A 13 heures, je cause à Radio Campus

Aujourd’hui 6 décembre, saint Nicolas, fête de notre regretté président titulaire de la plus belle femme du monde, à 13 heures, je parlerai de mon dernier roman Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (paru aux éditions Ecriture), sur les ondes de Radio Campus (87,7 Mhz), invité par l’excellent Emmanuel Clouet, un ancien journaliste du Courrier picard, dans son émission Bistrot Vedette, « l’émission qui vous retourne la tête et vous met le coeur en fête« . Pour une fois que je vais au bistrot sans y boire, lectrice adorée, comblée, soumise, fessée et fessue, ne manque pas de rendez-vous qui te passionnera et fera chavirer ton petit coeur d’hirondelle. A tout de suite, bande de lectrices!

Aujourd'hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

Aujourd’hui, à 13 heures, sur Radio Campus (87,7 MHZ)

Des mots et du sex-appeal avec Léonore et Flor

Adorables!

Adorables!

Quand je ne suis pas marxiste (promis, j’arrête, contradicteurs si patients), je suis aussi chroniqueur mondain. J’avoue que ce n’est pas désagréable. Trois délicieux moments dans cette vie de paillettes, de strass et de débauche. Commençons par un choc – de plaisir, s’entend, lectrice inquiète, tourmentée, apeurée, biche aux abois, soumise, menacée par ma plume turgescente –: Déshabillez mots Nº 2, écrit et interprété par Léonore Chaix et Flor Lurienne, dans une mise en scène de Marina Tomé, à la Comédie de Picardie. Un régal, du grand art, du très haut niveau. Et tout en douceur, en élégance, en humour. Pas un gramme d’afféterie ou d’absconse leçon – qui eussent pu être les deux écueils du genre – dans ce délicieux spectacle. Léonore Chaix et Flor Lurienne, toutes deux comédiennes et auteurs, jouent avec les mots, les convoquent, les détournent. On pense, bien sûr à l’Oulipo, de Queneau, mais aussi aux meilleures pirouettes littéraires de Desnos ou de Picabia. On rit beaucoup; on est ému parfois. C’est, disons-le tout de go, carrément génial. Le premier Déshabillez-Mots, créé au Trois Baudets, avait déjà connu un beau succès et s’était retrouvé dans d’autres théâtres (l’Européen, le Studio des Champs-Élysées…). «Flor Lurienne et Léonre Chaix m’ont fait l’honneur de me demander de les accompagner une fois de plus dans cette nouvelle aventure», explique Marina Tomé, metteur en scène. «Avec elles, le langage n’est plus de livre de grammaire, plein d’exceptions et de cas particuliers, il redevient le lieu du lien aux autres.» Elle a raison, Marina. Et, difficile pour moi de ne pas le dire, qu’est-ce qu’elles sont belles! Deux adorables filles sexy, amusantes et pétillantes. J’étais ravi de discuter avec elles après le spectacle. Deuxième moment fort: le concert de Do The Dirt (do.the.blues.band@gmail.com; 06 80 62 53 89), au Capuccino, le bar le plus rock d’Amiens. Ce duo (Nicolas Moulin, guitare, chant; Guillaume Arbonville) était venu de Paris pour dispenser son blues-boogie très roots. Économie de moyens ne veut pas dire aridité systématique. Bien au contraire. Ils extraient des douze mesures toute leur saveur intrinsèque, leur substantifique moelle. Des compositions inspirées par les plus grands (Jimmy Reed, John Lee Hooker, etc.) mais aussi des reprises (notamment de Muddy Waters). Une puissance évocatrice rare. Le Capuccino était plein à craquer. La bière coulait à flots. (Bruno et son équipe savent recevoir.) Et quand le groupe se retira et que la musique d’ambiance fit son retour, ce fut «Going Up The Country», du divin Canned Heat qui se posa, papillon de plaisir, sur mes tympans de vieux sanglier. Je me souvenais de Tergnier, de mes petites amies passées. Blues, blues toujours. Troisième bon moment: l’exposition de Danielle Borla, à la galerie La Dodanne, à Amiens. Danielle joue avec l’abstraction, mais n’en abuse pas. Elle fait jaillir de ses tableaux quelques silhouettes, quelques grains de réalisme du meilleur effet. Beaucoup de talent.

                                                   Dimanche 4 décembre 2016.

Les coups de coeur du marquis

Revue

Et de 100 pour Service littéraire

Créé par François Cérésa (notre photo) en 2007, Service littéraire est une revue mensuelle consacrée à l’actualité romanesque. Le journal, qui s’annonce comme Le Canard enchaîné de la critique littéraire, se distingue par sa liberté de ton et par la qualité de son écriture. Autre particularité: il est exclusivement rédigé par des écrivains. Y collaborent notamment Michel Déon, Hélène Carrère d’Encausse, Max Gallo, Frédéric Vitoux, Claire Castillon, Emmanuelle de Boysson, Gilles Martin-Chauffier, Christian Millau, Bruno de Cessole, François Bott, Éric Neuhoff, Bernard Morlino, Vincent Landel, Bernard Chapuis, Gérard Pussey, Jean Daniel, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume de Sardes, Bertrand de Saint-Vincent, Jérôme Garcin, etc. On peut être impertinent, totalement libre et perdurer. La preuve: la revue vient de sortir son numéro 100, avec, au sommaire, un sulfureux article intitulé «Maurice Sachs, Juif, homo, agent de la Gestapo et archi talentueux». Le ton est donné. Ça dépote!

Service littéraire. 2,50 €. www.servicelittéraire.fr

 

Littérature

Crimon le Letton

L’écrivain amiénois Jean-Louis Crimon verra son dernier roman, Du côté de chez Shuang, paru aux éditions du Castor astral, traduit en letton. Au cours de sa carrière journalistique, il a été envoyé spécial permanent à Copenhague, chargé de la couverture de l’actualité quotidienne des trois pays scandinaves, Danemark, Norvège et Suède, de la Finlande et des trois pays Baltes: Lituanie, Lettonie et Estonie. Ce n’est pas tout: les 8 et 9 décembre prochains, il se rendra à l’université de Riga afin de participer à la Journée d’études. «Écrire avec la voix. De l’importance des cordes vocales dans la musique de l’écriture, de mon écriture». Ph.L.

 

 

L'excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

L’excellent François Cérésa, écrivain., créateur de Service littéraire.

Althusser nous manque

    Esprit libre mais sincèrement marxiste, Louis Althusser était l’un des penseurs essentiels du XXe siècle. Aliocha Wald Lasowski lui consacre un livre passionnant.

Dans ce monde de brutes, d’économie ultralibérale devenue folle, tentaculaire, où les salariés sont broyés par le système, où, l’establishment – de droite comme de gauche -contribue à entretenir l’idée que la société libérale soit l’unique solution, où l’état est ouvertement combattu (chasse aux fonctionnaires), où les penseurs marxistes sont considérés comme ringards, non « modernes » (la modernité, ce leurre scintillant et imbécile), qu’il est bon de se replonger dans l’œuvre de Louis Althusser. L’excellent et éclairé Aliocha Wald Lasowski (critique littéraire au Point Hors-Série, à L’Humanité, à Marianne, au Magazine littéraire, et enseignant), consacre un livre lumineux à Althusser, philosophe penseur du politique, marxiste et militant communiste ; l’opus est composé de vingt conversations avec des personnalités qui l’ont connu ou qui ont étudié son œuvre : Alain Badiou, Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers, Régis Debray, etc. Un livre indispensable. Rencontre avec Aliocha Wald Lasowski.

Aliocha Wald Lasowski, quel a été votre parcours ?

J’ai un parcours plutôt « classique » dans mes études de lettres et de philo : de l’hypokhâgne du lycée Louis-le-Grand, après le bac, jusqu’à la thèse de doctorat à l’université de Paris-8, à Saint-Denis. Des événements atypiques et originaux ont ponctué ce parcours, comme ma rencontre avec le poète Edouard Glissant, dont je suis devenu l’ami et le compagnon de route, ou mon travail dans les journaux, comme L’Humanité par exemple.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser d’aussi près à Althusser ?

Althusser m’intéresse parce qu’il forme avec Jean-Paul Sartre, à qui j’ai consacré deux livres (chez Gallimard et chez Pocket), un couple étonnant et unique dans le paysage culturel français. Un duo opposé de pensée politique : l’humanisme de Sartre contre l’antihumanisme d’Althusser, l’existentialisme du premier contre le structuralisme du second. Une époque riche en débats vifs et engagés. Il faut s’y replonger aujourd’hui.

Pourquoi, en notre époque troublée (trouble ?), est-il nécessaire de lire ou de relire Louis Althusser ?

Lire Althusser nous aide à réfléchir sur des thèmes actuels, comme l’injustice sociale, la violence, la domination ou l’autoritarisme. Sa critique des procédures d’assignation annonce l’idée de sujet vulnérable, précaire, fragile, menacé d’exclusion. Et les idées d’Althusser accompagnent aujourd’hui le regain de récents mouvements populaires de contestation ou de résistance, d’Occupy Wall Street, jusqu’à Nuit debout. Althusser secoue l’agir politique.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ces passionnants entretiens ?

Les vingt entretiens ont été réalisés uniquement à partir de rencontres humaines et de conversations autour d’un café. Avec beaucoup de générosité et de bienveillance, les philosophes m’ont reçu chez eux. J’ai parfois passé de longues après-midi en leur compagnie. Quel bonheur, ces rencontres ont été d’incroyable moment d’échange et de discussion. Tout n’a pas pu être mis dans le livre, j’ai gardé le meilleur, bien sûr, pour les lecteurs.

 Connaissiez-vous personnellement les gens que vous avez interviewez ?

J’ai eu la chance d’avoir eu certains de ces philosophes comme professeurs : Alain Badiou, Jacques Rancière, Etienne Balibar ou Pierre Macherey, très proches d’Althusser, ont été tous les quatre mes professeurs à différents moments de mon parcours. Je connais bien aussi l’écrivain Philippe Sollers, à qui j’ai consacré un livre (chez Pocket). C’était formidable de tous les revoir : pendant un an, je circulais de l’un ou l’autre, pour réaliser les entretiens.

Parlez-nous de la relation entre Althusser et François Maspero.

Maspero fut le principal éditeur d’Althusser et a joué un rôle essentiel dans la diffusion des idées de Mai 1968. De 1955 à 1975, les étudiants du quartier latin fréquentent sa librairie « La Joie de lire » et y trouvent des livres contre la guerre d’Algérie, certains censurés par le pouvoir politique : Maspero édite Frantz Fanon, Che Guevara. Maspero était attachant et généreux. Je lui rends hommage dans ma préface. Il nous a quittés il y a un an, en 2015.

Difficile de laisser de côté le meurtre de sa femme. Et sa folie. Il y a dans votre livre, cette formule lumineuse de Régis Debray : « (…) passer d’un coup de Marx à Simenon… ». Qu’en pensez-vous.

Discret et mystérieux, visage mélancolique et cigarette aux lèvres, il alterne entre humour vif et écoute attentive. Althusser est une personnalité complexe. Penseur marxiste exigeant et chaleureux, proche de ses élèves, il fait des cours d’une grande clarté. Puis, pendant des mois, Althusser disparaît. Interné en clinique, il subit des cures de sommeil, électrochocs et antidépresseurs. Et il y a le meurtre d’Hélène Legotien, sa femme, avec qui il vit et est marié depuis 1975. Meurtre par strangulation, le 16 novembre 1980. On est en plein roman noir et on passe, oui, de Marx à Simenon.

 « Althusser combat la pétrification du dogmatisme ». Pouvez-vous développer ?

Althusser combat le dogmatisme, l’idéalisme et l’idéologie : il renouvelle les idées politiques par ses travaux sur Rousseau et Machiavel, libère la pensée de Marx de l’influence de Hegel, fait découvrir les nouveautés en sciences humaines de l’époque : psychanalyse de Lacan, anthropologie de Lévi-Strauss, épistémologie de Bachelard, psychologie de Foucault, linguistique de Barthes. Althusser est un passeur formidable, au cœur des bouleversements de la philosophie et des innovations culturelles, en art, en sciences.

Althusser serait venu au communisme à cause « de son catholicisme universel ». Singulier ou logique selon vous ?

Althusser a un parcours personnel compliqué, d’abord il porte le prénom d’un mort, son oncle paternel Louis, fiancé de sa mère. Louis meurt à Verdun et sa mère épouse le frère de Louis, Charles. Pendant la guerre, Althusser est prisonnier, en dehors de tout, pendant cinq ans, au stalag en Allemagne. Cela participe d’une fragilité. En ce qui concerne le catholicisme, Althusser est pendant ses études « le prince tala », c’est-à-dire de ceux qui « vont à la » messe. Chef de file des jeunesses catholiques, il passe ensuite au communisme et y retrouve, peut-être, le même sens de l’universel.

Bernard Henri Lévy

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

Aliocha Wald Lasowski est également batteur dans un groupe de rock.

dit que l’astre noir de sa folie a nourri toute son œuvre. Etes-vous d’accord ?

Pendant sa vie, Althusser a eu deux psychanalystes, dont René Diatkine, qu’il voit quotidiennement à partir de 1967. Althusser est un être double, comme dans L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde, la nouvelle de Stevenson. Il y a l’Althusser du jour et l’Althusser de la nuit, à la fois le prof bienveillant du jour et le penseur torturé qui tapote frénétiquement la nuit sur sa machine à écrire Olivetti. Un homme bizarre, enfermé dans sa névrose, tout en restant proche et soucieux des autres.

En 2016, aurait-il été marxiste dans un monde ultralibéral et mondialisé, bouffé par le capitalisme, qui, justement, ne veut plus de Marxisme, ni de marxistes ?

Plus que jamais, Althusser aurait été marxiste en 2016. Il serait attentif aux bouleversements des dernières années. Ce qui passe actuellement dans le monde l’intéresserait : le parti anti-austérité Syriza d’Alexis Tsipras en Grèce, le Bloc de gauche au Portugal, le leader du parti travailliste en Angleterre Jeremy Corbyn, la vague des Printemps arabes, la mobilisation des étudiants chiliens, les Indignados espagnols, l’occupation de Gezi Park, à Istanbul ou le rôle de Bernie Sanders aux Etats-Unis. Althusser réfléchirait et écrirait sur ses sujets.

On sait que vous êtes batteur ; on suppose qu’il se pourrait que vous soyez marxiste. Si c’est le cas, vous êtes peut-être le seul batteur marxiste de France. Qu’est-ce que ça vous fait ? Et quelle musique faites-vous ?

La musique occupe une grande partie de ma vie et de mes activités. Fan depuis toujours des Stones, des Who, de David Bowie ou Bob Dylan, je joue dans plusieurs groupes, qui sont des laboratoires créatifs. Dans mon groupe actuel The Faarm, créé sur un campus universitaire, il n’y a aucune distinction entre professeurs et étudiants : chacun apporte son expérience, partage sa sensibilité et exprime son individualité artistique, sur fond d’égalité entre tous. Donc oui, je suis batteur marxiste, ça me va très bien !

Propos recueillis par

                                                        PHILIPPE LACOCHE

 

En concert

Aliocha Wald Lasowski donne un concert avec son groupe The Faarm à Lille (bar La Plage, 122, rue Solferino) le jeudi 12 janvier 2017, de 19h à 20h30. Au programme, reprises de Canned Heat, Stevie Wonder, Creedence Clearwater Revival… Placement libre assis.

 

e-book- Simone croquée par la jolie Béné

 

L'adorable Bénédicte Martin. Un ton d'écriture, un style; une manière d'insolence. Une hussarde sur talons aiguilles.

L’adorable Bénédicte Martin. Un ton d’écriture, un style; une manière d’insolence. Une hussarde sur talons aiguilles.

Attention: talent. L’adorable Bénédicte Martin, qui se présente comme «petite femme mais grande liseuse, grande voyageuse, grande solitaire», auteur de nouvelles, de poèmes, de beaux livres et d’articles (elle est journaliste au Point, à L’Express, à Marianne, etc.) fait très fort avec son délicieux e.book consacré à Simone de Beauvoir. À propos de cette dernière qui, selon elle, «était aussi grande travailleuse que sûrement bonne suceuse», elle écrit ce passage sublime: «Les fesses qu’elle positionnait, serrées devant sa table, seraient les mêmes qui se dilateraient sous les doigts encrés de cyprine. Parce que, savez-vous, il faut lire aussi sur les lèvres des chattes des écrivains, il faut savoir de quoi et comment se nourrissaient leurs vagins. La cyprine, cette encre invisible, cette encre sympathique qui se dévoile années après années sur les corps aimés.» Elle n’oublie pas que Simone a aussi été une lesbienne inspirée. Et Bénédicte n’écrit jamais le mot «écrivaine» ou «auteure» à son propos. Nous n’aurons qu’un mot: bravo Béné. On vous aime très fort.

PHILIPPE LACOCHE

Simone de Beauvoir, Bénédicte Martin. Duetto. Ed. Nouvelles lectures. info@nouvelleslectures.fr

 

 Hors de moi et hors-saison

                               

Avec la télévision, je fonctionne par périodes. «Par saisons», eût dit Roger Vailland, mon romancier stalinien préféré. Depuis quelques mois, je ne la regarde plus. Ou presque. À la faveur d’un arrêt de travail dû à un épisode de peste foudroyante, je me suis retrouvé, affalé sur mon canapé. Ne sachant que faire, seul, plutôt que de me couper une oreille ou de donner des coups de poing contre les murs, j’ai allumé cette fichue télévision. Et sur quoi, je tombe, devine lectrice fessue, adulée, convoitée, abusée, soumise? Je te le donne en mille: les résultats de la primaire de la droite. J’écarquille les yeux, affûte mes oreilles (mes deux oreilles puisque je n’avais pas mis à exécution le projet, étrange je le reconnais, de m’en couper une). Où suis-je? J’ai l’impression d’être dans la peau d’Hibernatus quand il découvre la société française de la seconde moitié du XXe siècle. Je les observe d’abord. Un grand brun au regard charbonneux, triomphant. Un chauve plein de morgue, mou dans sa vieillesse méchante. Une très jolie gonzesse. Un charme certain. Ma préférée, physiquement s’entend. Un candidat dont le nom correspond à une fonction d’élu, qui aime la littérature et publie chez Gallimard. Un autre  type qui répond au nom que j’adore: Poisson. Avec un nom pareil, si j’avais eu le courage de me déplacer pour voter en lignes ennemies, moi, pêcheur à la ligne, j’aurais voté pour lui. Et il y a un petit dernier. Que j’eusse pu tout autant aimer à cause de son score de cancre: zéro et des poussières. C’est adorable un type qui

Le Crotoy, hors-saison.

Le Crotoy, hors-saison.

fait zéro et des poussières. Et puis, il y a un petit nerveux, qu’on dirait sous cocaïne; il est plein de tics. Je crois comprendre qu’il vient de se prendre un râteau et qu’il va tout abandonner pour se consacrer à sa délicieuse chanteuse. (C’est raisonnable: quand on a une fille pareille, on ne perd pas le temps à faire de la politique.) Donc, je contemple d’abord leurs têtes. Puis, je les écoute. Là, une puissante envie de vomir me submerge. Ce sont tous des ultralibéraux, des inféodés au capitalisme. Ce capitalisme dont le peuple ne veut plus. Vais-je prendre un Vogalène? Pauvre France! Que propose-t-elle, cette engeance de nantis? Moins de fonctionnaires. De moins en moins d’état. Résumons: les riches de plus en plus en plus riches. Les pauvres qui triment comme des gueux jusqu’à cent ans. Ça y est: j’ai des hallucinations. Je rêve d’un peuple uni, solidaire, sur les barricades qui chante «L’Internationale». Je rêve des chars soviétiques aux portes de Paris qui viennent nous filer un coup de main pour nettoyer le pays de la racaille capitaliste et de ses hérauts. Et je me mets à penser à la fausse gauche. Les mêmes tronches de cakes. Sournois en plus. Et l’autre playboy-traitre qui ose intituler son livre Révolution avec ses idées ultralibérales d’ancien sbire de la finance. Le peuple a faim. Faites gaffe, droite arrogante et fausse gauche pitoyable. Ça va vous tomber sur la gueule. Pour aller me détendre, je suis allé marcher sur la plage du Crotoy. Le Crotoy hors-saison: du bonheur. J’expulsais les miasmes des primaires de l’affreuse droite. Et mes souvenirs de la fausse gauche lamentable qui, cette fois, pour rien au monde, FN ou pas, ne me fera me déplacer au deuxième tour. Ils se foutent de nous. Je me mets à courir sur le sable de la plage du Crotoy, hors-saison. Je suis bien.

                                                        Dimanche 27 novembre 2016.

Patrick Dewaere: un fauve en cristal

Enguerrand Guépy évoque les dernières heures de la vie de Dewaere, comédien exceptionnel.

À quoi reconnaît-on un bon livre? Au fait qu’il ne soit pas lisse, qu’il dérange, agace, révolte, enchante. Et qu’il nous présente un personnage hors-norme, dérangeant, cinglé, détestable, charmant, etc. Oui, toutes ces règles, on les connaît on est un tant soit peu dans le métier, qu’on lit des kilogrammes de livres. Ce n’est pas aussi simple. Ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas, un livre.

Enguerrand Guépy vient d'écrire un excellent livre sur les diers instants de Patrick Dewaere. Du style, de la vivacité, de l'émotion.

Enguerrand Guépy vient d’écrire un excellent livre sur les derniers instants de Patrick Dewaere. Du style, de la vivacité, de l’émotion.

Il était certainement

le comédien le plus doué de sa génération. Le plus authentique. Le plus grillé de l’intérieur.

C’est comme en amour. Etrange, bizarre. Drôle d’alchimie. Ici, ça prend. Allez savoir pourquoi? Ce livre est bon; c’est indéniable. Et pourtant, il faut en faire des efforts pour tomber sous le charme de Patrick Dewaere. Bien sûr, il était certainement le comédien le plus doué de sa génération. Le plus authentique. Le plus grillé de l’intérieur. Le plus cintré. Bien sûr que s’il n’avait pas choisi de se tirer une balle de 22 LR (arme que lui avait offerte Coluche) dans la bouche, il serait devenu le plus grand. Peut-être le plus grand de tous les temps. Mais quel emmerdeur! Quel égotiste! Quel fêlé. Il devait être imbuvable. La force du livre d’Enguerrand Guépy est de ne pas vouloir nous prouver le contraire. Et c’est bien. On prend le Dewaere tel qu’il devait être. Complexe, sinueux comme une sale petite rivière de plaine. Imbuvable. Humain. Tout simplement. Broyé, comme la plupart d’entre nous, à part que nous, on n’est pas forcément comédien, artiste, écrivain. Patrick Dewaere était un écorché vif. Abusé sexuellement quand il était jeune? Certainement. Victime d’une mère pas terrible (Mado Maurin) qui ne lui avoua que fort tard qu’il n’était pas le fils du père qu’il croyait être le sien. Tout ça, ça forge un homme. Ça le détruit plutôt. Dewaerre était détruit. C’est pour ça qu’il joue si bien. Du reste, il ne joue pas, il n’interprète rien. Il est le personnage qu’on lui confie. Quand le personnage doit se fracasser la tête contre le mur, il refuse la doublure; il se cogne la caboche. Quand Lelouch lui a proposé d’être Cerdan, il s’est remis à la boxe; il a frappé. C’eût pu être pour lui un grand rôle. Ce sera son dernier. Même pas puisque le film ne sortira jamais; au moment des dernières répétitions, en été 1982, il se tirera une balle dans la bouche. La dope, la drogue dure, les femmes, leur brutalité indéniable quand elles rompent. Tout ça figure dans ce livre qui retrace les dernières heures de la vie de ce comédien exceptionnel. De ce type authentique, cabossé. Lelouch ne sortira pas indemne du suicide de Dewaere: «Non, ce n’était pas un fauve ni un fou. C’était juste du cristal», confiait-il lors d’une conférence de presse. Du cristal qui s’est brisé le 16 juillet 1982.

PHILIPPE LACOCHE

Un Fauve, Enguerrand Guépy; éd. du Rocher; 191 p. 17,90 €.

 

 

 Des larmes coulent des oreilles de pierre

Isabelle Fruchart et Nicolas Auvray.

Isabelle Fruchart et Nicolas Auvray.

Du théâtre avant toute chose. Du théâtre, il en pleut dans ma vie, ces derniers temps. Et Zabou Breitman, la délicieuse Zabou Breitman, dont je t’avais dit le plus grand bien, il y a peu, dans ma dernière chronique que j’avais illustrée de sa photographie, me suit également. Ce n’est pas que ce fût sa volonté, ni qu’elle s’intéressât à mon ingrate et frêle personne, rassure-toi, lectrice, amour, plaisir, objet de mes jeux délétères. Non, c’est plutôt moi qui la suis. Dès que j’ai vu, l’autre jour, qu’elle avait mis en scène la pièce qui se jouait à la Comédie de Picardie, je me suis précipité dans la douillette salle de la rue des Jacobins. Sur scène, l’adorable et si blonde Isabelle Fruchart qui présentait Journal de ma nouvelle oreille, un spectacle émouvant qu’elle a écrit et qu’elle interprète avec élégance, humour et brio, dans une mise en scène, devine de qui, lectrice perspicace et fessue ? Je te le donne en mille : la brune Zabou Breitman.  En fait, c’est sa propre histoire que raconte, Isabelle. Le parcours d’une renaissance et d’un retour à l’audition. Autobiographie ? Bien sûr. C’est aussi pour cela que ce texte et ce spectacle sonnent admirablement bien et fort. « Pendant 23 ans, confrontée au déni et à divers errements thérapeutiques, Isabelle Fruchart a vécu avec un handicap invisible qu’elle a tenté de surmonter par d’immenses efforts », est-il expliqué dans le dossier de presse réalisé par l’équipe efficace et sympathique– on ne le répètera jamais assez : qu’est-ce qu’on est bien accueilli à la Comédie de Picardie – du lieu. En effet, à 14 ans, Isabelle est frappée de surdité ; 70% d’audition en moins à chaque oreille, ce n’est pas rien ! Grâce au numérique (il faut bien que ça serve à quelque chose de bien, cette saloperie de bestiole, et pas seulement à vous coller des sabliers sur vos logiciels de mise en page, ou de vous éjecter quand vous êtes en train d’écrire votre chronique ! Tiens, vlan, dans la gueule, c’est pour toi au passage, maudit système !), elle peut enfin être appareillée ; elle a presque 40 ans. Elle revit. Elle se met à écrire pour raconter cette renaissance. Zabou tombe sur ce texte ; elle trouve ça superbe. Et décide de le mettre en scène. Voilà l’histoire de cette création palpitante, singulière et très réussie. Autre beau moment théâtral : Les Larmes de pierre, de Jeannine Verdier, interprété par son mari, Claude Verdier, et mis en scène par l’excellent Christophe Freytel. C’était à la gare Saint-Roch, à Amiens, par un soir de brume et de froid humide, dignes de Pierre Mac Orlan. On m’avait demandé de parrainer cette manifestation étonnante. Mon sang de fils et de petit-fils de cheminot, n’a fait qu’un tour. Dès qu’il y a des trains, j’embarque dans l’aventure. Je n’ai pas regretté. Le beau texte, piqueté de poèmes et de proses très touchants, de Jeannine Verdier, évoque la guerre de 14-18, son horreur, sa brutalité. Son imbécillité crasse. Et ces salauds de responsables : les capitalistes. Arrêtons d’enseigner à nos enfants que tout serait parti de Serbie (fichons la paix à nos amis Serbes, les plus francophiles de la terre, les plus antinazis aussi). Tout est parti de ces fumiers de capitalistes, et ces grosses fortunes de la construction, de la finance, que ça arrangeait bien que les peuples se fichent sur la tronche. C’est tout cela que racontait, samedi soir, Claude Verdier, alors que les trains « en direction d’Abbeville » fonçaient dans la brume. On imaginait, en août 14, les imminents petits Poilus amiénois rassemblés en ce lieu pour aller se faire trouer la panse à cause de Krupp et consort. Ce n’est pas Macron qui te le dira, tout ça, lectrice. Il aime trop la société ultralibérale, le play-boy de la politique.

Dimanche 20 novembre 2016.

 

Mes coups de coeur

Des anges pour Delpech

Belle idée: demander à dix chanteurs (Marc Lavoine, Vianney, Calogero, Louane, Slimane, Alain Chamfort, Lilian Renaud, Patxi, Didier Barbelivien, Pascal Obispo) de reprendre, d’interpréter, d’adapter dix chansons du regretté Michel Delpech. «Les Divorcés», par Marc Lavoine, est poignant. Vianney s’approprie magnifiquement «Quand j’étais chanteur»; Calogerorestitue avec délicatesse la puissance poétique (André Hardellet qui se fût intéressé aux classes moyennes, aux petits techniciens commerciaux) de l’émouvante chanson «Ce lundi-là». Slimane fait michel-delpech-1vibrer la si mélancolique «Chez Laurette», tandis que le talentueux Patxi donne le meilleur de «Pour un flirt» grâce à sa belle voix acidulée. L’incontournable Didier Barbevilien (massacré par quelques critiques de la bien pensance parce qu’il avait osé rester fidèle à Sarkozy; il a le droit, non? C’est beau la fidélité) exhume la moins connue «Les aveux». Et ça finit en beauté avec «Tu me fais planer», porté par le professionnalisme élégant de Pascal Obispo. Charmant. PHILIPPE LACOCHE

J’étais un ange, Tribute à Michel Delpech. Universal.

 

Julien et l’esperluette

On a beau dire, il se passe quelque chose dans cet alum de Julien Doré. La première chanson «Porto-Vecchio», souple, longue liane, vous bondit aux oreilles. Basse ronronnante, orgue à l’ancienne. Et la voix voilée du Julien qui fait le reste. La différence. Sans oublier ce beau texte. «Coco Caline», on dirait du Chamfort; c’est un compliment. «Sublime & Silence»: facile, may be, mais cette chanson est quasiment sublime. Orgue encore, doux comme dans une chanson de Kevin Ayers; vieux synthé qui rappelle ceux des clubs du début des années 80, du côté de Saint-Quentin (Aisne) quand les filles sentaient le savon Rexona. Et puis, il y a «Le lac» qui passe beaucoup en radios; c’est mérité. Un excellent disque. Ph.L.

&, Julien Doré. Sony Music.

 

Couderc et Cuba dans l’actualité

Frédéric Couderc, dernièrement, au Salon du livre de Creil.

Frédéric Couderc, dernièrement, au Salon du livre de Creil.

L’ancien grand reporter propose un roman somptueux et bien ficelé. À ne pas manquer.

Avec son – excellent! – dernier roman, étrangement intitulé Le jour se lève et ce n’est pas le tien, Frédéric Couderc (qui vit entre le Cap et Paris; ancien grand reporter, il se consacre à l’écriture, enseigne au Labo des histoires, et son roman, Un été blanc et noir, sorti en 2013, s’est vu couronner par le prix du Roman populaire que vient de se voir attribuer notre ami, le très picard Jacques Béal, ancien grand reporter au Courrier picard) se retrouve en pleine actualité.

L’excellent Raùl – le plus communiste, l’homme si proche de Moscou, c’est lui, le vrai bolchevique, c’est toujours lui – félicite le gros blond à la coiffure de perruche.

Avec l’élection de Trump, il n’en est que plus éclairant. En effet, l’histoire de ce livre est ancrée à Cuba. De La Havane en 1959, à La Havane en 2009. On s’en doute, les personnages, bien réels, ont pour noms Fidel et Raùl Castro, le Ché, Batista, mais aussi et surtout Camilo Cienfuegos (1932-1959). Il y a quelques jours Ronald Trump était élu. Première réaction: l’excellent Raùl – le plus communiste, l’homme si proche de Moscou, c’est lui, le vrai bolchevique, c’est toujours lui – félicite le gros blond à la coiffure de perruche. (Il n’a pas attendu les troskards pour être malin, voire prudent, un tantinet sournois; sans ces qualités, point de vraie révolution possible.) Seconde réaction: le gouvernement de Raùl Castro a annoncé dans la presse d’État la tenue, «la semaine prochaine, d’exercices militaires «stratégiques» à l’échelle nationale visant à faire face à une éventuelle invasion, sans toutefois faire explicitement le lien avec l’élection de Donald Trump», comme le souligne sur internet le site 24 heures. Génial: on dirait Staline à l’aube de la salvatrice bataille de Stalingrad. (Pour mémoire, ces manœuvres avaient été mises en place pour la première fois au moment de l’élection du républicain Ronald Reagan en 1980. Les derniers exercices de ce type s’étaient tenus en 2013.) Ce livre, taillé au cordeau (rien ne dépasse), efficace, très cinématographique (on sent que l’auteur Frédéric Couderc a dû suivre d’excellents ateliers d’écriture, américains très certainement), raconte les pérégrinations de Leonard Parker, un obstétricien new-yorkais, sympa, très bobo, fraternel, un bon mec; son obsession: éclaircir «le brouillard de ses origines». Car, là, ce n’est pas triste. Il se demande d’abord pourquoi sa mère, Dora, a tenu à se faire enterrer au cimetière d’Union City, coin des Cubains exilés. Il mène l’enquête, plonge dans le passé. Il tombe sur la folle histoire d’amour qu’entretirent Dolores, héritière d’une fortune gagnée grâce au dicateur Batista, et Camilo Cienfuegos, guérillero au courage inouï, compagnon de Fidel. Et comment ne pas aimer un roman dans lequel passent Clash, Marisa Berenson et le regretté Alan Wilson, chanteur-harmoniciste du divin Canned Heat. Un livre passionnant.

PHILIPPE LACOCHE

Le jour se lève et ce n’est pas le tien, Frédéric Couderc; éd. Héloïse d’Ormesson; 367 p.:; 20 €.