«Merci patron!»: excellent!

   «Du marxisme en farce loufoque», confie François Ruffin qui dénonce les actions du richissime patron Bernard Arnault.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Merci patron!, le premier film de François Ruffin, créateur du journal Fakir, est une totale réussite. Hilarant d’un bout à l’autre, écrit avec rigueur, précision et émotion, il s’agit en quelque sorte d’une farce sociale qui dénonce les actions de Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, deuxième fortune française (37,2 milliards de dollars américains) et dixième fortune mondiale.

Que nous raconte-t-il? François Ruffin rencontre Jocelyne et Serge Klur qui connaissent d’immenses difficultés après que leur usine qui fabriquait les costumes Kenzo (du groupe LVMH) à Poix-du-Nord, non loin de Valenciennes, eut été délocalisée en Pologne. Chômage, dettes, huissiers aux trousses, ils sont sur le point de perdre leur habitation. François Ruffin – qui se met en scène à la manière d’un Michael Moore – va les trouver pour les sauver. Pour ce faire, il devient actionnaire de LVMH. Accompagné d’ex-vendeurs de la Samaritaine, d’un inspecteur des impôts belges, de la déléguée de la CGT et d’une bonne sœur très à gauche, il veut plaider le cas de Klur en pleine assemblée générale du groupe de Bernard Arnault. Son but? Emouvoir «l’immense patron» qui, lorsqu’en 2012, il demandait la nationalité belge, se fit traiter de «parasite» par l’offensif Jean-Luc Mélenchon, et de «prédateur» par François Chérèque. François Ruffin, manière de Superman, sillonne les routes de France à bord d’une camionnette sur laquelle est inscrit «I love Bernard». Au terme d’une arnaque carrément géniale, parviendra-t-il à sauver la famille Klur? Pour le savoir , courez voir ce film unique, insolite, très fort car aéré par un humour dévastateur et irrésistible. François Ruffin eût pu faire un documentaire engagé, militant et sinistre, lesté de discours de sociologues, de professeurs bien-pensants, «d’intellectuels de gôooche…» Non sans fi

François Ruffin.

François Ruffin.

nesse, il a évité cet écueil. C’est pour cela que son film fait mouche. «C’est Borat qui aurait lu Le Capital», sourit-il. Les Klur crèvent l’écran car ils balancent, et mettent leurs tripes sur la table. Sans haine, et même, souvent, avec le sourire. Une réelle complicité les unit à Ruffin. Et, en cela, Merci patron! est un film souvent touchant. Et génialement marxiste. C’est le film de la vraie gauche et des gens d’en bas. Ça fait un bien fou.

PHILIPPE LACOCHE

CINEMA La lutte des classes remise à flot

Dominique Leborne interprète son propre rôle dans cet excellent film.

Dominique Leborne interprète son propre rôle dans cet excellent film.

« Tempête est un film sur les classes et l’ascenseur social. Aujourd’hui en France, sept fils de prolos sur dix resteront prolos.  » Dans le fond d’un buffet, on aperçoit un pot en grès Ricard ; il y a aussi une scène de tatouages. Un film sur la lutte des classes, Tempête ? C’est peu de le dire. L’univers du réalisateur Samuel Collardey (auteur notamment du très remarqué L’Apprenti, en 2008) est bien loin de celui de Bernard Arnault. A ce propos, il existe un cousinage avec le film Merci, Patron !, de François Ruffin, qui sort également aujourd’hui. Même critique sous-jacente de la société ultralibérale ; même façon de procéder : un docu-fiction dans lequel la réalité dépasse la fiction. La réalité sert même de matière première très naturelle à la dramaturgie. Dominique Leborne, marin pêcheur des Sables d’Olonne, en Vendée, et ses enfants, Mailys et Matteo, interprètent leurs propres rôles. Dominique ne rentre que quelques jours par mois à terre. Malgré ses longues absences, il a obtenu la garde de ses enfants. Il fait tout pour être un père à la hauteur. Mais la vie n’est pas si simple. Dominique et ses enfants crèvent l’écran. Collardey filme comme Ken Loach. Très réussi ; très émouvant.

Ph.L.

 « Ce film permet de rendre visible une France invisible »

François Ruffin vient de réaliser un excellent film à la fois marxiste (dans le fond) et libertaire (dans la forme). Résultat : excellent!L’Amiénois François Ruffin, créateur de Fakir, sortira, mercredi, son premier film, Merci patron ! sur Bernard Arnault. Un film marxiste mais bardé d’humour. Totale réussite. Eclairant et hilarant.

LES FAITS

François Ruffin, créateur du journal Fakir, sortira son premier film, Merci patron !, ce mercredi 24 février. Visible notamment à Ciné Saint-Leu, à Amiens.

L’histoire ? A la manière d’un Michael Moore, il vient en aide à Jocelyne et Serge Klur, salariés licenciés de leur usine de Poix-du-Nord,  qui fabriquait des costumes Kenzo (groupe LVMH, de Bernard Arnault) et qui vient d’être délocalisée en Pologne. « Ces David frondeurs pourront-ils l’emporter contre un Goliath milliardaire ? », s’interroge Ruffin.

Le samedi 12 mars, à 14h30, devant le Palais de justice d’Amiens, Fakir organise »le réveil des betteraves ». « Après les bonnets rouges bretons, voici les betteraves rouges picardes. » La colère gronde.

 

Quelle est la genèse de votre film Merci Patron ! ?

A l’automne 2012, je suis morose dans une France morose ; soit je fais une dépression, soit je fais un truc à la con. Donc, je fais un truc à la con, et j’enfile un tee-shirt « I love Bernard ». J’ai suivi Bernard Arnault depuis 2005, de Flixecourt, à Paris (la Samaritaine), en passant par le Nord tant pour Fakir que pour France Inter (l’émission de Daniel Mermet). Pour mon film, je me suis donc contenté de faire du repérage. Donc, tous les personnages qui sont dans mon film – sauf ceux envoyés par LVMH – , je les avais déjà rencontrés plusieurs fois, sans savoir, bien sûr, que j’allais faire un film ensuite.

L’arme de ce film, c’est l’humour. Pourquoi ?

Je suis, certes, animé par la colère. Je fais Fakir depuis 1999 ; je suis à Amiens et, depuis seize ans, on constate des délocalisations (Yoplait, Abelia, les chips Flodor, Whirlpool, etc.) ; je suis animé par ça. L’emploi est délocalisé en Pologne, de Pologne en Bulgarie… On en arrive à un truc qui relève à la fois de l’humour et de l’obscénité. Une telle obscénité devient comique. C’est Ubu qui fait de l’économie, quelque part… Quand on constate que l’an dernier, Bernard Arnault a gagné 463 000 années de salaires d’une ouvrière couturière ; c’est comme si cette couturière faisait des costumes depuis l’âge des cavernes et le début de l’Homo erectus pour avoir le salaire d’une année de Bernard Arnault. Ce type d’image est à la fois obscène et drôle. Si je viens crier ma colère aux gens, certains vont se sentir rejetés, en dehors. L’humour, lui, est beaucoup plus inclusif. Plus universel.

Comment avez-vous rencontré le couple Klur qui, dans le film, crève littéralement l’écran ?

J’étais déjà intervenu en assemblée générale de LVMH avec la déléguée CGT et tous les salariés se trouvaient à l’extérieur de la salle, dont les Klur. C’était donc une première rencontre furtive avec les salariés. Ensuite, je suis retourné voir – pour l’émission Là-Bas si j’y suis, de France Inter – ce qu’étaient devenus les salariés. A cette occasion, j’ai rencontré les Klur. Je me suis fait cette même réflexion : « Ils crèvent le micro ! ». Je me suis dit que ce qu’ils disaient était poignant, très fort, et d’une simplicité à crever. Lorsque j’ai eu l’idée de mon film, je me suis dit que s’ils crevaient le micro, ils allaient crever l’écran. De fait, ce sont des interprètes formidables. C’est certainement ce que peut permettre ce film : rendre visible une France invisible, de la rendre attachante, et de montrer que, même lorsque l’on croit que les gens sont abattus, ils gardent encore des ressources : ils peuvent faire preuve d’humour, être rusés…

Dans quelles conditions êtes-vous devenu actionnaire de LVMH ? C’est épatant !…

En 2007, toujours pour l’émission de Mermet, je fais un entretien avec un petit actionnaire ; même si c’est un petit capitaliste, il a l’habitude d’aller, en assemblée générale, embêter les grands patrons. Il m’explique comment on fait pour prendre une action, et à partir du moment où l’on est actionnaire, le PDG est obligé de prendre votre question et d’y répondre. Juste après ça, je rencontre la déléguée CGT (les emplois sont en train d’être supprimés par LVMH). On s’est donc dit qu’on allait prendre une action. On l’a fait et c’était un moment formidable.

Quelles sont les fonctions exactes du personnage que vous surnommez « le commissaire » dans le film, et dont le visage est flouté ?

Ses fonctions ne sont pas très bien déterminées. Il est l’un des responsables de la sécurité chez LVMH. Quelle est sa fonction exacte ? A définir. Car sa société n’est pas salariée de LVMH ; elle intervient de façon extérieure. C’est cette société qui fait entrer « le commissaire » à l’intérieur de la boutique. Ce n’est pas clair ; on peut dire qu’il est l’un des responsables de la sécurité.

Pourquoi l’appeler « le commissaire » ?

Je tiens à préserver son anonymat. Donc son nom est masqué dans le film ; son visage est flouté. Je l’appelle « le commissaire » car c’est un ancien commissaire divisionnaire des renseignements généraux. Il m’a établi la liste de sa carrière.

Que pensez-vous, tout au fond de vous-même, de Bernard Arnault ?

C’est comme un géant qui écrase. Quand on traverse une pelouse, on ne se rend pas compte qu’on écrase des fourmis. L’ordre économique est fait de la même manière. Ce sont des gens qui possèdent des milliards et qui jouent au Monopoly. Ils jouent avec la vie des gens. Ils ne se rendent pas compte, et tout est fait pour qu’ils ne se rendent pas compte de la violence qu’ils produisent. Le lien entre la vie des Klur et la décision de Bernard Arnault, on la voit dans le film. Je serai favorable à l’établissement d’une loi – pas une loi qui renverse le capital – mais une loi qui fait prend conscience aux patrons de la violence qu’engendrent certaines de leurs décisions. Quand le PDG de Goodyear décide de supprimer 1100 emplois, il devrait être contraint de faire 1100 entretiens individuels, et revenir deux ans après pour voir ce que sont devenus ces ex-salariés licenciés. Car tant qu’on manipule des chiffres sur un tableau, c’est facile ; ça l’est moins quand on a des gens en face de soi ; ça prend une autre gueule.

Il n’y a pas de haine dans votre film ; c’est aussi ce qui fait sa force. Est-ce voulu ?

J’ai construit le film comme ça. Mais, au fond de moi, il y a des moments où je bous de colère, et j’ai envie de donner des coups de poings dans la tronche. Le film, sur le plan artistique, est donc une conversion ; ce que l’on peut porter comme tristesse, il faut le transformer en joie. Et ce que l’on porte colère, il faut le transformer en autre chose. Mais sur le plan économique, tu te dis : « Quelle catastrophe ! »

Votre film est marxiste dans son fond ; il est libertaire dans sa forme. C’est habile dosage. Que pensez-vous de cette analyse ?

Vous me fournissez là, une analyse que je risque de répéter régulièrement dans les débats. Le slogan de Fakir, est « sérieux sur le fond, drôle sur la forme ». Je dis que je suis Groucho-léniniste. Il y a toute une pensée qui n’est pas mise en avant dans le film mais qui existe quand même. Effectivement, la forme du film est assez libertaire. C’est un film qui bouscule un peu les syndicalistes sur la manière de faire ; mais en même temps, ils l’acceptent. Ils sont tellement en panne d’imagination ; ce film cherche à apporter de la joie, une respiration, de l’oxygène dans tout ça. Je trouve votre analyse marrante, intéressante.

Combien a coûté votre film et dans quelles conditions l’avez-vous réalisé ?

Ce sont les abonnés de Fakir qui ont payé. Le coût était de 40 000 euros. On a payé monteur, cadreur et preneur de son. A cela s’ajoute le camion ; donc un budget de production de 40 000 euros ce qui n’est pas énorme, le tout financé par la trésorerie de Fakir. Pour terminer le film, il a fallu payer les droits musicaux. J’ai donc cherché un producteur. J’ai tout fait pour que le film sorte du ghetto ; on aurait pu faire de l’autoproduction et de l’auto distribution.  J’ai donc opté pour un producteur normal qui m’amène vers un producteur normal. Le producteur était persuadé qu’il bénéficierait d’un soutien du CNC car tous ses films avaient, jusqu’ici, bénéficié d’un soutien du CNC. Or, le premier film qui ne reçoit rien du CNC, c’est le nôtre.

Comment expliquez-vous cela ?

Ils n’ont pas à se justifier. Le réalisateur des Nouveaux chiens de garde, Gilles Balbastre, a fait paraître un article sur les liens qui uniraient la fondation LVMH et le CNC. Moi, je n’affirme rien en ce sens, mais ce sont des couilles molles. Pour moi, c’est une péripétie ;   nos lecteurs ont envoyé 60 000 euros.  Ça prouve encore une fois qu’on peut réussir en animant les gens. Le film existe ; l’histoire du CNC n’est qu’une péripétie.

Une vraie relation se tisse, au fil du film, entre le faux fils Klur (que vous interprétez à l’écran) et le fameux commissaire. De quelle nature est cette relation ?

Ça va bien au-delà de ce qu’on peut voir à l’écran ; en fait, j’ai la matière pour faire deux films. Le deuxième film pourrait être centré sur cette relation. Le commissaire propose à « mon Jérémy Klur » d’entrer dans la gendarmerie. De mon côté, j’invente tout un personnage avec « mon Jérémy » ; je confie lui que je fais des crises d’épilepsie, donc que je ne peux pas entrer dans la gendarmerie ; il me propose de rentrer dans la société des champagnes Vuiton. Je bâtis un personnage relativement dostoïevskien ce qui engendre des aventures assez rocambolesques. Il y a un rapport quasiment filial qui se construit par téléphone. Paternel et filial. Le commissaire se rend compte que « mon Jérémy » est un peu bizarre dans cette famille. Il veut lui donner une chance de sortir de son milieu social, et de s’épanouir.

Le fond du commissaire est bon et généreux, au final.

Je trouve effectivement que c’est un personnage très ambigu. C’est ce qui fait le charme du film ; ce n’est pas une thèse. Finalement, le seul acte généreux de Bernard Arnault (qu’il aura fait dans son existence), va faire conduire à ce qu’on se moque de lui. Nous, nous produisons un rapport de force qui est bâti sur une fiction. Parfois, des gens dans les salles me disent beaucoup mal de mon commissaire, mais moi je l’aime beaucoup. Mais, c’est vrai que sa fonction qui est d’acheter les syndicalistes, ce n’est pas formidable… Il n’empêche que j’aime sa manière de parler ; je l’adore. Il y a une différence entre le discours et la vie.

Quels sont vos projets ? Travaillez-vous sur un nouveau film, un livre ?

Non. Je ne suis pas réalisateur ; j’ai fait un film par inadvertance. Je ne dis pas non plus que je n’en ferai plus jamais. Je pense que ce film détient une certaine magie et une grâce qui ne sont pas reproductibles. Si je recommence quelque chose, je vais être déçu et je vais décevoir tout le monde. Ici, il y a une mayonnaise qui a pris. Mon travail continuel est celui de Fakir. Moi, je cherche des modes d’intervention originaux dans la vie publique. Ce film est un mode d’intervention original. Le 12 mars prochain, on va tenter de faire le Réveil des betteraves en Picardie, ce pour tenter de mettre de l’animation dans la vie publique picarde. On ne peut pas avoir un Front national avec 42 à 43 %, et être indifférent, résigné et laisser les gens s’enfoncer dans le désarroi. Je ne dis pas que ça marchera. Sur le plan personnel, je ne peux pas refaire un film.

Comment le film est-il reçu jusqu’ici ?

Les salles sont enthousiastes. Ce n’est pas à moi de le dire, mais il faut entendre les rires et les applaudissements ! Il y avait 800 personnes à Paris pour venir voir le film. On a refusé deux cents personnes. Ma fierté, c’est que ce film touche les intellectuels, certes… mais, chez moi, je suis en train de refaire le rez-de-chaussée dans ma baraque, à Amiens ; eh bien, j’ai invité le peintre, le carreleur, l’électricien, à venir voir le film. Ils sont venus et m’ont dit merci les yeux rougis. Ils ne seraient pas venus d’eux-mêmes dans un cinéma d’art et d’essai. Ils m’ont demandé de continuer mon métier et de ne pas me mettre au bricolage. Ce film intéresse les intellectuels mais aussi le peuple ; pour moi, c’est une très grande fierté.

Propos recueillis par

                                                        PHILIPPE LACOCHE

Les coulisses de Michel Drucker sur les planches

Michel Drucker présentera son one-man-show à l’Auditorium d’Amiens, le 12 février prochain. L’une des toutes premières dates de sa première tournée. Interview.

Vous avez édité de nombreux livres de souvenirs. Pourquoi ce one-man-show aujourd’hui ?

Michel Drucker : Il y a très longtemps que je pense à ça. Je veux absolument savoir ce que ressentent les gens que je présente depuis des années. Les gens qui se produisent seuls sur scène. De nombreux copains me disaient qu’il était dommage que je ne raconte pas sur scène ce que je leur raconte souvent à l’issue d’un bon diner. Et le déclencheur – et je le dirai sur les planches – j’ai été assailli de coups de fil de la presse parisienne pour mes cinquante ans de carrière. Et il y a eu fin 2014, les cinquante ans de l’INA. Ils m’ont souhaité bon anniversaire car ils m’ont rappelé que j’avais l’âge de l’ORTF, créée en 1964. A cette occasion, l’INA s’était associé à Télé Magazine pour un grand sondage et une exposition dans un train itinérant, un TGV qui allait dans une dizaine de gares où il restait une journée ou deux. Le but était de revisiter tout ce qui s’était fait à la télévision. L’INA, France télévision, Télé Magazine se sont donc associés pour célébrer ensemble cinquante ans d’ORTF. Il y avait un wagon au milieu. Ce fut à cette occasion qu’ils me confièrent qu’il existait 5 000 heures d’images me concernant. Ca m’a semblé surréaliste ! Ils avaient mis ma photo sur l’un des wagons. Ca faisait un peu nécrologie toutes ces célébrations. Ils m’ont également fait savoir que j’avais été élu figure emblématique de la télévision avec Léon Zitrone, Jacques Martin et Guy Lux. Le président de France Télévision, de l’époque, Rémy Pflimlin, m’a proposé de faire une grande soirée. Subitement, j’ai eu l’impression qu’on célébrait  mon départ. Il y a avait un côté hommage posthume, ça sentait le sapin. Ca avait un côté César d’honneur, l’acteur qui n’a jamais eu de César et auquel on en octroie un en fin  de carrière… J’ai donc dit au président : « Vous êtes gentil, mais il y a déjà eu un film tiré d’un de mes livres. » A peine étais-je rentré chez moi qu’un journaliste du Parisien-Aujourd’hui en France me dit qu’à l’occasion du Salon des Séniors, le journal sortait un sondage le lendemain ; il m’annonce que je suis le sénior préféré des séniors. J’ai alors ressenti l’impression que ça sentait l’hommage posthume. J’ai dit à ma femme : « Est-ce que tu sais que tu es mariée avec un vieux, car à l’occasion d’un sondage, il apparaît que je suis le sénior auquel les séniors veulent ressembler ? » Je lui dis : « Johnny était l’idole des jeunes ; moi, je serais l’idole des vieux. » Je me suis enfermé tout un week-end et j’ai dit au président de France Télévision : « Non, je ne tiens pas à me regarder le nombril et voir défiler toute ma carrière avec toute une série de gens célèbres que j’ai présentés. » Je me suis dit : il y a mieux à faire ; je vais marquer le coup ; je vais réfléchir. Et puis… je garde chez moi toutes les photos de gens célèbres que j’ai interviewés, je les gardais aussi pour ma mère, et j’ai commencé à m’enfermer dans mon bureau avec ces photos. Et je songeais : « Mais ce n’est pas possible, là, c’est moi en 1964 ?… C’est moi avec bin, c’est moi avec Charles Vanel… avec Michèle Morgan, avec de Funès… C’est moi avec Christine Caron… c’est moi avec Guy Béart… C’est moi avec Anquetil… c’est moi avec Poulidor… » Bref… je me suis dit, j’ai une meilleure idée que ça : « Je vais aller devant le public pour raconter tout ça. » Je vais leur dire : « Pour en avoir le cœur net, on va appuyer sur la touche pause ; on va vider le disque dur. On va voir si on a vécu tout cela ensemble… car mes souvenirs sont les vôtres. Et moi je vais vous raconter ce qu’on a vécu ensemble, mais par l’envers du décor, par la coulisse. »  Le spectacle est né comme ça. Donc pendant une heure et demie  (j’ai du mal à faire tenir tout ça en une heure et demie, donc j’ai choisi les moments importants qui vont rappeler des souvenirs aux gens ; comme un album photos qu’on feuillette ensemble). Derrière moi, seront projetées des photos en noir et blanc qui vont jalonner tout ça… je vais parler de mes années soixante, de mon Zitrone à moi, de mon Couderc à moi, mon Chapatte à moi, mon Hallyday, mon Belmondo… Mon Chirac à moi, mon Mitterrand, mon Giscard… Je survole ainsi cinq décennies avec des photos qui arrivent derrière moi à des moments précis. Et je rends aussi hommage à ceux qui nous manquent, à ceux qui me manquent ; tous ceux que j’ai connus et qui ne sont plus là. Car quand on a autant d’heures de vol, j’ai découvert que mon jardin secret était un cimetière. Il y a un très nombre de personnes qui sont parties, les derniers en date étant Michel Delpech et Michel Galabru. Je vais donc rendre hommage à une quinzaine de gens qui nous manquent. A ma manière ; je dirai un mot à chacun : un mot à Berger, un mot à Poiret, à Serrault, à Balavoine, à Annie Girardot, à Romy Schneider… à tous ces gens-là.

Y aurait-il du son ?

Il y aura quelques extraits mais très peu.

Avez-vous testé ce spectacle dans d’autres villes ?

Non, je n’ai rien testé encore. Une fois, je suis allé à Aix-en-Provence, au salon du livre où là j’ai expliqué pourquoi j’allais faire ce spectacle. Je me suis expliqué pendant une heure ; les gens étaient très attentifs. Je ne suis pas rentré dans le détail car j’avais peur des réseaux sociaux et j’avais peur de retrouver tout mon spectacle sur Internet.

Quand commence votre tournée ?

Elle commence le 29 janvier, à Rennes. Je jouerai mon spectacle dans trente villes.

Rennes, ce n’est pas anodin pour vous.

C’est exact ; c’est là que j’ai passé ma toute petite enfance dans un village, près de Rennes, au côté de ma mère ; nous étions cachés. C’est donc symbolique. Rennes, ce sont les premières années de ma vie. Je jouerai à Rennes les 29 et 30 ; ensuite, j’irai à Tours ; là encore c’est symbolique car c’est à Tours que mon père est arrivé d’Europe centrale dans les années Trente. C’est là que mon frère a fait sa médecine, où il a pris sa retraite ; Tours est aussi une ville qui me tient à cœur. Ensuite, j’irai à Amiens, Lille, La Baule, etc. La tournée se terminera fin avril à Vichy le 30 avril. Ce sont souvent des théâtres à l’italienne qui contiennent 500 à 700 spectateurs. Fin septembre-début octobre, je serai aux Bouffes-Parisiens.

C’est à Rennes que votre mère a été sauvée par le père de Patrick Le Haye.

Ma mère a failli être arrêtée par la Gestapo sur le quai de la gare de Rennes, en 1942. Le père de Patrick Le Haye était un fin lettré ; il comprenait  et parlait l’allemand. Il s’est fait passer pour père ; d’où ma présence à Rennes.

Dans ce spectacle, allez-vous revenir sur vos origines juives ?

Non, pas du tout. Le spectacle évoque ma carrière télé. J’ai beaucoup parlé dans mon livre de mes origines.

Notre région, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, vous a marqué. Vous avez effectué votre service militaire à Compiègne dans la caserne où votre père avait été interné.

J’ai fait mes classes dans cette caserne, dans l’un des baraquements qui sert de mémorial. C’était là que se trouvait l’infirmerie. C’est une histoire folle, dont j’ai parlé dans mon livre. Je suis allé, il y a quelques années, à l’inauguration du mémorial de la Déportation, à Compiègne. C’est très émouvant. Quand j’ai visité le mémorial de la Shoa à Paris, et le mémorial de Drancy, c’était encore plus incroyable. J’ai visité le camp Drancy ; ce sont maintenant des logements sociaux qui ont la même configuration qu’à l’époque. Rien n’a bougé. Mon père était à Drancy après Compiègne. A l’époque de mes classes, je n’ai pas mesuré ; je n’avais que 18 ans. Ca a fait un choc terrible à mon père. Après, j’ai gambergé, et quand j’ai visité le mémorial plusieurs années après, à mon tour ça m’a fait un choc terrible.

Irez-vous visiter les camps de la mort (Auschwitz) ?

Oui, bien sûr ; je l’explique dans mon dernier livre.

Avez-vous toujours votre maison près de Gournay-en-Bray ?

Oui, toujours, c’est ma fille qui y habite.

L’Institut national de l’audiovisuel (INA) possède, disiez-vous, 5000 heures d’images vous concernant. Si on vous proposait de n’en montrer qu’une, de quelle séquence s’agirait-il ?

Sur scène, il n’y aura que cinq à six minutes d’images, mais beaucoup de photos. Ces images amènent des anecdotes que les gens ne connaissent pas. C’est l’envers du décor. Parmi, ces images, il y a aura

Michel Drucker : enfin sur scène pour raconter ses souvenirs.

Michel Drucker : enfin sur scène pour raconter ses souvenirs.

et Serge Gainsbourg ; c’est le document de ma carrière ; c’est aussi le document le plus demandé à l’INA. Il repasse en boucle en permanence ; je vais raconter la coulisse de cet événement. Je vais donc parler de mes débuts, de Zitrone, de mes débuts dans le journalisme sportif des années soixante ; je vais parler de Jacques Martin à qui j’ai succédé le dimanche après-midi. Je prendrai aussi quelques extraits de Champs Elysées. Mais l’extrait Houston-Gainsbourg est le plus impressionnant. L’extrait de mes débuts aussi, il y a cinquante et un ans. J’étais encadré par Couderc et par Zitrone. Le document, ils ne l’ont jamais retrouvé à l’INA mais il y a la photo.

Vous avez également rencontré Jimi Hendrix ?

Oui, j’ai fait une émission avec lui ; nous avons partagé la même loge. Il accordait sa guitare ; c’était tout à fait extraordinaire. C’est plus tard que je me suis rendu compte que j’avais rencontré une légende. C’étaient deux planètes différentes dans la même loge. Avec Joe Cocker, c’était également gratiné. C’était le Cocker de la première époque. C’était des gens très particuliers. C’est plus tard que j’ai pris conscience de leur importance…

Et David Bowie, vous l’avez rencontré ?

Oui, plusieurs fois. J’ai également rencontré The Cure.  Je me rends compte maintenant que j’ai vécu une vie très dense ; je m’en rends compte seulement car je ne regarde pas dans le rétroviseur. Et aujourd’hui beaucoup de gens me parlent souvent de ça. C’est pour cela que j’ai décidé de raconter tout ça sur scène.  A mon avis, il y aura d’autres spectacles.  Il y aura un deuxième plus tard, en tout cas car j’ai tellement de choses à raconter sur ce métier. Pour l’instant, j’ai fait un survol des choses fortes avec les politiques, Johnny, Belmondo, Delon… avec ceux qui sous-tendent ma carrière et qui ont eu des carrières longues. Certaines émissions autour de politiques ont été réalisées de façon assez particulière. Je me tourne également en dérision ; je parle de mes rapports avec ma mère et mon père ; de Céline Dion…

Michel Onfray vous apprécie beaucoup. Cela vous surprend-il ?

J’ai été très surpris et ému. VSD a fait trois pages sur moi, et ils ont appelé Michel Onfray. Il a dit que j’étais l’un des hommes de télévision préférés de son père.  Je suis allé dans le village de Michel Onfray ; c’était la première fois que je parlais devant mille personnes. Il m’a dit que je devrais continuer : « Car vous êtes un conteur. » Les gens m’ont écouté pendant une heure et quart. La Normandie nous rassemble. Lui, c’est Argentan ; moi c’est à 60 kilomètres d’Argentan. C’est un personnage passionnant.

Que pensez-vous du jeunisme ? Certains disent que vous pourriez  être poussé vers la porte de sortie. Qu’en est-il ?

Ce n’est pas aussi clair que ça, mais les nouveaux dirigeants de France Télévision, pour employer leur formule, veulent rajeunir les marques. Ca a commencé par Julien Lepers ; j’espère que ça ne va pas trop s’accélérer. J’ai eu une conversation très franche avec eux, il y a peu de temps, je pense qu’ils veulent effectivement rajeunir les marques. Mais toutes les personnes qui ont été écartées dernièrement l’ont été car, selon les dirigeants, leurs émissions étaient sur le déclin. Claire Chazal a été écartée car le journal télévisé avait perdu de l’audience. Je pense que même si les patrons de chaînes veulent rajeunir les marques, ils ne sont pas assez fous pour arrêter les émissions qui marchent. Mais c’est vrai qu’ils veulent rajeunir la structure de France 2 et de France Télévision. Les jeunes ne regardent pas la télévision traditionnelle ; ils sont sur les réseaux sociaux, sur Internet, sur leurs tablettes ; ils ne regardent pas la télévision. Moi, s’ils me connaissent, c’est parce qu’ils passent dire bonjour à leur grand-mère et qu’ils m’aperçoivent dans Vivement Dimanche. Pour répondre totalement à votre question, c’est peut-être un peu présomptueux de ma part, mais je pense que je n’ai pas tout dit. Je ne pense pas que les gens me ressentent comme un vieux de la télévision bizarrement. Même si je suis dans la soixante-quatorzième année et qu’apparemment, je ne les fait pas. Quand je fais des selfies avec des jeunes  de 25 ans ou leurs mamans, à l’aéroport, je n’ai pas l’impression qu’ils me regardent comme un vieux monsieur. Je pense donc que je n’ai pas tout dit ; mon one-man-show va beaucoup surprendre. J’aime parler aux gens ; j’aime aller vers eux. Je pense que j’ai un rapport assez fort, assez proche et affectif  avec ce pays, comme le souligne Michel Onfray, ce à travers deux ou trois générations de téléspectateurs. Je ne suis pas reçu comme quelqu’un faisant partie des élites cultivant le parisianisme ; je suis un provincial comme Michel Onfray. Lors de l’enregistrement de ma dernière émission, 95% des gens dans la salle venaient de province ; 35 villes de petite ou moyenne importance étaient représentées. J’ai un rapport très fort avec la province ; j’ai sillonné la France comme reporter sportif, à RTL, dans les émissions décentralisées, à Europe 1 pendant des années. Moi, j’ai fait de la télévision, mais tout le monde oublie que j’ai fait beaucoup de radio… J’ai fait une dizaine d’année à RTL ; c’est moi qui ai lancé un jeu – qui n’a pas duré longtemps, et qui s’appelait La Valise RTL. J’ai fait deux fois cinq ans à Europe. Je ne suis pas reçu comme quelqu’un d’issu des milieux parisiens. Comme dirait Coluche : des milieux autorisés. C’est pour ça que le public est fidèle à mes émissions. J’ai changé souvent d’émissions qui n’avaient rien à voir : Champs Elysées n’avait rien à voir avec Vivement Dimanche. Ces émissions ont duré assez longtemps ; Vivement Dimanche est en train de battre des records puisqu’on en est dans la dix-huitième année. On va peut-être rejoindre Martin qui en a fait vingt-deux. On me demande le 23 janvier de présenter un show du samedi soir, en hommage à Michel Delpech… j’ai fait les Johnny Hallyday, que j’ai fait la Nuit des héros de la médecine à la Salpêtrière… On m’a appris à être polyvalent. Avec tout ce que je sais faire, je veux croire que je serai encore là pour quelques années. Mais c’est vrai que le vent du jeunisme, je le sens. Mais quand ça s’arrêtera, je n’aurai pas à me plaindre car faire cinquante ans de carrière, c’est inimaginable. Il est même question que Vivement Dimanche soit un peu plus long. On me propose plein de choses. Donc, le jeunisme, je le sens, mais je ne me sens pas visé car ma meilleure garantie, ma meilleure assurance-vie, c’est le public qui suit mes émissions avec une grande fidélité, et c’est pour ça que je vais le voir en province pour l’en remercier.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Éclairant Jean-Marie Rouart…

Il dresse le portrait de quelque 120 écrivains qu’il a adorés, et nous donne à lire des extraits du meilleur de leurs œuvres. Succulent.
Il est peu courant qu’un gros livre soit un grand livre (A la recherche du temps perdu, Proust; Le Vicomte de Bragelonne, de Dumas; Guerre et paix, de Tolstoï; Les Misérables, de Hugo; etc.) Ces amis qui enchantent la vie (quel joli titre!), de Jean-Marie Rouart, en est un. Il est gros (906 pages), et grand (passionnant, sensible et didactique; utile, terriblement utile. Et tellement littéraire et poétique!) Il est sous-titré Passions littéraires. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, est un gros lecteur (boulimique) et un grand lecteur (attentif, éclairé, éclairant, transmetteur, fraternel). C’est un excellent connaisseur de la littérature. Ce livre, qui propose des portraits d’écrivains choisis, des manières de préfaces passionnées, passionnantes, gourmandes, joyeuses, et des morceaux choisis de leurs œuvres, n’est rien d’autre, comme l’indique l’éditeur en quatrième de couverture, «le fruit d’une longue histoire d’amour». Il les classe par chapitre délicieusement subjectifs: «Les soleils païens» (Rabelais, Restif de la Bretonne, Casanova, Nietzsche, Maupassant, Colette, D.H. Lawrence, Henry Miller, etc.), «Les magiciens» (Toulet, Louÿs, Cocteau, Gary, Blondin, Zweig, Delteil, Aymé, etc.), «Les cœurs en écharpe» (Musset, Apollinaire, etc.), «Les amants malheureux de l’Histoire» (Bernis, Stendhal, Barrès, Zola, Drieu la Rochelle, Morand, Déon, etc.), «Les bourlingueurs de l’infini» (Loti, Cendrars, Hemingway, etc.), «Beaux et grands esprits» (Voltaire, Jean d’Ormesson, etc.), «Les fracasseurs de vitres» (Rousseau, Céline, Bernanos), «Voyeurs, pervers, nymphomanes» (Sachs, Anaïs Nin, etc.), «Les moitrinaire» (sublime néologisme! Léautaud, Gide, Nourissier, Houellebecq, Sollers, etc.),

Jean-Marie Rouart. (Photo : P. Matsas.)

Jean-Marie Rouart. (Photo : P. Matsas.)

«Les monuments qu’on visite» (Balzac, Hugo, Flaubert, Simenon, etc.). Et bien d’autres chapitres dans lesquels il n’oublie pas Baudelaire, Giono, Modiano, Bloy, Léon Daudet, Nizan, Nimier et Radiguet. Livre fort, livre émouvant, notamment quand il se demande l’intérêt de Tolstoï pour la franc-maçonnerie n’a pas été de nature à sa propre conversion «à la religion d’Hiram». Et lorsqu’il constate, un peu triste que des continents entiers de littérature resteront ignorés du lecteur avide. On adorera le portrait de Restif ( » il a troussé plus de femmes que de livres»), celui de Casanova (le mythe de l’aventurier; le bourgeois naissant qui doit tout à son mérite personnel et «fait la nique aux aristocrates»). De Cocteau, il dit si justement, qu’il est «un clavecin égaré au milieu du jazz», et de Marcel Aymé qu’il est un poète «qui n’a pas coupé les amarres avec le réalisme». Oui, ce livre est succulent, génial et sublime. Et, chose essentielle, il permet de goûter aux écrivains qu’on ne connaît pas encore. Merci, Jean-Marie Rouart!
PHILIPPE LACOCHE
Ces amis qui enchantent la vie, Passions littéraires, Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, Robert Laffont, 906 p.; 24 €.

Le Bonjour de Philippe Lacoche

Où sont les bars? «Où sont les femmes», chantait-on il y a quelques années. De ce côté, ça va. J’en ai croisé quelques-unes, pas mal du reste. Accortes, joviales. La Picarde se défend bien. En revanche, où sont les bars? Je me baladais avec Lys, par une belle soirée d’été, dans la campagne Lacoche-Clope-Fred Haslin-Novembre 2014à l’ouest d’Amiens. Je voulais lui payer un verre à la terrasse d’un bistrot. Nous avons parcouru des kilomètres, traversé de charmants bleds. Pas un bistrot; pas une terrasse. Dans les sixties, il y avait un bistrot par habitant. Nostalgie. Ph.L.

Dame Felicity Lott aime « le champagne » de la langue française

 

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La charmante et délicieuse Felicity Lott sera, ce jeudi soir (9 juillet 2015) au festival de Saint-Riquier.

La grande chanteuse soprano anglaise, très francophile, sera en concert au festival de Saint-Riquier, ce soir, jeudi.

Elle adore la France et ne s’en cache pas. Elle chante avec délicatesse et un immense talent les plus grands compositeurs français sur les scènes des plus grands opéras. Une très grande dame au charme indéniable.  Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Enfant et adolescente, vous avez appris le piano et le violon. Finalement, vous avez opté pour le chant, à l’âge de 12 ans. Pourquoi ?

J’ai toujours chanté, bien avant de commencer à jouer du piano. A l’âge de deux ans, j’ai enregistré et gravé un petit disque avec deux chants de Noël que j’ai offert à ma grand-mère. C’est ma mère qui m’avait emmenée dans un studio de Cheltenham où je suis née. Je possède toujours ce petit disque en vinyle. Il comprenait deux chansons dont « Away in a manger ».

On dit de vous que vous êtes « la plus francophone des sopranos britanniques ». Qu’est-ce qui vous attire tant dans notre pays ?

Tout m’attire dans votre pays. La langue française d’abord. Et puis j’ai visité le pays quand j’avais 12 ans. Lens d’abord car j’ai une cousine qui habite dans le Pas-de-Calais. Ensuite je suis allée à Annecy car Cheltenham est jumelée avec cette ville. Il s’agissait d’un échange. J’avais 15 ans. J’apprécie aussi la culture, la poésie et la musique française je ne connais pas encore à ce moment-là. J’ai également été assistante d’anglais dans le lycée mixte de Voiron, près de Grenoble où j’ai suivi des  cours avec un très bon professeur de chant, ce qui a changé ma vie. J’avais 21 ans. Mes 21 ans, je les ai fêtés à Voiron.

Grenoble, était-ce par hasard ou pour Stendhal ? Et avez-vous aimé cette ville ?

A ce moment-là, j’étais Voiron. Je suis allée à Grenoble pour mes cours de chant. J’ai même chanté dans le chœur du Conservatoire pour l’ouverture des Jeux Olympiques, en 1968. J’ai toujours l’hymne olympique, chez moi,  dans tiroir. En fait, c’est la montagne que j’aimais. C’était tout nouveau pour moi, tout ça…

Vous avez interprété notamment Haendel, Mozart, Strauss, Offenbach, Gounod, Reynaldo Hahn, Fauré, Chausson, etc. Lequel préférez-vous et pourquoi ?

Impossible à dire ; ça fait partie du charme de la vie : pouvoir apprécier tous ces compositeurs, et interpréter des choses aussi différentes. La seule chose qui les rassemble c’est l’importance qu’ils attachent à la parole. Le livret est important pour moi. J’ai commencé par Mozart,  puis Strauss… dans l’œuvre de Strauss on se demande si c’est le texte est plus important que la musique. Ou l’inverse. C’est l’ensemble qui créé la magie ; quand le compositeur met en musique, c’est ça qui bouleverse. J’adore la poésie française : Victor Hugo, Vigny, Verlaine, Apollinaire, Eluard. J’ai découvert de nombreux poètes grâce à la musique.

Votre accompagnateur préféré au piano est Graham Johnson. Parlez-moi de lui, s’il vous plaît.

Nous nous sommes rencontrés quand nous étions étudiants à la Royal Academy of  music, à Londres ; il est extraordinaire. C’est  une encyclopédie vivante incroyable ! Il possède une très grande culture. C’est un autodidacte. Il est né en Rhodésie; il est venu en Angleterre quand il avait 17 ans ; il est curieux de tout. De la littérature aussi. Il aime beaucoup la musique française (il a écrit un livre sur Fauré). Par ailleurs, il a écrit  trois tomes immenses sur les lieder de Franz Schubert. Il aime également  la poésie allemande. Il a fait de très nombreux récitals.

En 1996, vous avez été anoblie par la reine du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti ?

Je pense que j’étais très fière ; c’est le prince Charles qui présidait la cérémonie. Cette distinction, c’est un peu comme la Légion d’honneur. Un remerciement de l’état ; oui, j’étais très fière mais ma maman encore plus…

Vous êtes née à Cheltenham, cinq ans après Brian Jones, fondateur des Stones. L’avez-vous connu ou croisé ?

J’étais en classe avec sa sœur, Barbara, un peu plus jeune que moi. A cette époque, j’étais très studieuse ; je chantais dans le choeur de l’église. Et je dois avouer que j’étais plus Beatles que Rolling Stones.

Vous avez souvent défendu l’opérette, genre trop sous-estimé. Pouvez-vous m’en parler ?

C’est en faisant La Belle Hélène que j’avais vraiment découvert l’opérette ; avant j’avais fait La Veuve joyeuse. Ces musiques apportent le sourire. Je viens de lire un article à Offenbach ; l’auteur disait qu’il n’appréciait pas. C’est dommage pour lui. Je trouve que les traductions des textes des opérettes françaises font perdre le « champagne » de la langue.

En dehors de la musique classique, l’opérette et l’opéra, aimez-vous d’autres musiques ?

J’aime beaucoup les quatuors, la musique du piano solo, et celle des grands orchestres. J’adore Serge Reggiani (je l’ai vu deux ou trois fois en concerts). Je n’ai pas encore osé reprendre ses chansons…. J’ai un peu peur… J’ai chanté une fois « L’Hymne à l’amour », d’Edith Piaf. Avec ces voix-là, c’est très difficile à faire ; Brel j’adore. J’aime sa façon de prononcer les textes…

Qu’allez-vous interpréter au Festival de Saint-Riquier.

Je viens avec des musiciens extraordinaires que j’ai rencontrés en Inde. Ensemble, nous avons fait un concert à Genève. A Saint-Riquier, nous allons interpréter une partie de la IVe symphonie, et trois lieder de Mahler ; « La chanson perpétuelle », de Chausson ; des mélodies de Hahn, et trois petits airs d’Offenbach.

Profiterez-vous de ce déplacement pour découvrir la Baie de Somme ?

Ce sera malheureusement un déplacement express. Je tourne beaucoup. La semaine dernière, j’étais à Mont-de-Marsan en compagnie de Lambert Wilson et de la pianiste Jacqueline Bourgès-Maunoury. Je serai à Paris demain (N.D.L.R. : mardi 7 juillet), puis à Saint-Sauveur-en Puisaye, à la maison de Colette.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Le grand petit livre de Yann Moix

Après le pavé « Naissance » qui lui valut le prix Renaudot en 2013, le romancier revient avec un pétillant et charmant petit livre, plein de charme et de succulentes formules. Délicieux !
Yann Moix n’est pas seulement un excellent écrivain – certainement l’un des meilleurs, des plus sincères, des plus doués de sa génération ; il est aussi surprenant. En 2013, il nous donnait à lire le sublime et essentiel Naissance qui lui valut le prix Renaudot. Un pavé de 1152 pages, aussi lourd que le ton et le style en étaient légers et subtils. Il nous revient aujourd’hui avec Une simple lettre d’amour, la bien-nommée puisque avec ses 140 pages, elle nous semble aussi fine que du papier à lettres. Une fois de plus, on se régale. Alors que Naissance nous interpellait, emportait, irritait, broyait, malmenait telle la prose de Bloy ou de Céline, ici, on se laisse caresser, bercer, aimer, dorloter par cette vraie lettre d’amour qui pourrait nous faire penser à ce charmant petit livre de Paul Léautaud, nommé Amours. Le secrétaire général du Mercure de France, alors, s’apaisait pour se souvenir de quelques amours lointaines et défuntes. C’était tout simplement délicieux. Même impression avec cette Simple lettre d’amour de Yann Moix qui, dès la page 20, annonce la couleur : « L’amour, dit-on, est la seule chose qui vaille de naître. C’est la seule chose, symétriquement, qui nous abîme au point que nous voulons mourir. Ceux qui se tranchent les veines pour une facture d’électricité, un emploi perdu, une situation qui périclite m’apparaissent comme doublement maudits, comme doublement suicidés : ils ratent, non leur suicide, mais la raison profonde de tout su

Yann Moix, photographié à la terrasse du Rouquet, à Paris.

Yann Moix, cinéaste, écrivain. Terrasse du Rouquet- Paris. Octobre 2011.

icide. » Voilà qui est dit, balancé, tout à fait exact et sincère. Oui, tout est dit car cette lettre qu’il adresse à la femme qu’il a aimée n’a rien de niaise, de monolithique. Bien au contraire : tissée de passion, elle rue, se dresse, s’apaise, lutte, se réjouit, désespère comme le fait la passion. Passion baudelairienne. Les formules fusent, jamais gratuites : là, les larmes sont « les poèmes du corps » ; ici, un butor concupiscent qui tourne autour de l’aimée, « monté sur talonnettes, la tête jardinée d’implants » qui s’exprime « sous la dictée de cocaïne, avec les gesticulations disloquées d’un arlequin ». Un peu plus loin, un livre en lambeaux, gorgé d’eau de pluie, « dégueule d’une poche » de veston, « faisant l’effet d’un cadavre de carpe bombant son bide orbiculaire et livide, bouffi de mort, à la surface des étangs ». Ou encore – une petite dernière pour la route -, « le romantique est un propriétaire. Le don juan, un locataire. » Cet adorable grand petit livre est tout simplement une totale réussite. Même si nous les garçons, on n’en sort pas grandis : « Dès qu’une femme aime un homme, elle fabrique un infidèle. » Mesdames, vous êtes prévenues.
PHILIPPE LACOCHE
Une simple lettre d’amour, Yann Moix, Grasset, 143 p. ; 12,90 €.

POESIE Dans le noir

 

Murielle Compère-Demarcy, auteur d'un long et magnifique poème.

Murielle Compère-Demarcy, auteur d’un long et magnifique poème.

Quel beau poème! Quel beau petit objet littéraire! Coupure d’électricité est le nom du petit livre, œuvre de Murielle Compère-Demarcy, que vient de publier Jacques Lucchesi, des éditions du Port d’Attache, à Marseille. Un seul poème constitue l’opus, comme au temps des éditions de la Sirène, de Cendrars, des Dadaïstes, des Surréalistes. De la Beat Generation. C’est tout de suite à ce dernier courant littéraire qu’on pense à la lecture de Coupure d’électricité. Murielle Compère-Demarcy possède un rythme, un ton, un style bien à elle; elle joue avec les mots, les froisse, les contraints à se heurter pour mieux figurer le désordre intérieur de la narratrice. Car, il s’agit bien là d’une plongée vers les abîmes d’une grande déprime due, peut-être, au décès d’une mère. Mais ici on n’est pas chez Camus; on est chez Ginsberg ou Brautigan. Ce petit livre est un délice car, comme le souligne Jacques Lucchesi dans la préface, la voix de Murielle «est de celles qui portent haut et loin». Il a raison. Ph.L.

 

Coupure d’électricité, Murielle Compère-Demarcy, éditions du Port d’Attache (7, rue de l’Église Saint-Michel, 13005 Marseille; jlucchesi13@gmail.com); 15 p.; 2,5 €.

En famille avec Denise Fabre

La speakerine la plus aimée des Français présentera une nouvelle fois la tournée «Age tendre». Et, cette fan de la scène et du direct, adore ça, nom d’un fou rire!

La célèbre et délicieuse Denise Fabre présentera, une nouvelle fois, la tournée Age tendre, rendez-vous avec les stars qui, jusqu’à la fin de ce mois de janvier, réunira sur scène notamment Hugues Aufray, Petula Clark, Dave, Michèle Torr, Nicoletta, Plastic Bertrand, Collectif Métissé, etc. Star du petit écran, icône des Trente glorieuses, cette grande dame aux si fous fous rires a bien voulu répondre à nos questions.

L’an dernier, Michel Algay annonçait qu’il s’agissait de la dernière to

Denise Fabre : c'était l'époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C'était mieux avant! En arrière, toute!

Denise Fabre : c’était l’époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C’était mieux avant! En arrière, toute!

urnée Age tendre. Or, la jolie et grande machine repart de plus belle mais avec le sous-titre «Rendez-vous avec les stars». Pourriez-vous m’expliquer ce fait?

Denis Fabre: Il faudrait poser la question à Michel Algay. L’an prochain, il s’agira des dix ans d’Âge tendre. Chaque tournée est différente; les plateaux sont diversifiés.

 

«Ma madeleine de Proust»

 Comment avez-vous été amenée à présenter ce spectacle? Est-ce qu’on vous l’a demandé ou est-ce votre initiative?

 

J’ai commencé par présenter la saison 3. Puis j’ai fait la saison 5. Entre temps, j’avais présenté le spectacle «Les valses de Vienne» avec un orchestre symphonique de Budapest. Je racontais des anecdotes sur les Strauss; j’aimais énormément faire ça. Michel Algay m’a donc demandé d’animer le présent spectacle. À l’origine, c’était le régisseur Patrick Carrier qui m’avait demandé si je voulais animer Age Tendre (juste avant la saison 2). Il m’a fait rencontrer Françoise et Michel Algay, les producteurs. Michel m’a acceptée pour sa tournée Age tendre qui reste son bébé. Je suis donc arrivé à la saison, au palais des Congrès; j’ai été époustouflée: il y avait 5 000 personnes qui, toutes, connaissaient les paroles des chansons. Il y avait un vrai grand orchestre sur scène, et un équipement extraordinaire ce qui permet de donner la pleine mesure du talent des artistes. Ça change des disques de l’époque qu’on peut réécouter mais qui sonnent peu «pauvres» à côté car c’était le début. Chaque année, Françoise et Michel Algay se lancent dans la folle aventure. Ça me permet de retrouver certains téléspectateurs. À l’époque, tout le monde me disait: «Vous faites partie de la famille.» Voilà tout ce que je revis en participant à cette tournée. C’est un peu ma madeleine de Proust. Avant, je me sentais hors de la caméra avec seulement les courriers du public.

Parmi la programmation, connaissez-vous certains artistes? Et quels sont vos préférés?

Chacune des chansons interprétées m’a accompagnée pendant mon adolescence et toute ma jeunesse. Le public ressent la même chose. Hugues Aufray, je l’avais déjà présenté à l’Olympia. Michèle Torr, je connais toute sa vie, même l’aspect sentimental. Petula, je me souviens bien des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier. Tout ça, c’est un peu la première partie, si l’on peut dire. Je n’oublierai pas non plus Pastic Bertrand, Nicoletta (avec sa voix superbe, elle aborde tous les genres), Michel Orsot qui sert de transition entre les deux périodes et qui est aussi la mascotte de la tournée. Il y a aussi Collectif Métisse. C’est un magnifique spectacleavec un brillant chef d’orchestre; je suis très fière de le présenter.

Demis Roussos vient de nous quitter. Quelle est votre réaction?

Il a fait partie de la tournée; il était notamment au Palais des Congrès. Lorsque nous nous sommes vus, il m’a rappelé que c’était moi qui lui avais remis son premier disque d’or. Il avait gardé la photo. C’était peut-être au cours d’un Télé Dimanche…

Est-ce que les spectateurs d’Âge tendre entendront encore vos fous rires mémorables?

Oui, car je vais dans la salle. On joue au couple star. Je fais monter sur scène ceux qui ont le plus longtemps vécu ensemble. Donc il y aura encore des fous rires en perspective!

On dit que vous êtes la speakerine préférée des Français. Comment analysez-vous ce fait?

Franchement, one me le dit, mais j’ai du mal à y croire. En fait, le public m’a toujours protégé notamment à l’époque où les fous rires étaient très mal vus à l’antenne par la hiérarchie. Je me souviens de mon fou rire avec Florence Schaal. Nous avons reçu une note de service; j’ai été mise à pied pendant deux semaines. Florence a dû quitter le journal. C’était défendu d’avoir le fou rire. Plus, c’était interdit, plus j’avais le fou rire. Il faut dire que l’ambiance était bonne. On se déguisait; on grignotait ensemble; on était comme une petite famille. Je me souviens qu’une fois j’étais en robe western. Les techniciens avaient mis une soufflerie pour ça gonfle, et que ça fasse plus naturel. La soufflerie est partie sous ma robe. J’ai passé le temps de mon annonce à tenir ma robe et je suis partie dans un grand fou rire… Je me souviens aussi qu’une fois, une lumière s’était éteinte juste avant que je passe à l’antenne. Plus de lumière. Un technicien monte donc sur l’échelle pour réparer; je suis passée à l’antenne, et on le voyait redescendre derrière moi. Nouveau fou rire. On s’est énormément amusé. Il n’y avait pas d’audimat à cette époque. Toute la France nous regardait, soit 40 millions de téléspectateurs. J’ai été suivie par trois générations. Ma dernière annonce, a eu lieu en 1992.

 

En 2001, vous avez reçu un nouveau Sept d’Or de la meilleure animatrice. Comment avez-vous perçu cette récompense?

C’était magnifique! Cela faisait trois ou quatre années que j’étais nominée. Mes filles étaient venues mais je les avais prévenues que je ne pensais obtenir de récompense car personne ne m’avait rien dit préalablement. Ce fut pour moi une grande surprise.

 

En 2010, vous avez publié un ouvrage de rencontres aux éditions du Rocher. Parlez-nous de ce livre.

 

Il a eu un bon accueil, un bon succès. Avant, j’avais écrit un roman, Les cœurs battants, chez Lattès. L’écriture, c’est plus difficile. Je préfère le direct; j’aime la scène. Je n’aime pas beaucoup le différé. En direct, tout peut arriver. Tout est différent; c’est un parfum très particulier que j’aime beaucoup.

 

Quels sont vos projets?

 

Je viens d’être pour la première fois grand-mère d’une petite fille, Louise. La maman est l’une de mes deux filles. Âge tendre va se poursuivre ce qui me laissera du temps pour m’occuper de ma petite-fille. Sinon, j’ai plein d’autres projets; je n’arrête pas. Être grand-mère, c’est une nouvelle vie qui commence pour moi, sans les soucis que peuvent éprouver les parents. J’aurai le meilleur.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE