Dans le même bateau

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« Les semi-liberté, faudrait vraiment pas les mélanger entre les autres » (Photo Chris Potter sous CC)

Thierry est une sorte de rescapé. Pas sûr qu’il apprécie l’honneur. Lundi, il a traversé une salle des pas perdus étonnamment creuse pour aller se faire juger au bout du couloir. La grève des magistrats ne concernait pas les comparutions immédiates. De toute façon, Thierry était incarcéré en préventive depuis qu’un vigile d’Auchan l’avait coincé avec quatre DVD sous son paletot, le 21 janvier.

« J’étais en semi-liberté. Je sortais de prison trois jours par semaine pour préparer ma réinsertion. Ça se passait pas mal, même si le problème, c’est que la maison d’arrêt met un mois à vous donner votre pécule, le temps que votre demande fasse le tour des bureaux. Mais bon, j’étais inscrit au Pôle Emploi, j’avais envoyé des CV, j’avais même refait ma carte d’identité », égrène-t-il d’un ton las.
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Une panne d’avocats

Il est 15 h 30 et la salle d’audience sonne déjà le creux. « Affaire suivante ! », ordonne le président, Mikaël Simoens.
« Ben, ça va être compliqué, je crois que je n’ai plus d’avocats », susurre l’huissière qui entend l’orage gronder et aimerait que, pour une fois, l’on s’attaquât à la mauvaise nouvelle, pas au messager qui la transmet.

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Ce jour-là, c’était avocat vinaigrette à la cantine du Palais… (photo Edhral sous CC)

« Comment ça, pas d’avocat ? » Alors elle détaille : dans telle affaire, l’un est présent mais pas son contradicteur, retenu chez le juge pour enfants. Dans telle autre, la femme en noir défend un client au correctionnel et un autre en comparution immédiate. Elle a parié que le second passerait avant le premier : mauvaise pioche. Il y en a encore un qui plaide actuellement devant le juge aux affaires familiales et arrivera dès que possible.
Le magistrat s’agace : « Dans ce cas, on va prendre les affaires sans les avocats. Le tribunal n’a pas à être à leur disposition. L’audience est fixée à 14 heures, pas à leur bon vouloir… »

« Christophe, il n’est pas diplomate »

Stupeur parmi la petite troupe en noir et blanc. On se regarde. Qui va porter le pet ? C’est Me Hembert qui s’y colle. « Aïe, Christophe, il n’est pas diplomate », souffle sa voisine. Il parle déontologie, droit de la défense. Il ne mâche pas ces mots qui sont après tout son outil de travail. Il décrit aussi un quotidien ubuesque, quand aucun horaire n’est respecté, « parce que soudain on suspend l’appel des causes des CRPC pour faire l’appel des causes du JAF ».

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