A 13 heures, je cause à Radio Campus

Aujourd’hui 6 décembre, saint Nicolas, fête de notre regretté président titulaire de la plus belle femme du monde, à 13 heures, je parlerai de mon dernier roman Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (paru aux éditions Ecriture), sur les ondes de Radio Campus (87,7 Mhz), invité par l’excellent Emmanuel Clouet, un ancien journaliste du Courrier picard, dans son émission Bistrot Vedette, « l’émission qui vous retourne la tête et vous met le coeur en fête« . Pour une fois que je vais au bistrot sans y boire, lectrice adorée, comblée, soumise, fessée et fessue, ne manque pas de rendez-vous qui te passionnera et fera chavirer ton petit coeur d’hirondelle. A tout de suite, bande de lectrices!

Aujourd'hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

Aujourd’hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

CINEMA « Je baignais dans ce monde agricole, dans ce milieu paysan »

Benoît Delépine.

Benoît Delépine.

Fils de l’ancien maire-agriculteur d’Holnon, près de Saint-Quentin, Benoît Delépine vient de réaliser, avec son complice Gustave Kervern, le film « Saint Amour », avec Depardieu et Poelvoorde.

 

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

En tant que cinéastes, on en est à notre septième film ; on essaie de ne pas se répéter. On a essayé de ne pas faire un road movie ; on cherchait un lieu clos. L’idée, c’était de le faire au Salon de l’agriculture, entièrement. Et puis, on avait écrit un film très dramatique qui se terminait par le suicide du père agriculteur qui avait un cancer dû aux pesticides. Il se suicidait en plein salon. On a proposé cette idée aux organisateurs du salon qui n’ont pas vraiment été enthousiastes. On a donc abandonné cette idée de film. Du coup, on a tourné un autre film qui était Near Death Experience, tourné dans la montagne Sainte-Victoire, avec Michel Houellebecq. En revanche, l’idée de tourner quelque chose dans cet endroit unique qu’est le Salon de l’agriculture est restée. On a changé notre scenario pour en sortir, car il était impossible de tourner pendant les quinze jours du salon. De fil en aiguille, on en est venu à cette idée. Du suicide, on est parti vers quelques chose de plus gai ; d’où ce film. De plus, en février 2015, on sortait des attentats de Charlie Hebdo.

Quel regard portez-vous sur les difficultés du monde agricole ?

En tant que fils d’agriculteur (à Holnon, près de Saint-Quentin), j’ai constaté les mutations qui étaient déjà à l’oeuvre du temps de mon père.  Il y a eu des concentrations et une industrialisation du monde agricole. Il y a encore des choix d’investissement à faire, toujours plus importants. (Ils peuvent aller sur plusieurs dizaines de millions d’euros sur des dizaines, des vingtaines d’années.). On ne demande plus aux agriculteurs d’aimer la nature, mais d’être des chefs d’entreprises qui gèrent des budgets. C’est aussi pour ça que ça nous a intéressés de faire ce film, même si c’est arrière-plan car ça reste une comédie. Dès qu’il y a un changement de subventions ou que les marchés s’écroulent, tout est fichu par terre. Ca peut provoquer des suicides chez les agriculteurs. Comme chez tous les gens endettés. Cette problématique, est aussi à l’œuvre quand on évoque le chauffeur de taxi (N.D.L.R. : Vincent Lacoste, dans le film) qui a dû débourser 200 000 euros pour sa licence…

Votre père avait une exploitation de quelle dimension ?

Mon père avait à l’origine une ferme d’une quarantaine d’hectares. Il avait dû s’endetter pour acheter les terres en questions. Il a eu l’intelligence de penser qu’on n’aurait jamais envie de reprendre la ferme ; il ne m’a jamais obligé de monter sur un tracteur. En même temps, je baignais dans ce monde agricole, dans ce milieu paysan ; j’ai beaucoup d’amis paysans. Et j’aime la campagne. Dès que j’ai eu 18 ans, je suis allé vivre à la campagne, en Charente. Au moment où je vous parle, je suis dans la nature.

Le film La Vache se déroule également en parti au Salon de l’agriculture. Pourrait-on dire que le salon, et le monde agricole (et ses difficultés) inspireraient beaucoup les cinéastes ces derniers temps ?

On était verts car, pendant que nous tournions, nous avons appris qu’un autre film se tournait et traitait à peu près du même thème. Visiblement, c’est un film très différent. Je n’ai pas encore pu voir La Vache.

Initialement, le film devait réunir Jean-Roger Milo et Grégory Gadebois. On ne les retrouve plus au générique. Pourquoi ?

Ils étaient prévus pour la version dramatique du film. La version huis-clos. Un film ça évolue. Comme des enfants. Jean-Roger Milo n’a pas senti de faire Near Death Experience. On a donc fait appel à Michel Houellebecq. Ce film terminé, on a vraiment eu envie de faire une comédie ; du coup, on l’a fait avec d’autres acteurs. De toute façon, je ne voyais pas du tout Jean-Roger Milo incarner le rôle du père joué, dans le film, par Gérard Depardieu.

A l’origine, l’idée de faire appel à Jean-Roger Milo était-elle venue de notre ami picard, le regretté Raymond Défossé. Car Milo et lui se connaissaient bien.

Non, pas du tout. Je sais que Raymond et Jean-Roger se connaissaient. En fait, c’est en voyant Germinal qu’on a pensé à Jean-Roger. Mais aujourd’hui, il n’est plus du tout dans l’univers du cinéma. Aujourd’hui, il marche ; il marche dans la campagne en France. On avait déjà eu du mal à le convaincre pour jouer dans notre première version.

Il marche ?

Oui, aux dernières nouvelles, il marchait. C’est un poète, Milo.

Oui, c’est un poète, un grand artiste. Pour revenir à notre ami Raymond qui joue – subrepticement – le rôle de Follin, copain de Jean (Depardieu), quelques mois plus tard, il quittait ce monde. Comment appréhendait-il de jouer dans ce film ? Etait-il heureux de jouer dans ce film ? Etait-ce vous qui l’aviez  sollicité ?

Raymond avait eu un accident cardiaque un an et demi avant. Il était en train de s’en remettre. Il avait déjà joué dans notre film Le Grand Soir dans lequel il avait été vraiment très très bon. On a donc eu l’idée de lui proposer ce nouveau rôle, également pour lui donner un but alors qu’il venait de se retrouver à la retraite. C’est vrai qu’il était fatigué ; je ne suis pas certain que c’était une bonne idée de le faire jouer en plein Salon de l’agriculture car il y avait plein de monde ; les acteurs et tout le monde étaient en panique. En tout cas, il l’a fait. Nous tenions absolument au fait qu’il figure dans le montage final. Raymond, c’était notre guide.

Si la mort n’en avait pas décidé autrement, il aurait pu poursuivre cette carrière naissante de comédien dans vos futurs films.

Si tant est que nous en fassions d’autres… Il nous avait surpris en bien en tant que comédien. On fait souvent appel aux gens qu’on aime. On voulait que Raymond figure dans nos films. On avait donc tenté l’expérience dans Le Grand Soir. Avec ce genre d’expérience, une fois sur deux ça peut mal se passer. Il se trouve que Raymond a vraiment été parfait. On a toujours des conditions de tournage assez raides. On tourne un film entier en un mois. On a souvent le droit à trois prises au grand maximum. Il faut donc que les comédiens soient bons tout de suite ; sinon, c’est une cata pour le reste ! Et lui, Raymond, il a vraiment été bon tout de suite. Avec Dupontel, il prenait son temps ; il était calme. Il a été impeccable, malgré le fait, qu’au salon, on était tous au bord de la rupture, vu qu’on avait tourné en deux jours et midi, vingt minutes de film, ce qui est impossible ! Le tout en caméra cachée ; c’était de la folie furieuse. Tout le monde sautait sur Depardieu qui, du coup, était très énervé.

Réunir Depardieu et Poelvoorde, ça devait être épatant ? On a l’impression qu’ils picolent réellement dans les scènes…

Depardieu, il ne boit plus une goutte. Je ne l’ai vu qu’une fois bourré, et hors d’un tournage. En tout cas sur Mammouth et sur ce film, il ne picolait pas du tout. Mais peut-être que sur d’autres films, avec d’autres personnes, il picole. Il a eu un quadruple pontage, donc il fait gaffe. En revanche, Benoît, lui, c’est différent… Pour les dix scènes de l’ivresse, il essayait de les faire en condition du réel. (Rires.)

C’était le naturel qui revenait au galop ?

Oui… mais il ne pouvait pas faire ça tous les jours non plus. Il fallait quand même ramener un film ! Ces dix scènes de l’ivresse, on a mis une journée pour les tourner ; il arrivait à jeun le matin, et se retrouvait totalement ivre le soir. C’était bien. Au Salon de l’agriculture, il était un peu attaqué ; sinon, pour le reste, ça allait.

Depardieu-Poelvoorde constituent-ils un duo d’acteurs qu’il faut « tenir », diriger, ou, au contraire, qu’on peut laisser improviser ?

Ils sont indépendants, mais nous aussi. On n’a pas peur d’eux non plus. C’est bien qu’ils s’amusent ; ils sont très complices tous les deux. C’est grâce à cette complicité qu’ils parviennent à obtenir ce naturel. En tant que metteurs  en scène, les gens peuvent avoir l’impression qu’on les a forcés à venir ; ce n’est pas le cas du tout. Ils sont venus tout seul. Lors des tournages, on leur dit simplement quand ils sont mauvais. Ca peut arriver qu’ils soient dans l’outrance de temps en temps, mais c’est rare.

Michel Houellebecq, vous lui a donné un très beau rôle. Ce directeur de gîte totalement allumé… C’est un plaisir…

Il est extraordinaire ; c’est un homme extraordinaire. Il n’a pas peur des silences. Il est inouï… Avec lui, dans notre film Near Dearh Experience, ce fut une rencontre folle. C’est un acteur né. On pourrait écrire une comédie entière avec lui ; je ne sais pas si on aura le temps de faire ça… Il est trop bon…

Le jeune Vincent Lacoste est également remarquable. Vous vous connaissiez depuis longtemps ? Comment s’est faite votre rencontre ?

Non… à l’origine c’était Michel Houellebecq qui devait jouer le chauffeur de taxi. Mais il y a eu les attentats. C’est donc devenu impossible. On a donc dû rechercher un autre acteur ; on s’est dit qu’il fallait trouver un acteur qui ne ressemblait pas du tout à Michel Houellebecq. On a voulu prendre un jeune. On a changé notre scénario pour que ça puisse coller. On s’est dit que Vincent Lacoste, ce serait génial. Nous l’avions rencontré deux fois au préalable. On l’avait bien aimé. Il a un vrai caractère. Ce n’est pas un bourgeois ; il est parisien. Son grand-père était paysan ; il en parle bien. Il a été choisi, à ses débuts, lors d’un casting de beaux gosses ; il était encore au lycée. C’est un gars extraordinaire ; c’est une pépite.

Cécile Sallette, dans le rôle de Vénus, crève, elle aussi, l’écran !

Elle jouait dans Mon âme par toi guérie, du regretté Dupeyron, mort il y a quelques jours ; dans ce film, elle était excellente ; elle jouait le rôle d’une alcoolique. Extraordinaire ! On avait flashé sur elle ; elle incarnait tout à fait, pour nous, Vénus.

Quels sont les premiers chiffres en salles ?

On n’y connaît rien, mais c’est vrai que notre distributeur nous a communiqué les premiers chiffres de la toute première séance du matin, aux Halles : 67 entrées ; il était archi contents car on arrivait en tête des chiffres qui sortaient cette semaine-là. Celui derrière, il faisait 32 ; c’est pour ça, que notre distributeur était content. Sur le film Michael Kael contre la World News Company, on avait fait dix entrées ; le même distributeur m’avait dit : « C’est mort ! ». 67, il m’a dit que c’était un succès. Dès 9h05, on sait déjà si ça allait être un échec ou un succès. On sait, en tout cas, que ce ne sera, pas un bide. On était content car sur le Near Death Experience, on avait très peu d’entrées : 20 000. Si on veut continuer à faire des films, c’est tout de même mieux de ne pas faire un bide.

Propos recueillis par

                                 PHILIPPE LACOCHE

 

Les faits

  • Le Saint-Quentinois Benoît Delépine a réalisé, en compagnie de son complice Gustave Kervern, l’excellent film «Saint Amour», sorti le 2 mars.
  • Il présentera l’oeuvre, en après-première, au cinéma Cinéquai 02, à Saint-Quentin, le jeudi 10 mars, à 20 heures.
  • Le père de Benoît était maire d’Holnon (Aisne) et agriculteur.

 

A mon Tiot Fiu

Ci-dessous un très bel article de Thierry Delefosse, spécialiste de la chasse et de la nature au Courrier picard. C’est avec un vif plaisir que je le publie sur mon blog. Ph.L.

 

Là-bas dans la cité, dans notre région désormais, puisque la Picardie rejoint la Flandre, un cri s’est élevé. Le fils de mon fils est né à la vie.

Il est bien tôt ce matin. Par la fenêtre, un nouveau grand-père observe les sautillements d’une pie sur le chemin. Dans le buis, la mésange se plaque sur son nid. Mais l’oiseau noir et blanc au fort bec a repéré ses allées et venues ; il découvre le pauvre passereau qui n’est pas de taille, le chasse et se régale des œufs. C’est la vie ; il y a les mésanges et les pies. Celles qui trop vite graviteront autour de toi seront plus nuisibles que la jacasseuse, c’est sûr, car motivées par le superflu inventé par les hommes plus que par l’impérieux besoin de manger.

Que tes parents te gardent des enfers artificiels ; pour toi, pourrais-je soulever les voiles du paradis naturel… Pour nos enfants, le monde est trop petit. Ils étudient en Amérique, font leurs courses à Londres, passent un week-end à Rome, signent un contrat à Sidney. Sauras-tu t’extasier en regardant une fourmi dans mon jardin ?

Que le ciel apaise tes yeux. Le ciel où passent les nuages – les merveilleux nuages – et les oiseaux en voyage. Je t’offrirai l’épuisette pour capter leurs arabesques. Et la lune si tu veux, pour inspirer tes rêves. Et l’or du soleil pour emplir ton escarcelle.

Que la terre nourricière porte tes pas. Tu sentiras monter sa force le matin quand les blés en herbe ondulent sous le vent, passant du vert tendre au plus sombre ; le midi quand ils forment les épis ; le soir quand les grains dorés font pencher la plante vers le sol d’où elle est sortie. A l’automne aussi, quand la terre découpée par le soc de la charrue luit d’humidité, alors que des fils d’Ariane, verticaux, traversent la plaine.

Que les eaux vives calment ta soif, comme elles apaisent les animaux dans la poussière des soirs d’été. Sous leur miroir, t’attendent les truites aux robes mouchetées. Pour toi, la pêche est ouverte !

Vivat, vivat !

Que les arbres portent ton prénom, sans les blesser. Pose simplement ta main sur l’écorce, écoute la vie qui circule dans les troncs, la sève secrète qui nourrit leurs fibres, et alors ils te reconnaîtront. Je les a vus grandir ; tu les moissonneras puisque c’est l’ordre des choses. Aime-les ces arbres, ces piliers de mon temple, le seul qui ait grâce à mes yeux. La terre est son parvis ; le ciel est son clocher. Ils seront à toi. J’espère te baptiser près d’un frêne, si la maladie qui les décime nous en laisse quelques-uns.

« Vivat, vivat, semper in aeternum.

 Que les arbres portent ton nom, sans les blesser Photo : Sylvie Houlette.

Que les arbres portent ton nom, sans les blesser
Photo : Sylvie Houlette.

Qu’il vive, qu’il vive, qu’il vive à jamais

Répétons sans cesse, sans cesse

Qu’il vive à jamais,

En santé en paix,

Ce sont nos souhaits… »

Bienvenue sur terre Hugo, et à tous les nouveau-nés de la terre !

 

Thierry Delefosse

Une nouvelle qui nous fait un GRAND plaisir !

La pièce de théâtre « L’Echarpe rouge » de Philippe Lacoche (jouée par la compagnie du Théâtre de l’Alambic et éditée au Castor astral) a été sélectionnée, ce soir, à Senlis, pour représenter la Picardie au Festhea, concours national de théâtre amateur, cet automne, en Touraine.

Elle sera jouée samedi, à 17h30, à la salle des fêtes de Poulainville, près d’Amiens, dans le cadre du Festival de Théâtre.
http://castorastral.com/collection.php?id_livre=760

Une scène de l'Echarpe rouge, mise en scène par Jean-Christophe Binet.

Une scène de l’Echarpe rouge, mise en scène par Jean-Christophe Binet.

Jean-Jacques Blanger: le charme patiné

Jean-Jacques Blanger, chanteur populaire de la Somme.Ses références ne sont pas actuelles. Il se contrefiche de l’électro, du hip-hop, de la pop. De la Star Academy. Jean-Jacques Blanger, chanteur amiénois, cite Bernard Dimey, Maurice Fanon, Jacques Debronckart, François Deguelt, René-Louis Laforgue. Tout cela sent Pierre Mac Orlan – un autre Picard célèbre – à plein nez. Il sort aujourd’hui un Cd quatre titres bien agréable. Tout commence par «Quai de brumes» (Mac Orlan, toujours), belle chanson bien rythmée que Jean-Jacques Blanger porte avec brio de sa voix de baryton léger et de vrai poulbot. On ne passera pas à côté de «Une vie bien remplie», dont Jean-Jacques a signé les paroles; une manière de fox-trot dynamique. On aimera également sans retenue «Les yeux de Julie», belle chanson réaliste que s’approprie avec générosité le chanteur amiénois. Jolie mélodie; odeur de pluie sur les trottoirs. Et il y a «J’aurai du mal à tout quitter», mélancolique en diable. Le tout sonne merveilleusement bien grâce à l’accordéon de Guilou et à l’orchestration de Joël Rouleau. Un excellent disque. Bravo Jean-Jacques Blanger!

Ph.L.

Quai des brumes, Jean-Jacques Blanger. CD 4 titres — (Contacts: 03 22 92 43 25 ou 06 12 39 50).

 

Le marquis des Dessous chics sur France 3 Picardie

Les Dessous chics (éd. La Thébaïde) recueil des chroniques du Courrier picard, sera présenté, demain vendre

Non content d'ennuyer la terre entière, le marquis des Dessous chics fume. Tous les défauts!

Non content d’ennuyer la terre entière, le marquis des Dessous chics fume. Tous les défauts!

di 19 décembre, dans le journal de France 3 Picardie, vers 12h15.

A rappeler que son auteur, l’indéfendable Philippe Lacoche, dit le marquis des Dessous chics, dédicacera l’oeuvre à ses lectrices adulées, fêtées, soumises, comblées et puissamment aimées, le lendemain, samedi 20 décembre, de 14 heures à 19 heures, à la Maison de la presse de la galerie des Jacobins, à Amiens.

Il se trouvera en compagnie de l’historien-écrivain Alain Trogneux qui signera son livre consacré à Amiens dans les années soixante-dix. Nul doute que ces deux-là auront des choses à se raconter. Les seventies, le marquis, ça le connaît. Ah, les petits Ternoises des seventies…

Les dessus chics des Dessous

Ses chères lectrices lui pardonneront son infidélité: on ne retrouvera pas aujourd’hui la traditionnelle chronique de Philippe Lacoche. Mais s’il est absent, c’est parce qu’il est doublement présent dans cette «chronique intérimaire».

Déjà «marquis» autoproclamé, Lacoche est, désormais aussi «chevalier». Des Arts et lettres. Sur décision de l’ex-ministre de la Culture (homophonie aidant, il était naturel qu’une Filippetti honore un Philippe).

La chose a été formalisée samedi dernier, à Paris, Espace Jemmapes, au bord du Canal Saint-Martin, lors d’une soirée nettement plus conviviale que protocolaire. La ministre n’étant forcément pas là, c’est l’écrivain et journaliste Patrick Besson qui a épinglé notre collaborateur, avant qu’Alain Paucard, en plus de celles d’écrivain ne démontre ses qualités de chanteur et guitariste (accompagné par le saxophoniste Francis Courney). Dans l’assistance, la famille se mêlait aux écrivains amis dont Cyril Montana et Thomas Morales, à la sociologue Marcela Iacub (venue avec son petit chien et son joli turban) ou à un producteur de la RTBF venu en souvenir de moments partagés du temps de Best. Quelques Picards avaient aussi fait le déplacement, tels Mireille et Philippe Béra (éditeurs de la maison Cadastre8zéro), le bouquiniste-photographe Jean-Louis Crimon ou notre collaborateur Christian Legris. Le Courrier étant représenté par l’un de ces rédacteurs en chef adjoint; présence justifiée par l’autre objet de cette soirée: le lancement des Dessous chics, le livre.

Chronique locale amiénoise, puis régionale et picarde, ces «Dessous chics» hebdomadaires – déjà présents sur le blog-picard.fr/dessouschics/- ont fourni la matière à un beau recueil de 350 ERpages, balayant la période 2005-2010. Magie littéraire, ces textes éphémères et légers prennent plus de profondeur, et par là même d’universalité, ainsi rassemblés. Occasion de constater que le «contrat de lecture» a été respecté: c’est bien un portrait décalé de la vie culturelle régionale qui est saisi dans ces pages. Le mérite en revient à Emmanuel Bluteau, responsable de La Thébaïde. Petite, mais grande maison d’édition par ses publications, consacrées à Jean Prévost (l’écrivain tombé dans le maquis du Vercors) ou à Pierre Bost. Et son éditeur enthousiaste et courageux, Emman

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l'amidon de la prétention. "Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard?", semble se demander Patrick Besson.

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l’amidon de la prétention. « Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard? », semble se demander Patrick Besson. (Texte de légende confectionné par Ph.L.)

uel Bluteau, nous ramène aussi à la Picardie et à Philippe Lacoche. Longtemps journaliste à l’Union, à Tergnier, dans l’Aisne, c’est là qu’il rencontra notre «hussard rouge». La boucle se boucle… Et bien sûr, Philippe Lacoche revient la semaine prochaine. Histoire de nourrir, peut-être, le prochain volume de ces Dessous si chics.

Daniel Muraz

Michel et Jean ou le pari de deux copains ados

     Ils se sont connus sur les courses cyclistes ; ils avaient 16 ans. Ils avaient promis de faire un duo de chanteurs à la retraite. Pari tenu !

     Ils l’avaient rêvé ; ils l’ont fait. « Ils » : l’accordéoniste Michel Pruvot, le célèbre Picard, et Jean Réveillon, le tout aussi célèbre journaliste du Nord. Leur disque, Oh toi l’amour de ma vie (Disc‘Ambiance-Dist. So

Deux copains : Jean Réveillon (à gauche) et Michel Pruvot.

Deux copains : Jean Réveillon (à gauche) et Michel Pruvot.

ny Music) est un peu le symbole de nos deux régions fraîchement réunies : la Picardie et le Pas-de-Calais. Un coup de pub ? Une opération d’opportunistes ? Point. Et c’est le moins qu’on puisse dire puisque l’idée de leur duo, à Michel et à Jean, elle remonte à loin. A l’adolescence. « Nous nous sommes connus grâce au vélo », explique Jean Réveillon, ex-directeur de France Télévision. J’étais le neveu de la dame qui tenait la salle de jeux sur la plage du Crotoy ; je venais ; j’avais huit ans. On participait à la Fête des fleurs avec Henri Doidy. Déjà, à l’époque; on a dû se croiser dans les rues du Crotoy. »  En fait, ils se rencontreront vraiment quelques années plus tard. Ils ont 16 ans, s’affrontent lors des courses cyclistes amateurs. Michel porte les couleurs du VC Ponthieu, de Sailly-Flibeaucourt, dans la Somme ; Jean, celle du Cyclo club de Lillers, dans le Pas-de-Calais. « On se bagarrait sur les routes avec Alain Vasseur. Et on voyait débarquer un grand gaillard en maillot noir et blanc qui grimpait les bosses comme un chamois et qui était bon au sprint. Il nous mettait la pâtée. C’était Michel Pruvot. Et quand j’ai appris qu’avant de courir dans le Nord, il avait fait bal la nuit avec son père jusqu’à 3 heures du matin, j’ai dit bravo ! »

     Ils font donc connaissance. En 1965, ils sont qualifiés pour le Premier Pas Dunlop ; ils se rendent à bord de la 2 CV de papa Pruvot jusqu’à Montpellier. C’est à ce moment-là qu’ils se promettent de former un duo de chanteurs dès que la retraite aura sonné. Car, même s’il a décidé de faire carrière dans le journalisme, Jean rêve de chanter.

     Les années ont passé ; ils sont restés amis. Et ils ont tenu parole. Leur disque comprend dix morceaux, adaptation de schlagers, variété qui fait un tabac en Allemagne en Autriche et en Scandinavie. Mélodies entêtantes, populaires et entraînantes, Jean et Michel ont été séduits par ce style. Ca leur réussit plutôt bien puisque ces dix tubes, composés par des auteurs-compositeurs allemands et autrichiens (un duo de frères, Die Amigos, qui chantent depuis trente ans et effectuent 300 galas par an en Allemagne, en Autriche, en Croatie et dans les Pays de l’Est) sonnent agréablement. Lors de leur premier gala, à Abbeville, il y a quelques semaines, Michel et Jean ont attiré quelque 700 personnes. Pas mal pour un pari d’adolescence ! Et Michel a même troqué son sacré accordéon pour sa guitare. Comme quand il jouait avec son groupe de rhythm’n’blues dans le Ponthieu, le Vimeu et le Marquenterre, au cœur des seventies.

                                    PHILIPPE LACOCHE

Oh toi l’amour de ma vie, Michel et Jean. Disc’Ambiance-Dist. Sony Music.

Un dandy en robe noire et aux goûts très littéraires

Laurent Manhès : magistrat, fou de littérature, roule en Mustang. Très élégant.

Laurent Manhès : magistrat, fou de littérature, roule en Mustang. Très élégant.

Ancien avocat devenu magistrat, écrivain sous pseudonyme, fou de littérature, Laurent Manhès roule en Mustang et affiche une élégance rare.

Chemise blanche impeccable, écharpe grise, complet anthracite – comme son iris –, Laurent Manhès, ancien avocat devenu magistrat, affiche une élégance rare. Et quand on sait que ce fou de littérature, roule en Mustang, il ne serait pas absurde de penser qu’on a en face de soi un romancier un brin dandy et très germanopratin. Mais non. Il est né le 12 mai 1962, à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, d’un père ouvrier dans l’industrie (d’origine auvergnate, « issu des bougnats montés à Paris à la fin du XIXe siècle ») et d’une mère secrétaire (originaire d’Alençon, en Normandie). Un frère âgé de cinq ans de plus que lui. Une petite enfance et une enfance heureuses. Sa mère cesse de travailler pour s’occuper de lui. Laurent est un enfant calme mais assez casse-cou qui apprécie mal le danger. « Toute mon enfance est marquée par des chutes à bicyclette », sourit-il. Ses quatre premières années, il les passe à Courbevoie, puis il suit ses parents à Toulouse, puis près d’Albi, puis à Dreux jusqu’à ses 12 ans, en 1974. Ces villes qu’il découvre, il les doit aux mutations de son père qui finiront par transformer ce dernier en cadre (dessinateur industriel). D’Évreux, il garde en mémoire le collège Jean-Jaurès qui n’existe plus, adossé à un cloître en centre-ville. Puis il fréquente le lycée d’Évreux jusqu’au bac, en 1980. Il se met à dévorer les livres : Gide, Camus, Sartre, Léon Bloy, Drieu La Rochelle, les Hussards (Nimier, Blondin), Vialatte… C’est à cette époque que lui vient l’envie d’écrire. Plus tard, bien plus tard, il publiera sous pseudonyme. Il fait également beaucoup de sports : tennis de table, foot, tennis, hand-ball. « Il me faut une raquette ou un ballon ; il faut que ce soit ludique. Nager, courir, ça m’ennuie… » Adolescence heureuse, un peu décalée. « J’étais très concentré, peu prompt au divertissement, mais je découvre les filles vers l’âge de 16 ans. Avant, je ne mesurais pas leur qualité d’attraction. Depuis, j’évite de trop me rattraper… »

Le bac B en poche, il passe le concours de Science Po, échoue à Paris mais réussit à Strasbourg et à Bordeaux. Il choisit Bordeaux. Il a 18 ans. Il double le programme en s’inscrivant en faculté de droit : « Je vais nettement préférer le droit à la formation Sciences Po que je trouve un peu auberge espagnole. » Il obtient un DEA de droit, effectue son service militaire au mont Valérien, à Suresnes, dans les transmissions. « J’étais à la police militaire. Je gardais l’entrée du fort. J’en garde un très bon souvenir. Je passais des nuits entières à lire et j’étais en compagnie de musiciens qui jouaient toute la nuit. L’un était premier prix de Conservatoire de Paris de violon… »

En 1988, il entre à l’école d’avocat de Bordeaux, puis, dès 1989, commence sa carrière dans un cabinet d’affaires de la capitale d’Aquitaine. Avant de réellement s’engager dans la vie professionnelle, il décide de partir aux États-Unis. Six mois à Boston ; six mois à New York. Il est recruté par la French librairy de Boston pour y animer des soirées francophones. On lui donne carte blanche. Il met en place des soirées vins-fromages. Il part à New York où des amis l’accueillent au coeur de Manathan. Il flâne, joue aux échecs à Central Park. Il rentre en France, s’inscrit au barreau de Paris, travaille pour de gros cabinets d’affaire internationaux et européens. Il adore Paris, habite dans le XVIIIe, mais en 1996, il décide de repartir en province. Direction Abbeville où il reprend le cabinet du regretté Pierre Talet, décédé d’une rupture d’anévrisme. De 1996 à 1999, il découvre l’activité d’un avocat de province généraliste. Il passe le concours d’intégration à la magistrature et l’obtient. Il cède son cabinet d’avocat le 30 décembre 1999, et devient magistrat le 2 janvier 2000 : « Ma carrière enjambe le fameux bug annoncé de l’an 2000. » Il passe six mois de formation à Boulogne-sur-Mer. Été 2000 : Laurent Manhès occupe le poste de substitut du procureur à Cherbourg. Puis, il effectuera trois ans à Caen, soit sept de parquet au total. En 2007, il devient vice-président du tribunal d’instance de Cherbourg ; en 2013, il est nommé vice-président de correctionnel à Amiens. « Grâce à ces fonctions d’avocat, de parquetier et de juge du siège, je dois être l’un des rares magistrats en France, sinon le seul à être allé aux assises comme avocat de la défense, avocat de la victime, avocat général (procureur) et juge de la cour d’assises. J’ai exercé toutes les places judiciaires de la cour d’assise… » résume-t-il. « Cette expérience me sert énormément comme président de correctionnel car mes interlocuteurs d’audience, c’est-à-dire les avocats et le procureur exercent des fonctions que je connais pour les avoir exercées. Cette expérience me procure une sérénité supplémentaire à l’audience et dans mes contacts avec les prévenus. À l’issue de cette première année de présidence d’un tribunal correctionnel, je m’aperçois que je juge très peu de vrais délinquants. Un vrai délinquant, c’est quelqu’un qui évolue dans des réseaux organisés et qui vit de sa délinquance. On en trouve généralement dans les grandes zones urbaines (Paris, Lyon, Marseille). En province, la délinquance concerne beaucoup de comportements isolés, fautifs occasionnels et très majoritairement liés à l’alcool. L’ampleur du phénomène alcoolique est extrêmement préoccupant. L’alcool est associé à toutes les occasions de la vie. Et on se heurte à un silence assourdissant des autorités publiques sur cette immense contamination par l’alcool de la société. Résoudre ce problème résoudrait aussi les difficultés de la justice, l’encombrement carcéral et certainement le déficit de la Sécurité sociale. Est-ce que quelqu’un qui se trouve en récidive alcoolique doit finir en prison ? Je ne le pense pas ; sa place dans un protocole de soins. » Dans la pensée unique, Laurent Manhès ? Point. Sa façon de rentrer en résistance : conduire une Mustang à l’heure où la norme devient la voiture électrique. Il fallait y penser.

PHILIPPE LACOCHE

 

 

Bio express

12 mai 1962 : naissance de Laurent Manhès à Courbevoie (92).

1987 : il obtient le DEA de droit privé.

1988 : il obtient de diplôme d’avocat de l’école d’avocats de Bordeaux.

1990 : il s’octroie une année sabbatique à Boston et à New York. Il donne des cours de français et perfectionne son anglais.

2000 : il quitte le métier d’avocat pour devenir magistrat.

2013 : il nommé vice-président du Tribunal correctionnel, à Amiens (80).

 

 

Dimanche d’enfance

La Nausée, en Bretagne…

 

 

Un dimanche d’enfance ou d’adolescence qui a marqué Laurent Manhès ? Il répond tout de go : celui au cours duquel il a découvert La Nausée de Jean-Paul Sartre. Il passa ainsi une semaine de ses vacances à le lire. Il n’a que 13 ans. Il n’y a pas d’âge pour se passionner pour la littérature. « Pour moi, c’est un chef-d’œuvre », confie-t-il aujourd’hui, la passion fait toujours briller sa pupille anthracite. « J’adore Roquentin, sa solitude. » La découverte s’effectue dans la maison de vacances ses grands-parents, en Bretagne. « Grâce à ce roman, je découvrais ce que l’école ne m’avait pas encore transmis : le goût de la littérature française. Sur le coup, j’ai associé Sartre à la Bretagne et à la chaleur ; ce que j’ai continué de faire ensuite. J’ai ressenti une certaine déception que je l’ai vu haranguer des ouvriers debout sur des bidons à la suite des événements de Mai 68. Là, il n’y avait plus rien d’estival. » Sinon ses autres dimanches, il les passe à Évreux ; ils sont rythmés par des activités sportives, dont le tennis de table « où j’étais bien classé ». Il se souvient des petits matins froids pour aller disputer des rencontres au Havre ou à Rouen. « Mes dimanches étaient rarement familiaux. »