Le Chet Baker du rock’n’roll

Fabrice Gaignault, journaliste, responsable du service culture et célébrités à Marie-Claire, écrivain, auteur de ce très beau livre sur Vince Taylor.

Fabrice Gaignault, journaliste, responsable du service culture et célébrités à Marie-Claire, écrivain, auteur de ce très beau livre sur Vince Taylor.

                                                         Fabrice Gaignault propose une plongée dans l’univers de Vince Taylor, rocker mythique, entre folie et démesure. Une sorte d’Artaud en perfecto.

    Ceux qui ont eu la chance d’interviewer Vince Taylor ne pourront jamais l’oublier. Surtout à la fin de sa carrière. A la fin de sa vie. Ce regard fixe. Ailleurs. Cette manière d’aura à la fois envoûtante et inquiétante. Ses silences. Une personnalité  ? C’est peu dire.  Il inspira à David Bowie le personnage de Ziggy Stardust.  Vince Taylor – Brian Maurice Holden de son vrai nom – né en 1939, en Angleterre, et mort en Suisse en 1991, n’eut pas une vie, mais des vies. Ce sont celles-ci que nous conte Fabrice Gaignault dans son très beau livre Vies et mort de Vince Taylor.

    De ses débuts, en 1960, alors qu’il se fait passer pour américain, ses concerts provoquent des émeutes. Les filles deviennent hystériques. Vince entend concurrencer Johnny Hallyday. Vince lui-même ou son entourage ? Avec son blouson de cuir noir, ses excès, sa gestuelle, sa présence scénique est indéniable. Inqualifiable aussi. La presse de déchaîne. Le succès est à portée de main. Il tourne un peu partout en France. Même en Picardie, à Péronne et à Saint-Quentin.  Il côtoie les « grands de ce monde » ; on le retrouve à la table de Claude et de Georges Pompidou. Il est aux côtés de Brigitte Bardot, de Sophie Daumier, de Dalida.  C’est l’époque des nuits blanches, des clubs. La folie du rock’n’roll. Beaucoup d’alcool, beaucoup de dope. Déjà. Cela commence à lui jouer des tours. On lui prête une réputation sulfureuse. La gloire tant espérée, s’éloigne progressivement. Il se réfugie dans la folie, la drogue. Victime d’hallucinations mystiques, il se prend pour la réincarnation de saint Mathieu après pris, dit-on, un acide avec Bob Dylan.

     Comme l’explique parfaitement Fabrice Gaignault, Vince Taylor tentera de nombreux come-backs. Ils auront, parfois, la couleur de la lumière ; trop souvent, ils seront pathétiques et calamiteux. « Une vingtaine d’années plus tard, lorsque j’ai visionné quelques vidéos de ses dernières années, j’ai eu un choc ! » explique le guitariste Ralph Danks. « Il ressemblait tellement au Chet Baker de la fin… Vince était le Chet Baker du rock’n’roll. »

    Chet Baker ? Il y a de ça ; c’est exact. Même regard intense ; même folie. Même façon de griller la vie. Page 174, Vince est comparé à Artaud. C’est également très juste. Il y a quelque chose de littéraire dans son aura. On sait, par exemple, par exemple, que Patrick Modiano vint l’applaudir à plusieurs reprises au Golf Drouot. Et n’est pas impossible que le rocker apparût sous un nom d’emprunt dans l’un des romans du nouveau prix Nobel de littérature.

     Vers la fin du livre, Fabrice Gaignault peint avec justesse la période Jacky Chalard-Patrick Verbeke (du label Big Beat – quand, ces derniers, tentèrent de remettre Vince sur scène) et celle du si créatif Jac Berrocal. Ce livre est réussi : c’est une véritable plongée dans l’univers de ce personnage mythique du rock’n’roll.

                                            Philippe Lacoche

Vies et mort de Vince Taylor, Fabrice Gaignault, Fayard, 226 p. ;  18 €.

Retour à l’envoyeur

                                      J’adore signer mes livres à la librairie Cognet, à Saint-Quentin. Je m’y revois, lycéen, au cœur des seventies, farfouillant dans les rayons à la recherche d’un Henry Miller, d’un Paul Morand, d’un Jacques Perret ou d’un Blaise Cendrars, l’esprit contrariant, à contrecourant des conseils que nous infligeaient nos enseignants chevelus et post-soixante-huitards ; ceux-ci désiraient me conduire sur les rives hautement modernes du Nouveau Roman (ce que la France littéraire a produit de plus horripilant, de plus horrible depuis des siècles) ou sur celles, contestataires, de la littérature engagée. Je me faisais un malin plaisir à raconter à mon professeur de lettres – une jolie Parisienne, très brune, au nom italien, qui ressemblait à Albertine Sarrazin -, que je dévorais les livres des Hussards (Nimier, Blondin, Déon, Haedens

Emmanuel Mousset, philosophe et écrivain, était venu me rendre une visite amicale à la librairie Cognet par un samedi pluvieux de Picardie, perdu dans l'univers.

Emmanuel Mousset, philosophe et écrivain, était venu me rendre une visite amicale à la librairie Cognet par un samedi pluvieux de Picardie, perdu dans l’univers.

). Elle ne comprenait pas que je puisse être attiré par ces désinvoltes « parfois à l’esprit de droite ». Je lui rétorquais qu’au moins, eux, racontaient de vraies, parlaient très bien de l’alcool et des filles. Robbe-Grillet et consorts me laissaient de marbre ; Camus (en dehors de L’Etranger) m’ennuyait. J’étais désolé de la désoler ; elle était si belle, si mystérieuse, si sensuelle. Je crois qu’il n’y a qu’en matière de littérature que je ne suis incapable de produire un effort dans le but, sournois, de séduire une femme. Cognet, donc ; j’y étais il y a quelques jours. C’est là que j’avais appris, il y a cinq ans environ, lors d’une séance de dédicaces, que l’une de mes amoureuses, F., était décédée une dizaine d’années plus tôt. J’étais accablé. Je la revoyais, apprentie hippie, avec son manteau en peau de chèvre retournée, son regard de myope, son long corps souple et doux de blonde vénitienne. Fauchée au milieu des eighties par le VIH. Elle m’avait inspirée le personnage de Clara, l’une des héroïnes de mon roman Des rires qui s’éteignent. Il y a quelques jours, le destin, une fois de plus, est venu frapper à ma porte à la librairie Cognet. L’écrivain et philosophe Emmanuel Mousset qui me rendait une visite amicale, me confia qu’il avait retrouvé mon roman Des petits bals sans importance, en première édition, publié au Dilettante avec une jolie couverture de Sempé, livre lesté d’une dédicace. Il me le tendit ; je la lis. Je pâlis. Ce livre je l’avais signé à mon copain Fred, en 1997. Guitariste de notre groupe de rock, il décéda dix ans plus tard. J’avais à l’époque consacrée l’une de mes chroniques, « So long, Fred », chronique qui se trouvait justement dans le recueil du même nom que j’étais en train de dédicacer à Emmanuel Mousset. Fred travaillait à quelques mètres à côté, à la Caisse d’Epargne de Saint-Quentin. A quelques mètres de notre cher Café des Halles, chez Odette, repère des jeunes musiciens bohèmes que nous étions. « La boucle est bouclée », lâcha Emmanuel, philosophe. Je regardais la pluie tomber sur le trottoir de la rue Victor-Basch ; j’avais le cœur gros.

                                                            Dimanche 21 décembre

Le marquis des Dessous chics sur France 3 Picardie

Les Dessous chics (éd. La Thébaïde) recueil des chroniques du Courrier picard, sera présenté, demain vendre

Non content d'ennuyer la terre entière, le marquis des Dessous chics fume. Tous les défauts!

Non content d’ennuyer la terre entière, le marquis des Dessous chics fume. Tous les défauts!

di 19 décembre, dans le journal de France 3 Picardie, vers 12h15.

A rappeler que son auteur, l’indéfendable Philippe Lacoche, dit le marquis des Dessous chics, dédicacera l’oeuvre à ses lectrices adulées, fêtées, soumises, comblées et puissamment aimées, le lendemain, samedi 20 décembre, de 14 heures à 19 heures, à la Maison de la presse de la galerie des Jacobins, à Amiens.

Il se trouvera en compagnie de l’historien-écrivain Alain Trogneux qui signera son livre consacré à Amiens dans les années soixante-dix. Nul doute que ces deux-là auront des choses à se raconter. Les seventies, le marquis, ça le connaît. Ah, les petits Ternoises des seventies…

Le cirque Phénix né de la tempête

Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.

Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.

    Le cirque Phénix, et son spectacle « Cirkafrika 2 » sera au Zénith d’Amiens, le jeudi 15 janvier, à partir de 20 heures. Rencontre avec son fondateur et metteur en scène Alain Pacherie.

    Ce n’est pas un cirque tout à fait comme les autres. Entre la comédie musicale, le spectacle général et le cirque. Humaniste, voyageur impénitent et découvreur, Alain Pacherie, qui est par ailleurs fondateur de l’association Culture du Cœur,  explique sa démarche et ses choix.

Alain Pacherie, comment êtes-vous devenu fondateur et metteur en scène du cirque Phénix ? Quel a été votre parcours ?

J’ai rencontré Annie Fratellini qui m’a donné le goût d’un cirque différent.  J’ai adoré cette forme de cirque.  A partir de ce moment-là, je me suis fait ma propre idée du cirque jusqu’à ce qu’en 1999, je fasse construire mon premier chapiteau.  C’était en octobre ; et en décembre une terrible tempête s’est abattue sur la France.  Je me suis dit : « Si je parviens à refaire un autre chapiteau, je j’appellerai Phénix. » J’ai voulu le faire sans mats intérieurs ; ce fut donc le premier cirque construit de la sorte.

Comment un tel type de chapiteau peut-il tenir debout ?

Les cirques traditionnels ont des mats intérieurs. Nous, on a fait des arches extérieures, qui passent par-dessus le chapiteau ; chaque arche fait cent mètres de long. Il faut cinq semaines pour installer ce chapiteau.  Les arches sont découpées en morceaux de douze mètres. Il faut des grues pour installer tout ça.  Puis on monte le toit ; on le tend pour qu’il n’y ait pas de prises au vent. Et on monte les gradins et tous les décors. C’est une véritable construction à chaque fois.

« Tout le monde fait la prière ensemble »

Comment est né le spectacle « Cirkafrika 2 » ?

C’est en 2002, que ma famille m’a emmené aux Etats-Unis, voir un cirque communautaire, fondé par des Noirs et réalisé par des Noirs.  J’ai ressenti une émotion très particulière. Ensuite, je suis parti en Afrique.  J’ai rencontré un artiste burkinabé, Winston, qui est clown. Avec lui, on a fait le premier Cirkafrika en 2012.  J’avais passé du temps à étudier le cirque africain ; j’ai découvert une culture incroyable.  Je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un deuxième ; c’est celui qui est proposé aujourd’hui.  Il y a là des artistes d’Afrique du Sud, de Côte d’Ivoire, de Tanzanie, d’Ethiopie, etc. L’Afrique francophone est représentée tout comme l’Afrique anglophone.  Plusieurs religions sont représentées, et tout le monde fait la prière ensemble avant le spectacle.  Tout le monde se prend la main, en même temps.  C’est très fraternel, comme une chaîne d’union.

On dit que ce spectacle se situe entre la comédie musicale et le spectacle de cirque. Vos goûts vous conduisent-ils à préférer l’un des deux genres ?

Justement, là où je me sens le mieux, c’est quand il y a plusieurs genres.  C’est pour ça que j’ai monté ce spectacle ; il y a un orchestre en live, des chanteurs, des numéros de cirque. C’est un spectacle complet même si ça reste un spectacle de cirque avec d’autres formes de spectacles, de cultures et d’arts de façon à les mettre en valeur.  Le chapiteau sans mats permet de pratiquer des spectacles différents. Préalablement, j’avais fait un spectacle en 3D ; une abeille venait présenter les numéros à un mètre des spectateurs.

« Le cirque est pour moi, une forme artistique idéale, celle de tous les possibles », dites-vous souvent. Pourquoi ?

Parce que le cirque réunit des artistes au talent extraordinaire qui permet de réaliser énormément de choses. On trouve par exemple des danses tribales ; elles sont très visuelles. Elles s’adaptent bien à l’esprit du cirque. Un cirque inter générationnel, inter culturel. Cela permet d’évoluer dans un monde culturel beaucoup plus large.

La musique et la danse sont très importantes dans ce spectacle. Vos goûts personnels vous conduisent vers quels genres, quels styles ?

    Mes goûts sont très éclectiques. Je vais aux concerts ; j’aime le rap, la musique populaire. D’où l’instant où c’est bon, j’adhère.

Le balafon, instrument originaire d’Afrique occidentale, est très présent dans la présente création. Pourquoi ?

   Le balafon est un instrument artisanal constitué notamment de lames de bois, de petits pots de terre ; on utilise un petit maillet.  Quand j’ai découvert cet instrument, je me suis dit, il faut un faire un orchestre.  Autre instrument africain extraordinaire : la kora.  Il y a aussi la flûte africaine dont on  sort un son très particulier.  L’artiste qui en joue, est capable de chanter en même temps.

On dit que l’histoire du cirque en Afrique est douloureuse. Pourquoi ?

A la fin de l’avant-dernier siècle,  on avait mis les Noirs en cages sur les pistes de cirque.  Il y avait eu aussi l’Exposition universelle… Mais les Africains ne sont pas rancuniers puisque là-bas, le cirque peut être un ascenseur social.  Et il y a des numéros extraordinaires ; le cirque s’est très bien développé en Afrique. Maintenant, en matière de cirque, derrière la Chine et la Russie on trouve l’Afrique ; elle talonne ces deux pays.

Vous êtes un homme de cœur. Vous êtes fondateur de l’association Culture du Cœur. En quoi consistent vos actions ?

 J’ai eu énormément de chance dans ma vie.  Je suis originaire de banlieue (je suis né dans le 93, et j’ai été élevé dans le 94).  C’est bien la réussite, mais il faut qu’elle serve à quelque chose.  Comme j’ai eu beaucoup de chance, je me suis dit qu’il fallait que je le rende à ma façon. L’association Culture du cœur a été créée il y a une douzaine d’années ; nous récupérons des places dans les spectacles pour en faire profiter le public défavorisé. La culture, c’est pour tout le monde ; ça nous permet d’offrir des billets de spectacle aux plus défavorisés. Les autres producteurs de spectacles quand on leur demande des places, ils répondent oui.

Vous avez connu la chanteuse Monique Morelli. Dans quelles circonstances ?

J’étais un jeune débutant ; je n’avais pas grand-chose.  Son mari avait demandé des paroles à Louis Aragon. C’était en 1968. Je me suis occupé de Monique Morelli ; j’ai cherché un éditeur pour cette chanson.  Je n’y connaissais rien ; j’ai rencontré un éditeur qui m’a écouté car les paroles d’Aragon se positionnaient contre l’entrée des chars soviétiques à Prague, ce qui constituait un événement.  J’ai demandé une très forte somme car je le répète, je n’y connaissais rien. Une somme bien au-delà de ce qui se demandait habituellement. L’éditeur en face de moi a accepté.  Aragon a été étonné car il était concerné ; il a dit : « Je veux rencontrer ce jeune homme car on ne m’a jamais payé des droits aussi chers pour une chanson. » C’est comme ça que, grâce à Monique Morelli, j’ai dîné un soir avec Louis Aragon et Elsa Triolet, chez Monique Morelli, à Montmartre.  D’abord, Aragon m’a reçu chez lui, rue de Varenne. Il m’a questionné sur mon parcours.  Ces personnes déjà une aura incroyable.

                                             Propos recueillis par Philippe Lacoche

 

 

 

 

Un retour triomphal

   Bonjour lectrice ! Heureux de te retrouver. La semaine dernière, j’ai été expulsé de ces lieux de haute culture littéraire par Daniel Muraz. Mais c’était pour la bonne cause. Pour annoncer que le marquis, votre serviteur, avait été fait chevalier par la République. On aura tout vu. Me voilà donc de retour, plus vaniteux que jamais, la cravate turgescente raidie par l’amidon de l’auto satisfaction, enivré par mes gloires nouvelles. L’événement, tu t’en doutes, lectrice, ma fée puissamment aimée, fut dignement fêté ; nous n’y reviendrons pas. Les langues se sont déliées. Facebook a chauffé ; Twitter a explosé. N’en ajoutons pas. L’événement fut à l’image du récipiendaire : magnifique. A peine décoré, que je me suis remis au travail, tel un serf avant la libération bolchévique. En sortant de chez une amie très chère, je me suis rué pour l’after du vernissage de l’artiste Tiphai

L'exposition Niki de Saint-Phalle, au Grand Palais, à Paris.

L’exposition Niki de Saint-Phalle, au Grand Palais, à Paris.

ne Buhot-Launay, à la galerie Pop up, rue des Lombards, à Amiens (que je ne quitte plus puisque c’est là que j’avais procédé au lancement de mon livre Les Dessous chics). A peine avais-je salué la maîtresse des lieux, la délicieuse, longue et très brune Mélanie, que je fus happé par quelques rythmes rock’n’rolliens et frénétiques, et me mis à danser comme un damné. Fred Thorel et son nœud papillon en bois en faisait de même.  Quelques jours plus tôt, je m’étais rendu à l’auditorium de MégaCité acclamer Albin de la Simone (tout en discrétion en poésie, en acoustique) et Miossec (tout en force rock et en rugosité fracassée), puis à la Maison de la culture, applaudir Juliette Gréco, toute en grâce, en élégance, qui chantait Brel presque en talk-over d’un bout à l’autre, soutenue par l’immuable Gérard Jouanest, au piano, et Jean-Louis Matinier à l’accordéon. C’était émouvant, fragile comme le temps qui fuit. En compagnie de la dame de mon cœur, je me suis rendu au Grand Palais, à Paris, pour y découvrir l’exposition consacrée à Hokusai (jusqu’au 18 janvier 2015). Je me suis surpris à séjourner plus longtemps devant les œuvres rendant hommage aux poissons (une baudroie, vers le milieu de l’an Bunka, vers 18071813, avec un œil bleu de Prusse ; deux carpes, peintes en 1831, toujours d’un étonnant et tendre bleu de Prusse qui m’eût presque réconcilié avec nos bons amis d’Outre-Rhin et leur dynamique chancelière Angela Merkel). Au même endroit, j’ai apprécié l’exposition des œuvres de Niki de Saint Phalle (jusqu’au 2 février 2015). J’ai beaucoup appris sur cette femme blessée (violée à l’adolescence), révoltée, féministe, anticonformiste, en bute contre son milieu social (issue d’une famille franco-américaine qui descend des Croisés). Dans l’une de ses sculptures, entre pop et art brut, constituée d’un agglomérat de jouets des sixties, j’ai reconnu un singe en peluche, un petit train et un tracteur jaune qui eussent pu être miens, à Tergnier. Alors, mon esprit se mit à se perdre dans mes chères Trente glorieuses aussi belles, aussi bleues (de Prusse) que les yeux translucides et superbes de la jolie Niki.

                                        Dimanche 14 décembre 2014

Alain Trogneux, auteur de Amiens des années 70 (éd. Encrage) et Philippe Lacoche, auteur des Dessous chics (éd. La Thébaïde) signeront leurs ouvrages ce samedi 20 décembre, de 14 heures à 19 heures, à la Maison de la presse, au Chat qui lit, galerie des Jacobins, à Amiens.

 

Philippe Lacoche, auteur du recueil de chroniques du Courrier picard, "Lers Dessous chics".

Philippe Lacoche, auteur du recueil de chroniques du Courrier picard, « Lers Dessous chics ».

 

Poètes, malgré la souffrance

                                

Jacques Béal est l'auteur de la très belle anthologie "Les Poètes de la Grande Guerre", parue aux éditions du Cherche-Midi.

Jacques Béal est l’auteur de la très belle anthologie « Les Poètes de la Grande Guerre », parue aux éditions du Cherche-Midi.

    En 1992, Jacques Béal publiait son anthologie –la seule et unique– des Poètes de la Grande Guerre (éditions Cherche Midi. Il y a vingt ans, Nicolas Auvray arrive comme administrateur de la Comédie de Picardie à Amiens. Et pour son anniversaire, Jacques lui offre son ouvrage, qui venait de sortir. Il y a trois ans, Auvray recontacte l’écrivain-journaliste amiénois: «Jacques, j’ai toujours ton livre. Et je prépare quelque chose autour de cette thématique.» C’est comme ça que tout a commencé, pour se conclure par ce spectacle Où est tombé ma jeunesse, mis en scène par Jean-Luc Revol, avec Tcheky Karyo en récitant…

Pouvez-vous nous présenter ce spectacle »

C’est moi qui ai eu l’idée du titre. Mais c’est en fait un titre d’Apollinaire. Pour moi, c’est lui le poète le plus important lié à la Première Guerre mondiale. Il y a bien sûr Blaise Cendrars que j’aime également beaucoup, mais pour la poésie pure, c’est Apollinaire. Je trouve que l’associer au termes «jeunesse», «tombée», ça pouvait être un bon titre. Ensuite on a cherché l’acteur qui pourrait porter ces poèmes sur scène. Plusieurs noms ont été évoqués et c’est Tchéky Karyo qui a été retenu.

Ce spectacle n’est pas une simple lecture.

Non, car Tchéky Karyo a appris les textes par cœur. Ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’il m’a dit qu’il avait vraiment envie de s’investir dans ce projet. Pour lui, ce n’est pas un spectacle comme ça, en passant. Là, il récite, il ne lit pas. Il va jouer comme un acteur. C’est très différent. Il s’agit donc d’un spectacle musical. C’est une co-production franco-britannique entre la Région Picardie et les régions limitrophes en Angleterre. On a donc choisi des poésies françaises, et la musique qui entrecoupera les récits, sera constituée d’airs de l’époque interprétés en direct par des jeunes musiciens (dont un ténor plein d’avenir: Edmund Hastings). C’est Jean-Luc Revol, qui a obtenu un Molière il y a quelques années et qui est spécialiste du spectacle musical, qui fait la mise en scène. C’est lui a trouvé les chanteurs et les musiciens (avec la complicité de l’Orchestre de Picardie) et qui a trouvé une université très cotée en Angleterre pour réaliser la scénographie et les décors. Pour les textes, j’ai choisi les poèmes pour expliquer la guerre. La poésie est l’art de la concision, de l’émotion. La plupart des poèmes ont été écrits dans les tranchées. C’est beau d’associer la musique, la poésie, la littérature pour se souvenir de tous ceux qui ont écrit.

Comment avez-vous effectué la sélection des poèmes pour le spectacle?

Il y a un parti-pris du metteur en scène; parti-pris auquel j’ai souscris. Dans mon anthologie figurent des poèmes «va-t-en-guerre», comme un de Paul Claudel – grand poète mais qui était dans le confort de l’institution, à Paris. C’était un poète national. Il disait, «les p’tits gars allez-y! Allez-y!». Jean-Luc Revol n’a pas retenu les poètes qui, sur leur prestige, incitaient au patriotisme. Il a plutôt retenu les réfractaires, les gens dans la souffrance. Il y figure aussi un très beau poème de Blaise Cendrars sur Paris: au Jardin du Luxembourg, de jeunes enfants jouent à la guerre et, déjà, des invalides arrivent dans la ville en fête. En revanche, j’ai insisté pour que soit retenu un poème d’Apollinaire. J’ai rédigé une introduction assez sensible sur ce doux nom du Chemin des Dames mais qui, au cours de la guerre, deviendra une horreur. Dans cette introduction, j’ai mis mes tripes par rapport à ce que je ressentais.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

 

Modiano dans le quartier

Les lecteurs qui n’auraient entendu parler de Patrick Modiano que depuis l’attribution de son Prix Nobel, ne doivent pas commencer par lire son dernier roman. Non pas qu’il soit mauvais, non. Modiano est un sublime écrivain, le plus grand contemporain français. Mais ce Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier est loin d’être son meilleur. Il s’agit de ce qu’il est convenu d’appeler un roman de transition. Un petit caillou de plus qui balise le chemin tortueux mais têtu de ce grand prosateur. Il faut lire ses meilleurs romans : Villa triste (immense œuvre, ode à la nostalgie et à la mélancolie), Livret de famille, De si braves garçons, Quartier perdu, Dora Bruder, La petite Bijou. Ensuite, on lira ce dernier opus avec un plaisir non dissimulé. On y parle de Wimpy, totalement oublié, dévoré par McDonald’s ; de Saint-Leu-la-Forêt ; d’un homme qui développe une insistance d’insecte. Daragane, on le devine, doit beaucoup ressembler à Modiano enfant. Et il y a cette phrase si belle : « Il n’avait écrit ce livre que dans l’espoir qu’elle lui fasse signe. » Superbe.

Patrick Modiano, sur cette photo, est peut-être en train de penser à Jean Cau, à Jacques-Francis Rolland, à Maurice Raphaël. On ne sait pas exactement.

Patrick Modiano, sur cette photo, est peut-être en train de penser à Jean Cau, à Jacques-Francis Rolland, à Maurice Raphaël. On ne sait pas exactement.

Ph.L.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, Gallimard, 146 p. ; 16,90 €.

Un bain dans le fleuve Limonov

                          

Limonov : un dandy punk.

Limonov : un dandy punk.

    Il est parfois surnommé Edward le terrible. C’est un euphémisme. Edward Limonov, grand écrivain russe, à la fois voyou et dandy, ne donne pas dans le tiède. Né en 1943, cet Ukrainien, manière de punk élégant et provocateur, a vécu aux quatre coins du monde : Moscou, New York, ex-Yougoslavie, Paris. Il a fondé son propre parti nationaliste en Russie ; Poutine l’a mis en prison. Certains de ses textes y ont été écrits. Limonov a combattu armes à la main ; c’est un rebelle.

     Dans ce livre atypique, on le retrouve parfois apaisé ; ça change. Il égrène ses souvenirs au bord de l’eau, mer, fleuves, lacs, ruisseaux, etc. C’est étonnant. Souvent succulent. Du vrai et du bon Limonov ; celui qu’avait fait découvrir au grand public Emmanuel Carrère dans la biographie qu’il lui avait consacré en 2011.

Le livre du temps

    « Tout ce qui est réuni sous cette couverture s’intitule Le Livre de l’eau. Mais on aurait pu l’appeler Le Livre du temps », confie Edward Limonov dans la préface de l’ouvrage. « Parce que c’est bien du temps écoulé qu’il est question. Mais j’ai préféré l’eau. L’eau charrie ou emporte tout et l’on ne peut entrer deux fois dans les mêmes eaux. Il en résulte un ouvrage insolite, parsemé de souvenirs géographiques, de coïncidences significatives. » Et un peu plus loin, il balance : « Il se trouve aussi que j’ai repêché dans l’océan temporel les objets les plus essentiels pour moi. Après avoir relu les quarante premières pages de mon manuscrit, je n’en ai découvert que deux : la guerre et les femmes. Pour résumer simplement mon existence, il n’y a eu que les fusils d’assaut et ma semence dans les orifices de mes femelles adorées. »

    On le suit donc au bord de différentes mers : la Méditerranée à Nice, la Mer Noire à Odessa, l’Océan Atlantique en Bretagne ; des fleuves et rivières (la Seine, le Kouban, la Volga, l’Hudson, etc.) ; des lacs et étangs (Kharkov, Saint-Pétersbourg), des fontaines ; il y est même question de pluie, d’ouragans et de saunas. Des histoires de filles, de guerres, de copains ; des gens qui se battent, meurent, se pendent. C’est du Limonov tout craché. Craché à la face du monde bourgeois qu’il exècre. Un vrai dandy punk.

                                PHILIPPE LACOCHE

Le livre de l’eau, Edward Limonov ; traduit du russe par Michel Secinski ;  éd. Bartillat. 291 p ; 20 €.

Les dessus chics des Dessous

Ses chères lectrices lui pardonneront son infidélité: on ne retrouvera pas aujourd’hui la traditionnelle chronique de Philippe Lacoche. Mais s’il est absent, c’est parce qu’il est doublement présent dans cette «chronique intérimaire».

Déjà «marquis» autoproclamé, Lacoche est, désormais aussi «chevalier». Des Arts et lettres. Sur décision de l’ex-ministre de la Culture (homophonie aidant, il était naturel qu’une Filippetti honore un Philippe).

La chose a été formalisée samedi dernier, à Paris, Espace Jemmapes, au bord du Canal Saint-Martin, lors d’une soirée nettement plus conviviale que protocolaire. La ministre n’étant forcément pas là, c’est l’écrivain et journaliste Patrick Besson qui a épinglé notre collaborateur, avant qu’Alain Paucard, en plus de celles d’écrivain ne démontre ses qualités de chanteur et guitariste (accompagné par le saxophoniste Francis Courney). Dans l’assistance, la famille se mêlait aux écrivains amis dont Cyril Montana et Thomas Morales, à la sociologue Marcela Iacub (venue avec son petit chien et son joli turban) ou à un producteur de la RTBF venu en souvenir de moments partagés du temps de Best. Quelques Picards avaient aussi fait le déplacement, tels Mireille et Philippe Béra (éditeurs de la maison Cadastre8zéro), le bouquiniste-photographe Jean-Louis Crimon ou notre collaborateur Christian Legris. Le Courrier étant représenté par l’un de ces rédacteurs en chef adjoint; présence justifiée par l’autre objet de cette soirée: le lancement des Dessous chics, le livre.

Chronique locale amiénoise, puis régionale et picarde, ces «Dessous chics» hebdomadaires – déjà présents sur le blog-picard.fr/dessous-chics/- ont fourni la matière à un beau recueil de 350 ERpages, balayant la période 2005-2010. Magie littéraire, ces textes éphémères et légers prennent plus de profondeur, et par là même d’universalité, ainsi rassemblés. Occasion de constater que le «contrat de lecture» a été respecté: c’est bien un portrait décalé de la vie culturelle régionale qui est saisi dans ces pages. Le mérite en revient à Emmanuel Bluteau, responsable de La Thébaïde. Petite, mais grande maison d’édition par ses publications, consacrées à Jean Prévost (l’écrivain tombé dans le maquis du Vercors) ou à Pierre Bost. Et son éditeur enthousiaste et courageux, Emman

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l'amidon de la prétention. "Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard?", semble se demander Patrick Besson.

Patrick Besson, pensif, après avoir remis la médaille de chevalier des Arts et lettres au marquis, réjoui, gonflé de vanité, la cravate tendue par l’amidon de la prétention. « Ai-je bien fait de céder à la demande du célèbre hobereau rouge picard? », semble se demander Patrick Besson. (Texte de légende confectionné par Ph.L.)

uel Bluteau, nous ramène aussi à la Picardie et à Philippe Lacoche. Longtemps journaliste à l’Union, à Tergnier, dans l’Aisne, c’est là qu’il rencontra notre «hussard rouge». La boucle se boucle… Et bien sûr, Philippe Lacoche revient la semaine prochaine. Histoire de nourrir, peut-être, le prochain volume de ces Dessous si chics.

Daniel Muraz