Roman noir et gens ordinaires…

 Invité par l’Université populaire, l’écrivain Jérôme Leroy a donné, il y a peu, une conférence sur les relations entre roman noir et société. Nous l’avons rencontré.

L’écrivain et poète lillois Jérôme Leroy est certainement l’un des meilleurs auteurs de roman noir de sa génération. On lui doit notam

Jérôme Leroy (à gauche) en compagnie de Daniel Muraz, adjoint à la rédaction en chef du Courrier picard, fan de l'oeuvre de l'écrivain; ils sont ici photographiés devant la Maison de la culture d'Amiens après la conférence.

Jérôme Leroy (à gauche) en compagnie de Daniel Muraz, adjoint à la rédaction en chef du Courrier picard, fan de l’oeuvre de l’écrivain; ils sont ici photographiés devant la Maison de la culture d’Amiens après la conférence.

ment, en 2004, Le Bloc (Gallimard- Série noire) où il analysait l’inquiétante montée du Bloc patriotique, parti qui ressemble à s’y méprendre à un autre parti qui, lui, existe bel et bien. A l’aune de ce qui se déroule aujourd’hui, on pourrait penser que Leroy est un devin. C’est surtout un militant et un observateur hors pair du monde politique qui nous entoure.

Comment analyseriez-vous Série noire, l’excellent film d’Alain Corneau qui a été projeté ce soir ?

Jérôme Leroy : C’est l’archétype-même du film noir, par rapport à un film policier. Un film policier, tu aurais eu une enquête, des personnages très fixés, très codés, d’enquêteurs, de criminels… et une histoire qui finit, généralement bien (le film policier, c’est le retour à l’ordre). Là, tu es dans le film noir ; ce sont des gens qui ne sont ni bons ni mauvais.  Ce sont des gens ordinaires, même des loosers, même des perdus, et le crime leur tombe dessus un peu par hasard ; cela vient dans une forme de détresse. C’est le vrai film noir ; Série noire est adapté du roman de Jim Thompson, un des grands noms du roman noir américain ; il fait les heures glorieuses de la Série noire dans les années 50-60. C’est même le numéro 1000 de la Série noire, avec un roman qui se nomme 1275 âmes, adapté par Tavernier sous le nom de Coup de torchon ; Thompson, c’était un bon choix pour clore cette conférence sur le polar puisque ça ne va pas bien se finir, ce n’est pas un retour à l’ordre ; c’est un film qui donne à voir le malheur humain. C’est la version moderne de la tragédie.  On sait dès le début que ça va mal se terminer. On retrouve une unité de temps, une unité de lieu, cette banlieue qui est en train d’être bouffée par les tours modernes ; on est au cœur des années 70. Ca se passe entre le pavillon de Poupart et le pavillon de la vieille.  C’est un type qui est au bout du rouleau et qui essaie de trouver de l’argent. Et il va en arriver à commettre des meurtres qu’il n’a pas prévus du tout.  Le patronat archaïque, c’est Blier ; et ce n’est pas vraiment le patronat, c’est un looser, un peu au-dessus. Il n’a pas d’illusion  sur la condition humaine. Il n’y a pas de vrai salaud, mais il n’y a pas de héros non plus. Il n’y a aucun personnage complètement neutre dans le film.

Dewaere était vraiment un très grand acteur. Et quelle direction d’acteurs de la part de Corneau…

C’est le grand rôle de Dewaere ; il était idéalement écorché pour faire un acteur de noir ; pas de polar, pas de policier.

Il y a un côté libertaire dans le roman noir.

Libertaire, je ne sais pas ; en tout cas, c’est un roman qui refuse d’envisager les autorités habituellement admises comme étant légitimes. ADG était un anar de droite ; c’était un grand écrivain. Le roman policier fait confiance aux institutions, dans la police, la justice, la gendarmerie, la famille, etc.  Le roman noir remet tout ça en question. Le premier grand roman noir est Moisson rouge de Dashiell Hammett ; ça raconte comment une ville se retrouve sous la coupe de ma Mafia parce que le maire et le patronat ont fait appel à des truands pour briser une grève.  C’est un sujet qui, par essence, remet en question toutes les institutions habituelles. Hammet vient du parti communiste.  Il ne met pas ça en avant ; il met en avant le choix de son sujet qui en fait un roman noir.

C’est un peu la même démarche de Vailland quand il écrit 325 000 francs.

Quelqu’un disait que Vailland, c’est le cardinal de Retz plus la Série noire.  Même si Vailland n’est pas un auteur de roman noir (il ne faut pas vouloir tout annexer), il est vrai que Les mauvais coups n’est pas loin du roman noir. Vailland était comme pas mal d’écrivains de l’époque (Giono disait que c’étaient nos modernes contes de fées).

Dans L’Etranger de Camus, il y avait un côté roman noir également.

Vous avez tout à fait raison. L’Etranger, de Camus aurait été écrit par un Américain et aurait été découvert par Marcel Duhamel en 1946, ne serait pas paru en Blanche, mais en Série noire ; c’est une ambiance thompsonienne. Le fait de faire le récit de L’Etranger au passé composé qui est le temps indécidable par définition.

Votre roman Le Bloc a été très annonciateur de ce qu’on connaît aujourd’hui.

Le Bloc est sorti en 2011. Quand j’ai commencé à l’écrire, Marine Le Pen n’était pas encore présidente du Front national.  On me dit qu’il y a une documentation énorme. Bien sûr, mais c’est aussi mon histoire militante à moi car le Front national, je l’ai eu sur ma route dès le début des années 80 ; et donc j’ai vécu ça ma carrière de militant. Quand tu t’es heurté à ces gens-là, tu t’intéresses à ce qu’ils disent, à ce qu’ils font. C’est donc l’histoire, à l’envers, de toute mon histoire politique et celle de toute ma génération.  On avait 18 ans quand le Front national a fait ses supers scores en 1983-84. Le Bloc, pour moi, ça a été le désir de raconter ça avec un angle différent, avec des personnages qui racontaient ça de l’intérieur. Mon but : raconter sur 30 ans l’ascension d’un parti d’extrême droite, vu de l’intérieur, ce pour éviter le catéchisme car on a vite tendance quand on parle d’estimer qu’on est dans le camp du Bien et que eux sont forcément sataniques. Et c’est bien plus compliqué que ça parce on peut devenir un militant FN sans s’en rendre compte, comme tu peux devenir drogué ou adict aux jeux. Ce qui m’intéressait surtout c’était simplement de montrer sans faire de morale ce qui s’est passé depuis 30 ans avec le Front national. Et le meilleur moyen de le faire, était de prendre deux personnages à l’intérieur.

Certains critiques, peu nombreux, n’ont pas forcément compris la démarche.

Peu nombreux, effectivement et on sait d’où je viens et d’où je parle. Ce sont des gens qui font semblant de ne pas comprendre qu’un auteur n’est pas forcément un narrateur.  C’est marrant car la question ne se pose pas pour les romans ados (que j’aime beaucoup), les narratrices sont des filles de 17 ans ; on ne dit pas que l’écrivain est une fille de 17 ans quand il parle à la première personne.

Quels sont projets ?

Je vais continuer à explorer ce que Balzac qualifiait de l’envers de la société contemporaine, c’est-à-dire le contraire du complotisme. C’est essayer de comprendre les événements non pas en cherchant une chose secrète, mais en plaçant le projecteur sur des choses différentes.  Mon roman L’Ange gardien explique comment une démocratie se protège avec des services secrets, services secrets qui, parfois, se substituent à la démocratie.  Je propose dans l’Ange gardien quelque chose qui eût  pu se passer dans l’Italie des années de plomb, avec la loge P2 ; ce n’est pas du complotisme – car il faut faire gaffe d’autant qu’en ce moment, c’est terriblement à la mode - ; en fait le roman noir s’intéresse au secret.  Ce n’est pas chercher une cause inique et mystérieuse.  C’est au contraire placer le projecteur sur des événements différents.  Ma méthode ne bougera pas, mais je continuerai à explorer ça.

Votre œuvre poétique est importante, elle aussi.

Oui, et on pourrait trouver ça presque contradictoire roman noir et poésie, et pourtant, ça toujours été ensemble. On oublie souvent que Léo Mallet a écrit de la poésie.  Marc Villard, un autre auteur de roman noir, a écrit de la poésie.   Les fondateurs de la Série noire – Marcel Duhamel bien sûr – mais il y a aussi des parrains ou de fées au-dessus du berceau : Prévert, l’ami de Marcel Duhamel (on dit que c’est lui qui a trouvé le nom série noire). Boris Vian aussi… Le point commun entre la poésie et le roman, ce n’est pas forcément les thèmes (encore que), mais c’est dans la façon de changer le point de vue sur quelque chose.  Finalement la démarche du roman noir est poétique.  Dans la mesure où la ville est une chose et comment je parle de la ville.  En changeant mon point de vue, en faisant quelque chose d’inédit, je peux faire un poème sur la ville, ou un roman noir sur la ville.

                                                     Propos recueillis par

                                                     PHILIPPE LACOCHE

Saleté de magnéto !

Suis-je trop bon public ? Qu’y puis-je, j’adore les films de Charlots, Lo

Marc  Lavoine  devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

Marc Lavoine devant un tableau de la libraire Anne Martelle qui est également un excellent peintre.

uis de Funès, certains livres de Pierre Benoit et de Francis Carco, certains romans de gare, les filles du French Cancan (surtout quand elles lèvent leurs jolies gambettes de hases ; mon ex-chérie, Lou-Mary, faisait ça bien, sacrée grande didiche !). Je considère qu’il n’y a pas que Cioran et Proust dans la vie. J’étais ravi, il y a quelques temps, d’interviewer Mireille Mathieu qui me confiait avec force et vigueur (et non sans douceur) son amour de Dieu et du général de Gaulle. Une fois, au cours d’une résidence d’écrivain, j’ai failli me friter physiquement avec un auteur hautement intellectuel car j’avais osé dire que j’aimais le chanteur Carlos, qu’il ne faisait de mal à personne, qu’il faisait rire les gens. L’espèce de butor prétentieux disait que c’était de la daube et que cela relevait du commerce. Tout ça pour te dire, lectrice ma bouée charnue, que je sais apprécier certains éléments de la variété française. Je découvre toujours, sous les brillances, les mélodies sucrées, quelques passions acidulées et autres intérêts piquants. Pour Marc Lavoine, à dire vrai, je n’ai eu aucun mal. On le sait excellent chanteur. Quelques-unes de ses chansons sont des délices. C’est un comédien sensible, inventif et délicat. Le voici maintenant écrivain. Le récit qu’il vient de publier chez Fayard, L’homme qui ment, cartonne en librairie. Ce n’est que justice. Tout ne monde n’a pas la chance d’avoir un père communiste et coureur de jupons. (Je pense à ça : j’espère que quand j’aurai passé l’arme à gauche, mes enfants se mettront à écrire ; j’ai les qualités requises pour leur garantir un succès en librairie.) Marc Lavoine est un garçon sympathique et chaleureux. J’avais déjà pu m’en rendre compte il y a une dizaine d’années alors que j’étais allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, à Paris. Cette fois, j’ai profité de son passage à la librairie Martelle, à Amiens, pour le faire. Marc était accompagné par la charmante Pauline Faure, attachée de presse chez Fayard, ce qui ne gâchait rien. (Un plaisir n’arrive jamais seul, comme le malheur.) J’avais sept minutes pour interviewer Marc. En temps normal, ça peut paraître court ; là,  c’était déjà trop car mon magnétophone, cette petite saloperie, n’a pas fonctionné. Variété encore : j’ai été commis d’office pour me faire l’avocat de Dany Brillant qui rencontrait ses fans dans les locaux de notre journal. En discutant le bout de gras, je me suis rendu compte qu’il adorait la poésie (Apollinaire) et la philosophie (les Existentialistes). C’était épatant de discuter de Sartre avec le mec qui a composé « Suzette ». L’espèce d’abruti d’intello avec qui j’avais failli m’embrouiller la crinière, eût encore fait des bonds.

Dimanche 1er mars 2015

Disques et livres

ROCK

Zebra ne manque pas d’Ham

Zebra était le bassiste du groupe rennais, Billy Ze Kick, qui donna au rock la folle chanson «Mangez-moi ! Mangez-moi !» qui évoquait la cueillette des psilocybes, champignons hallucinogènes. On se souviendra aussi du titre «OCB» qui faisait référence à la marque de papier à cigarette. Zebra (qui réside aujourd’hui à Ham) propose aujourd’hui un excellent album, Mambo Punk. Du rock français qui déménage. Ca commence fort avec l’excellent «Choisis ton camp camarade» où s’impose la chaleureuse et cuivrée présence de la trompette de Nico P et du tombone de Monty. Les guitares sonnent souvent eighties, voire seventies. Les basses sont rondes et nerveuses comme des truites. La chanson «Peau de Zèbre», avec sa montée skiffle vaut également son pesant de rock. Ph.L.

Mambo Punk, Zebra. Zebramix (06 19 06 91 63).

 

ELECTRO-WORLD

Très original!

Leur premier morceau, l’excellent «La troisième porte» dure 15’31; on se croirait revenu au u rock des seventies. Mizmar ne donne pas dans la facilité ou le commercial. On est en droit de l’en féliciter. Mizmar est, en fait, le nom du projet de Rodrigue Lecoque, claviériste d’Amethyst. Entouré de Nabil Ghannouchi (oud et nay – une flûte oblique qui donne le ré en note fondamentale) et d’Agata Nowak (batterie et percussions), Rodrigue Lecoque (piano, basse et programmation) propulse une musique tissée d’originalité, de légèreté; elle flirte avec le rock progressif (Soft Machine, Mike Oldfield), l’électro-world et la musique orientale. C’est frais, bien écrit et parfaitement interprété. A découvrir au plus vite. Ph.L.

 

 

 

Mixit, Mizmar. L’Autre studio/ Muséa.

BEAU LIVRE

Souvenirs…

Souvenirs, souvenirs… ça fait tout drôle de revoir la tronche moustachue de mon copain Jean-Yves Legras, photographe de Best, Daniel Darc, les veines ouvertes sur scène, Little Bob au mieux de sa forme, Kas Product, Téléphone, Bijou, Pacadis, Tom Novembre et tant d’autres. Il suffit d’ouvrir le bouquin, de feuilleter. Des images nous sautent à la tronche; des atmosphères; des odeurs de vieilles fêtes, d’aubes couleur de mousse de Stella. L’excellent photographe de rock Pierre Terrasson dépeint avec émotion, sensibilité et humour ces fichues eighties qui, au beau milieu de ses fesses, verra apparaître le sida. Didier Daeninckx mouille ici sa plume pour raconter, tel un détective, les pérégrinations terrassoniennes. Et Alain Maneval signe la préface. Le tout nous donne un livre inclassable, tissé de tendresse, de nostalgie of course. Bises à vous, tous nos amis partis. PHILIPPE LACOCHE

 

80’S, Le grand mix. Pierre Terrasson et Didier Daeninckx. Préf. Alain Maneval. Hugo & Desinge; 25 €.

 

JEUNESSE

 

Cerise

Un album tendre qui nous fait entrer dans le quotidien d’un vieux couple confronté à la perte de la mémoire. Le ton est léger, l’humour bien présent. Les attentions souvent délicates de Monsieur Cerise rendent cette histoire émouvante. Un album aux images douces qui aborde sans dramatiser ce temps de vie où la mémoire, parfois, prend le large…

Madame Cerise et le trésor des pies voleuses. Sandra Poirot Cherif. Rue du Monde. A partir de 5 ans. 17 €.

 

Brillant, il le fut, élégant aussi

Dany Brillant était invité, hier, par le Courrier picard à rencontrer son public. Soixante personnes (cinquante filles; dix hommes). Normal: il est si beau. Et intelligent.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

Dany Brillant, hier mardi, dans la salle Catelas du Courrier picard, à Amiens.

 

Les quelque soixante personnes (cinquante femmes et filles; dix hommes) sont unanimes: Dany Billant est beau. C’est indéniable. Il est aussi très cultivé et d’une intelligence vive. L’interview qu’il nous a accordée et qui paraîtra le vendredi 13 mars dans le cahier Week-end du Courrier picard, le prouve. Ce passionné de poésie et de philosophie n’hésite pas à évoquer, très à l’aise l’Existentialisme, Kierkegaard, Jean-Paul Sartre, Victor Hugo et Apollinaire. Un homme de goût. Hier après-midi, au cours de la rencontre avec le public organisée par notre journal et dans nos locaux, accompagné de la délicieuse et charmante Jeanne de Boismilon, responsable de la promotion marketing de Décibel Productions, Dany Billant a fait preuve d’une élégance, d’une attention et d’une gentillesse à toute épreuve en répondant aux nombreuses questions du public et de notre rédacteur en chef, David Guévart qui animait le débat. Dany ne s’en cache pas: il n’est pas fan de l’époque (c’est un homme de goût, disions-nous); il pense que tout va trop vite, que tout est axé sur le consumérisme. (On est en droit de ne pas lui donner tort.) Il avoue qu’il est nostalgique des programmateurs des sixties et des seventies qui, eux, travaillaient à l’ancienne, aux coups de cœur. «J’ai eu la chance d’en connaître; ces personnes prenaient des risques.» Et quand, dans la salle, la petite Mégane lui demande comment il a commencé sa carrière, il se souvient de sa chambre de bonne, à Saint-Germain-des-Prés, de sa vie de bohème, de ses rencontres avec Bohringer et Philippe Léotard. Mais la vie de bohème n’a qu’un temps; il en avait un peu assez. «J’étais près à raccrocher; j’avais envie d’avoir une vie de famille, des enfants. Et le succès m’a souri; j’ai continué.» Quand Séverine, lui demande quelles sont ses passions en dehors de la musique, il répond que celle-ci demeure une maîtresse dévorante. Lorsqu’elle le laisse tranquille, il aime jouer au football et au train électrique avec ses enfants. Ses influences musicales? «A 16 ans, j’écoutais la musique qu’écoutaient mes parents; je n’étais pas révolte.» Et de citer notamment Dean Martin, quelques autres crooners et la musique cubaine. La musique, il ne l’a pas étudiée au conservatoire, mais «sur le tas», en fréquentant un club de jazz où se produisait notamment Nina Simone. «J’ai toujours aimé inventer des mélodies. Sinatra et McCartney, eux non plus, ne connaissaient pas le solfège. Ça ne les a pas empêchés de…» Les radios françaises actuelles? Ce ne sont pas ses préférées; il les trouve trop formatées, ronronnantes: «Un robinet d’eau tiède.» Il préfère écouter les radios d’Amérique du Sud. Sa carrière au théâtre et au ciné? «J’ai fait du théâtre pendant deux ans avec la pièce Mon Meilleur copain; ça ne m’a pas souri. Je préfère la chanson.» Le cinéma d’aujourd’hui? Beaucoup (trop?) de comédies. Il regrette l’époque des films plus profonds comme ceux de Claude Sautet. Un homme de goût, oui.

PHILIPPE LACOCHE

Mardi 24 février, Dany Brillant a répondu aux lecteurs du Courrier picard, à Amiens.

 En concert : samedi 14 mars, 20h30, Elispace, à Beauvais (60); vendredi 27 mars, 20h30, cirque d’Amiens (80); dimanche 29 mars, 17 heures, Le Tigre, Margny-lès-Compiègne (60); mercredi 1er avril, 20h30, le Splendid, à Saint-Quentin 02).

Billetterie : Fnac, hypermarchés, réseau Ticketnet; www.nuitsdartistes.fr

Chutons avec Patrick Besson

 La nouvelle est u 

Patrick Besson, écrivain.

Patrick Besson, écrivain.

n genre littéraire subtil et difficile. Avec « L’indulgence du soleil et de l’automne », Patrick Besson s’y adonne avec grâce et élégance.

La nouvelle n’est pas un genre facile. Il faut être un sprinter, détenir le sens de la formule, une plume à la fois dense et légère, posséder la faculté – rare – de savoir chuter sans se faire mal ni – surtout – faire mal à son texte, donc au lecteur. Les maîtres du genre sont, au final, peu nombreux : Stefan Zweig, Maupassant, Pierre Mac Orlan, Bukowski, Eric Holder. Avec L’indulgence du soleil et de l’automne (quel beau titre !), Patrick Besson s’y adonne avec grâce, élégance et non sans une manière de volupté, pour ne pas dire de jubilation. Dès la première nouvelle – dont il extrait le titre d’une citation de Nietzsche : « A présent et pour plusieurs années, je ne demande qu’une chose : la paix, l’oubli, l’indulgence du soleil et de l’automne. » –  il nous met en présence avec une jeune vieille fille de 28 ans, qui aime l’ail, l’oignon cru, la masturbation (certainement la cause de son célibat, constate Besson, impayable) et le grand philosophe moustachu ; elle l’aime assez fort pour qu’elle se laissât faire un fils : le 2 juin 1888. « Il ne sait pas qui était son père », précise la jeune vieille fille qui sent l’ail et l’oignon cru.

La deuxième  nous donne à voir une traductrice sikh. Ca démarre sur les chapeaux de routes : « L’une des plus belles jeunes femmes de Mumbai était couchée à ses pieds. Le problème c’est qu’elle était morte. » Morte et on ne retrouverait jamais son corps : « Il était en lui. »

Dans « La joueuse russe », il met en scène une tennis woman – Sonia Kournipova ; quelqu’un se cacherait-il derrière ce pseudonyme ? -  qui pousse un cri singulier lors de l’exercice de son sport favori. Le narrateur, Rajiv, se demande si elle pousse le même cri pendant l’amour. Pour répondre à cette question, le plus simple est de l’essayer : « Il eut beau secouer, mordre, lécher, branler et sodomiser Sonia : il n’en tirait pas un son. Il pesait de tout son poids sur elle : rien. C’était si troublant que Rajiv, tandis qu’il était au sommet de l’excitation érotique, débanda. Alors la Russe poussa son célèbre cri. »

Et comment ne pas adorer l’excellente nouvelle « Tous ses amants s’appelaient Patrick », dont il ne faut rien dévoiler de l’histoire, et surtout pas la chute : superbe.

Voilà un petit recueil fort réjouissant qui se déguste sans modération.

PHILIPPE LACOCHE

L’indulgence du soleil et de l’automne, Patrick Besson, Fayard Nouvelles- 110 p. ; 13 €.

 

Les essuie-glaces d’un Français moyen sous le règne de François Hollande

Jérôme Leroy (à gauche) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d'hiver, à Amiens (Terre).

Jérôme Leroy (à droite) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d’hiver, à Amiens (Terre).

Il se met à pleuvoir sur le pare-brise de ma Peugeot 206. Mes essuie-glaces font un boucan d’enfer comme ceux des véhicules des gens de la classe dite moyenne sous le règne de François Hollande. On pourrait parler aussi parler des essuie-glaces de la voiture de Columbo mais… Mais non, l’écrivain lillois Jérôme Leroy, qui se trouve à mes côtés, lui, ne parle que du charme de l’hiver picard. Il doit penser à une nouvelle de Pierre Mac Orlan, à un roman d’Emmanuel Bove ou d’un récit d’Henri Calet. Comme c’est un homme modeste, il n’en dit pas plus. Nous descendons Jérôme Araujo, secrétaire général de la Maison de la culture qui, quelques instant plus tôt, avait ouvert les portes de ses locaux à l’Université populaire qui y organisait une conférence avec Jérôme Leroy. Thème : l’impact du roman noir sur la société. Voilà, tu sais à peu près tout, lectrice. Je pourrais m’arrêter là, aller me coucher. Je mettrai ce que dans notre jargon de la presse, il convient d’appeler un bouche-trou pour combler l’espace blanc qui pendouillerait comme un vieux marcel sale en dessous de ces lignes. Mais non : comme j’ai bon cœur, je continue lectrice de chair, ma fée fessue et mamelonnée comme un Maillol. Lors de sa conférence, Jérôme Leroy a d’abord rappelé la différence entre roman policier (anxiolytique et respectueux des institutions) et roman noir (anxiogène et qui se contrefout des institutions). Et, il parla avec bonheur de son excellent roman Le Bloc, sorti il y a quelques années, et qui met en scène Le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite qui ressemble fort à celui qui fut longtemps dirigé par un père avant que sa fille ne reprenne le flambeau. Comme le rappelle non sans humour Leroy, il y décrit une manière de Nuit des petits couteaux. La conférence était suivie de la projection du remarquable film Série noire, d’Alain Corneau, avec notamment Patrick Dewaere, sublime dans sa folie (les coups de tête qu’il donne sur le capot de bagnole sont réels et quand il semble à moitié assommé, il l’est réellement), et l’adorable Marie Trintignant, 16 ans, qui se met nue devant Dewaere, avec son corps velouté, tout en appétissantes rondeurs ; un corps pour lequel n’importe quel mec se damnerait et qui conduirait à ne plus jamais écouter la moindre mélodie de Noir Désir. Le film n’est pas bon ; il est sublime. Ensuite, Jérôme Leroy et moi avons parcouru Saint-Leu pour tenter de trouver un rade d’ouvert afin d’y réaliser une interview. Peine perdue. Il était plus d’une heure et nous étions lundi. Nous nous rabattîmes donc sur le bar de son hôtel où le jeune homme de service se mit à discuter longuement avec nous, nous proposant ses points de vue sur la littérature et la société. C’est passionnant. Passionnant, il l’était aussi le débat mené par Anne Martelle qui recevait Marc Lavoine qui, avec son dernier livre L’homme qui ment (Fayard) raconte sa famille dans les années soixante ; il dresse en particulier un portrait tout en tendresse de son père, communiste de banlieue, hâbleur et coureur de jupons                                                                                                Dimanche 22 février 2015.

Les éclats de la folie et de l’absurdité

 

Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt en 1990.

Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt en 1990.

Dans «Éclats de 14», Jean Rouaud, Prix Goncourt 1990 pour ses Champs d’honneur, revient sur la Grande Guerre pour en décrire l’horreur.

La Grande Guerre, Jean Rouaud, il connaît. Non pas qu’il l’ait faite, un peu trop jeune pour ça. En revanche, il a su très bien en parler notamment avec ses Champs d’honneur, couronné par le Prix Goncourt en 1990. Avec Éclats de 14 (joli titre!), il renoue avec l’époque. Et l’horreur. Car ce passionnant petit livre eût tout aussi bien pu s’appeler Champs d’horreur. L’éditeur a bien résumé le charnier géant en quatrième de couverture: «(…) cette folie par laquelle des vieillards qui ne combattront pas décident d’envoyer leurs fils à la mort, la stratégie suicidaire de l’état-major prônant l’offensive qui mène des centaines de milliers d’hommes à l’abattoir…»

Mourir aux éclats

Jean Rouaud n’y va pas avec le dos de la baïonnette. Lorsqu’il évoque le centre neurologique de Saint-Dizier, dans la Haute-Marne, il rappelle que pour les antibiotiques, «on attendra la prochaine guerre. Pour l’heure on ampute, on trépane, on répare les palais arrachés avec des plaques d’inox, et on envoie au centre neurologique de Saint-Dizier les hommes rendus fous par la folie de la guerre, les seuls véritablement raisonnables, que les grands spécialistes du cerveau soupçonnent de simuler pour ne pas repartir au front. Allons, comme si la guerre pouvait vous faire perdre la tête.» Les collines pilonnées, elles aussi perdent la tête. La terre est dévastée, gorgée de sang. Et puis, il y a la pluie «qui prend le pouvoir et impose son humeur de bourre noirâtre sur les champs d’une bataille immobile. On ne chante ni ne danse sous les pluies de la Marne et de la Somme. On y croupit.» La flotte; c’est terrible. Des blessés crient pour qu’on les porte hors des boyaux où ils se noient. La flotte mais aussi le vin absorbé en très grande quantité: «Un soldat a tendance à davantage faire fi du danger quand il a un coup dans le nez. Au moment de sortir du couvert de la tranchée au lieu du pistolet d’ordonnance brandissons un carafon. C’est ainsi que la dose journalière, à mesure que le moral des troupes baissait, augmentait, passant d’un quart à un demi, puis trois-quarts de litre de vin, et bien davantage pour certains, le vin brandi comme le nouvel étendard de la civilisation contre la bière barbare.» Parfaitement bien écrit, ce petit livre détient un ton qui ne fait qu’ajouter à l’horreur. Mourir aux éclats avec Jean Rouaud.

PHILIPPE LACOCHE

Éclats de 14, Jean Rouaud, éditions Dialogues, illustration Mathurin Méheut. 95 p.; 14 €.

Le drame avec le fromage…

Le Chancellor, à Amiens, un soir d’hiver. Dehors, il fait déjà nuit. Et froid. L’hiver sans le froid, ce serait mieux. Il faut faire avec. Sur la table : un plateau de fromages très affinés et un plat de charcuterie. Nous ne sommes pas au Danemark, lectrice mon amour, mais bien en France. Devant les plateaux : Georges Charrières, fait diversier du Courrier picard, Dédé Carpentier (aucun lien de parenté avec Dodo la Saumure) et votre serviteur. Georges me présente la revue qu’il vient de publier avec la complicité de notre cher journal : Les grandes histoires criminelles en Picardie (5 € dans les librairies, maisons de la presse et dans deux bars d’Amiens : Le Chancellor et les Trois Maillets). L’histoire de cette publication ? Il y a deux ans, Jacques Dulphy, correspondant de notre journal en Picardie maritime, fait savoir à notre Georges qu’il a quelque chose d’intéressant pour lui. En déménageant un copain, vingt ans plus tôt, à Hallencourt, il a retrouvé, dans la poussière d’un grenier, un carnet en toile tissée noire. A l’intérieur : des articles et des photographies collées, issus du Progrès de la Somme et du Télégramme de la Somme et du Pas-de-Calais. A cela s’ajoutent des photos de la police et de la gendarmerie. Et un nom, constamment souligné : Bertrand

Georges Charrières (à gauche) et Dédé Carpentier : un dirait un duo de rockers.

Georges Charrières (à gauche) et Dédé Carpentier : on dirait un duo de rockers.

Saintes, un greffier qui a vécu dans la fameuse maison d’Hallencourt. Les articles couvrent la période de 1935 à 1950. « Cela m’a intéressé car, ce carnet, était une pépite ; c’était également très émouvant car je m’imaginais dans la peau de cet homme qui découpait la presse, annotait », explique l’excellent Georges Charrières qui s’est empressé de raconter toutes ces horreurs en employant le ton et le style de l’époque. Des histoires affreuses, sordides, cruelles certes ; il n’empêche que la publication est réussie. Georges nous parle notamment l’assassinat de la comtesse de Marolles, de la mystérieuse mort d’un enfant retrouvé dans la Somme ; il raconte comment le jeune Célestin Coignard, 23 ans, a sauvé sa tête et comment le pharmacien André Macron est devenu un sacré empoisonneur. Et que dire que l’étrange dossier de la mort de l’avocat général Savidan, ou encore de la mort mystérieuse de l’aubergiste de Querrieu ? En dégustant goulument les excellents fromages de Dédé, j’observais notre Charrière national. Je me demandais pourquoi Georges se passionnait à ce point pour les faits divers. Tous ces coups de couteau, ce sang, ces poisons, ces déraillements… Je me suis souvenu que dans une autre vie, jeune reporter à Beauvais, je courais, moi aussi, le département de l’Oise à la recherche d’informations sur de dramatiques affaires. C’est vrai que c’était passionnant. Assez excitant. Je comprends mieux ce qui se passe dans la tête de Georges.

                                                               Dimanche 15 février 2015

En famille avec Denise Fabre

La speakerine la plus aimée des Français présentera une nouvelle fois la tournée «Age tendre». Et, cette fan de la scène et du direct, adore ça, nom d’un fou rire!

La célèbre et délicieuse Denise Fabre présentera, une nouvelle fois, la tournée Age tendre, rendez-vous avec les stars qui, jusqu’à la fin de ce mois de janvier, réunira sur scène notamment Hugues Aufray, Petula Clark, Dave, Michèle Torr, Nicoletta, Plastic Bertrand, Collectif Métissé, etc. Star du petit écran, icône des Trente glorieuses, cette grande dame aux si fous fous rires a bien voulu répondre à nos questions.

L’an dernier, Michel Algay annonçait qu’il s’agissait de la dernière to

Denise Fabre : c'était l'époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C'était mieux avant! En arrière, toute!

Denise Fabre : c’était l’époque bénie des speakerines et une télévision avec très peu de publicités. C’était mieux avant! En arrière, toute!

urnée Age tendre. Or, la jolie et grande machine repart de plus belle mais avec le sous-titre «Rendez-vous avec les stars». Pourriez-vous m’expliquer ce fait?

Denis Fabre: Il faudrait poser la question à Michel Algay. L’an prochain, il s’agira des dix ans d’Âge tendre. Chaque tournée est différente; les plateaux sont diversifiés.

 

«Ma madeleine de Proust»

 Comment avez-vous été amenée à présenter ce spectacle? Est-ce qu’on vous l’a demandé ou est-ce votre initiative?

 

J’ai commencé par présenter la saison 3. Puis j’ai fait la saison 5. Entre temps, j’avais présenté le spectacle «Les valses de Vienne» avec un orchestre symphonique de Budapest. Je racontais des anecdotes sur les Strauss; j’aimais énormément faire ça. Michel Algay m’a donc demandé d’animer le présent spectacle. À l’origine, c’était le régisseur Patrick Carrier qui m’avait demandé si je voulais animer Age Tendre (juste avant la saison 2). Il m’a fait rencontrer Françoise et Michel Algay, les producteurs. Michel m’a acceptée pour sa tournée Age tendre qui reste son bébé. Je suis donc arrivé à la saison, au palais des Congrès; j’ai été époustouflée: il y avait 5 000 personnes qui, toutes, connaissaient les paroles des chansons. Il y avait un vrai grand orchestre sur scène, et un équipement extraordinaire ce qui permet de donner la pleine mesure du talent des artistes. Ça change des disques de l’époque qu’on peut réécouter mais qui sonnent peu «pauvres» à côté car c’était le début. Chaque année, Françoise et Michel Algay se lancent dans la folle aventure. Ça me permet de retrouver certains téléspectateurs. À l’époque, tout le monde me disait: «Vous faites partie de la famille.» Voilà tout ce que je revis en participant à cette tournée. C’est un peu ma madeleine de Proust. Avant, je me sentais hors de la caméra avec seulement les courriers du public.

Parmi la programmation, connaissez-vous certains artistes? Et quels sont vos préférés?

Chacune des chansons interprétées m’a accompagnée pendant mon adolescence et toute ma jeunesse. Le public ressent la même chose. Hugues Aufray, je l’avais déjà présenté à l’Olympia. Michèle Torr, je connais toute sa vie, même l’aspect sentimental. Petula, je me souviens bien des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier. Tout ça, c’est un peu la première partie, si l’on peut dire. Je n’oublierai pas non plus Pastic Bertrand, Nicoletta (avec sa voix superbe, elle aborde tous les genres), Michel Orsot qui sert de transition entre les deux périodes et qui est aussi la mascotte de la tournée. Il y a aussi Collectif Métisse. C’est un magnifique spectacleavec un brillant chef d’orchestre; je suis très fière de le présenter.

Demis Roussos vient de nous quitter. Quelle est votre réaction?

Il a fait partie de la tournée; il était notamment au Palais des Congrès. Lorsque nous nous sommes vus, il m’a rappelé que c’était moi qui lui avais remis son premier disque d’or. Il avait gardé la photo. C’était peut-être au cours d’un Télé Dimanche…

Est-ce que les spectateurs d’Âge tendre entendront encore vos fous rires mémorables?

Oui, car je vais dans la salle. On joue au couple star. Je fais monter sur scène ceux qui ont le plus longtemps vécu ensemble. Donc il y aura encore des fous rires en perspective!

On dit que vous êtes la speakerine préférée des Français. Comment analysez-vous ce fait?

Franchement, one me le dit, mais j’ai du mal à y croire. En fait, le public m’a toujours protégé notamment à l’époque où les fous rires étaient très mal vus à l’antenne par la hiérarchie. Je me souviens de mon fou rire avec Florence Schaal. Nous avons reçu une note de service; j’ai été mise à pied pendant deux semaines. Florence a dû quitter le journal. C’était défendu d’avoir le fou rire. Plus, c’était interdit, plus j’avais le fou rire. Il faut dire que l’ambiance était bonne. On se déguisait; on grignotait ensemble; on était comme une petite famille. Je me souviens qu’une fois j’étais en robe western. Les techniciens avaient mis une soufflerie pour ça gonfle, et que ça fasse plus naturel. La soufflerie est partie sous ma robe. J’ai passé le temps de mon annonce à tenir ma robe et je suis partie dans un grand fou rire… Je me souviens aussi qu’une fois, une lumière s’était éteinte juste avant que je passe à l’antenne. Plus de lumière. Un technicien monte donc sur l’échelle pour réparer; je suis passée à l’antenne, et on le voyait redescendre derrière moi. Nouveau fou rire. On s’est énormément amusé. Il n’y avait pas d’audimat à cette époque. Toute la France nous regardait, soit 40 millions de téléspectateurs. J’ai été suivie par trois générations. Ma dernière annonce, a eu lieu en 1992.

 

En 2001, vous avez reçu un nouveau Sept d’Or de la meilleure animatrice. Comment avez-vous perçu cette récompense?

C’était magnifique! Cela faisait trois ou quatre années que j’étais nominée. Mes filles étaient venues mais je les avais prévenues que je ne pensais obtenir de récompense car personne ne m’avait rien dit préalablement. Ce fut pour moi une grande surprise.

 

En 2010, vous avez publié un ouvrage de rencontres aux éditions du Rocher. Parlez-nous de ce livre.

 

Il a eu un bon accueil, un bon succès. Avant, j’avais écrit un roman, Les cœurs battants, chez Lattès. L’écriture, c’est plus difficile. Je préfère le direct; j’aime la scène. Je n’aime pas beaucoup le différé. En direct, tout peut arriver. Tout est différent; c’est un parfum très particulier que j’aime beaucoup.

 

Quels sont vos projets?

 

Je viens d’être pour la première fois grand-mère d’une petite fille, Louise. La maman est l’une de mes deux filles. Âge tendre va se poursuivre ce qui me laissera du temps pour m’occuper de ma petite-fille. Sinon, j’ai plein d’autres projets; je n’arrête pas. Être grand-mère, c’est une nouvelle vie qui commence pour moi, sans les soucis que peuvent éprouver les parents. J’aurai le meilleur.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Jean-Jacques Blanger: le charme patiné

Jean-Jacques Blanger, chanteur populaire de la Somme.Ses références ne sont pas actuelles. Il se contrefiche de l’électro, du hip-hop, de la pop. De la Star Academy. Jean-Jacques Blanger, chanteur amiénois, cite Bernard Dimey, Maurice Fanon, Jacques Debronckart, François Deguelt, René-Louis Laforgue. Tout cela sent Pierre Mac Orlan – un autre Picard célèbre – à plein nez. Il sort aujourd’hui un Cd quatre titres bien agréable. Tout commence par «Quai de brumes» (Mac Orlan, toujours), belle chanson bien rythmée que Jean-Jacques Blanger porte avec brio de sa voix de baryton léger et de vrai poulbot. On ne passera pas à côté de «Une vie bien remplie», dont Jean-Jacques a signé les paroles; une manière de fox-trot dynamique. On aimera également sans retenue «Les yeux de Julie», belle chanson réaliste que s’approprie avec générosité le chanteur amiénois. Jolie mélodie; odeur de pluie sur les trottoirs. Et il y a «J’aurai du mal à tout quitter», mélancolique en diable. Le tout sonne merveilleusement bien grâce à l’accordéon de Guilou et à l’orchestration de Joël Rouleau. Un excellent disque. Bravo Jean-Jacques Blanger!

Ph.L.

Quai des brumes, Jean-Jacques Blanger. CD 4 titres — (Contacts: 03 22 92 43 25 ou 06 12 39 50).