Assises de l’Aisne : 16 ans pour José Lespagnol, reconnu coupable de l’assassinat de sa femme

4 mars 2017

Lespagnol a tué  pour ne pas divorcer

En février 2015, 25 ans d’emprise de José Lespagnol sur sa femme prenaient fin. Il ne l’a pas supporté.

LES FAITS
LE 13 FÉVRIER 2015, à Benay, près de Saint-Quentin, José Lespagnol, pompier de 56 ans, tranche la gorge de sa femme Bernadette Poisot, 43 ans. Elle meurt deux jours plus tard.
DEPUIS HIER VENDREDI 3 MARS, Lespagnol comparaît devant le cour d’assises de l’Aisne. Il encourt la perpétuité. Verdict le mardi 7 mars.

Douze ans séparaient les époux Lespagnol.

José Lespagnol n’est plus que l’ombre du pompier professionnel, basketteur, DJ, motard, conseiller municipal. Il fait soudain son âge, 58 ans, avec son front dégarni et sa chemise à carreaux, boutonnée jusqu’au col.

Quand son procès commence, ce vendredi matin, il rompt avec sa ligne de défense, lui qui avait évoqué un « geste involontaire » . Renvoyé pour assassinat, il « plaide coupable en intégralité. Elle voulait me quitter, j’aimais trop Nénette. Je ne voulais pas en arriver là… »
Le vendredi 13 janvier, Bernadette Lespagnol, née Poisot, doit rencontrer son avocat pour initier une procédure de divorce. José, lui, est convoqué par la psychologue des pompiers. Ce jour-là, son monde s’écroule.
La jolie Bernadette, il l’a connue à la sortie du lycée, en 1989. Vingt-cinq ans plus tard, « on avait tout pour être heureux, une belle maison, une voiture neuve, de beaux enfants » , résume Lespagnol. L’ordre n’est pas anodin. La réussite matérielle compte, pour cet homme qui, depuis la maison d’arrêt, écrira à ses enfants qu’il faut urgemment « résilier l’abonnement à Canal + », éteindre la chaudière, lui envoyer ses papiers pour la retraite…
José Lespagnol était macho, il le reconnaît maintenant ; du genre à souhaiter que sa femme arrêtât de travailler pour « s’occuper de la maison » , ou à mal voir qu’elle rejoigne un groupe d’amis de Saint-Quentin. « Il la rabaissait tout le temps, il n’acceptait pas qu’elle soit ailleurs que chez elle », se souvient une amie du couple.

LA VEILLE DE LA SAINT-VALENTIN

Lespagnol, un natif de Douai (Nord) élevé selon de stricts principes, est un être particulièrement sociable à l’extérieur mais se révèle « rigide » ,« autoritaire » aux yeux du psychiatre, « narcissique » selon le psychologue, voire violent d’après ses enfants.
Durant l’année 2014, ça ne s’arrange pas. Bernadette subit cinq lourdes opérations du dos. Elle doit à un moment marcher avec une canne, ce qui lui attire les quolibets de son mari. Il ne sait pas qu’elle a un amant mais constate qu’elle fait chambre à part et apprend qu’elle veut le quitter.
De son côté, de plus en plus nerveux, il sombre dans l’intempérance. À la caserne, il s’en prend physiquement à un collègue. Elle a peur. «Quand les choses n’allaient pas dans son sens, il montait dans les tours , se souvient un ancien chef. J’avais personnellement déconseillé à Bernadette d’entrer en contact avec lui » .
À une semaine de sa mort, elle part vivre chez sa mère. Le vendredi 13, elle passe prendre sa fille pour l’emmener à l’auto-école. Il ne se rend pas au travail, cache sa voiture, prend deux couteaux dans la cuisine, l’attend dans le garage.
C’est la veille de la Saint-Valentin…
7 mars

La vie en miettes de José Lespagnol

Les enfants de la morte et du meurtrier sont les plus sévères procureurs de l’accusé qui connaîtra sa peine ce mardi . 

Derrière l’image de la famille unie, beaucoup de violence et de frustration.

José Lespagnol était au bout du rouleau le 13 février 2015. Son alcoolisme s’aggravait, notamment à la faveur du massacre de Charlie Hebdo dans lequel ce « raciste à l’extrême », dixit sa fille, alimentait sa hargne. Avec la demande de divorce de sa femme, son monde achevait de s’écrouler. Intolérable pour lui, comme en témoigne la nuée de sms dont il abreuvait Bernadette (« réfléchis bien », « ne décide rien »). Une semaine plus tôt, dans un accès de violence, il avait jeté au visage de sa femme un ordinateur. « Il était abruti par l’alcool et les médicaments, se souvient sa fille. Maman est venue dormir avec moi avant d’aller chez mamie. Elle avait peur. Un soir, j’ai même couché les chiens dans la chambre de ma petite sœur. C’était n’importe quoi. »

CAROTIDE TRANCHÉE

Deux heures avant de trancher la gorge de Bernadette, José lui envoie ce texto : « T’as vu, c’est un vendredi 13, tu feras un Euromillion ». Il part au travail à la caserne des pompiers de Saint-Quentin, à un quart d’heure du pavillon de Benay, change d’avis, erre un peu puis revient cacher sa voiture à l’arrière de la maison. Il sait que sa femme doit emmener l’aînée à l’auto-école. Il se cache pour l’attendre dans le garage, mais remonte dans la cuisine se munir de deux couteaux longs d’une vingtaine de centimètres. Ce point est crucial quant à l’intention homicide : « Pour moi, ce n’est pas passionnel, estime ainsi le père de Bernadette. Ce n’est pas comme s’il avait attrapé un tournevis sur l’établi ». D’après José, sa femme réaffirme très vite qu’elle ira bien chez l’avocat l’après-midi même. Il la fait tomber. Elle hurle le nom de sa fille. Il attrape un des deux couteaux et lui tranche la gorge : « Une plaie de 13 centimètres qui a coupé la carotide gauche, privant le cerveau de 50 % de son irrigation », estime le légiste.
S’est-il d’abord porté un coup de couteau ? Il l’affirme maintenant mais ne l’a pas dit à l’époque. Son corps porte certes trace de coupures, mais toutes superficielles. « S’il avait voulu se trancher la gorge, il pouvait le faire facilement », complète le médecin.

« Je ne peux plus l’appeler papa »

Deux des trois enfants du couple ont livré de poignants témoignages hier. « Je suis sure qu’il avait bloqué la porte de communication. Par le trou de la serrure, j’ai vu ma mère allongée au sol, les bras en croix, et mon père agenouillé qui marmonnait », se souvient Mélia. C’est elle qui, sur instruction des pompiers, tentera de faire un point de compression à sa mère mourante. Mais la plaie est trop profonde : «Quand j’ai bougé le visage de maman, ça a fait un drôle de bruit ». Elle et son frère parlent de « mise en scène ». Ils ont trouvé leurs parents allongés, main dans la main, visages tournés l’un vers l’autre, les deux couteaux en croix entre eux. Le père de Bernadette, troisième sur les lieux du crime, confirme et ajoute : « Si j’avais su qu’il faisait semblant d’être mort, c’est moi qui serais en prison aujourd’hui ». Seule certitude: les enfants Lespagnol ont perdu leur mère et leur père ce jour-là. Mélia – à qui son père a susurré « il le fallait ma fillotte, il le fallait » – reconnaît : « Je ne peux plus l’appeler papa. Je ne peux pas. Je dis José, ou le paternel. On n’arrive plus à vivre à cause de lui ».

8 mars

Seize ans pour l’homme qui mal aimait

L’aspect passionnel du crime de José Lespagnol semble avoir été retenu (par les jurés).

LES FAITS

José Lespagnol, 58 ans, a été condamné hier à 16 ans de réclusion pour avoir égorgé sa femme Bernadette, née en 1972, le 13 février 2015 à Benay, près de Saint-Quentin.

L’avocate générale avait requis 20 ans.

José Lespagnol. Dans les derniers mois avant le drame, son alcoolisme était devenu maladif.

« Si c’était un meurtrier de sang-froid, je ne me battrais pas contre une peine de vingt ans. » Quand Me Paul-Henri Delarue se lève, hier matin, la question de la préméditation semble purgée. Son client l’a admise, certes avec quelques atermoiements, mais pouvait-il faire autrement, dès lors qu’il a caché sa voiture pour mieux surprendre sa femme Bernadette, puis qu’il s’est muni de deux longs couteaux de cuisine avant de l’attendre pendant une heure ?

La question, alors, c’est le caractère passionnel du crime. « Je ne supportais pas qu’elle me quitte », n’a eu de cesse de répéter Lespagnol pendant les trois jours de son procès. Mais a-t-il tué parce qu’il l’aimait trop ou parce qu’il s’aimait trop ?

« Il l’aime mal mais il l’aime profondément », plaide avec succès Me Delarue. Il en veut pour preuve ces centaines de textos destinés à émouvoir la mère de ses trois enfants, dans les jours qui précèdent le drame. « S’il ne l’avait pas aimée, ils seraient allés bras dessus, bras dessous faire un consentement mutuel chez Soncin ! (ndlr : un avocat saint-quentinois », s’exclame-t-il.

UN CHAMP DE RUINE

Bernadette Lespagnol.

« Expliquez-moi ce qu’il y a de romantique à attendre sa femme avec un couteau dans un sous-sol ? », rétorque l’avocate générale Lucie Moutier. Elle convient que Lespagnol, pour être violent, pour rabaisser Bernadette en paroles, n’était pas un violent d’habitude, jusqu’aux dernières semaines de vie d’un couple en état de mort cérébrale. Mais elle se gausse de la mise en scène dramatique, où une femme égorgée tient la main d’un homme qui ne s’est infligé que des égratignures : « L’instinct de conservation, c’est que pour lui ! »

Cette scène, les deux aînés la découvriront les premiers. Leur père ne pouvait l’ignorer, ce que Me Vignon, leur conseil, peine à pardonner : « Elle, plaie béante, on voyait même le palais ; lui faisant le singe. Il a infligé cette image à ses enfants ! »

Le bilan, c’est un champ de ruines. Me Dubus évoque la mère de la défunte, qui « depuis deux ans n’a pas résilié le forfait téléphonique de sa fille pour pouvoir encore entendre sa voix ».

« Pardon, j’aurai peut-être le temps de récupérer un peu de l’amour de mes enfants et déposer une fleur sur la tombe de ma femme », conclut José Lespagnol.

Avec les réductions de peine, il pourrait sortir en 2023. Le crime passionnel n’existe pas dans le code pénal. Hier, il « pesait » néanmoins quatre ans.

Une sortie houleuse

La sortie de l’accusé dans le camion pénitentiaire (au fond à gauche) a été mouvementée.

L’émotion, contenue toute la journée, a explosé après le verdict civil. «Si tu es encore là dans dix ans, moi, je serai là aussi. La balle, elle sera pour toi », a menacé un membre de la famille de la victime. Emmené par l’escorte, José Lespagnol s’est retourné pour lancer : « Je vous aime, mes enfants ! » « Ordure ! » a hurlé sa fille aînée. Le transfert du condamné, du palais de justice au véhicule pénitentiaire, a été houleux. Il a fallu contenir son fils qui voulait se jeter sur lui.

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