Procès du WWK, gang néonazi dans la région de Ham (80)

27 mars 2017

Quatre jours pour juger le clan néonazi

Dix-huit membres du White Wolf Klan, basé à Ham, répondent d‘avoir terrorisé la Picardie.

Jérémy Mourain, quand il faisait partie des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires.

Dix-huit prévenus, 35 infractions, 201 qualifications de renvoi, quatre jours d’audience : le procès qui commence ce matin est hors-norme. Au point que le parquet d’Amiens a pris la décision de réquisitionner la grande salle habituellement réservée aux procès d’assises. Le fait est rare. On citera dans les précédents le procès des émeutiers d’Amiens-Nord.

UN TRIANGLE NOIR

La même présidente expérimentée, Catherine Briet, sera d’ailleurs chargée de maîtriser des débats qui s’annoncent complexes, à l’image de l’histoire du White Wolf Klan (le clan des loups blancs), confrérie de bikers dont aucun membre ne possédait de moto, groupuscule à l’origine néonazi qui deviendra au fil du temps une association de malfaiteurs.
Le principal accusé se nomme Jérémy Mourain, Hamois de 27 ans, qui avait créé le « Klan » sur les décombres des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, garde prétorienne de Serge Ayoub, le créateur du mouvement Troisième Voie (tous deux dissous par décret du 12 juillet 2013). Le groupe était très structuré, avec des rites initiatiques violents et une hiérarchie stricte (Mourain comptait trois sergents d’armes).
Les délits qui sont reprochés à 17 hommes et une femme vont du lynchage de concurrents dans le milieu de l’ultra-droite ou de membres qui ont commis « l’erreur » de vouloir quitter le groupe à des vols aggravés, en passant par des destructions.
Mourain, l’homme au sigle SS tatoué dans la nuque, est le principal accusé. Son ancien chef, Serge Ayoub, lui disputera la vedette. Il ne lui est reproché qu’un fait : avoir commandité un lynchage en décembre 2012 à Estrées-Mons, près de Péronne (Somme). Au-delà de la simple prévention, le procès promet d’éclairer sur les us et coutumes des groupuscules néonazis qui trouvent un terreau fertile dans ce que les enquêteurs surnomment le « triangle noir », délimité par les villes de Ham (Somme), Chauny et Soissons (Aisne).
28/03/17

Serge Ayoub, connu comme le loup blanc

L’ex-leader de Troisième Voie, mouvement emblématique de l’ultra-droite, n’a pas souhaité répondre aux questions, hier, au premier jour du procès des néonazis picards.  

LES FAITS
DEPUIS HIER lundi sont jugées à Amiens 18 personnes, âgées de 22 à 53 ans, membres d’un groupe néonazi basé à Ham, le WWK. Le jugement est attendu jeudi soir.
ELLES RÉPONDENT de vols, violences aggravées, dégradations, association de malfaiteurs, reconstitution d’un groupe de combat dissous, enlèvement et séquestration.
LES FAITS REPROCHÉS ont eu lieu entre décembre 2012 et octobre 2014, essentiellement dans la Somme.
On l’attendait comme la vedette américaine de ce procès : Serge Ayoub, 52 ans, est arrivé au palais de justice d’Amiens précédé de sa réputation sulfureuse et accompagné de ses gardes du corps. À la main : une demi-baguette qu’il a grignotée pendant les fastidieuses vérifications d’identité.
« Batskin », comme il fut surnommé, n’est poursuivi que pour avoir commandité le règlement de comptes du 8 décembre 2012, à Estrées-Mons, près de Péronne, contre des concurrents, des Nationalistes Autonomes qui avaient eu la mauvaise idée de le traiter de « sale juif ».Il a dit à Mourain « bouclez ça », « virez-moi ça manu militari » , atteste Kévin Pate, témoin de la conversation en voiture.

MOURAIN AVAIT « DE L’AMBITION »

« J’ai connu Serge Ayoub à la sortie d’une de mes détentions à Liancourt , confirme Jérémy Mourain. Je voulais militer au sein de Troisième Voie pour la cause nationaliste. Je suis allé le voir dans son bar à Paris. Après, j’ai pris de plus en plus de responsabilités. Je le voulais. J’avais de l’ambition » .
C’est ainsi qu’il intégrera les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (« C’était le service d’ordre de Troisième Voie » ) et deviendra le responsable picard de Troisième Voie. Ces deux mouvements seront dissous en juin 2013, après la mort d’un militant d’extrême gauche, Clément Méric, tué par l’Axonais Esteban Morillo.
Sur leurs décombres sera bâti le White Wolf Klan (WWK), avec les mêmes rites et la même violence, de préférence à l’encontre des minorités ethniques ou des groupes rivaux. Sans oublier les drapeaux nazis dans le local du groupe et les tatouages SS dans le cou de certains gentils organisateurs… Hier, Serge Ayoub, très à l’aise dans son costume bleu marine, a répété : « Je n’ai rien à voir avec tout ce qui s’est passé et le procureur l’a confirmé par ses réquisitions de non-lieu total » . Il n’a pas tort : le parquet n’avait pas souhaité son renvoi, estimant les charges à son encontre trop faibles. Et si l’un des dix-huit prévenus doit être relaxé jeudi, ce sera lui.
Ensuite, Serge Ayoub a refusé de répondre aux questions, comme la loi l’y autorise. Auparavant, son avocat M e Brazy avait soulevé une nullité de procédure que le tribunal a jointe au fond.
Pour autant, Ayoub n’a pas quitté les lieux, assistant tout sourire aux débats et s’esclaffant quand les militants repentis ont présenté leurs excuses à une victime. Comme un dur qui n’a que mépris pour ces mollassons.
29/03/17

De l’ultra droite à l’ultra violence

Le tribunal a examiné hier le fonctionnement du clan des loups blancs. Au menu : hiérarchie drastique, codes stricts et violence omniprésente.

Le parquet avait fait citer le commandant Vincent O., spécialiste des groupes armés à la direction générale de la gendarmerie. L’homme fut éclairant sur les généralités et hésitant quant aux détails. Il le reconnaît, le WWK (white wolf klan) est «révélateur du mouvement de l’ultra-droite et spécifique à cause de son évolution».

Le WWK du Hamois Jérémy Mourain naît vraiment quand la Troisième Voie de son mentor, le Parisien Serge Ayoub, est dissoute, en juillet 2013. «Troisième Voie, c’était 250 à 300 personnes réparties en 25 sections, un mouvement nationaliste révolutionnaire, antisioniste, anticommuniste, qui tenait des réunions, organisait des manifestations, avait des publications», retrace le gendarme. Le WWK n’attirera qu’une vingtaine de membres, unis par leur racisme et leur fascination pour le nazisme.

« L’intellect laisse la place à la crapulerie »

Le commandant spécialiste des groupes armés à la direction générale de la gendarmerie

Au départ, «la filiation est évidente». Mais le fossé se creuse: «C’est une branche de Troisième voie qui s’est désolidarisée du tronc, résume le commandant. Du militantisme, on passe à un gang de délinquance violente. L’intellect laisse la place à la crapulerie».

Restent les codes: les vêtements noirs, le bomber (blouson) qui signe l’appartenance au «klan», le crâne rasé, les tatouages et, comble d’honneur pour les élus, la rune (lettre germanique) scarifiée sur la main par le chef «pour s’unir par la douleur» comme le prône Jérémy Mourain. «C’était presque un gourou, le mouvement était devenu sectaire. Il appelait le jour et la nuit. Si je passais le week-end avec ma copine, je devais me justifier», se souvient Jérémie Crauser, un ancien sergent d’arme, repenti modèle depuis le début de l’audience. Mathieu va plus loin: «Mourain a fait avorter ma copine. Si on avait une vie de famille, on risquait de se détacher du groupe».

Jérémie retrace la violence, avant tout exercée aux dépens des membres du groupe. «Je me suis trouvé avec trois points de suture parce que j’avais suggéré que M. Mourain avait mangé des cornichons directement dans le bocal: la salle sourit, mais Crauser tremble encore. Une autre fois, j’ai raté une réunion parce que j’étais malade. Ils sont venus chez moi et ils m’ont cogné à coups de battes de base-ball. À trois, on a aussi été passés à tabac parce qu’on n’avait envie d’aller en boîte avec Mourain et Kévin Pate». Renaud, lui, a été jeté dans le canal glacé parce qu’il avait mis du temps à répondre au téléphone. Tout ça pour quoi? «J’ai trouvé refuge chez les skins», reconnaît Mathieu. «C’était une famille, une pseudo-famille», regrette Christopher. Au long de la journée, il y a de moins en moins de nazisme, même néo, et de plus en plus de violence dans ce dossier. L’idéologie, c’est la science des idées. «Ils ne sont pas tous équipés pour avoir des idées», analyse Me Demarcq.

30/03/17

Lourdes peines requises contre le clan

Le procureur a requis hier la peine maximale, dix ans, à l’encontre de Jérémy Mourain, le chef du clan des loups blancs. Le verdict est attendu ce jeudi soir.  

Le tribunal correctionnel, depuis lundi, siège pour des raisons pratiques dans la grande salle de cour d’assises afin de juger les dix-sept membres du White wolf klan, ce groupe de Ham, néo-nazi à l’origine, qui a dérivé entre 2012 et 2014 vers le banditisme. Hier, le procureur Wilfrid Gacquer a requis des peines dignes de l’instance criminelle. Contre Jérémy Mourain, « sadique, instable, dangereux et nocif », il réclame le maximum encouru, à savoir dix ans de détention. Là n’est pas l’explication du frisson qui a parcouru le prétoire, mais plutôt dans la suite des réquisitions : sept ans pour la supposée «éminence grise », Jérôme Bailly, 42 ans ; seize peines comportant tout ou partie de prison ferme : huit mandats d’arrêts, de dépôt, ou de maintien en détention ; deux placements sous bracelet électronique.
Cette dilution de la sévérité exprime la philosophie du parquet : certes, Mourain disposait d’un ascendant psychologique et physique sur ses sbires mais ces derniers disposaient de leur libre arbitre ; ils ne peuvent pas se cacher derrière leur gourou. Patiemment, M. Gacquer énumère et tend à démontrer les quelque 201 qualifications de renvoi (violences aggravées, vols, séquestrations…) Il s’attarde sur le lynchage à Valenciennes de Cédric (« le sommet », « l’abject » ) lors duquel Mourain était « possédé » et le WWK « une meute de loups assoiffés de sang ». Il s’attache surtout à démontrer que le clan était « un groupe de combat », au sens pénal, c’est-à-dire « une milice privée, qui n’a pas de place dans notre république ». Il en veut pour preuves « la hiérarchie, l’usage d’armes, le financement, le règlement intérieur ». Le tout sur fond « de racisme et de références au nazisme ».
Pour autant, le procureur ne met pas tout le monde dans le même panier, souhaitant, par exemple, que les deux repentis qui ont facilité l’enquête puissent purger leur peine sous surveillance électronique, et non en prison.

Mourain refuse « le panthéon des monstres »

Hier, on a compris comment Mourain avait pu guider jusqu’aux limites de la violence et de l’assujettissement la petite vingtaine de membres de son clan. Le natif de Péronne, âgé de 27 ans, s’exprime aisément. Il n’est pas dans la repentance quand bien même il dit avoir changé en trois ans de détention. Il concède : « Je m’étais créé un personnage », mais n’oublie pas de rappeler ses louveteaux à leurs responsabilités, « parce que c’est facile de tout mettre sur le dos du chef. Faut pas me placer au panthéon des monstres pour s’en sortir ! »

Du clan, il reconnaît qu’il s’éloigna très vite de visées politiques : « Notre but, c’était de vivre enfermés, en communauté, comme une bande de frères. »
« Je veux faire table rase, passer à autre chose », clame-t-il. La présidente lui rappelle que pas plus tard qu’en mai 2016, dans une conversation interceptée, il promettait à ceux qui ont parlé de leur « couper les doigts, couper la langue et crever les yeux ».

RELAXE REQUISE POUR SERGE AYOUB

« Faute de preuve », le procureur a requis la relaxe – et non l’acquittement comme écrit par erreur mardi ! – au bénéfice de Serge Ayoub, le leader du groupe d’ultra-droite dissous, Troisième Voie. Il était reproché à ce dernier d’avoir dit à Mourain : « Bouclez-moi ça », déclenchant le passage à tabac de membres d’un autre groupuscule d’extrême droite. « Mourain a pu surinterpréter ces mots et vouloir briller aux yeux d’Ayoub », concède Wilfrid Gacquer. Le parquet avait déjà requis un non-lieu mais la juge d’instruction avait renvoyé Serge Ayoub devant le tribunal. « Une décision politique », aux yeux de son avocat Me Brazy.
31/03/17

Neuf ans  pour Mourain

Treize peines ferme pour les membres du « klan » mais seulement deux placements en détention. 

Le jugement rendu jeudi 30 mars a clairement désigné le Hamois Jérémy Mourain, 27 ans, comme le grand méchant loup. Les réquisitions de mercredi, qui demandaient dix ans pour Mourain mais sept mandats de dépôts pour ses complices, tendaient à étendre la responsabilité à tout le White wolf klan, et pas seulement à son chef. «Le procureur a transformé cette salle en stade d’athlétisme et placé la barre très haut », pouvait commenter Me Patrick Dannay. Le jugement, au contraire, isole Mourain tout en haut du podium. Seule son «éminence grise », selon le procureur, Jérôme Bailly, 42 ans, également de Ham, a aussi dormi en prison jeudi soir, frappé par une peine de trois ans ferme. Les autres sont tous sous la barre des deux ans ferme, sans mandat, qui devrait leur permettre d’obtenir un aménagement devant le juge d’application des peines.
Ce délibéré a été accueilli dans la sérénité. Il faut dire qu’une forte présence policière dissuadait toute perturbation. Mourain n’a pas cillé.« Il n’est pas certain du tout qu’il fasse appel, commentait à chaud son avocat Arnaud Godreuil. Je crois qu’il veut passer à autre chose et ne pas revivre tout ça… » Le midi, son client n’avait pas dit autre chose : «Le portrait que l’on a fait de moi pendant quatre jours, c’est une belle claque dans la figure. Aujourd’hui, ma petite fille dit que son papa est fort, qu’il est capable de soulever des maisons. Dans quelques années, je devrai lui dire pourquoi on m’a surnommé le gourou picard ».
Résigné, Jérôme Bailly était arrivé avec son sac de voyage le matin. Il a en revanche, vainement, demandé à ne pas être incarcéré à Amiens, où il craint des représailles. D’où ce dialogue avec la présidente Briet : «Consommez vous des stupéfiants ? » « Oui, de la cocaïne. » « Risquez-vous d’être en manque ? » « Non, plutôt en manque de points de suture. » Pour autant, il revient de loin. Le matin, il ne voulait pas que son avocat Guillaume Demarcq plaidât, considérant que « les jeux étaient faits ». Il est quand même passé de sept à trois ans ! « Il n’est pas dans la repentance. Il assume, ça ne veut pas dire qu’il revendique», avait plaidé Me Demarcq.
Et Serge Ayoub ? Comme prévu et comme requis, l’ex-leader de Troisième Voie a été relaxé, non sans s’offrir une tribune dans laquelle il a décrit sa « longue traversée d’une cathédrale de crachats. Pourquoi? Parce que j’aime mon pays et que je n’accepte pas que l’on vienne jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes ».

LES PEINES

Pour violences avec armes, dégradations de biens, séquestrations, vols aggravés et constitution d’un groupe de combat, entre 2012 et 2014…
Jérémy Mourain, 9 ans ferme, maintien en détention ; Kévin Pate, 5 ans dont un ferme ; Jérémie Crauser, 5 ans dont 2 ferme ; Bastien Merlin, 3ans dont un ferme ; Mathieu Dupont, 5 ans dont un ferme ; Christopher Letrou, 5 ans dont un ferme ; Jessy Bourillon, 5 ans dont un ferme ; Éric Quelin, 2 ans dont un ferme ; Rémy Rousseau, 2 ans dont un ferme ; Renaud Macczak, 4 ans dont un ferme ; Kévin Boncourt, 3 ans dont deux ferme ; Johanna P., 6 mois avec sursis ; Jérôme Bailly, 3 ans, mandat de dépôt ; Kévin Da Costa, 2 mois ferme ; Pascal J., 8 mois avec sursis ; Eric K., 12 mois avec sursis. Relaxe pour Serge Ayoub et l’ex-compagne de Mourain.

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