Roger Vailland, Picard, boudé par la Picardie et la Champagne

Photo de la couverture du livre des Ecrits intimes de Roger Vailland.

Photo de la couverture du livre des Ecrits intimes de Roger Vailland.

Pourquoi Roger Vailland, l’un des plus grands écrivains français du XXe siècle, né en Picardie, petit-fils d’un Picard, n’est-il pas du tout reconnu en Picardie? Sur la maison blanche où il est né, le 16 octobre 1907, rue de Meaux, à Acy-en-Multien, dans le sud de l’Oise, aucune plaque apposée. Aucun hommage particulier, dans notre belle Picardie, non plus, pour commémorer le centenaire de sa naissance le 16 octobre 2007. La Picardie se rattrapera-t-elle le 12 mai 2015 pour se souvenir de sa mort? On est en droit de l’espérer. La Champagne n’est pas en reste. Au 283, avenue de Laon, à Reims, aucune plaque non plus, ne rappelle qu’il a passé dans cette coquette maison bourgeoise, une partie de son enfance et de son adolescence, fomentant dans sa chambre, avec ses amis lycées Roger Gilbert- Lecomte et René Daumal, la confrérie des Phrères simplistes qui deviendra le Grand Jeu, sublime mouvement poétique, parallèle au Surréalisme. Surréalisme qui lui doit tant et qui lui a rendu si mal en excluant Vailland de son sein, lors d’un procès stalinien avant l’heure mené d’une main de fer par le pape André Breton. La raison? Devenu journaliste, alors qu’il travaillait pour Paris-Soir, «rédacteur-en-chefisé» par Pierre Lazarref, Vailland avait fait un article, assez neutre pourtant, sur le préfet Chiappe, homme de droite. Exclu du Surréalisme. On était peu de chose au royaume des poètes!

Courageux résistant

Il passa donc son enfance en Picardie, car son géomètre de père, franc-maçon, avait jeté son dévolu sur le cabinet d’Acy-en-Multien, dans l’Oise. Roger y vécut jusqu’en 1910, date à laquelle son père décida de s’installer à Paris. À Acy, Roger vécut entouré de femmes, couvé par sa mère et sa grand-mère. Est-ce la raison qui le conduira, toute sa vie, à aimer les filles à la folie? En attendant, Roger grandit, à Paris, puis à Reims, où il devient un adolescent révolté, passionné de littérature et d’écriture, déjà, avec ses amis lycéens Daumal et Roger Gilbert-Lecomte. Comme Rimbaud, ils pratiquent le dérèglement des sens. Alcool, drogues. Premiers contacts subreptices avec les dames de plaisir… (Il évoquera, plus tard, son enfance rémoise dans l’un de ses plus beaux romans, Un jeune homme seul, éd. Corrêa, 1950) Roger est brillant. Intelligent, sensible. Il adore déjà les grands écrivains: Stendhal, Flaubert, Choderlos de Laclos, cet autre Picard. À Reims, son professeur de philosophie a été Marcel Déat, qui deviendra un collabo notoire. Il part au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Son compagnon de khâgne n’est autre que Robert Brasillach, autre grand écrivain qui fit le mauvais choix la guerre venue. Vailland aurait pu basculer dans la collaboration. Il n’en fit rien. Car, après avoir pratiqué le journalisme à Paris-Soir (dès les années trente), il entre dans la Résistance et dirige un réseau de renseignement qui rendra de sérieux services à l’état-major de Londres. Dans la Résistance, il côtoie notamment l’inoubliable Jacques-Francis Rolland (qui deviendra picard, lui aussi, enseignant au lycée de Beauvais) et Daniel Cordier. L’expérience de la Résistance, sera le thème à son premier roman, Drôle de jeu, Prix Interallié 1945, le plus bel écrit sur la lutte des combattants de l’ombre. Vailland n’arrêtera plus d’écrire. Ses romans, sublimes, se succéderont: les Mauvais coups, Beau Masque, 325.000 francs, etc. Vailland est un immense styliste, une plume sèche. Celle d’une manière de Hussard de gauche, un hussard rouge. Car, entre-temps, il est devenu communiste. Un militant admirable, courageux, mais jamais donneur de leçons. Un prince, un dandy qui continue à boire comme un trou, à consommer de la dope, à courir les filles, à consommer des licornes (ses petites putains qu’il aime faire partager à Élisabeth, sa femme). Un mec sulfureux, adoré par les militants de base du PC, détesté par l’apparatchik puritain qui lui reproche ses mœurs et jalouse son indéniable courage dans la Résistance. En 1956, lorsqu’il apprend les crimes du stalinisme, il se contente de retourner le portrait de Staline. Jamais il ne crachera dans la soupe; jamais il ne critiquera ce fol espoir quasi christique que fut le communisme pour la classe ouvrière, au sortir de la guerre. Il en gardera sa détestation de la bourgeoisie, profitant pourtant à fond des plaisirs. Alcool, tabac, excès divers. Filles, licornes. Il quittera ce bas monde en mai 1965 (cancer des poumons), inhumé le 13 mai, dans le cimetière de Meillonnas, dans l’Ain. Son cercueil recouvert du drap noir de la Libre-Pensée. Est-ce le fait qu’il fut un dandy rouge aristocratique, un stalinien, un homme de tous les plaisirs qui lui vaut cette non-reconnaissance en Picardie et en Champagne? Si c’est le cas, c‘est navrant. Car, tout honnête homme sait bien que la littérature dépasse de loin la politique et la morale. Le monarchiste Kléber Haedens ne disait-il pas du communiste Vailland qu’il était l’un de nos plus grands écrivains? De quoi donner des boutons aux critiques littéraires de la bien pensance et de la pensée unique.

 

PHILIPPE LACOCHE

Un grand livre fait un excellent film

Philippe Vilain, rencontré au cours d'un cocktail de la revue Service littéraire.

   Il y a quelques temps, à Paris, lors d’un cocktail de la revue Service littéraire, je faisais la connaissance de l’écrivain Philippe Vilain. Je venais justement de terminer son roman Pas son genre (Grasset). Je lui dis pourquoi son livre m’avait plu: « Il m’a rappelé La Dentellière, de Pascal Lainé. » Je regrettais immédiatement mes mots. Certains écrivains détestent qu’on les compare à d’autres. Garçon calme et intelligent, Philippe Vilain fut, au contraire, ravi. Et nous trinquâmes au succès de son roman sous les yeux de François Cérésa, créateur de Service littéraire, et de quelques collaborateurs de la revue dont Jean-Michel Lambert et Bernard Morlino. Cela lui a porté chance car son livre vient d’être porté à l’écran par le cinéaste Lucas Belvaux, avec la délicieuse Emilie Dequenne et le convaincant Loïc Corbery. Le film (vu au Gaumont, à Amiens) correspond bien à l’histoire et à l’atmosphère de l’opus de Philippe Vilain. Clément, un jeune professeur de philosophie (Loïc Corbery), est affecté dans un lycée d’Arras pour une année. Il le prend très mal, lui qui n’aime que Paris, d’autant qu’il est aussi écrivain (un roman chez Grasset ; un essai sur Kant), qu’il fréquente le Flore et les Deux Magots. Il se rend dans la capitale du Pas-de-Calais plus mélancolique qu’un troupeau de Cioran. Il déambule d’une place à l’autre, s’ennuie beaucoup. Un jour, dans un salon de coiffure, il fait la connaissance de Jennifer (Emilie Dequenne) qui devient vite sa maîtresse. Il est issu de la haute bourgeoisie éclairée parisienne, lit Proust, Flaubert,  et les philosophes allemands ; elle est une fille du peuple, lit Anna Gavalda et passe ses soirées dans les karaokés avec ses copines. Il est constamment indécis, hésite à s’engager, réfléchit beaucoup ; elle est entière, fonceuse, toujours gaie et pétillante. Elle n’est pas son genre. Comme le genre de Pomme, dans La Dentellière n’était pas celui du narrateur qui ressemblait comme deux gouttes d’encre à Pascal Lainé. Lainé, comme Vilain, traite de l’incommunicabilité de deux êtres, issus de deux mondes très différents, voire opposés. Deux êtres qui, pourtant, s’aiment. Car, même s’il reste en réserve, Clément aime Jennifer. Le film est aussi poignant, à l’image du livre. A l’image de La Dentellière. En regardant le film Pas son genre, je me revoyais en 1979, jeune journaliste à L’Aisne Nouvelle, en train de parcourir la place du Huit-Octobre, à Saint-Quentin, à la recherche de l’hôtel dans lequel Pascal Lainé, jeune professeur de philosophie, avait posé ses valises une rentrée par une rentrée de septembre de la fin des sixties. La littérature me servait de tuteur. Le mildiou de la mélancolie, déjà, attaquait mes feuilles. Mes pages.

                                          Dimanche 11 mai 2014

Lacoche tente de vendre des livres. Un comble!

 

Bonjour à tous,

 

Je dédicacerai mes deux derniers livres, L’Echarpe rouge, pièce de théâtre (éd. Le Castor astral) et Les Boîtes, nouvelle (éditions Cadastre8Zéro), le vendredi 16 mai, à 17 heures, à la librairie Page d’Encre, à Amiens (avec une exposition des boîtes de la plasticienne Colette Deblé, et une lecture d’une partie de la pièce pars des comédiens du Théâtre de L’Alambic); le samedi 21 juin, à partir de 15 heures, à la librairie Ternisien-Duclercq, à Abbeville.

Du rock sur les planches de Deauville

Gilles Leroy (à droite), Philippe Labro, Philippe Augier, maire de Deauville, Jérôme Garcin.

 Le salon Livres et Musiques de Deauville est l’un des événements les plus conviviaux de l’Hexagone. Je m’y suis rendu, une fois de plus, avec entrain et bonne humeur. J’ai enjambé le pont de Normandie, au-dessus du port du Havre. Un ciel incertain, digne de ceux que l’on contemple dans les toiles d’Eugène Boudin. Quelques gouttes de pluie, puis l’embellie , soudaine, apaisante. Deauville, c’est un peu une Biarritz normande. Des villas blanches, ou de pierre meulière. Des jardinets mouillés où s’ennuient des buis odorants et des lauriers plus mélancoliques que roses. Les plaques des voitures sont parisiennes. On se croirait à Paris en bord de mer. Patrick Modiano eût aimé. Je fonce à la remise du prix de la ville de Deauville, attribué à Gilles Leroy pour son livre Nina Simone, roman, paru au Mercure de France. Il s’agit d’une biographie romancée de la chanteuse, née en Caroline du Nord en 1933. Au cocktail, je salue Jérôme Garcin, président du jury, discute longuement avec le journaliste-écrivain François Bott, membre du jury. On parle de Roger Vailland, de Paul Morelle, critique littéraire et dramatique au Monde des livres que dirigea François pendant des années. Je papote aussi avec Michka Assayas, journaliste à Rock & Folk et à Libération, auteur du Nouveau dictionnaire du Rock. Le soir, coup de fil de Christian Laborde qui vient d’arriver dix heures de train pour effectuer le voyage de Pau à Deauville. Il est en compagnie du batteur Francis Lassus avec qui il donnera, le dimanche, son spectacle Nougaro par mont et par mots, une sorte de long monologue qui fait revivre, non sans émotion, les textes de Claude Nougaro, supportés par les frissons de batterie et les riffs de guitare de Francis Lassus. On rigole ; on cause. Il me parle de L’Idiot international, de Jean-Edern Hallier, mort à Deauville justement, d’une crise cardiaque. L’Idiot réunissait des plumes acerbes et talentueuses : Edward Limonov, Patrick Besson, Benoît Duteurtre, Michel Déon, Morgan Sportès, Frédéric Beigbeder, Arrabal, Marc-Edouard Nabe, etc. Je voulais interviewer Dominique Tarlé, pour son exposition Photographier les Rolling Stones  (photos réalisées en été 1971 dans le Sud de la France, dans la cave de la villa Nellcôte, de Keith Richards, à Villefranche-sur-Mer, lors de l’enregistrement d’Exile on Main Street. Impossible. Il ne cessait d’être accaparé par des fans de son travail, mais surtout par des fans de Stones. Je me contentais donc de contempler la beauté sensuelle et irradiante, si seventies, d’Anita Pallenberg, ex-compagne de Keith. Et d’écouter des anecdotes de Tarlé pendant la visite guidée. Je me demandais aussi si Brian Jones, l’ancien amant d’Anita, était venu à Deauville. En 1971, il était mort depuis deux ans.

                                                              Dimanche 27 avril 2014

Albin de la Simone : « Miossec essayait d’imiter l’accent picard »

Albin de la Simone, Paris, avril 2014. Près du café Le Zéphir.Albin de la Simone, Paris. Avril 2014.

« Il nous appelait les Hommes de Picardie », révèle-t-il. Albin de la Simone et l’autre Picard, l’ingénieur du son Jean-Baptiste Brunhes, ont réalisé le dernier album du sacré Breton.

 Comment votre rencontre s’est-elle effectuée?

Quand il m’a appelé j’étais dans le jardin de ma mère, à Montigny-sur-l’Hallue; on a parlé pendant une heure de comment on vivait la musique aujourd’hui. On s’est rendu compte que malgré notre distance apparente, on vibrait pour les mêmes choses. C’est presque pendant ce coup de fil que l’esthétique du disque s’est déterminée. Miossec avait déjà commencé à travailler avec Jean-Baptiste Brunhes, ingénieur du son, qui a grandi à Amiens. Jean-Baptiste nous a réunis, ce qui n’était pas évident ni pour moi ni pour Miossec car on est à priori très éloigné l’un de l’autre. En fait, dès la première rencontre, il y a eu de jolies étincelles. C’était en août dernier. Notre premier rendez-vous. On a parlé de l’orientation générale que l’on voulait donner au disque et même d’un planning; j’ai fait un planning sur la nappe en saupoudrant du paprika pour dessiner une grille, et je saupoudrais les jours qui étaient disponibles. Le 15 décembre, quand on a fini l’album, on s’est rendu compte qu’on avait tenu le planning et qu’on avait exactement le disque qu’on avait décrit en août. C’était miraculeux car ça peut être beaucoup plus compliqué que ça de faire un disque. La rencontre avait pour cadre un restaurant turc dans le Xe, d’où le paprika. La rencontre suivante c’était directement pour enregistrer dans son sous-sol en haut d’une falaise, près de Brest chez lui, dans un endroit magnifique, très sauvage.

Quel a été votre rôle sur ce disque de Miossec? Réalisateur? Producteur artistique? Arrangeur?

On était vraiment trois à travailler. C’est plus facile car les décisions se prennent plus rapidement. Deux entraînent le troisième. Ça permet d’être détaché. On se rallie à la majorité plus facilement. J’étais coréalisateur (avec Jean-Baptiste et Christophe Miossec). On avait chacun une spécificité; la mienne était les instruments et les arrangements. Je jouais des instruments, de la musique. Miossec nous montrait une chanson à la guitare; et puis, tout de suite, on enregistrait. Je jouais une basse par-dessus; on ajoutait un petit tambourin, un chœur. On révélait les chansons comme on révèle des photos. Au début, c’est très peu net, et ça se révèle, ça se clarifie. On a fait trois sessions de trois jours, à l’issue desquelles toutes les chansons étaient révélées. On a dû faire douze chansons et il doit en rester onze. Après ça, on a tout emmené à Paris (tous les trois), et on invité des musiciens à venir partager ça. C’était des maquettes dont on a gardé quasiment tout. C’est assez traditionnel, mais ça s’est passé de manière totalement fluide. On était toujours tous les trois. Un vrai trio;  Miossec nous appelait « les hommes de Picardie » de par nos origines; il essayait d’imiter l’accent picard. Il a allait rechercher sur internet des poèmes en picard; ça le faisait marrer. Il est très entreprenant. Il est du Finistère Nord, et il se revendique parfaitement breton.

Quelle couleur musicale entendiez-vous donner à ce disque?

C’est lui qui est arrivé avec des envies. Marimba, contrebasse, bandonéon… on était d’accord sur le fait qu’on voulait qu’il n’y ait pas de tensions au sens rock dans ce disque. Un disque plutôt détendu. Je participais à cet état d’esprit; c’est en ça que ma présence avait un sens. Lui-même se chargeait que ça ne se s’endorme pas; moi je veillais à ce que ça ne se tende pas. C’était deux pôles qui se retrouvaient dans un juste équilibre musical. Ça m’a vachement apporté parce que tout ce qu’il proposait était assez exotique pour moi; j’adore mettre mon langage au service d’un projet un peu éloigné.

Etait-ce vous qui proposiez ou imposiez un son, une ambiance? Ou lui qui les demandait, les réclamait?

La plupart des choses se sont faites naturellement; on avait choisi de faire le même disque. On entendait le même disque dans nos têtes. Il y avait parfois des petits moments de négociations, mais ça reste son disque.

La critique, unanime, affirme que les présentes chansons sont plus sobres, moins rock’n’roll. Qu’en pensez-vous?

La critique parle aussi de ses textes et de sa posture; il est plus apaisé, plus tranquille, moins agité. Il ne boit plus; sa vie étant comme ça, il était important de faire un disque à son image. C’est un homme très doux, très cultivé musicalement. Très sensible; il trimbale une image d’artiste écorché, qui appartient à son passé.

Il y a moins de guitares électriques? Pourquoi?

Il y en a mais elles ne sont pas du tout agressives. Ça s’est fait naturellement, ça n’avait pas de sens; on a essayé de les rendre plus dures, ça ne marchait pas. Pareil pour les batteries, tout est finalement très souple; rien n’est datable, ce n’est pas une musique d’aujourd’hui ni d’hier; c’est un mélange de tout ça.

Et l’idée des marimbas et du bandonéon, ça vient d’où?

Ça vient de lui, l’idée; il avait un petit marimba d’un octave et demi, de 60 centimètres; on y avait facilement recours quand on était en Bretagne. C’est une couleur qui a traversé toutes les chansons. A Paris, dans le grand studio (le studio Pigalle, rue Jean-Baptiste-Pigalle), on a fait venir un grand marimba (c’est une sorte grand xylophone en bois; on le retrouve dans la musique classique). C’est moi qui en ai joué car c’est comme un piano avec de très grandes touches. L’idée du bandonéon, lui est venue à la fin; Jean-Baptiste connaissait une bandonéoniste qui est venue le dernier jour de studio et qui a ajouté des touches de son instrument sur l’ensemble.

 

Jouez-vous d’autres instruments sur ce disque?

Tous les claviers (piano, orgue, de très vieux synthés), de la basse (mon Höfner et mon incroyable basse Baldwin; elle a un son moelleux). Je suis de plus en plus bassiste; j’adore ça. J’ai aussi joué de la guitare; j’ai même fait un solo sur « On vient à peine de commencer »; ça me fait rire car je joue comme un escroc avec du feeling mais sans aucune technique. En tant que pianiste, jouer de la guitare me surprend tout le temps; c’est très exotique. C’est comme se masturber avec la main gauche quand on est droitier.

 Comment furent vos relations avec Miossec lors de la réalisation?

C’était très camaraderie; un échange permanent de textos, de mails, de blagues en picard. On essayait de se faire rire tout le temps. C’était génial.

C’était où, dans quel lieu, quel studio?

Septembre 2013, en Bretagne, et octobre-novembre, Paris, mais par petites touches car j’étais en tournée; j’ai fait 25 concerts en même temps, dont un mémorable à Amiens. Je m’en souviendrai longtemps de ce concert et de cette période; c’était intense, la tournée et l’album de Miossec et même temps je faisais les arrangements de cordes de Dick Annegarn, et même Chaka Ponk (un groupe de métal délirant qui cartonne); j’ai fait un arrangement de cordes pour eux; tout ça en même temps.

Quel regard portez-vous sur l’œuvre de Miossec?

Je connaissais pas très bien ce qu’il faisait; quand on décidé de travailler ensemble, j’ai choisi de ne pas mieux connaître pour être vierge de toutes influences; et lui, pareil (il ne connaissait que mon dernier disque et ce que j’avais fait pour Vanessa Paradis). Donc on y allait avec la volonté de tout découvrir ensemble, sans a priori. Mais ce qu’il faisait m’attirait et j’ai fait savoir à JB que j’étais attiré par ce qu’il créait; j’ai demandé à JB de le dire à Miossec.

Quelle est la chanson que vous préférez sur ce disque?

La chanson 5 « Ce qui nous atteint ». J’aime aussi celle qui se nomme « Qui nous aime ». Et aussi « Le plaisir, les poisons ». Mais elles me touchent toutes; les textes révèlent des subtilités encore aujourd’hui alors que je les ai entendues des centaines de fois.

Rappelez-nous quelles sont vos autres réalisations.

Vanessa Paradis (Une nuit à Versailles) 2012; Jeanne Cherhal (L’eau, avec JB, en 2006). Récemment, Mélanie Pain (By By Manchester, 2013, j’ai joué basse, synthés, etc.). Bastien Lallemand (deux albums : Les Erotiques, 2006, et Le Verger, 2011). Ce sont là les principales; ensuite il y a eu de nombreuses autres collaborations.

Avez-vous d’autres projets de réalisations avec d’autres artistes?

On m’en propose du coup maintenant, j’ai encore des concerts jusqu’à décembre 2014. Après, je rêve d’une seule chose : écrire la suite de ma vie, un nouvel album. Je commence déjà gamberger.

Viendra-t-il donner des concerts en Picardie, et y serez-vous?

Pour Miossec, je ne sais pas. Pour moi, je ne sais pas non plus; je joue où on m’invite. J’adorerai rejouer en Picardie.

 Quels sont vos projets personnels?

L’an prochain, je fais trois soirées à la Cité de la Musique, Porte de Pantin, de présentation de mes films fantômes. Un spectacle et une grande exposition autour de films qui n’existent pas. Concert, on sera huit sur scène; on joue les musiques des films et des comédiens racontent ces films. Une exposition propose bonus, affiches, interviewes… tout ça pour stimuler l’imaginaire des spectateurs. Ce sera en mai. Ce sera des projections dans les têtes des gens. Je fais mon dernier concert parisien le 3 juin dans le plus beau théâtre de Paris, Les Bouffes du Nord. Un concert exceptionnel avec des invités exceptionnels.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Michel Butor fait monter une fille sur scène

De gauche à droite : Sylviane Léonetti, présidente du CR2L, Michel Butor, écrivain-poète, et Mirteille Béra, éditrice de Cadastre8Zéro.

    L’écrivain et poète Michel Butor était invité, le vendredi 11 avril dernier, par l’un de ses éditeurs, Cadastre8Zéro, à la Comédie de Picardie. Grâce, notamment à la DRAC Picardie, il a publié, en 2011, un livre intitulé Autour de Michel Butor, Opération Marrakech 2, El Maqam, Tahnaout, dont il a lu des extraits. L’ouvrage contient de courts poèmes, des proses, de haïkus, dont celui-ci qui m’a bien plu : « Dans le lac asséché/les hameçons des cactus/ rêvent l’envol des poissons ». C’est joli. Michel Butor a parlé avec le public. Une fille s’est levée ; elle a posé une question du milieu de l’auditoire. Comme elle était un peu loin, il lui a dit : « Je suis sourd. Désolé. Venez sur scène ! » La fille est montée sur scène ; elle a posé sa question. Butor l’a comprise. Il a longuement répondu. C’est bien un poète qui fait venir les filles sur scène. Je me suis dit que j’aurais dû faire poète ; c’est bien mieux qu’écrivain ou que journaliste. En revenant au journal, je suis monté sur mon bureau, et j’ai demandé à une consoeur, jeune, une stagiaire, de me rejoindre sur mes hauteurs. Elle m’a regardé avec un drôle d’air, a refusé, puis elle est partie en courant. Peut-être est-elle partie prévenir la direction. Ce n’est pas certain car je suis toujours en poste ; la directrice des ressources humaines ne m’a pas encore convoqué, ce qui est plutôt bon signe. Tout ça à cause de Michel Butor. Je fais un métier dangereux, lectrice. Je monte sur les bureaux pour prendre de la hauteur. Un jour, je me fracasserai le crâne. Cette chronique s’interrompra ; on passera à autre chose. C’est la vie. J’ai bien aimé quand Butor a parlé de Blaise Cendrars et  de La Prose du Transsibérien. Je me suis mis à rêver, confortablement assis sur le velours des fauteuils de la Comédie de Picardie. Je pensais à Cendrars, dans les tranchées creusées dans le parc du château de Tilloloy, puis dans celles Frise. A Tilloloy, son copain Rossi, se fit écrabouiller par un obus alors qu’il dévorait sa gamelle, dans son trou. Puis, ce fut son copain Lang, « le plus bel homme du régiment », qui se fit écrabouiller. On retrouva ses moustaches accrochées à l’enseigne du coiffeur de village de Bus si mes souvenirs sont bons. Il venait de monter dans un petit autobus pour partir en permission. « Dans autobus, il y a bus »,  commente Cendrars. Il raconte tout ça dans son plus roman, L’Homme foudroyé. Je rêvais, confortablement assis sur le velours des fauteuils de la Comédie de Picardie. Je ne fais pas un métier si dangereux que ça, tu sais lectrice.

                                      Dimanche 20 avril 2014.

François Long, bassiste des Rabeats, sortira un album solo cet été

Francois Long, guitariste-bassiste des Rabeats.

    J’étais en train de travailler sur l’interview de John Steel, batteur historique, fondateur, avec Alain Price, Chas Chandler, Hilton Valentine et Eric Burdon, du groupe mythique les Animals. Ce sont eux qui ont donné au British Blues Boom ses lettres de noblesse. Quand François Long, alias Dip, bassiste et choriste des Rabeats, a appelé pour me dire qu’il avait son premier album à me faire écouter, je savais que je ne serais pas dépaysé. On s’en doute, François est fan des Beatles. Mais il adore également Paul Weller et les Jam, David Bowie, les Who et quelques autres pointures, bien inspirées par les divines sixties façon anglaise. Je ne fus pas déçu. Intitulé The Seven Others, l’album de François, qui comprend une dizaine de chansons, a été travaillé avec soin. Et patience. Il a mis trois ans à le réaliser, «car notre planning avec les Rabeats est chargé», confie-t-il, modeste. Il a fait toutes les parties de guitare, de basse, les programmations, les synthés. Il s’est fait aider par ses copains des Rabeats (l’incontournable Flamm, à la batterie, Marcel, à la guitare, et Sly, aux chœurs), mais aussi par Simon Postel (batterie), Sylvain Paré (batterie), Florent Elter (guitare), et Christophe Deschamps (célèbre batteur qui a notamment joué avec Voulzy et Goldman; «je l’ai contacté car c’est un fan de Keith Moon et de Ringo Starr»). Il est également question d’une invitée de marque sur le disque, mais cela reste à confirmer. Le résultat est d’excellente facture. Des chansons amples, fortes, à la fois puissantes et subtiles, taillées dans une pop-rock des plus convaincantes. Les mélodies sont là, présentes, entraînantes; les arrangements sonnent sans être entêtants. Tout est finement dosé. De l’excellent travail. Tous en anglais, les textes «s’inspirent de la vie quotidienne et des discussions que j’ai pu avoir sur les réseaux sociaux», explique-t-il. Ils évoquent aussi des rencontres: celle de Gail Ann Dorsey, la bassiste de Bowie, rencontrée en octobre 2011, à Amiens quand Lenny Kravitz préparait ses concerts, et celle de Paul Weller, la même année, tout à fait par hasard, dans les rues de Londres. «Ça a duré trois minutes, mais j’ai eu l’impression que ça durait des heures: je suis un fan de ce mec!». Un single, «Afraid», titre de la première chanson de l’album sortira sur le net en juin; le disque complet suivra, prévu en juillet. Des concerts? François y songe sérieusement, «mais rien n’est encore réellement décidé pour l’instant». Il prend son temps; ça lui va bien. Son excellent album prouve qu’il a raison.

                                       Dimanche 9 mars 2014

Deux livres et une pièce pour Lacoche

 
Philippe Lacoche dédicacera ses deux derniers livres (Les Boîtes, nouvelle, éditions Cadastre8Zéro, et L’Echarpe rouge, théâtre, Le Castor astral), le mercredi 16 avril, à 18 heures, à la librairie Martelle (avec une lecture de la pièce L’Echarpe rouge par des comédiens du Théâtre de l’Alambic).
Par ailleurs, la première de la pièce L’Echarpe rouge, sera donnée les samedi 19 avril, à 20h30, et les dimanche 20 et lundi 21 avril, à 17 heures, au Centre culturel Jacques-Tati (rue du 8-Mai 1945, à Amiens), par la compagnie du Théâtre de l’Alambic.
L’auteur, Philippe Lacoche, signera ses deux livres le lundi 21 avril, à l’issue de la représentation.
Vous êtes cordialement invités à découvrir cette pièce complètement cinglée.
Rens. et réservations : 03 22 46 01 14 (Centre culturel Jacques-Tati).

Le bistrot de la dame blonde des temps anciens

Ghislain Quétel et Rémi Mauger, journaliste à France 3 Basse-Normandie.

               Il y a peu, Rémi Mauger, journaliste à France 3 Basse-Normandie, m’appelait au journal. Il souhaitait que nous voyions car il devait suivre Ghislain Quélel, un retraité de Cherbourg, passionné d’histoire locale et de généalogie, qui, depuis, des années, enquête sur l’histoire de sa propre famille, et en particulier celle de son père André, résistant de Touques, près de Deauville. Ses recherches l’ont mené jusqu’à Odette Dagniaux, 88 ans, pensionnaire de l’EHPAD de Longueau, qui fut l’amour de jeunesse d’Emile Louvel, courageux résistant massacré par les Allemands sur la plage de Deauville. En 1943, il était passé par Amiens où il avait fait la connaissance d’Odette. Coup de foudre. Une belle histoire. Après divers appels lancés dans les journaux, Ghislain est parvenu à retrouver l’octogénaire, résistante elle aussi. Il a fait sa connaissance il y a quelques jours, à Longueau. Emotion intense. Une équipe de France 3 Basse Normandie filmait la rencontre, sous la conduite de Rémi Mauger. J’ai connu Rémi en école de journalisme, à Tours. Il était dans la promotion 1976-1977 ; j’étais dans celle de 1975-1976. Nous avions sympathisé. Et, quand le midi, nous avons déjeuné ensemble, les souvenirs fusaient. Des noms de copains surgissaient entre deux bouchées. C’est étrange la vie qui file. Des visages de filles. Le goût de la bernache (le jus vert du vin jeune et laiteux) à l’automne, dans les bistrots du vieux Tours avec mes copains Jean-Luc Péchinot, Alain Bertrand, Loïc Gicquel, Rémi Mauger et tant d’autres. Certains sont devenus journalistes ; d’autres pas. Disparus, éparpillés dans cette France giscardienne qui commençait à subir les premiers effets de la crise pétrolière. Sur l’écran de la télé, à la cafétéria, il y a avait Roger Gicquel ou Yves Mourousi. La Loire coulait, tranquille, sous le pont Wilson qui ne s’était pas encore écroulé. Je logeais dans une chambre minuscule, rue Losserand, près du Pont de Fil. L’hiver, il faisait un froid sibérien. Je me réchauffais les neurones en lisant J’suis pas plus con qu’un autre, d’Henry Miller. Dès le printemps, j’allais contempler les chevesnes qui luttaient contre le courant des eaux céladon de cette Loire si française. Et je m’en retournais boire des bières pression à la terrasse d’un café tenu par une dame blonde quinquagénaire qui plaisait bien à mes vingt ans gourds et hésitants. J’apprenais la vie bien plus qu’un métier, en espérant qu’au final ce dernier ne dévorât pas la première. Je regardais Rémi travailler dans les locaux de cette maison de retraite de Longueau. Il faisait doux dehors ; je me demandais quel temps il faisait à Tours et si le bistrot de la dame blonde des temps anciens existait encore.

                                               Dimanche 6 avril 2014

 

Scieur Z sur France 3 Picardie

Scieur Z, Renaud Lacoche, chanteur-auteur-compositeur. 2013

« SCIEUR Z » jouait en VRAI direct sur France 3 Picardie, ce Vendredi 28 mars. Pour revoir l’émission aller sur le lien ci-dessous, puis choisir le replay du 28 mars (« Au lycée horticole de Ribécourt » entre 15’10 et 25’10).
http://picardie.france3.fr/emissions/picardie-matin