Les meilleurs groupes de seventies

 L’enfant du pays, Philippe Tassart, organise au château de Tilloloy, Rétro C Trop avec ZZ Top, Thiéfaine, Scorpions, Jethro Tull et Ten Years After.

« C’est vraimScorpions.ent un coup de cœur. Si je suis venu à Tilloloy, c’est que je suis né à un kilomètre de là, dans le village de Grivillers. Mes parents étaient agriculteurs; j’ai grandi là-bas, au milieu de rien. J’étais le seul enfant dans le village.» Voilà ce qu’explique Philippe Tassart, fondateur de la société de spectacle Ginger, d’Amiens, créateur du premier et prestigieux festival Rétro C Trop, au château de Tilloloy, ce week-end. Les premiers concerts démarreront à 17 heures, avec Mike Sanchez, «un Anglais, qui était venu au festival de country de Berck il y a une dizaine d’années. Une sorte de Jerry Lee Lewis anglais; c’est à tomber par terre. Il sera accompagné de Steven Harrison qui était le contrebassiste de Sons of The Desert. (Il est aussi le contrebassiste de Sarah Olivier qui a fait les premières parties des Insus à Amiens et à Rouen.)», confie Philippe Tassart. Ensuite se produira Ten Years After, avec deux musiciens de la formation initiale. Le guitariste Alvin Lee est mort il y a quelques années. Ten Years After: un groupe mythique qui a joué à Woodstock. Ensuite, Thiéfaine sera sur scène pour l’unique date en Picardie de sa nouvelle tournée. «Ça fait vingt ans qu’on travaille avec lui; on adore son écriture, sa gentillesse, son indépendance médiatique», souligne Philippe Tassart. Scorpions jouera vers 22 heures. «Le batteur a été remplacé par celui de Motorhead. On aura une pensée pour Lemmy qu’on avait fait venir au cirque d’Amiens et que j’avais pressenti pour faire ce festival.» Le lendemain, le dimanche 26 juin, les portes ouvriront à midi. «On a prévu la restauration dans tout le festival. Il y a aura trois food truck américains qui vont faire du burger. Il y aura un stand de restauration thaï; un autre de nourriture française traditionnelle.» Début des concerts à 16 heures, avec Ben Miller, groupe américain (la première partie de la tournée de ZZ Top), suivi de Steve’n’Seagulls qui est un groupe finlandais qui reprend des morceaux d’AC/DC de manière un peu folk et déjantée. Puis il y aura Jethro Tull, avec Ian Anderson, le leader. Et ZZ Top à la fin. «Ils sont toujours là; la veille, ils joueront à Glastonbury, le plus gros festival européen. Ce sera leur date unique dans le Nord de la France», dit l’organisateur.

«Un investissement très lourd»

Lorsqu’on lui demande s’il s’agit de l’aboutissement de sa carrière, il confirme: «C’est vrai; je n’ai plus 20 ans. Je voulais passer à autre chose, élaborer un autre projet; on l’a tenté au stade, à Amiens, pendant deux ans. On a été éjecté du stade car on nous a dit que l’endroit n’était pas fait pour y organiser des concerts. Pendant dix ans, je n’ai plus rien fait dans le coin; j’ai d’autres festivals à droite, à gauche. J’ai monté pendant dix ans un festival de country à Berck qui a très bien marché. À cela s’ajoute de gros concerts en plein air, notamment à Chartres avec 30 000 personnes. On voulait revenir dans le coin; c’était le lieu

Ce festival sera-t-il reconduit l’an prochain? «Oui; il s’agit d’un investissement très lourd. On souhaite le pérenniser. Cette année, c’est la thématique américaine et allemande; on a envie de proposer d’autres thématiques, toujours rétro» répond Philippe Tassart. «Pourquoi ne pas faire un truc plus anglais l’an prochain? Plus mods avec Elton John, Paul Weller, The Jam (s’ils se reforment), Oasis (s’ils se reforment). Mes rêves les plus fous seraient McCartney ou Gilmour mais on n’a pas les moyens, tout seul. Sauf si demain, on parvient à décrocher des aides publiques ou privées. Il est évident que ce festival va grandir, et qu’on a une capacité d’accueil très importante

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

 

A SAVOIR

Rétro C Trop Festival, samedi 25 et dimanche 26 juin, à partir de 15 heures, au château de Tilloloy, dans le canton de Roye, dans la Somme.

Samedi 25 juin : les concerts débuteront à 17 heures, avec Mike Sanchez, puis Ten Years After, puis Hubert-Félix Thiéfaine, et Scorpions qui est attendu vers 22 heures.

Dimanche 26 juin : ouverture des portes à midi; les concerts débuteront vers 16 heures avec Ben Miller, puis Steve’n’Seagulls, puis Jethro Tull, et enfin ZZ Top.

Pour s’y rendre : Tilloloy est traversé par l’ancienne RN 17. En train: gare de Montdidier ou TGV Haute Picardie. En voiture: autoroute A 1, sorties 11 et 12. Un dispositif de signalisation pour arriver sur le parking.

Rens. ginger@ginger.fr; 03 22 89 20 00.

Michel Houellebecq aime « Tendre Rock »

Je l’avoue humblement : j’ai été heureux, ému et honoré, mercredi, en ouvrant le numéro des Inrockuptibles dont le rédacteur en chef n’était autre que Michel Houellebecq.

La rédaction lui a notamment demandé ses choix de livres « d’auteurs qu’il aime mais qui n’ont pas reçu l’accueil médiatique qu’ils méritaient« .

L’auteur des Particules élémentaires a choisi dix-huit livres, dont Tendre rock, paru en 2003 aux éditions Mille et Une Nuits, certainement le plus autobiographique de mes romans.Inrock-Houellebecq-Critique tendre Rock-Ph.L.-Juin 2016 001 Inrock-Houellebecq-Livres-Intro-Ph.L.-Juin 2016 001 Inrock-Houellebecq-Ph.L.Couverture-Juin 2016 001

Dans cet ouvrage, je rends hommage à la revue Best (et à Christian Lebrun et Patrice Boutin; salut fraternel de ma part; vous me manquez) qui, en 1977, m’accueillirent à bras ouverts comme journaliste stagiaire; à l’arrivée du punk à Paris; et à mes amours naissantes avec Féline, mon ex-femme, dans cette bonne ville de Tergnier (Aisne), cheminote et rouge comme le sang des résistants communistes massacrés par les nazis.

Merci Michel; merci également à Bruno Juffin qui a rédigé cette épatante chronique littéraire.

Ph.L.

    Des poids lourds des seventies

Rétro C Trop: un super-festival, ce week-end, au château de Tilloloy.

L'excellent Hubert-Félix Thiéfaine sera-t-il accompagné par son sublime guitariste gaucher Alice Botté? Espérons-le!

L’excellent Hubert-Félix Thiéfaine sera-t-il accompagné par son sublime guitariste gaucher Alice Botté? Espérons-le!

tro C Trop : le titre de cet important festival, concocté patiemment et dans son presque village par le créateur de Ginger, Philippe Tassart, n’est pas anodin.. «Ça s’appelle Rétro C Trop car, à un moment, on a pensé que les Insus allaient peut-être venir sur le festival. Ça n’a pas pu se faire, cette année en tout cas», explique-t-il. Point d’anciens Téléphone, mais, en tout cas, une sacrée belle brochette des groupes essentiels des seventies et des eighties. Le samedi, Scorpions sera sur scène : quarante ans de carrière, le plus célèbre des groupes allemands a vendu quelque 100 millions d’albums et a reçu de nombreuses récompenses.

Thiéfaine, ZZ Top, Jethro Tull, etc.

L’excellent et fascinant Hubert Félix Thiéfaine est programmé après le succès critique et commercial de son album Supplément de Mensonge, opus qui lui a valu deux Victoires de la musique en 2011. Espérons qu’il sera accompagné par son guitariste fétiche, le génial gaucher Alice Botté, homme de l’est comme lui, puisqu’originaire de Nancy. Et puis, viendra l’inoubliable Ten Years After, sans qui le Festival de Woodstock ne serait pas tout à fait Woodstock avec le solo fulgurant et magique du regretté Alvin Lee, disparu il y a quelques années. À ne pas manquer : Mike Sanchez, chanteur, pianiste et guitariste britannique fou de boogie et de rhythm’n’blues. Le lendemain, place au célèbre ZZ Top qui, jamais, ne barbe son public grâce à un blues-rock épais comme le ventre de Bob Hite, inoubliable chanteur de Canned Heat. ZZ Top : un trio mythique. Autre mythe ambulant : Jethro Tull avec son chanteur-flûtiste Ian Anderson en personne. Légende du rock progressif britannique, on ne souvient avec émotion de l’album Aqualung et la délicieuse chanson «Locomotive Breath». Il ne faut passer à côté de Steve’n’Seagulls, des Finlandais déjantés qui, en 2014, ont frappé fort en interprétant de manière presque folk des tubes d’AC/DC. Enfin, Ben Miller Band sera présent. Ce trio du Missouri propulse un blues original. Tous à Tilloloy ce week-end!

  Philippe Lacoche

A savoir

Rétro C Trop, château de Tilloloy, dans la Somme en bordure de l’Oise entre Montidier et Noyon.

Les 25 et 26 juin, avec Scorpions, Thiéfaine, Ten Years After, Mike Sanchez, ZZ Top, Jethro Tull, Steve’n’Seagulls et Ben Miller Band.

Pass 2 jours : 95 €. Samedi : 59 €; dimanche : 49 €.

Rens. 03 22 89 20 00. www.ginger.fr

Le rêve d’enfant de Philippe Tassart

LES FAITS

Créateur de Ginger, organisateur du prestigieux festival Rétro C Trop, à Tilloloy, Philippe Tassart est né à un kilomètre du château de Tilloloy.

Il organise les 25 et 26 juin, le festival Rétro C Trop avec Scorpions, Thiéfaine, Ten Years After, Mike Sanchez, ZZ Top, Jethro Tull, Steve’n’Seagulls et Ben Miller Band.

 

Quel est la programmation exacte du festival Retro C Trop ?

Le samedi 25 juin, on ouvre les portes à 15 heures. Les premiers concerts démarrent à 17 heures, avec Mike Sanchez, un Anglais, qui était venu au festival de country de Berck il y a une dizaine d’années ; on l’adore. Il joue de temps en temps en France ; c’est une sorte de Jerry Lee Lewis anglais ; c’est à tomber par terre. Pour l’anecdote, il sera accompagné de Steven Harrison qui était le contrebassiste de Sons of The Desert. (Il est aussi le contrebassiste de Sarah Olivier qui a fait les premières parties des Insus à Amiens et à Rouen.) Ensuite se produira Ten Years After ; il reste deux musiciens de la formation initiale. Alvin Lee est mort il y a quelques années. C’est un groupe mythique qui a joué à Woodstock. Il vient de faire une tournée en France en passant par Paris et quelques belles salles. Ensuite, Thiéfaine sera sur scène ; ce sera son unique date en Picardie de sa nouvelle tournée. Ca fait vingt ans qu’on travaille avec lui ; on adore ce monsieur, son écriture, sa gentillesse, son indépendance médiatique. Scorpions jouera vers 22 heures. Le batteur a été remplacé par celui de Motorhead. On aura une pensée pour Lemmy qu’on avait fait venir au cirque d’Amiens et que j’avais pressenti pour faire ce festival. Le lendemain, le dimanche 26 juin, on ouvre les portes à midi ; on a prévu la restauration dans tout le festival. Il y a aura trois food truck américains qui vont faire du burger. Il y aura un stand de restauration thaï ; un autre de nourriture française traditionnelle. On démarrera les concerts à 16 heures, avec Ben Miller, groupe américain (la première partie de la tournée de ZZ Top), suivi de Steve’n’Seagulls qui est un groupe finlandais qui reprend des morceaux d’AC/DC de manière un peu folk et déjantée. J’ai découvert ce groupe-là il y a quatre ans. Je les ai contactés. On n’avait pas encore travaillé, mais on s’est vu au Printemps de Bourges ; ce sont des gens extraordinaires. Puis il y aura Jethro Tull, avec Ian Anderson, le leader. Et ZZ Top à la fin. Ils sont toujours là ; la veille, ils joueront à Glastonbury, le plus gros festival européen. Ce sera leur date unique dans le Nord de la France.

En dehors de la restauration, y aura-t-il d’autres stands ou attractions sur le festival ?

Des commerçants vendront des tee-shirts, des objets vintage. Il y aura aussi une exposition de peinture d’un artiste nommé Bruno Leclerc. Pendant des années, il s’est occupé d’importer des voitures américaines à Amiens. Il est devenu passionné des Etats-Unis. (Il en revient.) Il peint de manière très réaliste, notamment la route 66. On a l’impression de voir des vieilles bagnoles ancrées dans le temps, dans les années 50. Il possède une magnifique Cadillac qu’il amènera sur le site. Il y aura aussi un brocanteur… Au total : une quinzaine de stands. Mais le festival reste un festival de musique. Les stands apportent une petite touche personnelle.

Pourquoi avoir choisi ces groupes ?

C’est vraiment un coup de cœur. Si je suis venu à Tilloloy, c’est que je suis né à un kilomètre de là, dans le village de Grivillers. Mes parents étaient agriculteurs ; j’ai grandi là-bas, au milieu de rien. J’étais le seul enfant dans le village ; j’ai grandi là jusqu’à l’âge de 16 ans. Très vite, j’ai eu besoin d’aller chercher autre chose. J’étais passionné de musiques. J’ai fréquenté les chorales du coin. Je me suis retrouvé un jour dans la boîte de Jeannot, Le Penny, à Gury. Et je me suis dit : « Il faut que j’amène mes disques là. » On s’est bien entendu avec James qui était le Dj de l’époque. Il me laissait passer des disques en fin de soirée. J’en ai passé de plus en plus. Et James a pris sa retraite de Dj ; il avait fait ça pendant des années. Jeannot m’a embauché pour finir les quelques années du Penny avant qu’il ouvre le Rex, à Roye. (J’y suis resté de 1984 à 1989.) On avait ouvert dans l’optique de faire du DJ et des concerts. On a organisé 300 concerts avec Jeannot : Washington Dead Cats, La Souris Déglinguée, Little Bob Story, les King Size, Les Sentinels, Gamine, etc. Le projet était très ambitieux pour un privé. Jeannot m’a donné le goût d’organiser des choses en étant indépendant. Sans aide aucune, le Rex a éprouvé des difficultés à pérenniser les

Philippe Tassart, fondateur de Ginger, organisateur du festival Rétro C Trop, qui aura lieu, samedi et dimanche prochains, au château de Tilloloy, dans la Somme, dans le canton de Roye.

Philippe Tassart, fondateur de Ginger, organisateur du festival Rétro C Trop, qui aura lieu, samedi et dimanche prochains, au château de Tilloloy, dans la Somme, dans le canton de Roye.

concerts. Ils se sont arrêtés. J’ai préféré alors continuer dans ma voie qui était d’organiser des concerts. Je suis parti à Amiens ; j’ai créé une association ; j’ai bossé avec la Lune des Pirates. En 1989, j’ai organisé mon premier concert seul, avec les Négresses vertes, puis La Mano Negra. Et de fil en aiguille j’ai créé une boîte qui est devenu Ginger et qui fait aujourd’hui 250 concerts par an. Donc, le clin d’œil avec ce festival c’est un retour là où j’ai commencé. Et aussi un rappel musical ce qu’on programmait au Rex et au Penny. Ces groupes-là, je les ai connus grâce à Jeannot. Il y a vraiment une résonance locale. Il a fallu que je tienne compte des gens qui étaient en tournée à ce moment-là, et de ce que j’avais envie de faire. Ca s’appelle Rétro C Trop car, à un moment, on a pensé que les Insus allaient peut-être venir sur le festival. Ca n’a pas pu se faire, cette année en tout cas ; on a pris Scorpions à la place. Mais ZZ Top, Jethro Tull, Ten Years After et Thiéfaine, sont vraiment les piliers de ce que nous jouions au Rex. C’était quatre ou cinq morceaux par groupe par soir. Le château de Tilloloy, j’y vais chaque année le 1er Mai, pour cueillir du muguet, ce depuis que je suis enfant. C’était avec mes parents et mes grands-parents. Une sortie traditionnelle ; on avait la chance d’y aller car le lieu était fermé au public. Depuis que je suis devenu organisateur de spectacles (depuis presque 30 ans), j’ai toujours eu envie de faire quelque chose au château de Tilloloy. J’ai certes attendu, mais on y est aujourd’hui.

C’est un rêve en quelque sorte ?

Oui, tout à fait ; il n’y a aucun calcul autre que la passion et le rêve, même s’il y a une donnée d’équilibre financier à atteindre car je suis indépendant et privé. C’est une boucle dans ma vie ; j’avais besoin de faire ce truc-là, à cet endroit-là.

C’est aussi l’aboutissement d’une carrière.

C’est vrai ; je n’ai plus 20 ans. Je voulais passer à autre chose, élaborer un autre projet ; on l’a tenté au stade, à Amiens, pendant deux ans. On a été éjecté du stade car on nous a dit que l’endroit n’était pas fait pour y organiser des concerts. Pendant dix ans, je n’ai plus rien fait dans le coin ; j’ai d’autres festivals à droite, à gauche. J’ai monté pendant dix ans un festival de country à Berk qui a très bien marché. A cela s’ajoute de gros concerts en plein air, notamment à Chartres avec 30 000 personnes. On voulait revenir dans le coin ; c’était le lieu.

Cela a-t-il été facile d’utiliser le château pour ce festival ? C’est un lieu privé. A qui appartient-il ?

A Mlle d’Andigné qui est la nièce de la comtesse d’Hinnisdäl. Quand, j’étais enfant, j’amenais les petits-enfants de Mme d’Andigné à l’école à Roye. On passait par le château tous les matins. Ce lieu est vraiment ancré en moi depuis que j’ai 5 ans.

Blaise Cendrars a combattu au château de Tilloloy ; il l’évoque longuement dans La main coupée. Cela résonne-t-il en vous ?

Oui, c’est un lieu historique de notre région. On a beaucoup de respect pour des gens qui font perdurer le patrimoine ; c’est un peu la même chose dans la musique. Je suis plus passionné des choses qui se sont faites dans les années 50 à 70 que de ce qui se fait aujourd’hui. Ce patrimoine musical est merveilleux ; à l’instar des vieilles pierres, je trouve merveilleux que des privés parviennent à entretenir un tel patrimoine et de le faire passer dans l’histoire. Ils ne bénéficient pas d’aide. Ils sont obligés de louer leur château ; donc à l’a loué, comme il est loué, parfois, à d’autres organisations (mariages, séminaires, etc.) Grâce à ça, le lieu peut continuer à vivre et ne pas se détériorer.

Ce festival sera-t-il reconduit l’an prochain ?

Oui ; il s’agit d’un investissement très lourd pour nous. On souhaite le pérenniser. Cette année, c’est la thématique américaine et allemande ; on a envie de proposer d’autres thématiques, toujours rétro. Par exemple, pourquoi ne pas faire un truc plus anglais l’an prochain ? Plus mods avec Elton John, Paul Weller, les Jams (s’ils se reforment), Oasis (s’ils se reforment). Mes rêves les plus fous seraient McCartney ou Gilmour mais c’est du domaine du rêve car on  n’a pas les moyens, tout seul. Sauf si demain, on parvient à décrocher des aides publiques ou privées. Il est évident que ce festival va grandir, et qu’on a une capacité d’accueil très importante.

Propos recueillis par

                                                 PHILIPPE LACOCHE

Vincent Peillon parle le communisme couramment

   Ancien ministre de l’Éducation nationale, aujourd’hui député européen, ses vraies passions, au fond, restent la littérature et la philosophie.

   Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes est un film de Jean-Jacques Zilbermann, sorti en 1993, avec Josiane Balasko. Vincent Peillon, lui, a eu cette chance. Et il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour deviner que ce sont eux qui lui ont inoculé le virus de la vraie gauche. Son père, Gilles Peillon (1928-2007), banquier et communiste, occupa le poste de directeur général de la première banque soviétique hors d’URSS, la Banque commerciale pour l’Europe du Nord -Eurobank. Comme l’indique le site Wikipédia, du côté maternel, il est issu d’une famille juive alsacienne : Françoise Blum, sa mère, née en 1930, fut directrice de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM); Léon Blum (1878-1930) était professeur, spécialiste de la physiopathologie rénale à Strasbourg, fils du rabbin Félix Blum. Thérèse Lion, sa grand-mère, féministe et avocate, le marqua profondément. Etienne-Emile Baulieu (né Étienne Blum), son oncle, professeur honoraire au Collège de France est le co inventeur de la pilule RU 486. Quant à sa tante, celle n’est autre que Suzanne de Brunoff, économiste au CNRS, belle-fille du créateur du célèbre Babar. Rien que des intellectuels de haut vol et tous à gauche toute. Avec une telle hérédité, il eût été étonnant que Vincent virât à droite. Et quand il se fut agi pour le PS de trouver un candidat aux législatives en 1997 pour contrarier l’indéboulonnable et gaulliste Jérôme Bignon dans cet adorable et très rouge pays qu’est le Vimeu, Peillon leva le droit: « Moi, les communistes ne me font pas peur; je les connais. » Banco! Et il fut élu le 1er juin 1997, se souvenant aussi des belles balades qu’il effectuait, enfant, à bord de l’Alfa Roméo de son père. «Oui, je viens d’une famille de communistes d’après-guerre», se souvient-il. «Ils avaient tous une éthique incroyable et des amis formidables.» Et de citer Georges Charpak, physicien franco-polonais, lauréat du prix Nobel de physique en 1992, grand résistant et homme de gauche, mais aussi l’historien Jean-Pierre Vernan, tout autant résistant et communiste. «Tout un milieu de Juifs communistes laïques. On ne parlait jamais de religion; ils étaient Compagnons de la Libération. Ils m’ont transmis beaucoup de choses, dont le goût de l’étude.» Le jeune Vincent réside alors dans le Ve arrondissement, en plein quartier latin, étudie à l’école publique de la rue de l’Arbalète. Son père ne tarde pas à être recruté par le PC pour diriger la première banque communiste hors de l’URSS. Militantisme à fond. «Mes parents accueillaient chez nous des enfants des mineurs en grève.» Vers l’âge de 10 ans, il plonge dans la littérature en apnée. Il dévore Fallet, Georges Limbour, Roger Vailland, les surréalistes, etc. C’est un bon élève. Pas très scolaire. «J’avais un an d’avance; je faisais le minimum pour passer en classe supérieure.» Il étudie au collège et au lycée Lavoisier. Le sport, il ne déteste pas, pratique la natation, la bicyclette. Et, déjà, le militantisme, sport qui demande aussi un certain engagement physique en ces années bourrues mais sympathiques de l’après-68. Il passe dans les rangs de l’Organisation Communiste Révolution (OCR), puis dans ceux de Lutte ouvrière. Bachelier à 16 ans, il finit par quitter le domicile familial, s’inscrit à la Sorbonne, en philosophie. Il obtient sa licence à 20 ans. Et puis survient l’agression: «J’étais un intello. Je me suis fait interpeller par un mec dans la rue; il devait être drogué. Je suis resté deux heures avec un couteau sous la gorge à tenter de le convaincre de ne pas me trucider. Mais j’avais été incapable de réagir.» Il décide donc de se confronter à la vie réelle, travaille pour la Compagnie des wagons-lits sur la ligne Paris-Copenhague et importe, en douce, du saumon fumé. «Je fonde une entreprise de ventes d’import-export de saumon avec un slogan «Le saumon norvégien pour tous»; je travaille avec les comités d’entreprises.» C’est un peu le Jean Vilar des salmonidés et de la gastronomie. En 1982, il repend la philo, obtient le Capès en 1984, l’agrégation en 1986 et le doctorat en 1992. En 1991, il écrit sa thèse sur Merleau-Ponty qu’il publie chez Grasset, deux ans plus tard, sous le titre La Tradition de l’esprit. Avant cela, il est devenu, en 1987, professeur à l’école normale de la Nièvre. En 1990, Jospin, ministre de l’Éducation, le recrute. « Il a besoin d’un mec qui connaît le terrain.» Il se retrouve aux côtés d’Emmanuelli, président de l’Assemblée nationale dont il écrit les discours. En 1993, il rejoint le PS avec le même état d’esprit: républicain et opposé aux dérives libérales. Le début d’une longue carrière politique qu’il est difficile de résumer en quelques lignes. On retiendra qu’il garde beaucoup de respect pour Jospin : «Vernan m’en avait dit du bien.» Qu’en 1994, il déposa une motion an congrès de Liévin du PS. 1997: il est élu député du Vimeu. Il en garde un souvenir mitigé: «De très bons souvenirs, la confiance des militants, et la violence de certains CPNT…» En 2000, il présente le rapport de la mission qu’il préside (le rapporteur est Arnaud Montebou

Vincent Peillon vient de sortir un excellent thriller, "Aurora", chez Stock.

Vincent Peillon vient de sortir un excellent thriller, « Aurora », chez Stock.

rg) sur le blanchiment des capitaux en Europe. En 2002, il perd son siège de député du Vimeu, en partie à cause du conflit qui l’oppose aux chasseurs. En 2003, il est élu par les militants premier secrétaire de la fédération PS de la Somme (il l’avait déjà été de 1997 à 2000). Puis, il redevient chercheur au CNRS, publie des livres. 2004: il devient député européen. Au fil des années, il prendra un peu de distance avec la politique. Cela ne l’empêchera pas d’être nommé ministre de l’Éducation nationale le 16 mai 2012 (jusqu’en mars 2014), reprendra l’écriture, notamment celle du roman qu’il avait commencé il y a fort longtemps: son thriller Aurora qu’il vient de publier chez Stock. La littérature, toujours…

PHILIPPE LACOCHE

 

Bio express

7 juillet 1960 : naissance à Suresnes.

1980 : licence de philosophie. Travaille dans les wagons-lits.

1984: professeur de philosophie à Lyon, puis à Calais.

1992 : entre au Parti socialiste.

1994 : publie «La Tradition de l’esprit», chez Grasset, sa thèse sur Merleau-Ponty. Il a envoyé son tapuscrit par La Poste.

1997 : député du Vimeu. «Très important pour moi

2004 : député européen.

2012 : Ministre de l’Éducation nationale.

2016 : publie son thriller «Aurora», chez Stock.

 

Dimanche d’enfance

Avec sa grand-mère, en forêt de Fontainebleau

Les dimanches d’enfance de Vincent Peillon? Il se souvient de sa grand-mère maternelle (qui était de milieu très modeste); elle l’emmenait marcher avec elle en forêt de Fontainebleau. Il avait 7 ou 8 ans. «Elle était de l’Allier. C’était une femme très combattante. Elle m’a transmis un certain éveil de la conscience politique. Si, aujourd’hui, j’ai acheté une maison à Fontainebleau, c’est grâce à elle. On se promenait; elle m’emmenait aussi chez les commerçants, et m’offrait des petites voitures Dinky Toys. Oui, elle m’a transmis beaucoup d’amour; elle a joué le rôle de la transmission…»

Un autre souvenir d’enfance: lorsqu’il se rendait à Saint-Valery-sur-Somme, sur la promenade, en compagnie de son père, à bord de sa vieille Alfa Roméo. «Je me souviens des bons moments passés avec ma sœur et mon frère. De bons souvenirs; la force de l’enfance parmi des gens simples.»

 

Ses souvenirs de Lectures? Nadja, d’André Breton, qui l’a marqué, La Chute, d’Albert Camus, et Le Peuple, de Michelet.

 

Les coups de coeur du marquis

DOCUMENT

Contre l’oubli

C’est un passionnant ouvrage que vient de faire paraître Jean-Paul Baronnet. Un travail de chercheur et d’historien, qui rend hommage aux «23 enfants» de la commune de Liomer (canton de Poix-de-Picardie, Somme), victimes de la première guerre mondiale. Comme il l’explique, non sans modestie, dans la préface, «si, à l’occasion du centenaire de cette guerre, on a redoré les noms gravés sur la pierre du monument, les visages se sont effacés à jamais sur les médaillons de métal, ébréchés et rouillés, fixés sur le marbre. Qui étaient-ils? Il nous a paru bon de les arracher à l’oubli…» Grâce aux documents accessibles sur internet, il s’est mis au travail. Rare, humble et pur comme l’eau du Liger. Coluche-Livre-Chêne-Juin 2016Ph.L.

Les 23 de Liomer, In memoriam, Jean-Paul Baronnet; 225 p.; éd. association Le Forestel.

NOVELLA

Panique chez les SDF

La novella est une sorte de court roman, ou de nouvelle développée. Un genre assez rare qu’utilise l’écrivain et critique musical (notamment pour Best, Les Inrockuptibles et Nineteen) Jean-Luc Manet (notre photo) pour son dernier opus, Trottoirs. Il donne la parole à ceux qui marchent, «ces émouvants somnambules qui subissent un quotidien sans futur», comme l’indique joliment l’éditeur en quatrième de couverture. Un SDF, Romain, arpente les rues de la capitale; il ressasse les souvenirs d’un bonheur évanoui. Et rêve sur le corps d’une prostituée venue de l’Est. Un premier sans-abri, un frère en quelque sorte, est assassiné. Un second, puis un troisième. La panique s’installe de la commune des laissés-pour-compte…

Trottoirs, Jean-Luc Manet, éd. In8; 66 p.; 12 €.

BEAU LIVRE

Coluche, trente ans déjà

Le 19 juin 1986, Coluche nous quittait. Trente ans jours pour jours après sa mort, Jean-Pierre Bouyxou, collaborateur de Paris Match et Marc Brincourt propose un beau livre, Coluche, putain de mec! Impertinent, provocateur, indifférent aux diktats du bon goût et rétif à toute forme d’autorité, Coluche a été le dernier grand humoriste à reprendre le rôle politique que tenaient les bouffons au temps des rois. Sans jamais cesser de rire, il s’est montré légal de l’abbé Pierre en montant de toutes pièces la formidable aventure humaine des Restos du cœur.

Coluche, Putain de mec! Jean-Pierre Bouyxou et Marc Brincourt; préface de Thierry Lhermitte; Chêne. 208 p.; 24,90 €.

 

Comme un léger sentiment de honte

Il en va du métier de journaliste comme celui d’homme. Ou d’écrivain. Il réserve souvent des surprises, bonnes ou mauvaises. Celle-là était-elle bonne ou mauvaise? Je ne saurais le dire. Et qu’importe. Et étais-je venu à la présentation de la saison 2016-2017 de la Maison de la culture d’Amiens comme journaliste, comme écrivain, ou comme homme. D’abord comme homme, j’en suis certain. La culture, la lecture, le rock’n’roll, les femmes me font tenir debout. Ce n’est pas toujours évident par les temps qui courent; on resterait bien couché à écouter la pluie frapper contre les vitres. Des temps qui courent et qui tuent; retour à la barbarie. On fling

Gilbert Fillinger répond aux intermittents du spectacles.

Gilbert Fillinger répond aux intermittents du spectacles.

ue des homosexuels, des policiers, une députée travailliste fraternelle; on dézingue les acquis sociaux, ceux des luttes de nos pères. Rester coucher, oui, on en a envie parfois. Je m’étais levé ce matin-là. Et le soir, je m’étais rendu, l’âme assez légère, à la Maison de la Culture. Sur scène, une trentaine d’intermittents du spectacle avait investi l’espace afin d’exposer leurs revendications alors que le directeur, Gilbert Fillinger, s’apprêtait à procéder à la présentation de sa belle et riche programmation. Calmes et dignes, les intermittents avaient déployé des banderoles, s’exprimaient au micro, demandaient à Gilbert Fillinger de se positionner. Celui-ci avec autant de calme et de dignité répondait aux manifestants. Rien de méchant, rien de violent. Pourtant, une partie de la foule commença à manifester son mécontentement. Ce mécontentement se transforma en huée, et, pour certains, en insultes. Derrière moi, une dame s’était mise à les traiter des tous les noms. Quand je lui demandais de se calmer, elle me traita de communiste et me demanda si j’étais allé voir ce qui se passait derrière le mur de Berlin à l’époque. (J’eusse pu lui répondre que non, et qu’il s’agissait là d’un de mes plus grands regrets car j’eusse bien été capable d’y rester. Vous imaginez les gros titres: «Dégoûté par le capitalisme, le marquis des Dessous chics passe à l’Est». Mais je m’abstins; elle avait l’air si bornée que ça n’en valait pas la peine; je la laissais vociférer.) C’était triste de voir une partie de ces spectateurs qui se pique de culture hurler contre des intermittents qui, justement, sont les piliers de la culture. Sans eux, point de spectacles. Je me sentais mal. J’avais honte pour eux. Certains se disaient pris en otage. Tu parles; on les avait retardés d’une petite demi-heure de présentation. Ils iraient se coucher un peu plus tard. La belle affaire. Qu’ont-ils pensé, ces vociférants-insultants quand, un peu plus tard, certains artistes venus présenter leurs spectacles, affirmèrent leur soutien aux intermittents? Je pensais à Malraux, à Jean Vilar. D’accord ou pas, jamais ils se seraient mis à brailler devant des gens non violents qui ne demandaient que la parole.

Dimanche 19 juin 2016

Baguenauder à Paris quand la lumière grisonne

 

Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l'Est, à Paris.

Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l’Est, à Paris.

Quel plaisir de retrouver Paris! Là-bas, tout m’intéresse. Je ne cesse de lever le nez. L’architecture. Là une plaque historique; là un nom de rue qui me rappelle qu’un écrivain à mon goût est passé sur ce trottoir ou a résidé dans cet immeuble. Il faisait beau; je levais le nez comme un enfant. Étrange sentiment de légèreté stendhalienne. Baguenauder, ne rien faire. Juste de promener, humer l’air du temps; celle de cette ville sublime, coeur de ce pays – le mien – qui ne cesse de me fasciner, et que j’aime d’une passion quasi amoureuse. Et laisser libre cours à ses pensées. Je me revoyais arrivant à Paris, en 1977, rue d’Antin, chez Best, pour y commencer ma carrière de journaliste dans la presse rock. Cette manière d’ivresse due à la bière du café Le Port-Mahon, certes, due aussi à la fièvre punk qui sévissait à ce moment-là et qui me réjouissait (ah, ces concerts des Clash, des Heartbreakers, de Graham Parker, de Téléphone, de Trust, etc.). Mais due, surtout au bonheur indicible de me retrouver là, en mai 1977, dans la lumière poudreuse de ce printemps de toutes les promesses en cette ville que, déjà, j’adorais. Aimer Paris, c’est banal, je sais lectrice vénérée, adorée, convoitée. Mais te le dire de cette façon ne l’est pas; c’est un peu de la vigueur de ma jeunesse que je te livre ici, moi qui n’en ai plus beaucoup (de jeunesse, of course; de la vigueur, il m’en reste un peu). Je revois encore le visage doux, rose et poupin de cette petite esthéticienne, une Ternoise, que je retrouvais dans l’appartement d’un batteur-ami, rue des Gobelins. La posséder à Paris avait bien plus de saveur que de la câliner dans ma 4 L bleu ciel dans le chemin coincé entre les lignes de chemin fer Paris-Laon et Paris-Bruxelles, à Tergnier. On est bête quand on a vingt ans. Tergnier, justement, me sauta au visage lorsque je tombais sur la plaque apposé à la mairie du XXe arrondissement et qui rend hommage au père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement des droits de l’homme ATD Quart-Monde, initiateur de la lutte contre l’illettrisme, curé dans les paroisses ouvrières, dont celle de Tergnier, dans les années cinquante. Avant cela, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, j’avais interviewé Vincent Peillon, député européen, ancien ministre de l’Éducation. (Il vient de sortir un excellent thriller, Aurora, aux éditions Stock, dont l’ami Daniel Muraz vous dit ce qu’il en pense dans les pages livres de ce même journal.) Nous nous sommes connus lorsqu’il était député du Vimeu. Des connivences littéraires nous rapprochèrent, et nous étions heureux de nous retrouver pour évoquer nos souvenirs de la côte picarde. Et la littérature, bien sûr. Paris n’est rien d’autre: de la littérature, de l’Histoire, des souvenirs. Tout ce qui continue à nous faire tenir debout quand la lumière, avant si poudreuse, grisonne comme nos cheveux.

Dimanche 12 juin 2016

 Tanche lilas et vieux gaucho rouge vif

 

Ulysse Manhès sur scène.

Ulysse Manhès sur scène.

Un peu de poésie dans ce monde de brutes. Connais-tu, lectrice fessue, admirable, convoitée, suçotée, possédée, soumise, le conte de la tanche lilas ? Non ? Normal. Je vais l’inventer sous tes yeux ébahis. Chaque année, je me dis cela : mais où est donc passé mon mois de mai ? Mai, en soi, n’est rien d’autre qu’un mois. Pour moi, il représente beaucoup. Mai est le mois des tanches, entends, lectrice fessue et soumise, que c’est le mois où l’on capture le plus de tanches, le moment où les grosses brunes lippues se mettent à mordre. Chaque matin, j’en rêve : me lever tôt, retourner mon compost pour y attraper d’adorables vers de terre frétillants, nerveux, rouges vifs, fourbir mes cannes et mes lignes, et foncer vers l’étang du comité d’entreprise du Courrier picard, à Longpré-lès-Amiens afin d’y réaliser la partie de pêche de mes rêves. Mais à chaque fois, ça bute : il me faut aller bosser, ou il fait un temps de cochon. D’où la déception, pire la lassitude, qui m’habite, lectrice. Car cela me conduit à passer à côté de la capture de la tanche lilas. Oui, tu as bien lu, lectrice, la tanche couleur de lilas, rose foncé ou mauve pâle. On en trouve qu’une par étang, et cette couleur ne dure qu’une journée. Il faut donc aller vite. Comment le phénomène se produit-il ? Très simple. Lorsque fleurit le lilas le plus proche de l’étang visité, la tanche qui se trouve le plus près de l’arbuste fleuri et parfumé se drape de cette couleur irrésistible. Faut-il préciser, lectrice, que ce ne sera pas encore cette année que j’attraperai la tanche lilas ? C’est affreux. Après des propos poétiques, place à la dure réalité. Et ma colère par la même occasion contre le triumvirat de la fausse gauche : Hollande (« Mon ennemi, c’est la finance ! », tu parles ; c’est à se tordre de rire), Valls et Macron, créateurs de la loi El Khomri. J’ai l’impression d’être un cas : plus je vieillis, plus je m’engauchise. Le capitalisme me dégoûte. La société de consommation de révulse. Le monde de l’entreprise m’inspire la plus grande méfiance. Je rêve de régulation, de multinationales matées par un état qui ne leur ferait pas de cadeau. J’ai envie de reconstruire le mur de Berlin, de réécouter radio Tirana en ondes courtes comme je le faisais, adolescent, chez mes parents sur le vieux poste que m’avait donné mon copain de Tergnier, Biquet, fils d’un résistant communiste. A ce propos, je suis allé voir un spectacle et un film qui m’ont ravi : le premier Les affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau, dans une mise en scène de Claudia Stavisky, à la Comédie de Picardie ; une charge contre le pouvoir de l’argent. Le second, au ciné Saint-Leu : le film Dalton Trumbo, de Jay Roach, qui raconte la persécution des artistes communistes (ou soupçonnés de l’être) pendant la guerre froide, à Hollywood. Va le voir, lectrice : en sortant du cinéma, tu courras prendre ta carte. Pas celle d’abonnement ciné, mais celle du PC. Retour à la poésie avec la lecture proposée par Vincent Guillier et Sam Savreux, autour des livres de l’éditeur Voix de garage, et du poète et peintre Jean Colin d’Amiens. Au cours de cette séance, le très jeune auteur-compositeur-guitariste Ulysse Manhès égrena quelques-uns de ses jolies chansons françaises, très classiques, très pures, dont « Jamais blanc ». Très agréable.

                                          Dimanche 5 juin 2016

Précieux présents d’un passé si lointain

       

le chanteur Bogdan et David Catel, au Café, Chez Pierre, à Amiens.

Le chanteur Bogdan et David Catel, au Café, Chez Pierre, à Amiens.

Une chronique, pour quoi faire? Évoquer le présent, l’immédiat, l’air du temps? Certainement. Exprimer ce qui n’est plus, ce qui fuit, tout ce que nous avons sous les yeux à l’instant présent, et qui s’use, s’abîme, se détruit lentement, et qui, un jour, sous peu, ne sera plus le même, sera détruit. Ce clavier d’ordinateur sur lequel je frappe (comme un sourd) ce texte, se détruit à petit feu. C’est ça une chronique: un habile mélange entre ce qu’on a sous les yeux, et ce qu’on a dans le crâne. Tous ces souvenirs, frais ou lointains. Un souvenir frais, mais un concert déjà lointain. Celui du chanteur Bogdan, d’origine roumaine mais aujourd’hui Picard d’adoption, accompagné par David Catel au piano. Ils forment le groupe Bodgan and The Froggs. Ils se sont produits au Café, chez Pierre, à Amiens, il y a plusieurs semaines. Leur style? Une manière de soul douce, mâtiné de rhythm’n’blues, mais surtout des hits des crooners, dont Frank Sinatra. Bogdan a une voix qui s’y prête. Des souvenirs lointains: ceux que m’apportèrent, précieux présents d’un passé si lointain, au cours du Salon du livre de Chauny, au marché couvert, un octogénaire et sa sœur, anciens habitants de ma chère cité Roosevelt, à Tergnier. Ils y résidèrent dès sa construction, vers 1948, et y passèrent leur enfance et leur adolescence. Moi, mes souvenirs ne remontent qu’au début des années soixante. C’est te dire, lectrice, que les propos de ces deux personnes n’étaient chers. Ils me parlèrent des deux ou trois pavillons qui se trouvaient presque en face de la maison de mes parents, la bien nommée rue des Pavillons, petites maisons que je n’ai jamais connues puisqu’elles furent les premières détruites quand il fut question de raser la cité provisoire pour y construire des immeubles. Dans ces pavillons, résidaient une résistante, Suzanne B., assistante sociale à la SNCF, mariée à un ancien déporté de Buchenwald. Elle diffusait L’Écho des Françaises, puis Les Heures Claires de l’Union des femmes françaises, proche de la CGT et du Parti communiste. Mes interlocuteurs pensaient même qu’elle y écrivait, de temps à autre, des articles. Qu’est-elle devenue, Suzanne B.? Dans le pavillon voisin, tout près du vieux transformateur électrique, vivaient celui qu’on surnommait «le taulard», qui n’avait pas peur de grand-chose, mais titulaire de vraies valeurs humaines. Pourquoi s’était-il retrouvé en prison? Personne ne le savait exactement. Il avait fondé famille, s’était retrouvé, dans une minuscule maison des contreforts de la cité Roosevelt. Un soir, il avait surpris celui qu’on surnommait «le voyeur», un type qui matait les filles à travers les fenêtres sans rideaux. Le voyeur était en train d’observer l’une de filles du taulard. Ce dernier avait bondi pour lui casser la tête. Le voyeur avait pu prendre la fuite. Quelques mois plus tard, il fut interpellé. Il s’agissait d’un habitant de la cité, un roulant. Tous ces bouts de vies minuscules disparus dans la nuit des temps…

Dimanche 29 mai 2016