Ce Bonjour qui ne devait pas être

Philippe Lacoche, journaliste, écrivain. Merlieux. Septembre 2011.

Matthieu, l’un des deux maîtres d’œuvre de C’est l’été, m’avait demandé de rédiger la chronique Bonjour de ce dimanche. Je n’avais pas envie. Mes vacances étaient prévues pour lundi soir; je m’y croyais déjà. Je baguenaudais sur le clavier de mon ordinateur portable personnel. Je ne parvenais pas à établir la connexion Wi-Fi. Je suis une brêle en matière d’informatique. Un niais face aux nouvelles technologies. Je lui demandais de m’aider. Je le remerciai, réjoui, rasséréné. «Ça vaudra bien le Bonjour de dimanche», me dit-il. C’est ainsi que ce Bonjour dominical a fleuri dans ces pages. Les écrits, comme la vie, ne tiennent pas à grand-chose. Un peu d’entraide, et tout s’éclaire. Tout refleurit.

Philippe Lacoche

 

Mon humeur du jour…

Une Jupiler (pour moi), Adios, merveilleux roman de Kléber Haedens (acheté à la librairie Martelle par la Marquise), pour nous, une grenadine (pour elle). Le tout capté à la terrasse, du Café (Chez Pierre, à Amiens). Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble.

Les coups de coeur du marquis…

Revue

Un hommage à Michel Déon

L’écrivain Michel Déon est décédé le 28 décembre dernier, à l’âge de 97 ans. Comme l’écrit François Kasbi, c’était «le plus romantique des Hussards». La revue Livr’arbitres, dans sa livraison d’hiver 2017, rend hommage à cet immense romancier, ce nouvelliste délicat et subtil, à ce mémorialiste inspiré. Philippe Sénart se souvenait du «héros d’une génération blessée» (titre de son article): «C’était en 1949. Les étudiants montpelliérains recevaient Charles Maurras (N.D.L.R.: dont Michel Déon fut le secrétaire) au siècle de L’Éclair,le vieux journal du Midi blanc.» Paul Vandromme rappelait que l’exil était son royaume. L’excellent Jacques Perret soulignait que la patrie lui faisait mal au cœur. Et Francis Bergeron confie, dans un texte émouvant, qu’il a lu Michel «pendant un demi-siècle». D’autres témoignages, réels ou rêvés, louent les qualités de cet écrivain inimitable qui marquera à jamais les lettres françaises.

Ph.L.

Livr’arbitres. Hiver 2017. 104 p.; 9 €.

CD

Franco-Russe

Nouveau venu sur la scène française, Nirman, fils d’un barde russe émigré en France, est parvenu à séduire quelques musiciens et producteurs. Sa voix, cousine de celle d’Alain Chamfort, n’est pas étrangère à ce fait. Il nous donne à écouter un EP, Animal, tissé de quatre belles chansons aériennes, mélodieuses et bien interprétées. Il bénéficie notamment du talent du bassiste Guillaume Farlay (qui s’illustra en particulier aux côtés de Matthieu Chedid et de Michel Fugain). On aimera, par exemple, la jolie chanson «Les bouteilles à la mer». Très agréable. Nous sommes ici aux confins de la bonne chanson française et de la variété de qualité. L’incontournable Alex Beaupain est aussi passé par là. Cette comparaison constitue bien sûr un compliment. Le jeune Nirman le mérite. (Il sera en concert le vendredi 30 juin, au café de la Danse, à Paris.) Ph.L.

Animal. Nirman. VS Com. FCM.

Belmondo et Thomas

Les éditions Nouvelles Lectures proposent de découvrir Belmondo & moi, le premier livre numérique nostalgique. Belmondo & moi, est-il un essai, un roman, une biographie ? Un peu tout cela à la fois… Vous avez aimé Belmondo au cinéma, alors vous aimerez ce texte court, nostalgique et littéraire qui revisite la filmographie de l’acteur préféré des Français. Belmondo & moi, c’est un hommage original et décalé à la star de nos dimanches soirs. Son auteur est Thomas Morales. Entre anecdotes de tournage et souvenirs d’une époque enchantée, l’écrivain et journaliste vous propose de lire aussi une véritable histoire d’amour. Belmondo & moi met des mots sur un acteur magnifique et incorrigible qui a largement inspiré notre façon d’être et de vivre.
Belmondo & moi, Thomas Morales, Nouvelles Lectures, www.nouvelleslectures.fr (Il est en vente dans les gra

L’excellent écrivain Thomas Morales.

ndes librairies numériques, notamment Amazon, iBooks, Numilog, ePagine, Kobo, Fnac, Nolimstore, Gibertjeune, Bookeen store.)

Les coups de coeur du marquis

Hauts-de-France : vive la Picardie!

Selon l’éditeur Pourparler édition, spécialisé dans la communication, de ce livre superbe: «Quelle bonne nouvelle, la région, a grandi très vite en ce début janvier 2016 et cela renforce le patrimoine touristique en le multipliant par cinq en superficie et par trois en nombre d’habitants. Cette nouvelle région s’appelle désormais les Hauts-de-France. Mais l’important est de pouvoir dire aux gens de passage: vous êtes chez vous.» C’est gentil. On eût préféré que la Picardie, dans l’élaboratio

Jacques Béal au cours de la remise du Prix du roman populaire.

n du projet Haut-de-France, fût plus lisible. Mais bon… «Amoureux de Saint-Quentin et de Château-Thierry dans l’Aisne, nous aimions aussi Lille et Valenciennes dans le Nord, Beauvais et Chantilly dans l’Oise, Arras et Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, Abbeville et Amiens dans la Somme que nous connaissions déjà. Tournez les pages (…) et vous découvrirez une présentation attrayante en photographies et en textes (…)», dit encore l’éditeur. Une chose est certaine: ce livre est superbe. Et vive la Picardie! Ph.L.

La région Haut-de-France, Christian Delcambre et Philippe Debeerst. Pourpaler édition; 174 p. 31,90 €.

 

Le Prix du roman populaire à J.Béal

Annie Kerviche, responsable de ma médiathèque d‘Elven, dans le Morbihan, a remis le Prix du roman populaire à notre confrère Jacques Béal, ancien grand reporter au Courrier picard, pour son excellent roman La Griffue, paru aux éditions Presses de la cité. Dans un entretien accordé à Ouest-France, Jacques s’est dit ému et ravi, rappelant qu’il avait été journaliste de 1960 à 20210, dont 33 ans passés au sein de notre cher Courrier picard. S’il a écrit une trentaine de livres (documents, biographies, anthologies, etc.), La Griffue est son troisième roman. Il voit dans ce prix «un vrai encouragement pour ma jeune activité de romancier (…). J’ai brodé pour en faire un roman qui est à la fois un roman social, historique et policier». Une belle récompense pour notre confrère et ami en compagnie, sur notre photo, de Gwenaëlle Legrand, maire adjoint «Culture et Communication».Ph.L.

 

Les coups de coeur du marquis

Revue

Et de 100 pour Service littéraire

Créé par François Cérésa (notre photo) en 2007, Service littéraire est une revue mensuelle consacrée à l’actualité romanesque. Le journal, qui s’annonce comme Le Canard enchaîné de la critique littéraire, se distingue par sa liberté de ton et par la qualité de son écriture. Autre particularité: il est exclusivement rédigé par des écrivains. Y collaborent notamment Michel Déon, Hélène Carrère d’Encausse, Max Gallo, Frédéric Vitoux, Claire Castillon, Emmanuelle de Boysson, Gilles Martin-Chauffier, Christian Millau, Bruno de Cessole, François Bott, Éric Neuhoff, Bernard Morlino, Vincent Landel, Bernard Chapuis, Gérard Pussey, Jean Daniel, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume de Sardes, Bertrand de Saint-Vincent, Jérôme Garcin, etc. On peut être impertinent, totalement libre et perdurer. La preuve: la revue vient de sortir son numéro 100, avec, au sommaire, un sulfureux article intitulé «Maurice Sachs, Juif, homo, agent de la Gestapo et archi talentueux». Le ton est donné. Ça dépote!

Service littéraire. 2,50 €. www.servicelittéraire.fr

 

Littérature

Crimon le Letton

L’écrivain amiénois Jean-Louis Crimon verra son dernier roman, Du côté de chez Shuang, paru aux éditions du Castor astral, traduit en letton. Au cours de sa carrière journalistique, il a été envoyé spécial permanent à Copenhague, chargé de la couverture de l’actualité quotidienne des trois pays scandinaves, Danemark, Norvège et Suède, de la Finlande et des trois pays Baltes: Lituanie, Lettonie et Estonie. Ce n’est pas tout: les 8 et 9 décembre prochains, il se rendra à l’université de Riga afin de participer à la Journée d’études. «Écrire avec la voix. De l’importance des cordes vocales dans la musique de l’écriture, de mon écriture». Ph.L.

 

 

L'excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

L’excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

e-book Éric Neirynck aime Céline

Eric Neirynck : un passionné de Céline.

Eric Neirynck : un passionné de Céline.

La collection Duetto, constituée d’e-books, créée et dirigée par l’excellent Dominique Guiou, ancien rédacteur en chef du Figaro littéraire, présente un nouveau titre: Éric Neirynck: Louis-Ferdinand Céline. «Il a suffi d’une seule lecture de Voyage au bout de la nuit pour que je comprenne que Louis-Ferdinand Céline allait faire partie de ma vie. Ma rencontre avec Bardamu, personnage central du livre, fut fracassante. Héros tellement éloigné (je n’avais, je n’ai toujours pas et n’aurai jamais rien d’un héros), et pourtant si proche de moi, de mes aspirations de jeunesse: vivre à cent à l’heure, partir, explorer, connaître, savoir et tenter d’exister, tout simplement! Que de bonheur, de découvertes et de passion depuis ce jour-là!», confie, avec sincérité Éric Neirynck. Ce Duetto raconte la passion quasi furieuse d’Éric Neirynck pour l’auteur de Voyage au bout de la nuit. C’est une lettre d’amour écrite dans une langue à la fois simple et puissante. Il fallait oser s’attaquer à ce monument de la littérature. Éric Neirynck relève la gageure d’ajouter de nouveaux mots à tout ce qui a été écrit sur Céline. Son texte, d’une totale sincérité, fait mouche et touche le lecteur.

Éric Neirynck: Louis-Ferdinand Céline. www.nouvelleslectures.fr

Mort d’un poète saint-quentinois et prolétarien

RIP. Un poète prolétarien qui meurt, c’est la social-démocratie molle, la fausse gauche et le capitalisme immonde qui avancent. De plus, il était saint-quentinois. Je ne le connaissais que de nom. Peut-être avait-il fréquenté le lycée Henri-Martin; peut-être avait-il asséché des bières chez Odette (Café des Halles) au cours des seventies. Le combat continue.

On apprend par Jean-Pierre Lesieur via Facebook la mort de Gérard Lemaire survenue le 7 octobre à Concremiers dans la Vienne. Pas facile deLire la suite
DECHARGELAREVUE.COM|PAR JACQUES MORIN

«Merci patron!»: excellent!

   «Du marxisme en farce loufoque», confie François Ruffin qui dénonce les actions du richissime patron Bernard Arnault.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Merci patron!, le premier film de François Ruffin, créateur du journal Fakir, est une totale réussite. Hilarant d’un bout à l’autre, écrit avec rigueur, précision et émotion, il s’agit en quelque sorte d’une farce sociale qui dénonce les actions de Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, deuxième fortune française (37,2 milliards de dollars américains) et dixième fortune mondiale.

Que nous raconte-t-il? François Ruffin rencontre Jocelyne et Serge Klur qui connaissent d’immenses difficultés après que leur usine qui fabriquait les costumes Kenzo (du groupe LVMH) à Poix-du-Nord, non loin de Valenciennes, eut été délocalisée en Pologne. Chômage, dettes, huissiers aux trousses, ils sont sur le point de perdre leur habitation. François Ruffin – qui se met en scène à la manière d’un Michael Moore – va les trouver pour les sauver. Pour ce faire, il devient actionnaire de LVMH. Accompagné d’ex-vendeurs de la Samaritaine, d’un inspecteur des impôts belges, de la déléguée de la CGT et d’une bonne sœur très à gauche, il veut plaider le cas de Klur en pleine assemblée générale du groupe de Bernard Arnault. Son but? Emouvoir «l’immense patron» qui, lorsqu’en 2012, il demandait la nationalité belge, se fit traiter de «parasite» par l’offensif Jean-Luc Mélenchon, et de «prédateur» par François Chérèque. François Ruffin, manière de Superman, sillonne les routes de France à bord d’une camionnette sur laquelle est inscrit «I love Bernard». Au terme d’une arnaque carrément géniale, parviendra-t-il à sauver la famille Klur? Pour le savoir , courez voir ce film unique, insolite, très fort car aéré par un humour dévastateur et irrésistible. François Ruffin eût pu faire un documentaire engagé, militant et sinistre, lesté de discours de sociologues, de professeurs bien-pensants, «d’intellectuels de gôooche…» Non sans fi

François Ruffin.

François Ruffin.

nesse, il a évité cet écueil. C’est pour cela que son film fait mouche. «C’est Borat qui aurait lu Le Capital», sourit-il. Les Klur crèvent l’écran car ils balancent, et mettent leurs tripes sur la table. Sans haine, et même, souvent, avec le sourire. Une réelle complicité les unit à Ruffin. Et, en cela, Merci patron! est un film souvent touchant. Et génialement marxiste. C’est le film de la vraie gauche et des gens d’en bas. Ça fait un bien fou.

PHILIPPE LACOCHE