Bonne fête papounet

Andres Oliva

Tatoo gravé mais t’as rien compris. (Andres Oliva sous CC)

Il n’est venu que contraint et forcé. Depuis la veille, son fils Thomas répond devant la cour d’assises de l’Oise de coups mortels mais Jean-Marie, retraité de la Poste et fan de Johnny, n’avait pas perçu l’intérêt d’assister au procès, tout comme, depuis quatre ans, il cherche en vain l’utilité de lui rendre visite en prison : « J’aime pas aller là-bas. J’aime pas me sentir enfermé ». Sandrine Makarewicz, avocate de son gosse, lui fait remarquer que personne ne se rend le sourire aux lèvres à la maison d’arrêt. Lire la suite

Au nom du père

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Ils auraient pu être heureux. Si ça tombe. (Guy Fisher sous CC)

Séverine a treize ans quand ses parents divorcent, du côté de Formerie. En fait, c’est surtout maman qui se barre avec son amant, laissant les trois gosses à la garde du papa. « Pour ne pas les perturber en les changeant d’école », croit utile de préciser la bougresse. Sauf que le père prend très mal le double vide que laisse sa moitié : dans son lit et sur le compte en banque, qu’elle a saigné à force de crédits à la consommation. Alors il ingurgite des médicaments façon smarties, et après un bon lavage d’estomac, se voit offrir de grandes vacances à l’hôpital psychiatrique. « J’ai emmené mon frère et ma sœur chez la voisine. Ma mère a bien dû nous reprendre », se souvient Séverine. Elle a dû, aussi, leur présenter son nouvel homme, Frédéric, qui ne mettra que quelques semaines à tripoter l’enfant, puis deux mois à la violer, manie qui l’occupera pendant cinq ans, jusqu’à la majorité et le dépôt de plainte de la jeune femme abîmée (il sera condamné à 11 ans de réclusion). Lire la suite

Une femme

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Priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

Racine et Shakespeare n’arriveront jamais à épater cette jeune femme, croisée et admirée deux jours durant, la semaine dernière, à la cour d’assises de la Somme. Leurs tragédies en vers ou en prose devraient la laisser de marbre car elle a vécu pire, plus fort, plus émouvant, et c’était pour de vrai. Lire la suite

Ce papier jamais écrit

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Juste dormir. Longtemps. Pour oublier.

On va parler de l’histoire de Gilles parce qu’il a dérapé, alors qu’il aurait mérité un bel et bon article avant. Au début des années 2000, il est SDF et rencontre une femme qui vit aussi dans la rue. Ils pourraient s’échouer ensemble mais c’est le contraire qui survient. Méticuleusement, alors qu’ils ont tous les deux passé la trentaine, ils construisent une jolie petite vie : un emploi d’agent d’entretien pour Gilles, un appartement à l’Est d’Amiens et surtout un enfant qui naît en 2004, un rayon de soleil, une revanche… Lire la suite

Le son du silence

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Seuls les robots japonais peuvent rentrer leur tête dans les épaules. Dans la vraie vie, le problème, c’est qu’il faut toujours faire face. (Photo Stéfan sous CC)

C’est une boule, enveloppée dans un triste gilet épais, bleu sombre sur un jean noir. Le cardigan enroule son col sur un visage renfrogné qu’elle aimerait tant, à cette minute, escamoter dans son tronc, comme seuls les robots des dessins animés japonais en ont le pouvoir.
« J’ai menti » : c’est tout ce qui franchira la frontière serrée de ses lèvres trop fines pour un visage grossièrement taillé. Or ça pose un sacré problème, qu’elle ait menti. Une fois de plus. Lire la suite