Yul Dosière

René Dosière (2e en partant de la gauche, en chemise bleue) et le sympathique et tonitruant picardisant Jean-Pierre Semblat (4e en partant de la gauche) lors d'un repas très festif. René Dosière a même chanté quelques vieilles chansons françaises.

René Dosière (2e en partant de la gauche, en chemise bleue) et le sympathique et tonitruant picardisant Jean-Pierre Semblat (4e en partant de la gauche) lors d’un repas très festif. René Dosière a même chanté quelques vieilles chansons françaises.

    Un feuillet, c’est court, lectrice ma fée charnelle, mon désir, ma convoitise, mon petit animal. C‘est la dimension de la chronique que tu es en train de dévorer des yeux, en ce dimanche matin, alors que ton mari est au PMU, à la chasse ou en train de s’esquinter la santé au footing. Toi tu me lis. Tu as raison. Il n’y a rien de tel que l’infidélité littéraire pour entretenir la libido. De plus, si tu te fais pincer (pincer, quoi ? Mais non pas pincer les… enfin tu me comprends), tu ne risques pas grand-chose devant le juge des affaires matrimoniales. Il y a jurisprudence. Plusieurs maris, jaloux comme des brouettes de poux de la crête de Wimy en avril 1917, ont bien tenté de demander le divorce après qu’ils eurent surpris leurs épouses en train de dévorer les Dessous chics. Ils ont tous été déboutés. Donc, lis-moi sans crainte. Tout ça pour te dire qu’un feuillet, c’est court. Je suis donc contraint de faire un retour sur mon escapade au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin, que j’évoquais en cette même place la semaine dernière. Je n’ai pas pu raconter ma rencontre, lors des retrouvailles des anciens élèves de l’établissement, avec Roland Renard, maire de Montescourt-Lizerolles. Roland et moi avons évoqué les jours d’antan, quand j’étais jeune journaliste à L’Aisne Nouvelle, et que je couvrais le secteur à bord de ma vieille Peugeot 304. Les inaugurations, le mousseux, les cérémonies du 11-Novembre… Tout ce qui fait le plaisir du métier de localier. Je garde de Roland l’image d’un élu épatant, proche du peuple et de ses électeurs. Sympa avec les journalistes. Autre belle rencontre : celle de René Dosière, élu incontournable et surtout écrivain, un ancien d’Henri-Martin, qui, me confia une précieuse lettre. Datée du 28 février 1957, elle est l’œuvre du proviseur du dit lycée, et s’adresse au père de René, instituteur à Origny-Sainte-Benoîte. Le ton de la missive est plein d’humour, de retenu. A l’ancienne. Il y écrit : « J’ai le regret de vous faire savoir que je ne pourrai admettre au Lycée Henri-Martin votre fils René Dosière tant qu’il prétendra se présenter à ses professeurs et condisciples avec une allure aussi originale que parfaitement ridicule. Désireux sans doute de ressembler à un acteur de cinéma adulé par un certain public qui confond originalité avec intelligence et talent, votre fils a confié sa tête à un artisan Figaro, qui, au prix d’une coupe de cheveux affectée vraisemblablement d’un respectable coefficient a dénudé son crâne à la manière d’une coquille d’œuf. » René, pour ressembler à Yul Brynner, s’était fait raser le crâne. Après Mai 68, ce sont les cheveux longs que les proviseurs combattront. Avant d’en terminer, lectrice, je voudrais te dire l’immense plaisir que j’ai éprouvé en assistant à l’hommage à Desproges et à Brassens, au cirque d’Amiens, il y a quelques jours, grâce à Dominique Leroy et la bande de Charlie Hebdo. Dans le spectacle un violoniste impressionnant de virtuosité, de talent, d’inventivité : il se nomme Yves Teicher. Un prince.

                                           Dimanche 19 octobre 2014

Un roman d’une poignante sincérité

François Cérésa : on le savait facétieux, brillant, plein de panache et d’humour libertaire. On le retrouve ici tendre et émouvant dans ce livre à un ami défunt.

 Roman ou récit ? Récit plutôt, car, on le sent bien, malheureusement, tout est vrai. Même si François Cérésa, en bon romancier, a su utiliser les atmosphères, les subtilités et les nuances du genre. Cérésa déroule le fil de ses souvenirs, de sa bande de copains, sept au total, dans le Paris des seventies. Ils sont tous bien allumés, passionnés, ne manquent ni d’audace, ni de panache, s’adonnent avec gourmandise à divers excès. L’après Mai 68 n’est pas loin. Les années sont folles, sulfureuses. Délétères pour certains. Ce sera le cas pour le plus fragile d’entre eux, Nanard. Le plus proche du narrateur aussi : « L’autre jour, en allant rue Boulard, je suis passé rue Brézin. Tu habitais là. Un enfant du XIVe. On t’appelait Nanard. Nanard, ça fait film raté. Ça fait aussi Jojo, comme une chanson de Brel. « Voici donc quelques rires, quelques rêves, quelques blondes… ».Qui connaît encore Brel ? Tout cela est bien ancien. Tu étais mon double, mon frère, mon ami. On s’est connus en troisième, chez mes maristes. Collège Stanislas. On avait 14, 15 ans. C’est vrai, ces derniers temps, dans le tourbillon de la vie, on se voyait moins. Tu aurais pu être Jules, et moi Jim. Qu’est devenue la bande d’autrefois, je te le demande. Tu ne répondras plus. Ce 28 août 2012, j’ai fait le compte. Nous ne t’avions pas vu depuis six mois. Pour nous, un bail. »

Le ton est donné. Nostalgie ? Bien sûr. Mais jamais de ton larmoyant. Ce n’est le genre du narrateur, ni celui de Cérésa. Pas celui de Nanard non plus. Nanard qui n’est plus. Le colosse s’est suicidé. « Tout au bout de la rue Boulard, on aperçoit un mur avec des frondaisons. Tu reposes de l’autre côté. Cimetière Montparnasse. Dans le caveau familial. Dans une petite urne. On t’a incinéré à Clamart. J’ai toujours pensé que tu brûlais la vie par les deux bouts. La preuve, pour fêter des 59 ans, tu t’es suicidé. Bon anniversaire, Nanard. » Le narrateur nous dresse un portrait tout en nuances de ce drôle de Nanard, insaisissable, qui, comme beaucoup d’entre nous, pauvres petits humains, tente de garder la face tout en sachant que tout est plombé d’avance. Pas de larmes, non. Juste une sorte d’absurdité qui finit par vous envahir. Un joli mot résume cet état : la mélancolie. Souvent, elle vous tire par la main et vous entraîne au bord du gouffre. Certains sautent dans le vide ; d’autres pas. On n’est pas égaux devant ces choses-là. Calet, Vailland, Sartr

François Cérésa : excellent écrivain, fondateur de la revue "Service littéraire".

François Cérésa : excellent écrivain, fondateur de la revue « Service littéraire ».

e et quelques autres l’ont assez rabâché. On est en droit de ne pas leur donner tort. « Si j’écris maintenant, c’est pour ne pas oublier ceux qui partent trop tôt, beaucoup trop tôt. Comment faire autrement ? Je voudrais te dire mon amitié pour avoir trop souvent oublié de te le dire de ton vivant. » Voilà qui est fait, cher François Cérésa. Votre Nanard, on n’est pas près de l’oublier. Votre livre non plus car il est poignant, sincère. Fraternel.

PHILIPPE LACOCHE

 

Mon ami, cet inconnu, François Cérésa, éd. Pierre-Guillaume de Roux ; 174 p. ; 19,50 €.

 

Nostalgie d’automne, couleur de vieil étain

             

Le fameux banc sur lequel je jouais de la guitare, du Dylan, du Donovan, entouré de celles que j'appelle Katia et Clara dans mon roman "Des rires qui s'éteignent". Ce banc de pierre dans le square de la cour du lycée Henri-Martin, existe toujours. Les ombres de Katia et de Clara, deux grandes Didiches (aujourd'hui décédées) dont j'étais follement amoureux, doivent y planer les nuits d'autoumne. Elèves pensionnaires du lycée Henri-martin d'aujourd'hui, allez vérifier, livre à la main; vous ne serez pas déçus. Vous entendrez leurs rires qui éclatent, puis qui s'éteignent comme les flammes des bougies des seventies.

Le fameux banc sur lequel je jouais de la guitare, du Dylan, du Donovan, entouré de celles que j’appelle Katia et Clara dans mon roman « Des rires qui s’éteignent ». Ce banc de pierre dans le square de la cour du lycée Henri-Martin, existe toujours. Les ombres de Katia et de Clara, deux grandes Didiches (aujourd’hui décédées) dont j’étais follement amoureux, doivent y planer les nuits d’autoumne. Elèves pensionnaires du lycée Henri-martin d’aujourd’hui, allez vérifier, livre à la main; vous ne serez pas déçus. Vous entendrez leurs rires qui éclatent, puis qui s’éteignent comme les flammes des bougies des seventies.

   Bertrand Lécuyer, ami de longue date, batteur au sein de notre groupe de blues-rock ternois, élève lui aussi de l’établissement, à qui, dès le soir, je racontais l’histoire, par Sms, me le confirma tout de go : « Phil, tu es décidément un incorrigible nostalgique ! ». Il faut l’être, c’est vrai, pour répondre à l’invitation du pianiste et dessinateur Serge Dutfoy qui a organisé une  journée des anciens élèves du lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin, autour de la mémoire de Gilbert Collet, excellent professeur de français, ancien résistant, homme de tous les combats, surtout ceux de la liberté. En ce samedi matin, je me rendis donc dans la cour d’honneur de mon ancien lycée que j’ai fréquenté de 1971 à 1975. L’entré d’abord. La loge du concierge. Je revoyais les visages de mes anciens copains, Jean-François Le Guern, surnommé Paco dans la vie réelle, et Juan dans mon roman La Promesse des navires. Paco, un jeune mec d’Harly, fils d’un ouvrier de Motobécane, une manière de dandy breton, à l’allure de Mick Jagger. Il se disait poète. Ecrivait des vers qui ressemblaient à ceux de Rimbaud, époque Charleville. Paco qui, un jour se mit à faire la route et qui disparut à tout jamais de notre champ de vision et de nos vies. Volatilisé. Joël Caron, saxophoniste et flûtiste halluciné, génial découvreur de jazzmen improbables, des musiques sud-américaines, fils d’un cheminot d’Eppeville, grand consommateur de sandwiches au camembert, cheveux long et bruns comme un musicien du groupe Alice. Nous nous retrouvions dans des cafés du secteur, chez Odette, ou chez Moustache, ou au Bar du Palais, fief de mon grand copain Philippe Gonzalès qui ne cesse de revenir dans mes romans sous différents surnoms. Il venait de Vouël, près de Tergnier ; nous faisions le trajet en train ensemble. Nous buvions comme huit Polonais. A la bière et à la gauloise dès le matin. Cela ne nous empêchait pas de lire les écrivains de la Beat Generation, et de courir les filles. Philippe, toujours positif, gai comme un peintre italien, me faisait penser à ces personnages des films de Jean Girault. Un esprit des Trente glorieuses. La France qui n’est plus. Je m’avance dans la cour. Au fond, le square avec ses arbres centenaires. Là, je tombe en arrêt devant le banc de pierre qui existait déjà. Je me revois, grattant de pâles accords sur ma guitare Crucinelli, entouré de Catherine et de Florence, mes deux amoureuses, chacune leur tour, puis en même temps. Je dois jouer « Lay Lady Lay » de Dylan, ou « Lady Jane », des Stones. J’entends leurs rires. Leurs rires qui s’éteignent. Je me suis inspirées d’elles pour incarner mes héroïnes Katia et Clara dans Des rires qui s’éteignent. Toutes deux connaissaient aussi mon cousin Guy, le Pêcheur de nuages, qu’elles ont certainement rejoint là, si là-haut il y a. Je les entends rire au-dessus de mon épaule alors que je tape cette chronique par un après-midi d’automne à la lumière fade, couleur de vieil étain. Comme ma mélancolie. Comme ma nostalgie.

                                      Dimanche 12 octobre 2014

Michel Pruvot a fait danser plus de 7 millions de personnes

       

Michel Pruvot : le musette, c'est un peu notre blues picard.  Un personnage populaire, généreux et incontournable.

Michel Pruvot : le musette, c’est un peu notre blues picard. Un personnage populaire, généreux et incontournable.

    Il vient de sortir un nouveau CD « Ca balance au bal musette », avec une chanson en picard signée par notre confrère Jean-Marc Chevauché. Rencontre avec le célèbre accordéoniste.

   Combien de disques avez-vous enregistrés? Et savez-vous combien de concerts et galas avez-vous déjà réalisés?
Cela peut paraître incroyable et impressionnant, mais à ce jour j’ai enregistré (entre mes propres CD, DVD, CD ET DVD de compilation) sept 45 tours, 21 33 tours,  135 CD , 15 vidéos  et 12 DVD. Cela fait environ 1000  nouvelles compositions regroupées parmi tous ces enregistrements. J’ai animé plus 8 000 galas (entre les soirées, les thés dansants, les concerts, festivals et autres…) et fait danser plus de 7 millions de personnes sur mes musiques  qui ont permis  des rencontres, des mariages, et   des séparations… Dans mon livre, justement j’avais recensé et calculé tout cela : j’ai également parcouru 6 millions de km pour ces galas, usé 25 voitures, un bus, neuf camions et 25 accordéons, dont j’ai fait vibrer les lames sur les scènes de France et de Navarre !
 Dans quelles conditions ce nouvel album a-t-il été enregistré (où? quand? avec quels musiciens? etc.)
 Ce nouvel album a été enregistré en mai 2014 en Belgique , à Bruxelles au studio CDS avec lequel travaille depuis plus de 25 ans. Les programmations de ces nouvelles musiques ont été réalisées par plusieurs musiciens dans plusieurs studios de France et j’ai, quant à moi, fait mes prises de son, mixage, enregistré le chant et les choeurs et le  mastering  à Bruxelles.

Quelle couleur, quelle ambiance avez-vous voulu donner à ce disque?

Ce CD est festif, correspondant à mon image d’accordéoniste et de chanteur populaire, que je suis fier de représenter du reste ! J’y ai mis de nouveaux rythmes que nos clients aiment à danser dans les thés dansants. Nous appelons cela les danses en ligne, ce sont des rythmes  un peu latino tels le Kuduro, le reggae, le madison sans oublier bien entendu les classiques des danses de salon le paso, la valse, le tango.

La majorité des musiques ont été écrites par vos soins. Qui sont vos paroliers?
 Je croise beaucoup de gens dans mes galas qui me proposent de m’écrire des textes… Je suis ouvert à tout mais depuis 30 ans je travaille malgré tout en étroite collaboration avec quelques paroliers comme Marc Provance, Fred Zeitoun, Gérard  Tempesti, Michel Jourdan … mais aussi de grands paroliers, hélas disparus aujourd’hui comme Pierre Delanoé, Jacques Demarny, Pascal Sevran. Et aujourd’hui dans ce nouveau CD des nouvelles compositions en collaboration avec Dominique et Martial Lahaze  et Jean Marc Chevauché. 
Sont-ce eux qui vous apportent d’abord les textes à partir desquels vous composez les musiques, ou l’inverse?
En général, je donne pour les textes des idées de titres avec un thème bien précis qui me représente aussi.  Par exemple pour « Vive la caravane du Tour », je voulais faire un titre sur l’ambiance de la caravane, que j’ai connu pour l’avoir fait deux années de suite… Je donne des idées, les grandes lignes et l’équipe se met au travail pour me proposer des textes que l’on arrange et adapte ensuite. Je collabore aussi beaucoup pour la musique avec d’autres accordéonistes Alain Musichini, Christian Peschel , Les Frères Lahaze et bien d’autres … La liste est longue. Il arrive également que l’on me propose une mélodie qui me plaît et que j’enregistre directement …. 
 Les paroles de « Chtiot Picard » ont été écrites par notre confrère Jean-Marc Chevauché, du Courrier picard. Comment s’est faite votre rencontre?
La chanson « Chtiot Picard » a été écrite en effet par Jean-Marc Chevauché. C’est une chanson à mon image, puisque je suis un vrai picard, né à Rue (pas dans la Rue comme Johnny Hallyday)… Je connais Jean-Marc depuis quelques années maintenant, du temps où il était au Courrier Picard à Abbeville. Un jour lors d’une conversation nous avons abordé cette idée de faire une chanson en picard …

Est-ce lui qui vous a proposé le texte ou est-ce vous qui le lui avez réclamé?
 Nous nous sommes revus un samedi matin sur le marché d’Abbeville et il m’a dit :« J’ai fait le texte ! ». Il m’a remis son texte et j’ai fait la musique ; et voilà c’est devenu Chtiot Picard. »
En ces époques où la Picardie est malmenée et remise en cause, cette chanson ne serait-elle pas une sorte d’hymne à notre région?
 Un hymne n’exagérons rien, c’est une chanson patoisante en picard que nous avons eu vraiment plaisir à faire ensemble ; « Chtiot Picard », c’est de la bonne humeur, une musique gaie  que j’espère nos compatriotes apprécieront Nous aimons notre Picardie et nous sommes fiers d’être picards …
Dans « L’Intello du vélo », vous rendez un hommage à Laurent Fignon. Que représentait-il pour vous?
Ah ! Laurent Fignon… Il était certainement le coureur le plus intelligent et « le plus malin » de sa décennie; Il faisait partie de ces coureurs qui avant d’être connus , avaient fait des études et avaient des bagages « intello »…  Etant moi-même ancien coureur cycliste, j’aimais sa façon de rouler, d’où l’idée de lui rendre hommage avec cette chanson intitulée « L’intello du vélo » avec des paroles vraiment proches de son personnage.

Quels sont vos projets ?

Je vais sortir un CD en duo qui sera en vente le 17 novembre prochain (distribution Sony Music). Rien à voir avec l’accordéon. Ce sera un album de chansons sur de la musique schlager enregistré en duo  Michel et Jean. Il y aura une grosse pub TV sur France Télévision à partir du 15 novembre, et auprès de toutes les radios locales de France. Jean étant Jean Reveillon ( ex-directeur de France Télévision, en retraite depuis avril). En fait nous avons réalisé un projet qui nous tenait vraiment à coeur et que nous avions fait quand nous étions tous deux coureurs cyclistes amateurs… Il y a 50 ans ! Ce CD  sera donc dans les bacs le 17 novembre, mais nous l’aurons déjà pour notre première représentation en public sur le scène du théâtre municipal d’Abbeville le dimanche 26 octobre, prochain à 14h30. Il s’agira du spectacle annuel de l’Accordéon et de la Chanson  avec la participation de Linda de Suza  et, pour l’accordéon, Louis Corchia, Chantal Soulu, Jean-Paul Cressandon, le tout en partenariat avec le Courrier Picard. Sinon je suis toujours sur WEO (canal 20 ou 30 de la TNT région Nord-Pas-de-Calais ou sur www.weo.fr ), tous les jours à 14h30 pour mon émission « Sur un air d’Accordéon ».

                              Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

Sous le vernis du marquis

                            

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d'être élu sénateur.

Le peintre Alain Mongrenier (à droite) et Christian Manable qui vient d’être élu sénateur.

          Deux vernissages.  Deux bons moments. Le premier eut pour cadre la galerie Pop Up, 8 rue des Lombards, à Amiens, un nouveau lieu dont on parle beaucoup; je m’étais promis d’y aller faire un tour. L’occasion m’en fut donnée avec le lancement du livre Le Tombeau de Jules Renard, 77 haïkus, du poète Pierre Ivar, dit  Ivar Ch’Vavar, publié aux éditions des Voix de Garage (le libraire Vincent Guillier, le graveur Dominique Scaglia et l’informaticien, passionné de typographie Benjamin Bayart). Cinq cents exemplaires d’un adorable petit livre, composé à l’ancienne, avec une vraie presse, comme le faisait le regretté Jean Le Mauve et comme continue de le faire la compagne de celui-ci, Christine Brisset. Pierre est un poète, une manière de chaman mystérieux, un peu bourru, un esprit éclairé. J’aime beaucoup ce texte-là : « la perdrix affolée/ elle se court sur les pieds et/ comme ce n’est pas encore assez/ elle se marche dans l’œil. » Et j’adore la dédicace : « Pour Dominique, (j’ai épousé la femme la plus rousse du monde) ». On dirait du Cendrars. J’ai fait la connaissance de la dame qui a créé, il y a trois mois, la galerie Pop Up : Mélanie Ohayon. Elle entend en faire un lieu de rencontre autour de l’art contemporain, la poésie et la littérature. Il faisait doux dans le jardinet. Jean Detrémont était dans les parages, lunaire et affectueux. D’autres visages aussi qui, au fur-et-à mesure que le soir tombait, devenait des ombres modianesques de l’Amiens artistique et culturel. Le lendemain, je me suis rendu dans le hall de l’hôtel des Feuillants, au Conseil général de la Somme, rue de la République, pour le vernissage de l’exposition « Peintures et dessins », d’Alain Mongrenier. Alain est certainement le meilleur peintre de la région. Le plus sincère, le plus doué, le plus habité. Il se moque de la carrière et des modes comme d’une guigne. Il est simple, sait être facétieux. Christian Manable, président du Conseil général, dont,  à titre tout à fait personnel, je me réjouis qu’il soit devenu sénateur, prononça un discours éclairant et sensible : « Je vois tes tableaux et j’ai l’impression qu’ils ont toujours été accrochés à ces murs ancestraux. Une impression étrange donc, mais qui ne me surprend pas vraiment, te connaissant quelque peu… Il émane en effet de tes toiles, tant d’humanité, que l’expression de ta création semble nous habiter, depuis toujours. » J’étais heureux de discuter avec mes copains Jacques Béal et Jean-Louis Crimon. Je retrouvai ce dernier, dès le dimanche matin, puisque nous partîmes ensemble au Village du livre de Merlieux. Là, des amis encore, dont Francis Heredia, avec qui je refis le monde. J’en profitais pour me réconcilier chaleureusement avec Thierry Maricourt qui, dans un article, m’avait reproché mes amitiés avec des écrivains de droite. C’est ce qu’on appelle l’humour des anars. Comme pour les belles femmes, la bonne littérature n’a pas, pour moi, pas de couleur. Et pas de parti (es). Sorry.

                                              Dimanche 5 octobre 2015

Les fils des humiliés

                                            

Stéphane Guibourgé construit une oeuvre forte.

Stéphane Guibourgé construit une oeuvre forte.

    Dans son dernier roman, magnifique de compassion et d’engagement, Stéphane Guibourgé suit le fils  – violent – d’un des humiliés, floué par la fausse gauche des eighties.

Ce roman est à la fois puissant par sa forme et par son analyse sociologique et politique, même si ces deux mots peuvent devenir gros (des gros mots) lorsqu’on parle de littérature. Mais qu’on se rassure, c’est bien de cette dernière qu’il s’agit car Stéphane Guibourgé sait écrire avec finesse, style et panache, tout en poursuivant de façon têtu, les mêmes thèmes, les mêmes destins, les mêmes gens : des déclassés, des insoumis, des révoltés, des amoureux perdus.

   Ici, nous sommes en 1982. La gauche mitterrandienne vient d’arriver au pouvoir. Se produit alors ce qui, à peu de choses près, se produit aujourd’hui. Le peuple de la vraie gauche, le prolétariat trinque ; il est déçu. On est en droit de le comprendre. La sociale démocratie, au final assez libérale, laisse faire. On licencie à fond dans les usines automobiles de la région parisienne. A Poissy notamment. Les conflits rongent les entreprises. Des conflits violents. On y pratique parfois ce qu’on appelle encore « des ratonnades ». Réponse du gouvernement dit de gauche : il envoie les CRS pour saquer les grévistes, les virer. La dite gauche appelle ça « les restructurations industrielles ». Jaurès, déjà, devait se retourner dans sa tombe. Et les vieux militants communistes qui avaient résisté contre la barbarie nazie, eux aussi. Les fils voient leurs pères désespérés, lutter, puis baisser les bras.

     C’est l’histoire d’un de ces fils (Falco), fils de rien, fils d’humilié, que nous raconte Stéphane Gibourgé dans son beau roman. Falco est un jeune type qui trouve refuge auprès des gens du voyage ; il se réchauffe autour des braséros après avoir dérobé une Merco ou du BMW. Puis, il se retrouve avec les skinheads radicaux qui pratiquent la violence extrême, les cœurs et les tripes barbouillées d’une haine grasse. Un suif délétère qui pue la mort, les coups, le racisme, l’antisémitisme. « Nous avons perdu en route nos racines ouvrières, la culture de nos origines (…). Cette flamme, ce foyer, nous aurions dû le préserver. La violence n’a rien à faire là. La nostalgie, l’amertume, oui. »

     Falco s’engage dans la meute : « Nous quadrillons les rues. Nous punissions, brisons, touchons, atteignons qui nous voulons. Nous dressons un camp. Une cellule. Nous ne ressentons pas la nécessité des mélanges. » Falco ira jusqu’au meurtre et purgera une lourde peine de prison. Lorsqu’il en sortira, il tentera de construire une maison pour y accueillir son jeune fils ; il tentera surtout de se reconstruire. Ce n’est simple quand on a été un fauve urbain en liberté, puis un fauve en cage. « Dans les mois qui suivent ma sortie de prison, je pense à ma supprimer. Je revois chaque jour l’homme que j’ai tué. Son visage est calme malgré la sueur, le sang qui coule des lèvres et des arcades. Il renonce d’un coup à la peur, il ne subit rien. Il ne se vengera pas, personne ne le vengera. Il ne se débat plus. Je lis seulement dans ses yeux une sorte de chagrin qui m’est adressé. Il me regarde avec douleur et attention, et il a honte pour moi. Alors je l’abats. Je revois chaque jour l’homme que j’ai tué. »

   L’auteur des magnifiques livres Citronnade (le Dilettante, 1991) et Saudade (La Table ronde, 1991), poursuit une œuvre singulière, émouvante et forte. Ce remarquable Les fils de rien, les princes, les humiliés (quel beau titre !) en est la preuve.

                                                                     PHILIPPE LACOCHE

Les fils de rien, les princes, les humiliés, Stéphane Gibourgé, Fayard, 201 p. ; 17 €.

PROSES : Rambour-le-Grand

 

Jean-Louis Rambour, poète, vit dans le Santerre. Son dernier livre, le mémo d'Amiens, est une belle réussite.

Jean-Louis Rambour, poète, vit dans le Santerre. Son dernier livre, le mémo d’Amiens, est une belle réussite.

Quatre-vingt-dix portraits ; quatre-vingt-dix vies. Et comme Jean-Louis Rambour est un vrai poète, sensible, émouvant, écorché, blessé certainement, sincère à coup sûr, on se régale. Son petit livre intitulé Le mémo d’Amiens est un délice de subtilité littéraire et poétique. Il parle des gens de peu, de ceux dont on ne présente pas dans les bouquins. De ceux qui, un jour, il a croisés. Il les décrit comme on photographie les filles et les hommes dans les romans-photos. Sans afféterie ni ponctuation. C’est original, remarquablement écrit, bien ficelé. On s’attache à ces personnages, à ces Amiénois inconnus qu’il croque en quelques phrases rapides, fraîches, torrentielles pour ces personnes habituées à caresser du regard un fleuve relativement calme : la Somme. Il y a là André « épouse le fauteuil d’osier suite à un AVC » ; Pierre le Belge « comme un nom de gangster/Le plus gentil des hommes toujours lisant/ Son crayon à mine posé sur l’oreille ». Tout ça se passe à Amiens. Jean-Louis avait parlé de ce livre à son ami Pierre Garnier. Il est sûr que Pierre l’eût aimé. Rambour est un poète, un vrai, un sombre (parfois), un taiseux (souvent), sensible à la souffrance des autres. C’est un grand. Rambour-le-Grand ; ça sonne comme le nom d’une commune du Santerre où il réside et qu’il aime tant. Lisez-le sans tarder.

PHILIPPE LACOCHE

Le mémo d’Amiens, Jean-Louis Rambour ; éditions Henry (à Montreuil-sur-Mer) ; 95 p. ; 8 €.

 

« La Comédie Humaine noire » de Jérôme Leroy

                    Il est certainement le meilleur écrivain français de romans noirs. Il revient en force avec L’Ange gardien », qui n’est pas sans rappeler son précédent roman. Explications.

 

Votre dernier roman L’ange gardien n’est pas très éloigné de l’esprit et de tension du précédent, Le Bloc. On y retrouve certains personnages. Expliquez-moi votre démarche.

J’ai envie de créer une manière de Comédie Humaine noire. Je voudrais qu’un certain univers et donc certains personnages soient communs à mes romans noirs. Il ne s’agit pas de penser en terme de suite ou d’épisodes, les intrigues entre Le Bloc et L’Ange Gardien n’ont rien à voir mais elles se passent dans la même société, et on retrouve en arrière-plan des personnages du Bloc, par exemple mais qui n’ont plus le premier rôle.

 Avec L’Ange gardien vous poursuivez avec talent et obstination une société ultralibérale en pleine déroute. Peut-on parler de romans engagés à votre propos?

Je n’ai pas de message à délivrer. Je suis avant tout un raconteur d’histoires. Mais le fait de choisir certains sujets comme l’extrême-droite, le fonctionnent de plus en plus opaque de nos démocraties, le règne d’une certaine violence  envers les plus faibles n’est pas innocent. C’est ce qui m’intéresse de raconter. Le lecteur en pensera néanmoins ce qu’il voudra. Je me contente de lui montrer les choses tels que je les vois, pas de lui faire le catéchisme.

Vos personnages sont forts, passionnants, mystérieux : Berthet, Kardiatou, Martin Joubert… Lequel préférez-vous et pourquoi?

Merci pour eux. Je n’en préfère aucun. Ils représentent chacun à leur manière une façon d’être seul aujourd’hui et dans le romans si leurs destins sont liés, ils vont pourtant assez peu se croisé. Berthet est  une barbouze en fin de course, Joubert un écrivain fatigué et Kardiatou une jeune femme politique noire instrumentalisée par son propre gouvernement.

 Pensez-vous qu’on pourrait en arrivez là un jour : une espèce de police au sein de la police, un état dans l’état, une mort de la vraie démocratie?

L’histoire des démocraties est pleine d’affaires politico-policières non résolues, de Ben Barka à Pierre Goldman. Je ne sais pas si l’Unité existe en France, mais je sais par exemple que l’existence de la fameuse Loge P2 en Italie qui réunissait haut fonctionnaires, politiques, flics de certains services, journalistes, patrons pour empêcher le Par

Jérôme Leroy à la Fête de l'Humanité.

Jérôme Leroy à la Fête de l’Humanité.

ti communiste d’arriver au pouvoir est une réalité historique…

 Comment composez-vous vos histoires? Vos personnages sont-ils inspirés de personnages réels? 

Je regarde l’actualité, je m’intéresse à l’histoire récente et j’échafaude des hypothèses ou j’essaie d’imaginer la suite. Par exemple, pour le Bloc, c’était : bon, poussons la logique du FN jusqu’au bout, imaginons les aux portes du pouvoir, comment y sont-ils arrivés.

 Personnellement, vous êtes un écrivain et un citoyen engagé. Parlez-nous de votre engagement?

Je ne sais pas si cela influe autant que ça sur mes livres. Mais je pense que vos lecteurs auront compris que je suis à gauche, mais de la vieille gauche (en fait la plus jeune!), celle qui a toujours mêlé l’espérance communiste et l’amour de la République.

 Quels sont les écrivains qui vous ont marqué?

Les Hussards, pour le style notamment, Nimier, Déon, Blondin. Dans le Noir, outre les grands maîtres fondateurs comme Hammett, j’ai une vraie fascination pour Don deLillo et Ellroy ou encore Peace en Angleterre  qui savent faire de l’histoire contemporaine le plus passionnant des romans noirs. Mais, j’admire aussi beaucoup quelques grands noms du néopolar français comme Manchette, ADG ou mon copain trop tôt disparu Fajardie?

 Travaillez-vous sur un autre livre? 

No comment…Vous savez comme les écrivains sont superstitieux!

                          Propos recueillis par

                          PHILIPPE LACOCHE

L’Ange gardien, Jérôme Leroy, Gallimard, Série noire. 332 p. ; 18,90 €

Paris sous le soleil de presque automne

                    

Une brochette de Hussards : de gauche à droite : Arnaud Le Guern, Franck Maubert et Cyril Montana (à la terrasse de L'Ami Chemin, dans le XVe arrondissement, un excellent restaurant tenu par une charmante dame). Le quatrième hussard (rouge) se trouve derrière l'appareil photo. Le marquis himself!

Une brochette de Hussards : de gauche à droite : Arnaud Le Guern, Franck Maubert et Cyril Montana (à la terrasse de L’Ami Chemin, dans le XVe arrondissement, un excellent restaurant tenu par une charmante dame). Le quatrième hussard (rouge) se trouve derrière l’appareil photo. Le marquis himself!

    Soleil. Je fonce à Paris rejoindre des amis. J’adore le soleil de presque automne. Il est doux comme une nouvelle de Jane Austen. Mystérieux et plein de promesse aussi. Comme l’étaient justement Paris et ce jour-là. Première halte au café Delmas, place de la Contrescarpe, dans le Ve. Il y a longtemps que je n’étais pas venu dans ce quartier qui fleure bon les jours anciens, la capitale d’antan, les films des sixties. J’interviewe Emmanuel Ethis, un brillant enseignant, président de l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse qu’il dirige avec brio et conviction depuis 2007. Il est élégant comme Paul Morand, passionné comme le vrai Picard qu’il est (né à Compiègne en 1967), et ses mots sont ceux de l’espoir. Une manière d’espoir rimbaldien. Il rappelle que le budget moyen disponible par étudiant, une fois qu’il a payé son logement, sa nourriture, ses livres, s’élève à 5 et euros par jours. Il pense que tout cela peut être amélioré. Contrairement à Paul Morand, grand écrivain mais indécrottable conservateur, Emmanuel Ethis, croit au progrès, à l’humanisme, et pense qu’il est nécessaire que les étudiants des classes les plus défavorisées aient accès à la culture. Je regarde le soleil de presque automne à travers les vitres du Delmas. Les petits jets d’eau ; les pigeons qui roucoulent sur les rebords. On dirait le Paris de Doisneau, de Calet, de Léon-Paul Fargue. Les mots d’Emmanuel Ethis me mettent de bonne humeur. Métro. Je file au restaurant L’Ami Chemin, 31, rue Boulard, dans le XIVe, la cantine de mon éditeur Arnaud Le Guern. Il n’y attend en compagnie du copain Cyril Montana, écrivain à scooter, séducteur impénitent, frère de sortie et de cœur, et de Franck Maubert que je ne connais pas encore mais dont j’ai lu l’avant dernier roman Ville Close (Ecriture, 2013) que j’ai adoré. Je suis ravi de faire sa connaissance. D’emblée, le contact s’établit entre Maubert et moi. Il est fou de la pêche à la ligne ; il pêche dans le Loir. Nous parlons des sandres et des brochets qu’on capture, l’hiver ; des barbeaux poissons qu’il est si difficile de décoller du fond ; des perches épineuses comme des roses d’eau douce. Et de littérature, of course. La patronne, une élégante quinquagénaire, nous confie qu’elle chante dans une chorale du quartier. On se met tous à entonner des chants de l’Armée rouge. Rien de tel que les mélodies soviétiques pour sceller l’amitié. Un orage éclate. On se quitte à regret. Le soir, Cyril et moi, nous nous rendons au Salon d’Anaïs, boulevard Pereire, où est remis le Prix Paris à l’écrivain Catherine Enjolet pour son roman  Face aux ambres, aux édition Phébus … Anaïs et son mari sont des gens charmants, cultivés, éclairés et littéraires. Leur fille Léa, une très jolie brune, est adorable et talentueuse. Je croise les frères Bogdanoff, discute avec Gonzague Saint Bris et, très longuement, avec Jean-Noël Pancrazi, romancier élégant et sensible, ancien critique littéraire au Monde, et avec Thierry Clermont, critique au Figaro. Il est tard. Ma thébaïde du boulevard Voltaire m’attend. Je m’écroule sur le canapé. Le soleil d’automne me réussit, lectrice, ma muse exclusive.

                                       Dimanche 28 septembre 2014.

Passion en eaux profondes entre une sirène et un marin

  

Olivier Frébourg est aussi éditeur. Longtemps à La Table Ronde, et aujourd'hui aux éditions des Equateurs qui a eu la bonne idée de publier, il y a quelques années, mon excellent pamphlet sentimental "Pour la Picardie" qui a toute sa place dans le débat d'aujourd'hui puisque notre pauvre région va être démantelée. Lectrice, lis ce livre, tu seera ravi; lis aussi et surtout celui d'Olivier qui est bien plus beau garçon que moi.

Olivier Frébourg est aussi éditeur. Longtemps à La Table Ronde, et aujourd’hui aux éditions des Equateurs qui ont eu la bonne idée de publier, il y a quelques années, mon excellent pamphlet sentimental « Pour la Picardie » qui a toute sa place dans le débat d’aujourd’hui puisque notre pauvre région va être démantelée. Lectrice, lis ce livre, tu seras ravei; lis aussi et surtout celui d’Olivier qui est bien plus beau garçon que moi.

Très écrit et littéraire, à la fois apaisant et inquiétant, « La grande nageuse», dernier roman d’Olivier Frébourg, séduit.

Le calme apparent du style. Une quasi-douceur mais qui, comme une mer sereine, cache en ses fonds secrets les tempêtes de la passion. L’écriture d’Olivier Frébourg fait penser à celle des meilleures pages de Kléber Haedens. Ceci est un compliment. Comme Haedens, il aime la mer. (Kléber adorait son île d’Oléron, Nieulle-sur-Seudre, et les étés qui finissent sous les tilleuls.) Les personnages d’Olivier Frébourg l’aiment aussi, la mer. Surtout ceux de son dernier roman, La grande nageuse. Un roman délicat, subtil, étrangement angoissant parfois, frissonnant comme seule la vraie littérature sait en produire. Marion et le narrateur vivent en Bretagne. Ils se connaissent depuis l’enfance. Lui, adolescent, a commencé par être amoureux de la mère de Marion (Gaëlle), une femme magnifique que tous les hommes du bourg convoitaient. Les années passent ; Marion a grandi. Ses origines vietnamiennes lui confèrent une grâce inouïe, un charme indicible. Ils aiment tous deux l’océan. Il est marin ; elle nage dans l’eau salée comme un truisme nagerait dans le bonheur. « Quand Marion partait nager, je l’observais le plus longtemps possible, ses mouvements de dos, d’épaules. Elle n’avait pas besoin de bateau, de coque. Elle était un animal marin. Elle entrait dans l’eau comme une danseuse en tournant sur ses pointes, se laissait immerger à la verticale jusqu’au cou. » Marion est aussi silencieuse ? Mystérieuse. Ils s’aiment, fondent une vraie famille. Apparemment en tout cas. Mais leurs passions les éloignent. Il rêve d’horizons lointains, et de pouvoir s’adonner à ce qu’il adore : la peinture. Manière de sirène, elle ne pense qu’à l’eau. En surface. Et au fond. En plongée. Et il y a la présence de la mère de Marion, surnommée Outre-Mère, à la fois fascinante et inquiétante : « La belle Gaëlle était venue avec quelques-unes de ses amies, certaines inscrites comme elle à l’École du Louvre. Elle me commenta plusieurs tableaux : « Vous avez fait d’énormes progrès, me dit-elle, entre cette vue du Port-Haliguen et cette marine. J’ai l’impression que votre rencontre avec Marion vous a fait beaucoup de bien. » Alors la belle Gaëlle se transforma et devint « Outre-Mère ». »

Nous ne dévoilerons pas la fin ; elle est terrible. Terrifiante. Ce très beau roman, transpercées d’atmosphères et d’ambiances maritimes, est une totale réussite.

PHILIPPE LACOCHE

 

La grande nageuse, Olivier Frébourg, Mercure de France, 154 p. ; 15,50 €