Le marquis des Dessous chics en tournée

Lectrice, ne le manque pas. Il est peut-être en bas de chez toi. Regarde discrètement par la fenêtre tandis que ton mari est penché sur Paris-Turf (est-ce que ça existe encore, Paris-Turf?). Oui, regarde, en bas, sous le platane, il signe son dernier livre, Les Dessous chics, préfacé par Patrick Besson. Incroyable, mais vrai. Regarde bien dans les pièces jointes, tu trouveras les dates de l’ample tournée mondiale qu’il est en train d’entreprendre, véritable Aimable, Michou ou Jim Morrison picard. Suis-le pas à pas. Ne le lâche pas. Peut-être qu’un soir, pris de boisson, il se mettra torse nu, exhibant aux poulettes en délire son poitrail de gladiateur couvert de cicatrices et de tatouages à la gloire du Courrier picard. Allez en paix, lectrices adorées:

Ph.L.

Dessous-chics-Livres-Communiqué de presse-Fiche Dessous chicsCarton Amiens-Dessous chics-Novembre 2014

Dédicaces et conférences de Philippe Lacoche pour son livre Les Dessous chics

L’indéfendable Philippe Lacoche, sera en opérations de dédicaces, de signatures et de conférences aux dates suivantes :

- Samedi 15 novembre, 16 heures, à la galerie de la Tapisserie, à Beauvais (Oise), conférence sur le rock en Picardie, suivi d’une séance de dédicace, dans le cadre du festival Les Photaumnales.

- Lundi 17 novembre, 20 heures, Université d’Amiens (Somme), campus, amphi Robert-Mallet, représentation de la pièce L’Echarpe rouge, de Philippe Lacoche (éd. Le Castor astral) par le Théâtre de l’Alambic, suivie d’une séance de dédicaces.

- Vendredi 21 novembre, de 18 heures à 19 heures, librairie Martelle, à Amiens, conférence-débat et dédicace autour du livre.

- Samedi 22 et dimanche 23 novembre, Salon du Livre de Creil (Oise).

- Jeudi 27 novembre, à partir de 19 heures, à la galerie Pop up, rue des Lombards, à Amiens, lancement du livre Les Dessous chics.

- Vendredi 28 novembre, à 18 heures, au Pôle communal de Clastres (Aisne), salle Gilbert-Levert, conférence et dédicaces.

- Samedi 29 novembre, Espace Jemmapes, 116, quai de Jemmapes, à Paris (Xe), de 19 heures à 22 heures, lancement du livre Les Dessous chics.

- Samedi 13 décembre, de 10 heures à 12h30, librairie Cognet, à Saint-Quentin (Aisne), dédicaces; de 15 heures à 19 heures, librairie Le Dormeur du Val, à Chauny (Aisne

Voici l'animal. Regardez comme il l'air fourbe. Et en plus, il clope. Mari, méfiez-vous de cet individu. Ne laissez pas vos épouses et maîtresses l'approcher.

Voici l’animal. Regardez comme il a l’air fourbe. Et en plus, il clope. Mari, méfiez-vous de cet individu. Ne laissez pas vos épouses et maîtresses l’approcher.

), dédicaces.

- Samedi 20 décembre, de 14 heures à 19 heures, librairie des Jacobins, à Amiens, dédicaces, en compagnie de l’écrivain Jacques Béal.

     Tenue correcte exigée. Seules les lectrices auront le droit d’adresser la parole à l’auteur. Les lecteurs mâles, en revanche, auront le droit d’acheter mais ne pourront pas lui parler ni le regarder droit dans les yeux (l’éditeur décline toute responsabilité en cas de bagarres ou d’autres actes de violences). Dessous chics Quatrième de couv-Dessous-chic-Communiqué presse-Fiche Dessous chicsDessous-chic-Communiqué presse-Fiche Dessous chics

Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

Lancement du livre Les Dessous chics à Paris et à Amiens

La présentation du recueil de chroniques du Courrier picard, Les Dessous chics (éd. La Thébaïde), préface de Patrick Besson, aura lieu, le jeudi 27 novembre, à partir de 19 heures, à la Galerie Pop Up, rue des Lombards (près de la La Poste), à Amiens. Avec réjouissances vinicoles (grâce à Cavavin, 14, rue des Sergents, à Amiens; 03 22 66 00 47; www.cavavin.fr); réjouissances musicales avec le chanteur-guitariste vanfin et le saxophoniste poète Jean Detrémont, et lectures de chroniques par des comédiens du Théâtre de L’Alambic.

Par ailleurs, le livre sera présenté à Paris, à l’Espace Jemmapes, 116, quai de Jemmapes, à Paris (Xe), le samedi 29 novembre, à partir de 19 heures. Musique et réjouissances divers. A cette occasion, Patrick Besson, officier des Arts et Lettres, remettra la médaille de chevalier des Arts et Lettres à Lacoche. Venez nombreuses, lectrices, et pensez à réserver.

Bien à vous tous. Dessous chics Quatrième de couv-Dessous chics Quatrième de couv-Carton 29-11Lancement livre Dessous chics-Lacoche–Paris-

Magnifique article de Thomas Morales sur le recueil Les Dessous chics

Chères lectrices…

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Thomas Morales, auteur du superbe article sur le livre Les Dessous chics, édité par La Thébaïde en partenariat avec Le Courrier picard

Les Chroniques picardes de Lacoche réunies

J’aime les écrivains de la pénombre, les crooners de province qui, chaque semaine, susurrent des mots tendres sur le ton de la confidence et de la bravade. L’exception française se niche dans cette relation fragile, essentielle, vitale entre celui qui écrit et celui qui lit. Deux solitudes éclairées par les mystères de la littérature. Depuis François Villon, la ballade est entendue ! Philippe Lacoche, hussard rouge de la lignée Roger Vailland/Jacques-Francis Rolland, tient une chronique régulière, « Les Dessous chics », dans le Courrier Picard où il exhale sa mélancolie cheminote, sa hargne rock et sa fibre aristo. Les Editions La Thébaïde ont réuni, pour la première fois, les exquis billets d’humeur de ce marquis vagabond sur la période 2005-2010. Enfermées dans leur HLM ou leur belle demeure, ses chères lectrices de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne comme il les appelle, attendent, lascives, sa missive pleine de larmes, pleine de charme. Elles l’implorent même de les déshabiller d’une formule, oui mais pas trop vite, avec la langueur vespérale du Cardinal de Bernis. Cet enfant triste, héritier de Vialatte et Calet ne cache pas son dépit amoureux. Il a lu jusqu’au calice les réprouvés, ceux que l’Université et les médias méprisent depuis cinquante années. Chaque jour, il s’éloigne de notre époque qui fait la part belle aux imposteurs et aux falsificateurs. Un monde où le flirt et la littérature ne suffisent plus aux honnêtes hommes, n’a pas d’avenir raisonnable. Lacoche, pêcheur impénitent de chevesnes, se réfugie dans ses rêveries d’adolescents, se souvient de la silhouette d’une fillette à couettes, d’un roman de Kléber Haedens ou d’un film de Maurice Biraud. Il entretient la flamme d’une conversation imaginaire au fil de l’eau. Il évoque, à toutes les saisons de la vie, ses coups de cœur pour des groupes bruyants, des auteurs sensibles et des créatures évanescentes surgies de la brume picarde. Ce journaliste est un poète du quotidien qui sait extraire des terres ouvrières, des splendeurs de nostalgie. Ses émotions simples, les plus délicates à écrire, germent dans votre esprit. On ne se lasse pas de le suivre au gré de ses rencontres buissonnières, interviews dans la Capitale de quelques célébrités, virées nocturnes et expositions locales. Ce styliste élégant nous entraîne sur un chemin sentimental, improbable sentier où l’on croise aussi bien les Forbans, Yann Moix, Hervé Vilard, Jack Ralite, Patrick Eudeline que Michel Déon. Comment résister à la fragilité de quelqu’un qui crie « la littérature me rend fou » ? Nous avons trouvé-là un frère de papier. C’est la noblesse de la presse écrite régionale que d’ouvrir (encore) ses colonnes à quelques seigneurs de la plume. Partout en France, il existe de preux chevaliers, souvent incompris et moqués, qui ferraillent dans leur rédaction pour qu’un écrivain oublié lu jusqu’au petit matin ne tombe dans l’oubli. Ces résistants courent d’immenses risques professionnels car ils ne pissent pas de la copie, ils embellissent nos week-ends par quelques traits d’esprit. A Paris, trop souvent, les journalistes manquent de jus. Ils ont la prose sèche, le verbe claudiquant et la métaphore bancale. Gérard Guégan à Sud-Ouest, Christian Laborde à La Nouvelle République des Pyrénées ou Christian Authier dans l’Opinion Indépendante de Toulouse sont les derniers défenseurs d’un art d’écrire à la française. Pour les âmes sensibles, les caractères d’imprimerie n’ont pas perdu leur mystique. Philippe Lacoche, marquis d’ascendance communarde, chaussé de Doc Martens et roulant carrosse en Peugeot 206 possède la foi des premiers croisés. Ces textes d’une ferveur touchante nous accompagnent longtemps.

Thomas Morales

Les Dessous chics de Philippe Lacoche – Editions La Thébaïde –

Cédric Anger : « Lamare va tenter d’être un héros négatif »

    

Cédric  Anger : un réalisateur littéraire, efficace et inspiré. Il aime Emmanuel Bove; c'est un homme de goût.

Cédric Anger : un réalisateur littéraire, efficace et inspiré. Il aime Emmanuel Bove; c’est un homme de goût.

Il ne voulait surtout pas réaliser un film sur la traque d’un serial killer, mais bien dresser le portrait d’un homme complexe. Cédric Anger nous donne à voir un film subtil et superbe, très inspiré d’Emmanuel Bove. Explications du metteur en scène.

Est-ce qu’on retrouve le capitaine de gendarmerie Pineau, commandant de la compagnie de Clermont, et l’inspecteur Neveu, adjoint au chef de l’antenne du SRPJ dans votre film ?

Cédric Anger : Non, eux ne sont pas vraiment traités.  En revanche, est traité le chef de la brigade de Chantilly. Mais on voit deux silhouettes, derrière les battues, derrière tout ça. Et ils sortent du bureau du chef ; leurs noms ne sont pas évoqués, mais il s’agit bien d’eux.  Comme mon parti-pris était de faire le point de vue de Lamare,  et pas celui de ceux qui le traquent, j’ai préféré être dans un sorte de portrait ; on accompagne le mec. Je ne donne pas le point de vue de ceux qui le cherchent.  C’est plus le portrait d’un mec qu’un film sur les traces d’un serial killer.  De plus, dans les portraits des serials killers, tant qu’on ne les trouve pas, leur image grossit dans la tête du spectateur. Alors que là, à l’inverse, le tueur devient de plus en plus ordinaire, banal. On voit que c’est un jeune homme avec ses problèmes.

Le personnage de la fille relève-t-il de la fiction ?

Oui. Je connaissais quelques points : l’histoire de la femme de ménage avec qui il aurait eu une relation et qu’il aurait demandé en mariage.  A partir de ce moment-là, j’ai brodé sur leurs relations car je ne voulais ni embêter la fille concernée qui, à l’époque, ne voulait plus du tout entendre parler de cette histoire ; les gens ont aussi le droit à l’oubli. Et représenter sur l’écran, une personne qui veut rester dans l’ombre, je ne voulais pas. J’ai donc brodé une seconde histoire à l’histoire de Lamare.

Connaissiez-vous depuis longtemps cette histoire Lamare ?

A l’époque des faits, j’avais trois ans. On m’en a parlé. Du coup, j’ai regardé l’émission Faites entrer l’accusé qui, justement, était faite sur la traque. Quand j’ai lu le livre,  ce qui m’a intéressé, au-delà de l’histoire assez fascinante, c’est le personnage Lamare. Son rapport à la nature, à ses parents, à son petit frère, la manière dont il est à la fois fébrile, fragile, quand il dit à ses victimes : « Attention, je vais vous faire mal. » Je me suis dit il y a là un caractère. De plus traiter le film sous forme de la traque d’un serial killer, n’aurait pas marché. En fait, il est en colère. Il a demandé à être dans les forces spéciales, dans le GIGN… tout ça lui a été refusé. Il vivait dans une imagerie militaire un peu virile ; le côté héroïque de tout ça. Il avait été fasciné par les guerres d’Indochine, d’Algérie. Et lui,  son quotidien, c’étaient des voitures volées ; il mettait des PV. Il étouffe dans ce métier de gendarme alors qu’il se rêvait grand militaire.  Ne trouvant pas une place héroïque et positive à ses yeux dans le monde, il va se lancer dans une croisade négative, une croisade folle ; il va tenter d’être un héros négatif. Il va se lancer dans les pas de Marcel Barbeault, un vrai serial killer qui avait terrorisé le département de l’Oise, peu de temps avant. Il prend modèle sur lui. Il a bien du mal à l’imiter car il n’a pas un besoin physiologique ni sexuel de tuer.  Il est parvenu à tuer une personne ; les autres ont été blessées dont une grièvement (elle ne s’en est jamais remise).  Il trouvait le travail de ses collègues médiocre ; il remettait en cause le fonctionnement de la gendarmerie. Il les a donc roulés dans la farine.  Il leur a montré qu’il était plus malin qu’eux ; il y avait, comme ça, un jeu du chat et de la souris. Il se disait : « Comme la hiérarchie m’a refusé les postes importants, je vais les tourner en ridicule. Je vais montrer tous les dysfonctionnements de la gendarmerie. » Ce sont les seules explications qu’il a donné à la juge. Il a dit qu’il voulait redorer le blason de la gendarmerie.  Le livre de Stefanovitch était très complet ; il avait procédé à une vraie investigation. Il dresse un portrait du personnage quasiment au jour le jour.  Il était à l’époque envoyé par l’AFP  pour chroniquer les agressions dans l’Oise. Il a vu Lamare ; il était sur les barrages avec les gendarmes. Il l’a écouté sur sa radio. Il a vu que Lamare était le plus déterminé. Il disait : « On va l’avoir, ce salaud ! » Il a vécu tout ça de l’intérieur.  Je n’ai pas voulu tenter d’aller voir Lamare. Je ne sais pas où il en est dans sa vie. Je ne connais pas son état. Je n’aurais pas été bien. Et de plus, on ne peut pas faire ça. Demander aux médecins : « Je veux passer du temps avec l’un de vos patients. » Cela aurait compliqué et je me méfie d’une chose : j’ai déjà écrit sur des voyous avec des témoignages… il y a une tendance à la déformation du récit ou des faits. Là, le livre de Stefanovitch était dix fois plus pertinent là-dessus. Il était factuel. Le film n’est pas Faites entrer l’accusé. Il faut s’approprier le sujet, avoir une lecture.  Mon but était de m’approprier cette histoire.  Il ne fallait pas aller refrapper à la porte des gens 35 ans après. Surtout que c’était douloureux.

Avez-vous tourné en Picardie ?

On a tourné dans le Pas-de-Calais, vers Lens, Arras,  car ce sont des secteurs qui ont peu changé par rapport à l’époque. Alors que lorsque je suis allé dans le secteur de Chantilly, je me suis rendu compte que ça avait pas mal changé. Le département de l’Oise a plus d’argent. Le Nord-Pas-de-Calais possède des secteurs de no mans land. De plus, la région a une vraie logistique ; elle est rompue à accueillir des équipes de cinéma et elle possède un vivier d’acteurs qui était intéressant. Il ne fallait emmener Guillaume avec des seconds rôles connus ; au contraire il fallait l’entourer d’amateurs ou de gens peu connus, de façon à garder le côté naturel.

Pourquoi avoir appelé votre personnage Lamare Franck Neuhart, Neuhart comme le personnage du roman d’Emmanuel Bove. C’est vrai qu’il y a un cousinage entre l’atmosphère de votre film et les romans de Bove.

C’est une manière de vivre le quotidien le plus réaliste de manière mentale et fantastique ; il a cela chez Bove. Il y a un côté fantastique social qui m’intéressait sur l’état d’esprit du personnage qui est un personnage qui est en colère, rageur, qui a une grille de lecture du monde qui est cauchemardesque.  Comme il fallait changer les noms, j’ai pensé à Bove, un écrivain que j’adore.  J’aime beaucoup ce nom de Neuhart.

Quels sont vos livres préférés d’Emmanuel Bove ?

L’Amour de Pierre Neuhart, Le Pressentiment, etc. J’aime aussi des cousins littéraires de Bove comme Calet… Il y a une tristesse, une monotonie très réaliste.  Une monotonie pluvieuse du quotidien.

                                Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Un film sous tension et captivant

La facilité eût voulu que Cédric Anger fît de La prochaine fois je viserai le cœur un film sur la traque d’un serial killer. Il s’est abstenu ; il a bien fait. Il a choisi comme point de vue de dresser le portrait du gendarme Lamare. Jamais, Anger ne juge ; il observe. C’est ce qui fait la force de son œuvre. Il nous livre un film sous tension du début à la fin. Totalement captivant. D’une force indéniable qui relève de la haute littérature. Et il n’est pas étonnant quand il avoue au cours de l’interview qu’il nous a accordée que son romancier préféré n’est autre qu’Emmanuel Bove. Pas étonnant non plus que celui-ci soit l’écrivain favori de Patrick Modiano. Certains détails dans la reconstitution minutieuse de l’époque (la fin des seventies) procure, comme chez Modiano, un ton inimitable, à la fois brumeux, inquiétant. Une manière de fantastique social cher au picard Pierre Mac Orlan. Il met également en lumière le séisme qui ébranle la gendarmerie lorsqu’elle découvre l’auteur des violences qui ont semé la psychose dans le département de l’Oise de l’hiver 1978 au printemps 1979. (« Vous êtes la honte de la gendarmerie ! » Tels furent les propos du capitaine de la brigade de Chantilly face à Lamare, le 8 avril 1979. Après une bataille d’experts, le gendarme tueur a été déclaré irresponsable. Jamais jugé, il est interné depuis 1979.) Le film n’oublie rien. Et Guillaume Canet, dans la tête du gendarme tueur, est toujours juste, sincère et impeccable. Pas un geste de trop. Un travail de comédien de haut vol. Il révèle ici toute la puissance de son indéniable talent.

Ph.L.

 

Guillaume Canet : « Lamare, un tueur non assoiffé de sang »

       

Guillaume Canet interprète avec beaucoup de justesse le gendarme Lamare.

Guillaume Canet interprète avec beaucoup de justesse le gendarme Lamare.

    Guillaume Canet est parfait dans le rôle du gendarme Lamare. C’en est impressionnant de justesse. Il nous explique comment il a travaillé.

Vous incarnez le gendarme Lamare de façon magistrale. On ne serait pas étonné que ce rôle vous rapporte un César. Qu’en pensez-vous ?

Guillaume Canet : Je ne sais pas. Je ne joue pas pour avoir un César. C’est Cédric Anger qui a écrit le scénario. L’économie dans les mots, c’est toujours intéressant pour un acteur. Ca permet d’exprimer plus de choses qu’on ne dit pas mais qu’on joue. C’est un personnage double, très intéressant ; il est à la fois extrêmement sincère en tant que gendarme, extrêmement honnête dans sa démarche de vouloir arrêter ce tueur. (Il a toujours été décrit ainsi par tous ses collègues, quelqu’un de très déterminé, un très bon gendarme). Mais il était quelqu’un de totalement perdu dans sa vie civile.  Quand il se regarde dans sa glace en uniforme, il a un port de tête, un maintien très fier, très confiant. J’ai beaucoup observé de militaires, de gendarmes ; ils ont tous une manière de se tenir, de s’exprimer… une froideur, une rigidité et un côté sec. C’est pour ça que j’ai voulu maigrir ; j’ai perdu six kilos. Quand il est en gendarme, il a ce côté fermé. Pour moi, c’est un rôle très intéressant. Ce qui me fascinait dans le personnage, c’est qu’il est un tueur non assoiffé de sang.  C’est un tueur qui a peur de passer à l’acte.  Il est totalement en panique ; il prévient la victime qu’il va lui faire du mal. Il a raté beaucoup de ses meurtres en blessant (alors qu’il était un très bon tireur), mais il était tellement paniqué, dégoûté par l’acte. Ce qu’il en ressort c’est qu’on a presque une certaine empathie pour le personnage.  Ce qui est étrange. Et je dis ça avec beaucoup de respect pour les familles des victimes.  Ca rend forcément le personnage intéressant.

Avez-vous rencontré Ivan Stefanovitch ?

Non, je ne l’ai pas rencontré mais son bouquin a été une vraie source d’informations. Il a pu passer du temps avec Alain Lamare ; il a donné des descriptions qui ont nourri mon personnage, sur son attitude, sa façon de s’exprimer, ses goûts culinaires, etc.  Savoir, par exemple, que cet homme, tous les midis mangeait la même chose, le même menu… ça raconte aussi quelque chose de lui…  Il mangeait tous les jours, au même endroit, la même chose…  Le même dessert, des espèces de glaces… Cette affaire provoqua une grande dépression dans toute la gendarmerie. Quand on voit l’émotion de son supérieur gendarme… On le voit dans l’émission Faites entrer l’accusé… Passer un an et demi avec quelqu’un et se rendre compte que le coupable, c’est lui, qu’il a berné tout le monde, c’est assez déconcertant.

Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes à ce point approprié le personnage de Lamare ?

Ca a été le bouquin, le scénario, toutes les recherches de Cédric Anger, des informations qu’il a pu me donner. Mon observation de la population militaire aussi. Ce qui m’intéressait c’était de ne pas jouer le fou mais de jouer plutôt la situation. Le fait de le voir sincère, en gendarme, et la scène d’après le voir en civil dans un bar, en train de casser des œufs durs et se comporter comme il se comporte, les deux situations donnent des indications sur le trajet psychologique du type. Je n’avais pas envie de faire démonstration psychologique mais plutôt de jouer sincèrement la situation. Quand on voit quelqu’un jouer un truc de façon totalement réelle, et tout un coup, faire un truc totalement autre, on dit que la personne est totalement tarée.  Le scénario était très bien écrit et décrivait cette descente aux enfers.  Son contact avec sa femme de ménage, et sa séparation avec elle, le fait qu’elle ne vienne plus, qu’il y ait des répercussions sur l’état de l’intérieur de son appartement,  fait qu’on perçoit bien cette déchéance, cette descente aux enfers, cette panique qui l’envahit. Quand il rentre du bois gay, quand il voit tous ces homosexuels dans la nuit et qu’il rentre chez lui, il suffoque car il a en lui cette attraction et cette répulsion.  Il ne sait plus où il en est ; il est complètement perdu. Il avait ce penchant homosexuel qu’il n’assumait absolument pas.  Et pour les femmes aussi. La différence entre le fantasme qu’il peut éprouver face à ce poster qu’il a chez lui, et lui symbolise la femme parfaite et tout d’un coup, quand celle qui est devenue sa maîtresse, laisse des cheveux dans le peigne et qu’elle est là allongée à ses côtés, et qu’une mouche se pose sur elle, tout d’un coup, la prise de conscience devient réelle. (…) Quand on joue un tel rôle, on se demande comment on peut en arriver là. C’est ça qui est intéressant ; je vois toujours le travail d’acteur comme le travail d’anthropologue. C’est ça qui est excitant : jouer des personnages différents, des vies différentes. La vie d’un acteur s’enrichit grâce à tout cela.  C’est une grande chance. Ca fragilise aussi car on se perd également.  A force de jouer de nombreuses identités, on finit par en perdre la sienne.  Ce fut assez difficile pour moi de sortir de ce personnage de Lamare car Cédric a tellement réussi à créer un univers très fort, tant dans les décors que dans la lumière… J’arrivais sur le plateau, à chaque scène, il y avait à nouveau cette ambiance, ce truc, un peu à la Fincher. C’était bien car je sentais qu’on faisait un beau film, un film fort.  C’est perturbant car, quand ça s’est arrêté, le personnage m’a manqué. L’univers, l’atmosphère…

Le fait que Cédric Anger eût appelé Franck Neuhart le personnage de Lamare, Neuhart, nom d’un personnage d’un roman d’Emmanuel Bove, ce n’est pas innocent non plus. Vous étiez au courant de ce détail bovien ?

Oui, on en avait parlé avec Cédric.  C’est un film qui peut faire penser à une Série noire. Je sais que la scène qui me conduit dans la grande maison, avant de rencontrer la mère du personnage incarné par Ana Girardot, je pense toujours à un roman de Série noire.  Un escalier en bois, les lambris en bois… Tout un univers.

                                                          Propos recueillis par Philippe Lacoche

 

                  Yvan Stefanovitch : « J’étais le roi du pétrole »

Yvan Stefanovitch est l’auteur du livre « Un assassin au-dessus de tout soupçon » qui a inspiré le film « La prochaine fois je viserai le cœur », avec Guillaume Canet, mercredi sur les écrans.

Pourriez-vous restituer le contexte dans lequel s’inscrit l’affaire du gendarme Alain Lamare ?

Ivan Stefanovitch : De 1969 à 1979, vos lecteurs des anciennes générations se souviendront que dans l’Oise, il y eut cette période complètement folle. Marcel Barbeault qui a aujourd’hui 73 ans, et qui se trouve à la prison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre (le plus vieux détenu français : il est en prison depuis 38 ans).  Lui, avait tué sept femmes et un homme. Et puis il y avait Lamare, de son prénom Alain, qui sévit pendant sept mois ; son modèle était ce Marcel Barbeault. Mais ce fut un héritier un peu déficient puisqu’il n’a tenu que sept mois et tua une femme. Aujourd’hui, il n’est pas permanent de la prison, mais c’est un intermittent d’un hôpital psychiatrique,

Yvan Stefanovitch, auteur du livre sur le gendarme Lamare, était à l'époque journaliste à l'AFP.

Yvan Stefanovitch, auteur du livre sur le gendarme Lamare, était à l’époque journaliste à l’AFP.

dans le Pas-de-Calais, ce depuis plus de trente ans.  Il est très bien noté ; il doit souffrir d’une sorte de schizophrénie. Il est tellement bien vu qu’il est devenu éducateur en milieu fermé, en hôpital psychiatrique. Il donne un coup de main aux éducateurs. Il prend des médicaments ; il est très bien. Tous les week-ends, il retourne dans son village, dans le Pas-de-Calais ; il va voir son frère, puis sa mère qui réside un peu plus loin.  Une rumeur dit qu’il revient de temps en temps à Clermont, dans l’Oise, où se trouve l’un des plus grands hôpitaux psychiatriques d’Europe. Et le troisième, c’est Jacques Mesrine qui a emmené un journaliste de Minute, Jacques Tillier, dans une grotte, car il le soupçonnait d’être poisson pilote pour la police. Mesrine, lui, est devenu un permanent du cimetière, contrairement à Marcel Barbeault (qui est un permanent de la prison) et à Lamare (qui est intermittent de l’hôpital psychiatrique). Ces trois personnages ont défrayé la chronique ; c’est pour cela que j’ai fait ce livre.  J’étais correspondant de l’AFP ; tout ça m’a passionné.

Quel a été votre parcours de journaliste ?

A cette époque, j’étais le correspondant de l’AFP pour l’Oise et le Val d’Oise.  J’avais fait Sciences Po. Mais comme j’étais un être un peu pervers, je me suis passionné pour le fait divers.  J’ai commencé à travailler pendant un an à Détective (je ne préfère pas en parler car c’était très très bizarre. On gagnait très bien notre vie mais nous avions des méthodes un peu… particulières.) Ensuite, j’ai travaillé deux ans à Paris Normandie, au Havre et à Rouen ; c’est là que j’ai appris mon métier avec les faits diversiers de Paris Normandie, notamment avec les séances d’autopsies, etc. Ensuite, je suis allé deux ans à L’Alsace, à Mulhouse pour couvrir les faits divers. Je me suis fait virer par le préfet car j’ai fait un truc, un grand papier sur deux pages :  « Mulhouse, la nuit, 200 000 habitants menacés, quinze policiers débordés ». Ca n’a pas plu au préfet ; je suis rentré à l’AFP. J’ai couvert l’affaire Lamare ; j’ai annoncé qu’il s’agissait d’un gendarme ou d’un policier trois mois avant qu’il ne soit arrêté.  Ca ne m’a valu que des ennuis et à mes deux principaux informateurs : l’inspecteur Daniel Neveu, de la PJ de Creil, et le capitaine Jean Pineau, de la brigade de Clermont.  Neveu s’est installé à Toulouse. Il est devenu un fana de la natation. Il s’est acheté une petite maison au bord de l’eau, dans l’Hérault, et il se baigne tous les jours.

A l’époque de l’affaire Lamare, où habitiez-vous ?

J’habitais à Chantilly. Alain Lamare détestait ses collègues et ne pensait qu’à les ridiculiser ; il détestait aussi les femmes. (…) Finalement, les gens courageux qui essaient d’arrêter les assassins, ils n’ont que des ennuis, ils sont cassés ; en revanche ceux qui ne font rien, qui restent dans leurs charentaises, qui font en sorte qu’il n’y ait pas de vagues.  Le capitaine Pineau, lui, s’est retrouvé à Bergerac, et moi je me suis retrouvé à Paris. Et Neveu, il n’a jamais été commissaire.

Comment avez-vous mené votre travail de journaliste autour de cette affaire Lamare ?

Mon travail de journaliste… Je travaillais beaucoup avec Jean-Marc Rocca-Serra, du Courrier picard à Compiègne ; on avait fait venir des scanners du Japon. On était devenu des fous ; nos femmes devenaient complètement folles. On avait les scanners sous les lits et dans nos voitures pour écouter la police. A l’époque, on écoutait encore en clair.  La technique était simple : je prêchais le faux pour savoir le vrai. Comme la police et la gendarmerie se cachaient tout, dès que j’apprenais quelque chose grâce à mon scanner, j’allais le dire à la gendarmerie ; donc ils étaient furieux contre la police. Et que les gendarmes me disaient un truc, j’allais le dire à la police. J’étais au milieu du jeu ; j’étais le roi du pétrole. Je les montais les uns contre les autres. Et j’avais de l’information. Dès août 1978, j’avais déjà cette thèse : pour moi c’était un gendarme ou un policier. Il parlait d’une Renault R 12. Il écrivait le nombre de kilomètres. Il échappe à toutes les couvertures en surface et aux mobilisations des flics.  La police et la gendarmerie n’ont surtout pas voulu qu’on popularise cette thèse.  Quand je fais ma dépêche, quand on ouvre les huîtres, le 31 décembre 78, le champagne coule. Le jour-même, le ministère de l’Intérieur fait un communiqué en disant que c’est faux, que le tueur de l’Oise ne peut pas être un gendarme ou un policier. Quand il a été arrêté, un chef de service m’a félicité, mais entre-temps le directeur général de l’AFP m’avait appelé pour me passer un savon, et deux ans plus tard, je fus rappelé à Paris. Il ne faut jamais avoir raison trop tôt. Mais moi je suis fier, avec l’inspecteur Daniel Neveu  (à Creil) et le commandant Jean Pineau (grâce à ceux j’ai écrit cette dépêche). Grâce à ça que le gendarme Lamare (du PSIG de Chantilly)  n’a pas continué à tuer car il voulait être reconnu.  Entre le 31 décembre et la date de son arrestation, il n’a pas tué. En fait, avec le policier et le gendarme, on faisait  le travail de la police. On se rendait dans un café qui nous servait de lieu de rendez-vous ; on se rendait compte que toutes les voitures étaient retrouvées entre Creil et Orry-la-Ville. On demandait au patron du bistrot de subtiliser les verres quand il y  avait des gendarmes ou des flics afin de comparer les empreintes avec celles du tueur. Car Lamare, à chaque fois qu’il volait une voiture, il mettait son empreinte sur le rétroviseur gauche. Donc il signait ses actes.

A l’issue de l’enquête, il a donc été déclaré non responsable de ses actes.

Oui. Il a été diagnostiqué qu’il souffrait d’hébéphrénie, c’est une forme de schizophrénie. Je ne sais pas s’il était fou, mais en tout cas il était très intelligent ; il est passé à travers tout. Exemple : il surveille – en compagnie d’un camarade gendarme – une voiture qu’il a volée lui-même. Il la place devant la gare de Chantilly. Ils sont en patrouille ; ils la repèrent. Il voit son collègue qui s’endort à côté de lui. Il dit à son collègue : « Si tu veux, comme tu es fatigué, on va interrompre la planque pour aller dormir un peu… » Pendant que son collègue va dormir, il retourne à la voiture, la déplace à  Orry-la-Ville. Il retourne avec son collègue qui n’en revient pas car la voiture n’est plus là. Lamare dit à son collègue : « Si tu veux, on peut simuler une poursuite… ». Ils simulent la poursuite, mais moi j’écoute sur mon scanner. Et on entend les autres gendarmes qui disent par radio : « C’est bizarre. Le Psig a pris en chasse une voiture mais nous, on ne l’a jamais vue la voiture. » Là, je comprends que la poursuite est inventée. Qu’est-ce que je fais : je me précipite à la police judiciaire de Creil et je leur file cette information.  Ca a fait un pataquès .

Votre livre sort en 1984. Comment avez-vous travaillé pour l’écrire ?

C’est simple : Mme Marie Brossy-Patin, juge d’instruction à Senlis, m’a donné la procédure ; elle me devait bien ça  car elle n’avait pas voulu m’entendre. Je l’aime beaucoup cette dame. A l’époque, elle avait sur son bureau, le bouquin de Michel Foucault, Surveiller et punir. Elle préside aujourd’hui l’un des plus grandes associations de réinsertion des détenus.  Moi, je l’aimais bien car c’est elle qui, grâce à Neveu, a arrêté le premier tueur, Barbeault qui avait tué sept femmes et un homme.  Elle aimait beaucoup Neveu. Ensuite, je ne sais pas pourquoi, elle n’a jamais voulu entendre notre piste qui disait que le tueur pouvait être un policier ou un gendarme.  Et quand toute l’affaire était finie, elle a fait amende honorable et m’a filé toute la procédure ; c’était la moindre des choses.  Lamare, c’est moi qui lui ai trouvé son avocat, car je suis devenu ami avec son frère (qui avait été complètement traumatisé car il se doutait de quelque chose ; Lamare changeait de voiture à chaque fois qu’il allait le voir dans le Pas-de-Calais). Cela m’a permis d’avoir un portrait d’Alain Lamare assez juste et de savoir dans quelle atmosphère il a vécu.

Est-ce qu’ensuite vous avez rencontré Alain Lamare, après son arrestation ?

J’aurais pu, mais non ; mais là, je vais peut-être essayer de le rencontrer parce qu’il est comme un condamné qui a fait sa peine ; il a le droit d’être éducateur. Il a le droit de sortir. Et moi j’ai le droit de le voir (si il a envie de me voir).  Je crois qu’il a tourné la page. Il est un peu fier car il ridiculisé toute la police française et la gendarmerie. Et il a montré que ça ne marchait pas très bien.  Aujourd’hui, ça ne marche pas beaucoup mieux : quand on voit comment Merah est par venu à assassiner les petits enfants de l’école juive.

Quel est votre point de vue sur le film « La prochaine fois je viserai le cœur » ?

Je l’ai vu, mais je laisse les spectateurs le découvrir.  Ce film est arrivé grâce à Cédric Anger, le réalisateur, et Thomas Klotz, le producteur (mon fils, qui a 16 ans, avait fait du cinéma avec eux ; des petits films). Un jour, il a donné mon bouquin à Cédric Anger ; il s’est passionné pour cette affaire et il a un énorme mérite d’avoir fait ce film. Un film c’est un film ; un bouquin, c’est un bouquin. Un film ce sont des images, des émotions, des impressions. Un bouquin, c’est autre chose. Le film a le mérite d’exister.  Il n’existe que grâce à mon livre, même s’il y a des choses qui ne correspondent pas à mon livre.  C’est une adaptation ; le metteur en scène a tous les droits.

Un procès de Lamare eût-il été souhaitable ?

Alain Lamare aurait pu raconter comment il a joué aux gendarmes et aux voleurs avec ses propres collègues, et comme il les avait ridiculisés.

                                         Propos recueillis par

                                         Philippe LACOCHE

 

 

 

Un Nothomb pétillant et de grand cru !

Son dernier livre, « Pétronille », n’est rien d’autre qu’un hymne au champagne, à l’ivresse et à l’amitié. C’est enlevé, drôle, émouvant.

Il en est des romans d’Amélie Nothomb comme du beaujolais nouveau: il y en a des bons, et parfois des moins bons. Celui-là, à l’image de Hygiène de l’assassin, son premier livre, est d’un grand

Amélie Nothomb photographiée dans le bureau d'Anne Martelle, à Amiens. Je lui avais tendu mon exemplaire de son roman pour qu'elle me le dédicace et avais tenté de lui impooser le texte, ce qui est d'une inélégance notoire. "Pourriez-vous écrire, chère Amélie : "Pour Philippe Lacoche, bien plus grand écrivain que moi. Elle avait gentiment refusé et avait bien eu raison. J'ai également tenté de l'emmener boire une coupe. Elle a également refusé car son train l'attendait; en cela, elle ne saura jamais ce qu'elle a loupé.

Amélie Nothomb photographiée dans le bureau d’Anne Martelle, à Amiens. Je lui avais tendu mon exemplaire de son roman pour qu’elle me le dédicace et avais tenté de lui impooser le texte, ce qui est d’une inélégance notoire. « Pourriez-vous écrire, chère Amélie : « Pour Philippe Lacoche, bien plus grand écrivain que moi. »… » Elle avait gentiment refusé et avait bien eu raison. J’ai également tenté de l’emmener boire une coupe. Elle a tout autant refusé car son train l’attendait; en cela, elle ne saura jamais ce qu’elle a loupé. J’en suis certain maintenant, lectrice mon amour : jamais je n’épouserai une jeune femme riche.

cru. On se régale. En fait, la comparaison avec le beaujolais n’est pas bienvenue. Il eût fallu évoquer les bulles marnaises, hautes marnaises, auboises ou axonaises. Car dans ce Pétronille, prénom de l’héroïne d’Amélie, il est beaucoup question de champagne. La narratrice – qui ressemble comme deux gouttes de Drappier à notre Amélie – n’aime pas boire seule. On est en droit de ne pas lui donner tort: «L’ivresse ne s’improvise pas. Elle relève de l’art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part. Si la première cuite est si souvent miraculeuse, c’est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant: par définition, elle ne se reproduira pas.»

Phénomène

 Voilà qui est posé. Et un peu plus loin, elle évoque le champagne avec presque autant de talent que l’excellent Éric Neuhoff, qui, en la matière, en connaît un rayon (lisez son court essai, Champagne, Albin Michel, 1998): «Pourquoi du champagne? Parce que son ivresse ne ressemble à nulle autre. Chaque alcool possède une force de frappe particulière; le champagne est l’un des seuls à ne pas susciter de métaphore grossière. Il élève l’âme vers ce que dut être la condition de gentilhomme à l’époque où ce beau mot avait du sens. Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé, il exalte l’amour et confère de l’élégance à la perte de celui-ci.» On a envie d’applaudir des deux mains si l’une des deux n’eût pas été occupée par la coupe. Son ami de boisson sera finalement une amie. Quoique. Voici Pétronille, romancière en herbe, qui déboule dans sa vie: «Déjà, le mot «compagnon» n’allait pas, qui a pour étymologie le partage du pain. Il me fallait un convignon ou une convigne.» Et la Pétronille en question est un sacré phénomène; elle n’a peur de rien. Elle est drôle, directe, vaguement punkette. Arrivera alors l’ivresse de l’amitié. La meilleure. Les deux filles ont du mal à se quitter. La narratrice tente de donner un coup de main à sa copine pour la faire éditer. Ce qui nous vaut ce morceau de dialogue dans la bouche d’une espèce de jeune pintade du monde l’édition: «Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n’ont aucune chance.» Ce roman pétille. Vif comme un pinot; sentimental comme un chardonnay. Fraternel et fruité comme un pinot meunier. Oui, un Nothomb de grand cru!

PHILIPPE LACOCHE

 

Pétronille, Amélie Nothomb, Albin Michel; 169 p.; 16,50 €.