes. Carrément magnifique !

    Quel est le titre de cet album ?

Sly : San Fairy Ann.

    Pourquoi ce titre ?

Un de mes meilleurs amis, qui est londonien, que j’ai connu quand j’étais à Londres, un jour, nous étions au téléphone et on s’amusait se donner des expressions de nos langues mais dans l’autre langue. Je lui ai demandé de m’envoyer la liste de toutes les expressions françaises que les Anglais tous les jours. Il commence à me dire : « A la mode », « Femme fatale », « Je ne sais quoi », etc. et un moment il me dit « San fairy Ann »… Je lui réponds que ce n’est pas français. Je lui demande comme il écrit ça : il me répond : « San fairy ann »… Je lui dis : « Non, Paul, ça ce n’est pas français. Qu’est-ce que ça veut dire ? » Il me répond : « It doesn’ matter… avec son accent british. » En fait, il voulait : « Ca ne fait rien. » « San fairy ann », ça veut dire « Ca ne fait rien » ; les Anglais l’utilisent aussi. C’est un peu désuet. Ca date de la première guerre mondiale. Les soldats britanniques qui sont arrivés sur le sol français, on anglicisé plein d’expressions pour mieux comprendre ce qu’ils lisaient. J’ai trouvé ça magnifique. Moi, le Frenchy qui chante en anglais, fan d’Angleterre, je me suis dit qu’il y avait un lien direct puisque c’est un mot qui nous est revenu mais réécrit en anglais. A noter que ce disque est dédié à Hubert Mounier, le chanteur de l’Affaire Louis Trio avec qui j’ai fait ses deux derniers albums.

Vous disiez que vous aviez vécu à Londres. C’était quand et combien de temps y êtes-vous resté ?

Dans les années 90. J’y suis resté un an sans revenir. Depuis, j’y vais revoir mes amis. Là-bas, j’étais prof de français et je faisais également de la musique. Et quand je suis revenu, j’avais la ferme intention de devenir musicien. J’étais aussi parti en Angleterre avec l’intention de parler Beatles. C’était juste avant les Rabeats.

Quels sont les titres chansons ?

Il y a quinze plages et quatorze chansons. Le premier morceau s’appelle « Once upon a time ». « Il était une fois » ; c’est une petite intro qui amène sur la deuxième chanson qui s’appelle « When I was Superman ». Car j’ai été Superman mais c’est fini. L’idée, c’est que quand on est gamin, on est le roi du monde. Et puis, plus on avance, plus on s’aperçoit que non. Cette chanson raconte ça. C’est le regret de cette sensation d’être Superman. Mais j’y crois encore un peu. (N.D.L.R. : il bombe le torse et exhibe un magnifique tee-shirt à l’effigie de Superman.) Après il y en une qui s’appelle « When you father me ». Là, c’est le contraire. « Quand tu me feras ça ». J’ai fait un truc qui n’existe pas. J’ai pris des noms communs que j’ai transformés en verbes. J’ai envoyé ça à mon pote Paul pour lui demander si ça marchait. Il m’a répondu : « Carrément ! C’est super bien trouvé. » J’étais tout fier. J’ai écrit cette chanson quand ma femme était enceinte ; elle attendait ma fille, c’était il y a trois ans et demi. Ca veut dire « Quand tu me feras papa ». « I will rock you ». Rock, c’est le rock’n’roll mais ça veut dire aussi « bercer ». Pour toute cette chanson, j’ai pris des trucs : « If you sky me ». « Tu me cieles » ; ça ne veut rien dire. « Si tu me cieles, I wil bird you », « Je te oiserai ».

Et les autres chansons ?

“Round’n’round” (Kevin Price/Sly),  “Put on the light” (Sly), “Come on” (Sly), “Time” (Fiona Cox/Sly), “Radar for your love” (Paul Howell/Sly), “Love song” (Paul Howell/Sly), “I wouldn’t like to be me” (Sly), “Burning inside” (Sly), “Hey darlin’” (Sly), et “I can’t help falling in love with you” (connue par Elvis Presley). Au début de la dernière chanson, on entend pendant quelques secondes Hubert qui chante « Cinderella ».
Ce disque est une autoproduction. Comment pourra-t-on se procurer le disque matérialisé ? Et sur le net, quelle sera la procédure à effectuer pour l’écouter ?

Le disque objet, nous allons l’avoir bientôt. On va le mettre en place dans les magasins habituels à Amiens. Le disque-objet sera presque anecdotique parce qu’aujourd’hui c’est un peu moins prisé par le public.

A quoi ressemblera ce CD ?

Ce sera un disque qui sera glissé dans la pochette ; en couverture, il aura une photo moi ; la photo est de Raphaël Villatte, un photographe amiénois.

Y aura-t-il un livret avec les textes dans le CD ?

Non. Il y aura juste les crédits, quelques remerciements. En dématérialisé, ce sera sur iTune, Deezer… je ne suis pas connaisseur de tout ça, mais je vais le devenir. (Rires.)

Vous aviez réalisé d’autres albums auparavant. Quand et leurs titres ?

L’avant-dernier était en français. Je ne regrette rien, mais je me sens plus à l’aise pour chanter en anglais. Je ne parviens pas à dire pourquoi. C’est comme si je disais que je me sens plus à l’aise à la guitare qu’à la basse. C’est quelque chose de physique. Le précédent disque s’appelait Les Pensées magiques. Il est sorti il y a quatre ans. Avant encore, il y avait un groupe qui s’appelait Avril 67 (la date de sortie de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band). Ce disque était donc réalisé par ce groupe. C’était il y a dix ans. En même temps, il y a l’aventure Rabeats.

Comment avez-vous conçu le présent disque ?

Je fais des chansons de façon un peu compulsive. Je me réveille ; je pense à quelque chose. Ca m’amène à une suite d’accords, une mélodie, mais tout ça mentalement. Sans jouer. L’erreur à ne pas faire c’est se dire : « Je vais m’endormir, je m’en souviendrai demain matin. » En fait, on  ne se souvient de rien ; donc il faut se lever. La plupart du temps, c’est la nuit. Je prends mon iPhone et une guitare sèche ; je fais très peu de bruit pour ne pas réveiller les autres. Je chante ; je chantonne la ligne de basse pour avoir l’harmonie. Et le matin, quand je suis en train de prendre mon café, je me dis : « Tiens, au fait. J’ai enregistré un truc cette nuit. » Donc j’y retourne. JBrit pop, ’écoute mon iPhone ; et là c’est parti. Cette fois, j’ouvre l’ordinateur avec le studio d’enregistrement. Je plante une première piste témoin. Je fais une guitare acoustique en même temps dans le même micro. C’est cette piste témoin qui me permettra d’empiler les idées.

Dans un texte vous racontez que vous avez écrit les chansons de ce disque au bord du lit, à l’hôtel, guitare sur les genoux.

Exactement.

Vous auriez pu appeler ce disque : Sur mes genoux.

Tout à fait ; je n’y ai pas pensé.

Ce disque est très Brit Pop ; il y a un côté Beatles, mais pas trop. A quels groupes pensiez-vous quand vous avez composé ces belles mélodies ?

Je fais beaucoup de footing. Et j’écoute de la musique en même temps. Il y a des associations qui se créent entre les musiques et les chemins de verdure, des odeurs… Quand je rentre chez moi, je ne pompe pas ce que j’ai entendu, mais je recrée l’atmosphère. D’ailleurs quand je les réécoute, je sais exactement à quel endroit j’ai pensé à cette mélodie, et j’ai les odeurs qui viennent avec. J’ai vu un nouveau truc à la télé ; un mec qui s’est fait implanter un ordinateur dans le cerveau avec ça, il voit les couleurs des sons. Ca fait sens car on est tous comme ça : on a tous des couleurs, des lumières qui nous rappellent des choses qui restent imprimées en nous.

Pourriez-vous revenir sur quelques chansons essentielles de ce disque ? Quel est le thème général de ce disque ? Y a-t-il un engagement ?

Il n’y a pas d’engagement dans le sens politique ou sociétal. Je ne suis pas fait pour ça. Je m’intéresse plus aux sensations, aux angoisses, ou dire son amour aux autres, ses joies… Je me suis fait aussi écrire des textes par des amis anglais ou irlandais. Dont mon ami Paul Howell et Fiona Cox m’a également écrit un texte. Elle allait souvent au Goodness, l’un des pubs d’Amiens où elle a été serveuse. Elle adore la musique. Je lui envoyé une de mes chansons qui s’appelle « Time » ; elle a écrit les paroles. Un autre mec à qui j’ai demandé un texte, c’est Kevin Price que j’avais croisé sur un bateau de croisière sur lequel nous jouions avec les Rabeats. Il m’a dit qu’il écriv

Sly, des Rabeats.

Sly, des Rabeats.

ait des summer songs ; des chansons pour l’été. Je lui ai dis que je voulais une summer song. Il m’a écrit le texte de la chanson qui s’appelle « Round’n’round ». Les autres textes, je les ai écrits.

Qui vous accompagne sur le disque ? D’où viennent-ils ? Et qui a procédé aux arrangements ?

En fait, le disque, je l’ai enregistré tout seul, sauf une chanson. Je me suis pris pour le Lenny Kravitz d’Amiens ; sauf la batterie car j’en suis bien incapable et ça me fait bien plaisir d’enregistrer avec Flamm. Une chanson a été enregistrée par Christophe Deschamps, le batteur star français et Dan Westin, un batteur qu’on voit très peu. (N.D.L.R. : en fait, il plaisante car c’est le nom qu’il donne à sa boîte à rythmes !) Les musiciens qui m’accompagnent sur scène sont des potes (c’est comme au tennis, je ne peux jouer qu’avec des potes). Avec eux, j’ai enregistré le dernier titre, « A rock of mine » qui est un single à part ; le texte est également écrit par Paul Howel. Ces musiciens sont donc Chicken, c’est Nicolas Poulet (Chick’N : poulet !). Jul Laurenson que j’ai rencontré 2005 à Fréjus. Je m’ennuyais ; je vais boire une bière dans un bar. Et j’entends les patrons qui se plaignent de ne pas avoir de monde à leur terrasse. Je vois un petit ampli Fender et un petit micro. J’ai ma guitare à l’appartement. Je leur dis : « Si vous voulez, on la remplit la terrasse ; vous me payez en bières ; ça me va très bien. » Pour le fun, je prends donc le petit ampli Fender et je branche le petit micro dedans. Et je commence à chanter tout seul, sur la terrasse qui se remplit. Jul Laurenson s’assoit et me dit : « C’est chouette ce que tu fais. Demain on va faire un tour en bateau. Tu viens ? » Notre amitié a commencé comme ça. J’ai appris par la suite qu’il était guitariste. Il était parisien ; aujourd’hui il habite Amiens car il est venu me rejoindre. C’est également lui qui joue avec moi dans un groupe qui joue du U2. Et, bien sûr, il y a Flamm qui se définit comme un batteur organique. La batterie et lui, c’est un seul animal. Cinq membres indépendants. Il y a également Philippe Messiot ; on avait commencé le groupe à quatre sans clavier. Mais sur mon album, il y en a, du mélotron, du clavier, de l’orgue… ca me manquait ; on se croise avec Philippe. On parle de musique, et je me rends compte qu’on parle de la même chose, et je ne le savais pas. Je lui confie que je cherche quelqu’un de discret et lui confie aussi que le musiciens que je compte recruter risque de s’ennuyer car il n’aura pas grand-chose à faire. Il y a un dilemme. Il me répond : « Je comprends mais moi, j’aime ne pas faire grand-chose, ou du moins, avoir l’air de ne pas faire grand-chose. »  Je lui dis : « Top là ! On y va. » Il m’envoie toutes les ambiances musicales, tous les sons que j’aime mettre sur les intros… des cris d’oiseaux… Philippe Messiot est la gentillesse à 100% ; la fiabilité. J’ai découvert un mec épatant ; il va super vite à tout comprendre…

Effectuerez-vous une tournée promotionnelle pour ce disque ? Et le concert de lancement du CD à Abbeville aura lieu quand ?

Ca approche, ce sera le vendredi 21 octobre, à l’espace Saint-André.

Pourquoi à Abbeville ?

C’est à nouveau une coïncidence ; on a fait les plateaux France Bleu, le printemps dernier. Le principe consiste à jouer quatre compositions et deux reprises. Ca s’est très bien passé avec le public ; la mairie d’Abbeville était représentée. Ils me disent : « Il faut faire quelque chose ; c’est chouette ; est-ce que vous avez un album ? ». Je réponds qu’il est quasiment prêt. Ils m’ont proposé d’attendre octobre pour qu’on fasse la sortie à Abbeville ; j’ai dit OK.

Il y aura d’autres dates ?

Oui, il y en aura d’autres, mais rien de confirmé ; donc je préfère ne rien dire.

Quels sont vos projets ?

Les Rabeats : plus on joue, plus on est content. On a joué ce week-end. A chaque fois qu’on se retrouve la magie reprend en quelques seconds.

Et ça ne vous empêche pas d’avoir vos projets parallèles.

Au contraire ; ça nous permet de les faire. Ca nous laisse du temps et ça nous fait faire des rencontres. Mon copain François Long, bassiste des Rabeats, sort lui aussi un album (N.D.L.R. : Light Years From Home ») ; je l’ai écouté avec lui dans le tour-bus ce week-end. Dans le silence. Je l’ai trouvé touchant. François a perdu ses deux parents en un an, d’où la pochette.  Ca m’a mis les larmes aux yeux. Il y a une chanson particulièrement touchante, pour son père, « The man I love (for Paddy) » qui est un petit bijou. C’est une chanson très étrange ; il a une voix pas comme d’habitude. Sur cette chanson, il s’est passé quelque chose, c’est sûr.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

 

L’amitié entre Gene Vincent et Jim Morrison

Dans son dernier roman, Michel Embareck évoque leurs relations amicales… Savoureux.

Michel Embareck n’est pas un débutant. Journaliste à la revue de rock Best de 1974 à 1983, collaborateur de Rolling Stone et de Libération, il est l’auteur d’une vingtaine de livres, dont bon nombre de polars. Il vient de publier Jim Morrison et le diable boiteux dans lequel il raconte les passionnantes rencontres entre le chanteur des Doors et Gene Vincent.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce roman?

Michel Embareck : Au début des années 80, j’ai rencontré un type qui prétendait avoir été barman au Rock N’ Roll Circus, à Paris et avoir vu Gene Vincent et Jim Morrison se saouler ensemble. J’ai mis l’idée dans un coin de ma tête car je suis un inconditionnel de Gene et des Doors. L’idée est revenue 30 ans plus tard lorsqu’un ami écrivain m’a parlé de Gene Vincent au détour d’une conversation sur la musique et la littérature.

Votre roman oscille entre réalité et fiction. Pourquoi cette construction?

La part de réalité est très ténue. On sait que Morrison admirait Gene Vincent, qu’ils se sont rencontrés pour la première fois dans un bar de Los Angeles début 1969, qu’il l’a imposé à l’affiche du festival de Toronto en 1969, qu’il l’a aidé par ses relations à enregistrer son dernier album et qu’ils se sont certainement croisés à Paris au printemps 1971. Tout le reste relève de la fiction, même l’idée qu’ils se sont acoquinés par désespoir devant le mythe qu’ils incarnaient.

Son premier article dans Best

 

La rencontre entre Gene Vincent et Jim Morrison appartient-elle à la réalité?

Oui absolument même si je ne connais pas de photos.

Les excellents portraits de Gene et de Jim sont émouvants. Comment les avez-vous

Michel Embareck, écrivain, Mers. Juillet 2012.

Michel Embareck, écrivain, Mers. Juillet 2012.

construits? Avez-vous forcé le trait ou, une fois encore, ne sont-ils que réalité?

Pour Gene, j’ai un témoignage direct d’un ancien manager que j’avais rencontré pour le magazine Best. C’était mon premier article dans le numéro d’octobre 1974. Pour Jim Morrison, je me suis basé sur une interview fleuve de son ancien garde du corps. Tout cela est mentionné dans les brèves sources documentaires du roman. Car c’est un roman. Je n’y étais pas et d’autres personnages importants dans cette narration sont totalement fictifs.

Quel est, de Gene ou de Jim, celui qui vous est le plus sympathique, et pourquoi?

Dans deux styles différents, je crois qu’ils n’étaient pas très sympathiques. Ni l’un ni l’autre. J’ai une vraie tendresse pour Gene Vincent formidable chanteur de ballades. Et une grande admiration pour Morrison, grand chanteur de talkin’ blues (blues parlé). C’est un chanteur d’instinct. Ses poèmes? Il faut marcher au LSD pour y trouver un charme. Quant à son film, il est d’un ennui à mourir. Mais quelle voix!

Quelle version soutenez-vous sur la mort de Jim Morrison? Accident ou assassinat par overdose? Et si c’est cette dernière version, pour quels mobiles?

Je ne soutiens aucune version. J’explore la piste de l’assassinat par overdose en me basant sur le P.V totalement mensonger de Pamela (sa femme) devant la police. Elle était sa légataire universelle, la maîtresse de leur dealer et il envisageait de la quitter pour une autre femme. Il y avait beaucoup d’argent à la clef…

Propos recueillis

par PHILIPPE LACOCHE

Jim Morrison et le diable boiteux, Michel Embareck; L’Archipel; 214 p.; 17 €

Le plus français des chanteurs anglais sur la terre de nos amis alliés

Murray Head sera à Chaulnes, demain samedi.

Murray Head sera à Chaulnes, demain samedi.

Murray Head sera la tête d’affiche de l’Overdrive Festival, ce samedi 15 octobre, à l’espace socioculturel de Chaulnes, dans l’Est du département où nos amis alliés, britanniques, australiens, etc.,  se sont si courageusement battus contre les hordes teutonnes. Il a répondu à nos questions.

Le chanteur britannique Murray Head occupera le devant de la scène samedi 15 octobre pour l’Overdrive Festival, à l’espace socioculturel de Chaulnes (près de la gare TGV Haute-Picardie). Il interprétera ses tubes « Say It Ain’t So » ou encore « One Night in Bangkok ». Il partagera l’affiche avec l’Irlandaise Grainne Duffy,  dont la voix rappelle parfois celle de Janis Joplin, selon les spécialistes. Les Bordelais d’Eros seront également à l’affiche. Les groupes locaux seront aussi présents : les Chaulnois de Libido, vainqueur du tremplin cette année, de même que le groupe Etté, originaire de Bayonvillers.

L’année 2015 a marqué les 40 ans de la sortie du célèbre album « Say it ain’t so Joe », porteur de la chanson éponyme. Si vous deviez résumer cette carrière en quelques phrases, que diriez-vous ?

Murray Head : je pense que j’ai été influencé par mon intuition, plus que tout. C’est l’intuition qui me prévient, qui me fait tenir la vie comme je la vis, avec des précédents et des priorités en tête. Ca veut dire que c’est seulement récemment, en regardant en arrière, que j’ai pris conscience de cette intuition (cet instinct en français, mais j’associe plus ce nom aux animaux) ; en fait, la célébrité est une chose assez dangereuse, car à partir d’un certain moment, on a du mal à la contrôler. Or, aujourd’hui, les gens cherchent plus la célébrité que la joie qui peut provenir simplement de ce qu’on fait pour tenter de gagner cette célébrité. Je fais partie d’une génération qui avait du mal à s’exprimer parmi nos parents. La musique c’était donc l’un des moyens de s’exprimer, plus que l’écriture. On a donc sauté sur le blues, sur les bluesmen avec toute l’inquiétude que portent leurs chansons. Les intellectuels bourgeois étaient assez intelligents pour apprendre dans le style perroquet sans vraiment comprendre que le blues recèle une certaine spontanéité. On a aucun problème à piquer les paroles d’un autre bluesman, piquer les mêmes accords. Mais joué par un individu, ça devient unique. On pensait alors qu’il ne s’agissait de chansons qui comportaient douze mesures. Mais parfois, il y avait onze ou treize mesures… ces petits trucs qui donnent ce truc unique au blues. Je n’ai pas compris ça quand j’étais jeune, mais plus tard on se dit : « Cette chanson est différente… il faut chercher pour la comprendre ; c’est subtile… » Les producteurs de l’époque sont allés en Amérique quand la vague du blues était déjà terminée. Elle était remplacée par le jazz moderne. Les bluesmen de l’époque travaillaient, réparaient des ascenseurs, tournaient des manivelles, ou bossaient dans les chiottes publiques… et les producteurs les ont trouvés, ces grands bluesmen. Ca ne coûtait rien. Ils les ont ramenés dans de grands festivals, dès 1961 et 1962.

C’était le British blues boom.

Exactement. C’était au moment où la bourgeoisie atteignait sa apogée, enfin presque… Nous, on était encore des teenagers. C’était exactement ce qu’il fallait : prendre la misère des autres, parce qu’on avait été élevés dans le coton. On ressentait peu d’émotions ; on ne savait pas qui étaient les filles, et les filles ne savaient pas qui étaient les garçons car on était élevés dans des écoles séparées, non mixtes. Ca explique que cette génération a sauté sur le blues et que cela a influencé toute la musique depuis.

Quand vous dites que vous avez été élevés dans le coton, vous êtes très modeste. Vous êtes né en 1946, l’écho des bombes allemandes résonnaient presque encore sur Londres…

C’est vrai. Mais les parents ont tout fait pour qu’on oublie la misère et l’horreur de la guerre. C’est seulement quand j’ai écrit mon autobiographie que j’ai posé des questions à mes parents. Je suis parvenu à comprendre… Il faut atteindre un certain âge pour comprendre ce qui s’est réellement passé. On réfléchit. J’ai réalisé que mes parents, à leur majorité, avait la guerre qui pesait sur eux. Ils commençaient à gagner un peu d’indépendance, et juste à ce moment-là, la guerre s’est déclarée. Ils n’avaient plus aucun contrôle sur leurs propres vies ; ils vivaient au jour le jour. Ca explique pourquoi, ils ont eu quand même une retraite bien organisée. Je pensais, moi aussi, pouvoir, comme eux,  jouir d’une calme retraite. Ce fut impossible. Nos parents savaient qu’à leurs fins de leurs vies, ils pourraient léguer un héritage à leurs proches. Ils avaient de quoi passer une vie calme ; aujourd’hui, on n’aura pas d’héritage car, ce qui se passe, c’est que les parents arrivent  à des âges où ils sont contraints d’aller dans des maisons de retraite. Ca coûte cher et ils sont maintenus en vie dans ces établissements, et au final, il n’y a plus d’argent. Et, comme par miracle, au moment où il n’y a plus d’argent, ils meurent. L’argent des héritages est bouffé par des maisons de retraite. C’est l’Etat qui récupère… Tout ça pour dire, que finalement, je n’ai pas grand-chose en commun avec mes enfants ; et je n’avais pas grand-chose en commun avec mes parents… Finalement, on naît dans une génération ; c’est avec la génération qu’on appartient qu’on doit s’amuser et se comprendre. Tout ça pour dire que si j’ai pu mener à bien une aussi longue carrière, c’est en évitant des excès de célébrité, je suis parvenu à éviter certaines choses. On me disait que ce n’était pas sage de faire ci ou ça ; je n’ai jamais cherché à avoir des tubes ; beaucoup de gens de mon âge recherchaient les tubes. Ca ne m’intéressait pas. De même, je n’ai jamais chassé le cachet en tant que comédien. Aujourd’hui, c’est incroyable comme les comédiens chassent le cachet.  Moi, ce qui m’intéressait, c’est ce qu’on faisait. La musique qu’on faisait. Quand j’étais plus jeune, la musique était ma maîtresse et j’étais marié. Dès que j’ai divorcé, la musique est devenue ma femme, et ma femme est devenue ma maîtresse.

En 1966, vous obtenez votre premier contrat en tant que comédien, auprès d’EMI. C’était l’époque du Swinging London et du British Blues Boom. Quelle était l’ambiance à l’époque ? Alliez-vous au Marquee club ? Connaissiez-vous Chicken Shack, John Mayall, Jeff Beck, Graham Bond ?

Oui, bien sûr; j’étais spectateur. Lorsque j’avais huit ans, j’ai été influencé par Ray Charles. J’aimais le jazz traditionnel. La musique, c’était ma vie, mon monde. L’autre façon de s’exprimer, c’était grâce à la peinture. Il y avait de nombreux collèges d’art où se formaient les groupes. Je suis allé à l’école avec les Yardbirds. J’ai vu Rod Stewart jouer de l’harmonica à ses débuts. Il ne chantait même pas; il remplaçait Cyril Davies. J’étais au premier concert d’Hendrix, à Londres. J’ai vu les Stones jouer à Richmond. Il y avait de nombreux clubs (le Speakeasy, etc.) où les musiciens ne faisaient que des bœufs. Je me souviens qu’un soir Johnny Hallyday est venu dans un club ; il a voulu jouer la carte de la célébrité, mais malheureusement la première chose à apprendre avec la célébrité, c’est qu’il y a des frontières, et qu’on est moins célèbre… Ils n’ont pas laissé rentrer Johnny ; il avait enlevé ses lunettes noires, mais la femme à l’entrée n’a rien voulu savoir. Elle ne l’a pas reconnu. La célébrité, à l’époque, ce n’était pas important. C’était même un handicap. On voyait Clapton, Pete Townshend et d’autres jouer dans le même club ; c’était habituel. Tout le monde jouait avec tout le monde parce personne ne pensait à l’argent. A cette époque, tout était possible. On était de nombreux musiciens mais on trouvait le travail qu’on voulait. Ce n’était pas réglementé comme aujourd’hui.

C’était un peu comme lors de la Nouvelle vague en France, de la Beat generation aux Etats-Unis, du mouvement punk en Angleterre… La société de consommation baissait un peu son caquet. La poésie, l’intuition reprenaient le dessus…

Oui, ça respirait… C’est comme quand la première fois que l’Angleterre a su comment vivait les riches, à travers le fameux procès de Christine Keeller, la prostituée qui avait baisé avec la plupart des aristocrates anglais. Quand le public a vu ce qui se passait parmi ces gens, ça a changé tout… J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec des gens très très riches qui nous employaient comme musiciens. J’étais dans un groupe de gens qui fréquentaient les grandes écoles privées (publics schools).  J’ai joué avec des gens qui étaient tous à Oxford. J’étais traité comme un caniche. J’étais le petit chouchou ; mais on n’avait aucun respect pour moi. On me traitait comme le petit animal qu’on touche de temps en temps. C’était bien de maintenir une certaine objectivité car ça me montrait des modes de vies que je n’aurais pas soupçonnés.

Vous avez participé à la célèbre musicale Hair. Comment cela s’est-il produit ?

Ca s’est passé dans des conditions tout à fait normales. Je venais de réparer une guitare ; je l’avais sur mon dos. Quelqu’un m’a fait savoir qu’il y avait une audition. Je lui ai demandé de quoi il s’agissait. On m’a dit que c’était pour la comédie musicale Hair qui venait de commencer quatre semaines plus tôt. Je n’avais pas la moindre idée de quoi ça parlait. Je me suis trouvé en concurrence avec une quarantaine de personnes qui étaient mortes de peur car, toutes, voulaient avoir un rôle. Moi, ça m’amusait de voir comment ça se passait pour les auditions. A part ça, je n’avais rien à perdre. Je n’avais aucune appréhension. Ils m’ont appelé sur scène. Il y avait un vieux piano. Ils m’ont proposé de chanter une reprise ; je leur ai répondu non, et leur ai proposé de jouer des chansons à moi. J’ai commencé à chanter. Ils m’ont proposé de chanter une chanson au tempo plus vif. J’ai dit OK. Leur façon de parler était pleine de dédain. J’ai fait une deuxième chanson. Ils m’ont encore réclamé une chanson connue. Je leur ai dit que je ne connaissais que mes chansons. Je leur ai dit : « Je ne sais pas qui vous êtes ! ». Je suis descendu de la scène, et j’ai marché dans le noir, dans la salle, pour rencontrer ces gens. Je leur ai dit : « Je m’appelle Murray Head. Et vous, vous êtes qui ? » C’était une façon de casser la façon hautaine que développaient ces producteur et metteurs en scène.

Cette arrogance.

Oui, cette arrogance. Naturellement, ils ont aimé ma façon de les aborder. Mon audace. Ils m’ont donc choisi pour ça. J’ai fait inscrire dans le contrat que si j’écrivais un tube ou si j’avais un rôle dans un film, il me serait possible de quitter le spectacle. Après quatre mois de spectacle, j’ai écrit un tube, et j’ai décroché un rôle important dans Un Dimanche comme les autres  (N.D.L.R. : Un dimanche comme les autres – Sunday Bloody Sunday est un film britannique réalisé par John Schlesinger, sorti en 1971.) ; donc j’avais toutes les raisons de pouvoir partir ; j’aurais bien voulu rester, mais Hair, c’était basé sur une sorte de spontanéité, mais en même temps c’était un conflit ; on  nous disait : on veut que vous soyez vous-mêmes. Tentez de devenir uniques, et en même temps, vous devriez jouer des gens qui étaient sur le point de partir pour le Vietnam et brûlaient leurs cartes d’électeurs… or, on n’avait pas le Vietnam en Angleterre. On était dans l’hédonisme pur. Le Vietnam, pour nous, c‘était loin. Mais ce n’est pas ça qui m’a fait quitter Hair. Par un hasard incroyable, ils avaient un problème avec le théâtre. Ils ne pouvaient accéder au théâtre à cause d’une grève. Ils ont donc  préféré répéter pendant trois mois. Pendant ces trois mois, ils ont utilisé de nouveaux comédiens-chanteurs. Tout était basé sur la confiance, sur le groupe ; c’était fabuleux. Nous étions 24 personnes sur scène et nous étions tous uniques ; on arrivait à être une vraie famille sur scène. Malheureusement, après six mois, quelqu’un a crié, parmi les spectateurs, que Sammy Davis , Jr. était dans la salle. Tout à coup, 24 égos se sont découverts afin de montrer à Sammy à quel point ils étaient bons artistes… L’esprit de famille s’est écroulé comme un château de cartes. Tout s’est cassé la gueule  en une soirée. Retour à la compétition.

Vous avez enregistré « India Song », la chanson du film de Marguerite Duras. Pourquoi avoir interprété cette chanson ?

Quand je suis arrivé en France pour faire un film de Molinaro qui s’appelait La Mandarine (1972), ils ont décidé de faire un hommage à Jeanne Moreau. Ils m’ont demandé de choisir une chanson que chantait Jeanne; je suis tombé sur celle-là. J’ai trouvé les paroles magnifiques. Je l’ai apprise ; j’ai participé à cet hommage qui avait lieu au studio de la Maison de la Radio. Après trois heures, je n’avais toujours pas chanté. Elle-même, Jeanne Moreau, est discrètement partie. Vers 16 heures, le metteur en scène est venu me dire : « Je ne pense pas que vous allez chanter… » Un jour, en 1995, j’ai trouvé l’occasion de l’enregistrer. Des gens autour de moi me disaient que je ne devais pas chanter en français ; je me disais : si, si… Je me disais : « Je m’en tape. » J’étais sûr que le public ne pensait pas comme ça. J’ai fait des chansons en français. J’ai même fait une compilation sur laquelle j’ai pu chanter cinq ou six chansons en français. Un voisin, un jour, a joué le disque et il favorisait les chansons en français. Je me suis dit que j’avais eu raison.

Vous habitez en France.

Oui, c’est ça l’idée ; je suis chez moi dans le Béarn, entre Pau et Biarritz. Je fais beaucoup de bricolage ; je remets la maison en état.

Comme beaucoup d’Anglais (Kevin Ayers, Lawrence Durrell, etc.) vous aimez la France.

Effectivement, je suis tombé amoureux de ce pays ; je n’ai aucune envie de jouer en Allemagne ou en Hollande ou en Belgique. J’ai même fait une tournée en Scandinavie ; ce n’est pas mon truc. C’est ici que je veux gagner ma vie. La seule chose un peu triste, c’est que je ne suis pas fermier et que je ne peux pas gagner ma vie ici, dans le Béarn… (Rires.) Donc, je suis contraint de voyager pour faire des concerts ailleurs.

Vous avez beaucoup travaillé sur la correspondance entre George Sand et Alfred de Musset. Cela vous a servi à la co-écriture du scénario du film Les enfants du siècle (1999). Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette passion très littéraire ?

Je venais de rompre avec une amie et je l’ai rencontrée à nouveau un an plus tard ; on commençait à tenter de nous souvenir de ce que nous avions vécu ensemble ; j’ai remarqué qu’elle avait retenu des choses complètement différentes des miennes. (A ce propos, je conseille à tous les couples de tenter de se souvenir des moments qu’ils ont passés ensemble, ce un ou deux ans plus tard, pour voir ce qu’on en a retenu.) A l’époque, on m’a demandé de faire une  interview sur M6 ; ils m’ont demandé le dernier livre français que j’avais, lu. C’était un livre de Philippe Djian, ce n’était pas tout à fait représentatif de la littérature français (ça ressemble plus à Brautigan). J’ai donc demandé à ma copine de me conseiller un livre français ; elle m’a filé Les confessions d’un enfant du siècle. J’ai trouvé ça fabuleux ; l’histoire correspond à celle de n’importe quel enfant d’après-guerre. Cette histoire eût pu se dérouler après la deuxième guerre mondiale. Le narrateur tombe ensuite amoureux d’une femme qu’il essaie de séduire pendant deux ; dès qu’elle lui cède, il la laisse tomber. Il a fait comme tous les mecs : ils laissent tomber quand ils ont gagné. Cette histoire était écrite pour George Sand. C’était écrit en 1835, trois ans après leur passion de Venise. Ca a commencé à m’intéresser. George Sand a attendu la mort d’Alfred afin d’écrire sa version de leur même histoire d’amour. Ca s’appelait Elle et lui. Et le frère de Musset était si fâché qu’il a essayé de prouver à l’Académie française qu’elle avait fait du plagiat en utilisant les lettres d’amour qu’ils avaient échangées. (Ils étaient vraiment radins avec leurs lettres d’amour.) Paul de Musset n’est pas parvenu à prouver le plagiat ; alors, il a écrit un pamphlet qui s’appelait Lui et elle. Dix ans plus tard, une proche de Vigny a écrit une pièce de théâtre qui s’appelait Eux. Ca a commencé à m’intéresser que personne n’ait vraiment su ce qui s’était réellement passé entre ces deux amoureux. Ils furent un peu les Burton et Taylor de l’époque. Dans Fantasio, qu’ils ont écrit ensemble, on voit les deux styles d’écriture. On se rend compte à quel point ils ont partagé leur vie.

Etes-vous actuellement en tournée ?

Non, je fais actuellement environ deux concerts par mois. Une tournée, aujourd’hui sert aux artistes qui veulent gagner énormément d’argent.

Vous venez à Chaulnes, dans l’Est du département de la Somme, où vous compatriotes, nos alliés, se sont battus au cours de la Grande Guerre pour repousser l’envahisseur teuton. Donc, vous venez pour le plaisir, et non pas dans le cadre d’un plan de carrière.

Oui, je viens juste pour le plaisir. Je ne cherche pas les concerts ; j’attends qu’on me sollicite. Et en général, j’accepte. Je vais donc regarder le Wikipédia pour avoir des informations sur Chaulnes. Je vais venir un peu plus tôt, rentrer dans les magasins. Je vais voir la proportion de coiffeurs et de pharmacies, afin d’estimer l’âge moyen de la population de Chaulnes. Avec tout ça, je déciderai quelles chansons j’interpréterai, ou celles que je laisserai tomber. Ce sera une sorte de communion (sans l’aspect religieux). C’est une chance incroyable de pouvoir rencontrer son public, rencontrer des gens qui aiment ce qu’on fait. Ce sera une soirée unique qui n’appartiendra qu’à Chaulnes ; on ne pourra pas comparer aux autres concerts. Il n’y aura pas de format. Je déteste les concepts écrits par un directeur musical. Chaque concert est différent ; on fait des échanges de notes et d’accords ; on suit les idées qui se promènent entre nous. Ca restera une soirée totalement spontanée et vive. Je ne fais pas partie d’une génération qui n’a pas fait du spectacle pour l’argent ; grâce à ça, on n’a pas le poids du besoin de célébrité qui pèse si lourd sur le dos des jeunes artistes d’aujourd’hui. Célèbres à n’importe quel prix. Nous, nous évitions la célébrité car elle influait sur notre art. Cet état d’esprit m’a permis de mener une longue carrière. Au début de nos carrières, nous étions influencés par d’autres artistes, mais on abandonnait ces influences le plus vite possible afin de nous trouver nous-mêmes. Aujourd’hui, ceux qui réussissent ce sont des gens qui ont des voix uniques. On les entend une fois à la radio et on se dit : « Je sais qui c’est… » Ce qui est une sorte de mensonge car les gens qui dominent dans ce monde bizarre de la compétition (Star Academy, Nouvelle star, etc.) n’ont aucun lien avec la réalité du vrai talent ; c’est fait pour des gens qui veulent recycler leurs anciennes chansons : on force les jeunes à chanter des reprises qui ne sont jamais aussi bien que les originaux. C’est fait pour recycler le catalogue. Il y a un cynisme incroyable là-dedans. Après, trois cycles, on balaie tous les jeunes chanteurs pour en faire venir des nouveaux. Ce sont des fausses pistes. Il faut aller à un concert de Star Ac, pour se rendre compte que les gens du public sont là pour voir leur proche, leur enfant sur scène ; ils se contrefichent des autres concurrents. Ils se tiennent comme ils se tiennent chez eux : ils mangent, ils amènent des pique-niques sur place. C’est une toute autre forme de concert où des gens n’écoutent pas mais bouffent… Ca n’a pas grand-chose à voir avec ce que font les artistes de ma génération.

                                                       Propos recueillis par

                                                       PHILIPPE LACOCHE

 

 

 

 

 

Popa Chubby est Charlie

Excellent bluesman au jeu de guitare inimitable, Popa Chubby donnera un concert le 18 octobre prochain, au cirque d’Amiens.

Originaire du Bronx, l’excellent Popa Chuby développe un style rugueux qui n’est pas sans rappeler celui de Willie Dixon; parmi ses influences, il cite Jimi Hendrix, Jimmy Page, Randy Rhoads, Albert King. Il crée une manière de synthèse entre blues, rock, funk et pop qui rappelle bien sûr le blues new-yorkais. À l’instar de Calvin Russell, il a plus de succès en France qu’aux États-Unis où, dit-on, il ne serait connu que des spécialistes. Il a répondu à nos questions.

Votre dernier album, «The Catfish», a des allures de conte. Pourquoi?

Effectivement le conte du poisson-chat…!!!

Est-ce à dire que vous voulez montrer que, non seulement vous êtes un génial guitariste, mais que vous êtes aussi un excellent auteur?

Je ne suis pas un génie mais je travaille dur et je sais raconter des histoires… Les deux ensemble, ça marche bien.

Ce disque est empreint de blues, bien sûr, mais aussi de funk, de jazz, etc. dans quel style vous sentez-vous le plus à l’aise, et pourquoi?

Bonne question. J’aime vraiment tous les styles mais jouer un blues avec une approche jazz est ce que je préfère.

«Blues pour Charlie» vous a été inspirée par les affreux événements de Charlie Hebdo. Pouvez-vous nous rappeler ce que dit votre chanson, et ce que ce drame vous a inspiré sur le moment?

Terrible ce qui s’est passé en France. Cette chanson est un hommage à l’esprit du peuple Français.

Quel est votre guitariste préféré? Et votre bluesman préféré?

Jimi Hendrix et Freddie King

On dit que, grand collectionneur, vous possédez une guitare Fender que le fabricant lui-même, n’avait pas répertoriée. Quel est ce mystérieux modèle et où l’avez-vous dégotté?

Haha c’est une Fender Stratoscaster que j’ai achetée à Big Ed Sullivan.

Avec quels musiciens allez-vous jouer à Amiens, le 18 octobre prochain? Et quelle sera la couleur de votre répertoire?

Dave Keyes au clavier, Conrad St Clair à la basse, et

Popa Chubby.

Popa Chubby.

à la batterie. Le show reprend des titres de l’ensemble de ma carrière et dure trois heures.

Êtes-vous déjà venu en Picardie et à Amiens? Et quelle impression gardez-vous de cette ville?

Bonne music, gens sympas, très bon vin et femmes magnifiques!

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Les coups de coeur du marquis

POP

Hardy petite

Bien sûr que c’était mieux avant! Il suffit d’écouter ce délicieux album sobrement intitulé En anglais, de Françoise Hardy, pour en être persuadé. Publié au Royaume-Uni en octobre 1968 (deux mois plus tard en France), il n’avait été jusqu’à présent réédité qu’une fois, au Japon, en 1990. Du haut de son adorable et épouvantable accent anglais, la grande didiche susurre douze perles pop puisées au cœur du savoureux Swinging London. Des œuvres des Kinks («Who’ll be the next in line»), de Buddy Holly («That’ll be the day»: fluette version de comme des gambettes d’ado à couettes!), du regretté Tim Hardin (terrassé par un mélange de cocaïne et d’éro; quelle idée!), Ricky Nelson, Joan Baez, etc. Même les chansons des plus américaines sonnent ici plus anglais que nature, grâce au travail merveilleux d’arrangeurs somptueux, dont Arthur Greenslade. Les basses claquent sous les coups nerveux des médiators; les nappes de cordes s’envolent. La grande Françoise décolle comme un zinc de la British Airway. Superbe! On a envie de pleurer quand on pense que nos copains et alliés les Anglais, vont nous laisser presque seuls en Europe avec les Outre-Rhiniens. Shit!

PHILIPPE LACOCHE

En anglais, Françoise Hardy. Asparagus-Parlophone/Warner Music France.

BLUES-ROCK

Psychédélique

Cheap Wine est un groupe picard (de l’Oise; voir commentaire ci-dessous à la suite d’une erreur de votre serviteur) qui semble préférer le Jefferson Airplane à Celentano. Il propulse une sorte de blues rock psychédélique bardé de solo d’orgue à rallonge, de voix doorsiennes, de grattes parfois sudistes. De drôles de mélanges. Pas mal du tout.  Ph.L.

 

Sad Queen, Cheap Wine. Coroo9.

CHANSON

Barry Laforêt

Quelle bonne idée! Barry, jeune chanteuse et comédienne, reprend une partie du répertoire de la plus jolie fille des chanteuses et comédiennes françaises: Marie Laforêt. Le meilleur de Marie par Barry: «Le lit de Lola», «Viens, viens», «Ivan, Boris et moi», «Tu es laide» et, surtout, «Marie douceur, Marie colère», adaptation de «Paint in Black», des Stones époque Brian Jones. Accompagnée par le producteur Marc Collin, sa voix douce et veloutée, sensuelle, s’adapte parfaitement aux perles délicates de Marie Laforêt. À noter que Barry n’est pas seulement chanteuse : comédienne, elle a notamment joué sous la direction de Klapisch. Elle a même publié un roman, L’Écharpe blanche, au Mercure de France, en 2010. Rafraîchissant. Ph.L.

Barry, Barry. Kwaidan Records.

SOUL

Black music

Marvellous propulse une musique très noire, inspirée par la soul, le funk et le jazz. Ce groupe est né de la rencontre de jeunes instrumentistes très expérimentés (parfois un peu trop) et le chanteur ex-New-Yorkais et néo-Parisien : Wolfang Valbrun. La voix chaude et percutante de Valbrun séduit, capte l’attention de l’auditeur. Cette sorte de groove à la française interpelle. On préférera cependant quand le gang évolue dans la soul (belles parties de cuivres; lignes de basses convaincantes) que dans le funk ou le jazz-rock mâtiné de fusion. Marvellous s’est notamment produit au Françoise Hardy-En_anglais,_cover_album_UK,_1968 à Paris. Ph.L.

What to believe, Marvellous. VS Com.

Les coups de coeur du marquis

FOLK

Doolin’ assure

Les six Français du groupe Doolin’ reviennent de Nashville où ils ont soufflé leurs dix années d’existence; ils reviennent aussi avec cet excellent album qui, sobrement, porte leur nom. Ils l’ont réalisé sur le label US Compass Records. Leur musique? Majoritairement irlandaise, mais un folk irlandais qui rend hommage à d’autres musiques populaires : le blues, le jazz, le rock et, bien sûr, la chanson. Doolin’ a emprunté son nom à un village de pêcheurs irlandais. Il est composé des membres de deux familles : les frères Besse, Nicolas et Wilfried, leur cousin Sébastien Saunié, et Jacob et Josselin Fournel; ils se sont rencontrés lors d’une édition des Rencontres musicales irlandaises de Tocane (Dordogne). Résultat: une musique terriblement entraînante, mélancolique souvent (comme l’est la terre d’Irlande), parfois endiablée. Attachante, toujours. Ph.L.

Doolin’, Doolin’; Compass Records.

 

POP

Étrange Courtin

Étrange, original, décapant, singulier. Étonnant. Une gueule d’ange, David Courtin, équipé d’une musique électro très eighties, entraînante, grasse, un brin ringarde, propulse des textes déjantés, bien écrits, drôles, politiquement incorrects qui, au final, sont bien moins niais qu’il n’y paraît. L’étrange animal y traite de l’amour sous toutes ses formes. Il se moque de la consommation amoureuse, l’ultralibéralisme plaqué à l’affect. On dit que le clan Higelin l’adore. On pense parfois aux fausses bluettes d’Elli & Jacno ou à celles de Lio époque Jacques Duvall. Décalé et dépoussiérant. Pas mal du tout. Ph.L

Volupté des accointances, David Courtin. Believe/Differ-Ant.

 

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