Affaire Falentin etc. Vol avec violences ayant entraîné la mort à Saint-Quentin (Aisne)

Cour d’assises de l’Aisne à Laon.

Lundi 23 novembre, mi-journée.

Les trois accusés nient avoir tué Bernard Bernier

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La victime Bernard Bernier, plusieurs années avant sa mort.

Ce lundi 23 novembre a commencé devant les assises de l’Aisne, à Laon, le procès de trois Saint-Quentinois accusés de vol suivi de violences ayant entraîné la mort, le 5 août 2012, à Saint-Quentin, dans le quartier de la gare. Mickael Falentin, 30 ans, Demba Sacko, 33 ans et Mahamadou Konate, un Malien de 41 ans, nient toute implication dans ce drame.

Le 5 août 2012, Bernard Bernier, 62 ans, est retrouvé sans connaissance au pied du monument aux morts. L’habitant de Guise, décrit comme un homme sans histoire, se rendait régulièrement dans ce lieu de rendez-vous des homosexuels. Il ne sortira jamais du coma et décédera le 30 avril 2013.

A côté de son corps, on retrouve une sacoche contenant les papiers de Falentin. Puis on se rendra compte, grâce à des vidéosurveillances, que la carte bancaire de la victime, vidée de 8000 euros en cinq semaines, a servi à Sacko et Konate, ainsi qu’à un garçon de 14 ans. Ce dernier passe aux aveux : Bernier a fait l’objet d’un passage à tabac pour le voler.

Ce mineur a, depuis, été condamné par le tribunal des enfants de Saint-Quentin. Les trois majeurs, eux, sont en détention provisoire depuis leur interpellation, en octobre 2013 (soit quinze mois après les faits !)

A la barre, ce lundi matin, Mickael Falentin a indiqué qu’il ne savait pas comment sa sacoche, perdue plus tôt, s’est retrouvée sur le lieu du crime. Demba Sacko et Mahamadou Konate, eux, ne reconnaissent que l’usage de la carte bancaire, que selon eux ils ont retrouvé dans la voiture de la victime, garée par Falentin au fond de la cour Legrand, à Saint-Quentin.

Les trois hommes sont connus des services de la police et de la justice. Ils faisaient partie de la même bande, connue pour s’alcooliser, importuner les passants et parfois se battre, près du palais des sports ou vers la gare.

Le verdict est attendu vendredi soir.

Lundi 23 novembre, soir

La mort du petit homme reste obscure

Le 6 août 2012 à 7 heures, Bernard Bernier, 62 ans, est retrouvé sans connaissance au pied du monument aux morts de Saint-Quentin (Aisne). Cet habitant de Guise, qui mesurait moins d’un mètre soixante, se rendait régulièrement dans ce lieu de rendez-vous. Roué de coups dans la nuit, Il ne recouvrira jamais sa conscience et décédera le 30 avril 2013.

Pourquoi cet homme a-t-il été tué ? Parce qu’il était gay ? Le principal accusé devant la cour d’assises depuis lundi 23 novembre, Mickaël Falentin, 30 ans, a déjà été condamné pour avoir agressé un homosexuel, en 2006, le long du canal. Il a aussi été le témoin de la mort (par arrêt cardiaque, d’après le légiste) d’un autre homosexuel, en avril 2013, également près de la gare.

L’argent est-il plutôt le mobile ? En sept jours, la carte bleue de la victime sera délestée de huit mille euros. Falentin n’a pas touché le jackpot. Ce sont Demba Sacko, 33 ans et Mahamadou Konate, 41 ans, qui mèneront grand train, s’offrant des vacances à Deauville cet été-là. «  Et Deauville, ce n’est pas Berck…  » fait remarquer la présidente Karas.

Un billet de dix euros taché de sang

La carte aurait été trouvée dans la boîte à gants de la voiture grise de Bernard, confiée par Falentin à Konate deux jours après l’agression. Cindy, l’ex-compagne de Mahamadou, l’affirme avec autant de conviction que d’incohérences, au point que l’avocate générale croit utile de lui rappeler qu’elle s’exprime sous serment…

Si les trois hommes risquent la perpétuité vendredi soir, c’est surtout qu’un quatrième comparse, mineur – dont on attend avec gourmandise le témoignage mercredi – les a mouillés. Tous quatre faisaient partie d’une bande aux coutumes éthyliques et violentes régulières, vers la gare, dans le parc ou derrière le Palais des sports… Quant à Falentin, on a retrouvé sa sacoche, ses papiers et ses clefs à côté de la victime. Ainsi qu’un billet de dix euros taché du sang de Bernard Bernier…

«  C’est un complot  ! », a accusé hier sa compagne Vanessa. Tour à tour, elle a stigmatisé les gens du voyage – «  La différence avec les forains, c’est que les forains, ils travaillent, ils volent pas  » – et les coaccusés de son homme – «  Les Noirs, bientôt, c’est chez eux, alors que non, c’est chez nous  ».

United colors of Saint-Quentin…

Mardi 24 novembre, mi-journée

Les femmes d’accusés soutiennent leurs hommes

Soumises au feu des questions, les compagnes, ou ex-compagnes, des trois hommes accusés d’avoir causé la mort de Bernard Bernier ont passé des moments inconfortables lundi, devant la cour d’assises de l’Aisne. Mais elles ont tenu bon.

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Konate et Sacko, assis derrière leurs avocats Me Carlier et Lavalois.

« Il n’a rien fait. Il était avec moi. Le dimanche, c’est famille. » Vanessa arrive à la barre avec ses certitudes, lundi, alors que son conjoint Mickaël la couve du regard, depuis le box où il répond de la mort d’un homme en compagnie de deux complices. « Je sais qu’il a fait des erreurs mais ce n’est pas une raison pour le faire plonger », enchaîne la coiffeuse de 33 ans.

Elle l’a connu alors qu’il donnait un coup de main sur le manège de sa tante. Elle l’aime, explique qu’en quelques jours, il lui a donné « plus d’affection » qu’elle n’en avait reçu « en dix ans », lors d’une précédente union, assez douloureuse pour que les larmes lui montent aux yeux quand elle l’évoque.

Une bagarre de mecs bourrés

Vanessa était présente lors de la bagarre qui a opposé Mickaël à Demba Sacko et Mahamadou Konate, la veille du jour où les trois hommes sont accusés d’avoir lynché à mort un homosexuel, près de la gare de Saint-Quentin, le 5 août 2012.

Le 4, il était question de territoire, notamment des abords du Palais des Sports, qui devraient rester aux blancs. « Les noirs, bientôt, c’est chez eux, alors que non, c’est chez nous » résume sans langue de bois Vanessa. Plus tard, on lui demande la différence entre forains et gens du voyage, communauté dont est issue le principal accusateur de Falentin. Là encore, elle ne tremble pas : « Bah, les forains, ils travaillent ; ils volent pas ».

Mais bon, le 4 août 2012, « c’était surtout une bagarre de mecs bourrés ». A laquelle elle assistait, à minuit, avec son fils de deux ans dans les bras…

Le témoignage de Cindy est crucial mais bancal

Cindy, 25 ans, n’est plus la compagne de Mahamadou Konate. Quand, importunée par la chaleur, elle enlève sa doudoune, on découvre qu’elle est enceinte d’un nouveau compagnon. En tout, elle sera donc mère de cinq enfants avant son quart de siècle, issus de quatre pères différents. Elle n’a aucun mérite : les premiers étaient des jumeaux.

Séparée, elle défend pourtant Konate. C’est elle qui affirme que Falentin a déposé la Peugeot 206 grise de la victime dans la Cour Legrand, le lendemain du passage à tabac dont Bernier ne se remettra jamais (il décédera le 30 avril 2013). Or Konate affirme qu’il a trouvé la carte bleue de la victime dans la boîte à gants de cette voiture. Avec Sacko, il s’en servira joyeusement, claquant 8000 euros en sept jours à Deauville.

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Mickaël Falentin.

« J’ai entendu un caillou claquer dans le carreau. J’ai ouvert et puis j’ai dit à Mahamadou que quelqu’un voulait le voir. C’était Falentin, j’en suis sûre. Mahamadou m’a dit après que la voiture, c’était pour payer une dette de stups. » Cette version, dont Cindy s’est miraculeusement souvenue deux après les faits, au terme de longues conversations avec Konate en prison, ferait de Sacko et Konate de simples receleurs, contaminés par le méchant Falentin. Elle tombe tellement bien que l’avocate générale Marion Ruffat croit utile de rappeler à Cindy qu’un faux témoignage est passible de poursuites : « Je vous rappelle que quelqu’un est mort et que ces trois-là risquent la perpétuité » (le verdict est attendu vendredi soir). Il en faut plus pour faire ciller Cindy, dont le CV tient en ces quelques mots : « Profession ? Sans. Source de revenus ? CAF »…

Les chtis sur les planches

Johanna, 25 ans aussi, la compagne de Sacko, atteint des sommets dans le mensonge. Rien en colle, entre ce qu’elle a déclaré pendant la procédure et ce qu’elle dit à l’audience. Pour s’en sortir avec aplomb, elle a deux formules magiques : « Je ne me souviens pas » et « les policiers ont mal écrit ce que je leur avais dit ».

Elle a acheté un ordinateur avec la carte volée. Elle a bien profité du week-end à Deauville. « J’ai le droit de m’amuser, non ? » revendique-t-elle. Un homme a dû mourir pour que cette blonde picarde dans toute sa splendeur puisse, trois jours durant, respirer le même air que Lelouch et les vedettes américaines. Johanna à Deauville, c’était aussi incon gru que les chtis à Miami…

Mardi 24 novembre, soir

À victime discrète, enquête mollassonne

Était-elle trop modeste, cette victime ? On comprendrait alors pourquoi l’enquête sur son passage à tabac, d’abord, et sa mort, ensuite, a cumulé les manquements, comme on l’a amèrement constaté ce mardi 24 novembre, quand les policiers semblèrent être les accusés !

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Mes Panzani (partie civile), Carlier et Contant.

Les proches de Bernard Bernier ont vécu un moment éprouvant, mardi 24 novembre après-midi, quand ont été visionnées les photos prises par un gardien de la paix au pied du monument aux morts de Saint-Quentin, après qu’un jogger lui eut signalé un corps inanimé, vers 7 heures du matin, le 6 août 2012. Le visage du sexagénaire de Guise est une éponge gorgée de sang. Yeux et nez se distinguent à peine tant la face du malheureux n’est plus que chair à vif. On peine à croire que cet homme de 63 ans vit encore, et qu’il ne mourra, sans reprendre pleinement conscience, que le 30 avril 2013.

Bernard Bernier était entré à 14 ans, à la suite de son père, au service de l’usine Godin. À 40 ans, l’entreprise est restructurée et le fidèle ouvrier se retrouve sur le carreau. Il multipliera ensuite stages et petites missions pour atteindre la retraite, à 55 ans. Il a acquis une maison à Guise mais il ne s’y rend que pour regarder la télé en soirée. Le reste de la journée, il s’occupe de ses parents, surtout de sa mère, qui décède début 2012 après une pénible maladie. On ne lui connaît aucune relation, ni féminine, ni masculine, mais l’homme sans histoire mène une double vie. Il se rend régulièrement dans le quartier de la gare, lieu de drague homosexuel.

Personne sur la scène du crime…

Dès la découverte du corps, on saisit à ses pieds une sacoche dans laquelle se trouve la carte d’identité de Mickaël Falentin. Elle est mise en vrac avec d’autres objets dans un sac et ramenée fièrement au commissariat par le gardien de la paix, qui croise l’officier de police judiciaire toujours assis à son bureau, occupé à attendre en vain l’arrivée de l’identité judiciaire, laquelle ne se déplacera pas. Du coup, il n’y a plus personne sur la scène du crime…

Fin août, la victime est identifiée. Son banquier signale des mouvements suspects : des vidéosurveillances de distributeurs de billets permettent d’identifier comme utilisateurs de la carte bleue Demba Sacko, Mahamadou Konate et un mineur, tous bien connus des services de police. Le 21 novembre, la voiture de M. Bernier est retrouvée dans une impasse, tout à côté de chez MM. Falentin et Sacko. Ça ne semble perturber personne. Mieux : faute de budget, on ne poussera pas les recherches d’ADN.

C’est ainsi que les quatre suspects ne seront interpellés que le 8 octobre 2013, quinze mois après le lynchage, six mois après la mort de M. Bernier.

Si Henri IV avait été trucidé à Saint-Quentin, Ravaillac serait encore sous contrôle judiciaire…

Mercredi 25 novembre

Le témoin persiste et frime

On l’attendait avec impatience : on n’a pas été déçu. SC, 18 ans depuis deux mois, n’a plus grand-chose à perdre. Pour les faits reprochés à Falentin, Sacko et Konate, il a déjà été condamné à quatre ans de réclusion par la cour des mineurs. Quand Bernard Bernier a été retrouvé lynché à mort, il n’avait même pas 15 ans mais son innocence avait depuis longtemps sombré dans le canal de l’Aisne ou alentours.

Son premier coma éthylique, il l’a subi à 10 ans dit la procédure. La justice, il connaît : « Depuis l’âge de 13 ans, je fais de la prison. Des violences, des cambriolages, des bagarres. Mais là, c’est autre chose, hein ? C’est pas un vol de carambar…  »

Premier coma éthylique à dix ans

C’est un petit bonhomme de moins d’un mètre soixante. Son survêtement noir flotte sur une paire de Pumas immaculées. Il avait refusé de sortir de la maison d’arrêt de Douai. Il a fallu insister. Mais il prévient la présidente Karas : «  Je vous le dis clair et net ; je répondrai pas à vos questions. Ça ne sert à rien de me faire perdre trois heures. Vous n’avez qu’à lire mes dispositions (sic) devant le juge pour enfants  ».

«  Donc, à elle, vous parlez ?  » s’étonne Sylvie Karas. «  Peut-être que sa tête, elle passait mieux que la vôtre  » : la réponse est cinglante. Un peu plus tard, il admet que le cannabis circulait le soir du drame et suggère à la présidente : «  Faut essayer, ça vous détendra peut-être…  »

Il ne sait ni lire, ni écrire, ni donner l’heure, ni se repérer dans le temps. C’est un animal sauvage. La présidente Karas et à sa suite l’avocate générale Marion Ruffat comprennent qu’il faut l’apprivoiser plutôt que l’interroger.

Au milieu des outrances (et des outrages !) elles parviennent à l’essentiel : «  Oui, ils y étaient. Ils m’ont dit de lui donner deux claques puis ils m’ont dit « on s’occupe du reste ». Je les ai vus lui donner des coups de pied et de poing puis le traîner. Tous les trois  ».

« L’image, je l’ai toujours »

Il semble sincère quand pour la première fois, il compatit : «  Non, je ne vis pas bien avec. L’image, je l’ai toujours. Je me souviens de tout  ». Et d’ajouter : «  Qu’est-ce que je gagnerais à les accuser ? Je suis condamné ? Si j’avais voulu, je n’allais jamais en prison. Je n’avais qu’à dire que je les avais vus en passant à vélo !  »

«  En les accusant, vous en protégez peut-être d’autres ? Des membres de votre famille, par exemple ? On est solidaire, chez les gens du voyage…  » : la présidente se fait avocat du diable. Il tranche, tout en douceur : «  Je m’en contrefous  ».

Jeudi 26 novembre

Quinze ans requis contre les trois accusés

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L’avocate générale Marion Ruffat.

Le verdict est attendu ce vendredi soir, aux assises de l’Aisne, réunies à Laon. Hier jeudi, l’avocate générale a requis quinze ans de réclusion criminelle à l’encontre de Mickaël Falentin, 30 ans, Demba Sacko, 33 ans et Mahamadou Konate, 41 ans, accusés d’avoir battu à mort un habitant de Guise âgé de 62 ans, Bernard Bernier, le 5 août 2012 à Saint-Quentin.

« Je suis parvenue à l’intime conviction de leur culpabilité », résume Marion Ruffat. Et d’énumérer les accusations de SC, le mineur déjà condamné dans cette affaire, qui désigne très clairement les trois autres comme les auteurs du lynchage (« mais quel crédit accorder à celui qui fut le plus jeune détenu de France ? » s’exclame Me Carlier en défense) ; la pochette contenant les papiers et les clefs de Falentin, retrouvée aux pieds de la victime ; l’usage de la carte bleue de M. Bernier par Sacko et Konate, notamment pour s’offrir des vacances à Deauville.

Marion Ruffat ne veut « pas distinguer » les responsabilités des trois hommes, acteurs d’une « scène collective de violence », tous trois « dans le déni, ce qui doit rentrer en ligne de compte ».

Pour la défense, Me Contant plaide le doute, et se coltine avec « cette fichue sacoche », dont son client – à peine plus vif que les policiers saint-quentinois qui ne l’interrogeront que le 6 octobre… 2013 – n’a déclaré la perte que le 29 novembre 2012, alors qu’on sait qu’il ne l’avait plus depuis au moins le 5 août. Son confrère Lavalois a lui aussi semé les petits cailloux du doute, «  parce qu’il n’y a rien de pire que d’envoyer un innocent en prison  ».

Vendredi 27 novembre

Verdict : 20 ans de réclusion pour chaque accusé.

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Cour d’assises d’appel de l’Oise, à Beauvais.

Mardi 20 septembre 2016

Agression mortelle à Saint-Quentin : Falentin change la donne en appel

Quatre ans après l’agression mortelle d’un sexagénaire à Saint-Quentin, un des auteurs présumés a avoué hier.

Rien n’est plus ennuyeux qu’un procès en appel qui répète, façon perroquet, la première audience. Mickaël Falentin a décidé d’écrire un nouveau scénario hier, quatre ans après le passage à tabac de Bernard Bernier, près de la gare de Saint-Quentin, le 5 août 2012, et un an après le premier procès d’assises, à Laon.

Falentin, 31 ans, qui est désormais défendu par Me Risbourg, a pris la parole en fin de matinée : « Je reconnais que j’ai participé à l’agression de M. Bernier. Je veux reconnaître mes torts, pour la famille de la victime. Je regrette. Je me suis laissé entraîner, encore une fois ».

A son côté dans le box, Demba Sacko, 34 ans, ne peut masquer sa colère. Lui et Mahamadou Konate, 42 ans, sont accusés comme Falentin de vol avec violence ayant entraîné la mort. Ils furent condamnés à vingt ans de réclusion en octobre 2015 à Laon.

« Mike » va-t-il dans la foulée accuser ses ex-copains de beuverie du Palais des Sports, lors des folles nuits saint-quentinoises ? Non : « Je parle pour moi. A chacun de dire ce qu’il a fait ». Il consent à reconnaître qu’un mineur les accompagnait. C’est sans risque : le premier, le gamin (qui témoignera ce mardi matin) a avoué, et mis en cause les trois grands.

La conversion de Mickaël Falentin à la déesse de la vérité est à ce point récente que sa conjointe, quand elle dépose dans l’après-midi, tombe des nues lorsqu’elle apprend que son homme vient de lâcher le morceau. « Ah ! » soupire-t-elle avant de fondre en larmes. Comme toutes les femmes dans ce dossier, elle le soutient depuis trois ans, à coups de mensonges et de dépositions arrangées.

Sacko ne lâche pas : « Je ne suis pas parfait mais je n’ai pas été présent à cette agression ». Konate le suit : « J’ai utilisé la carte, mais l’agression, non ». Car les deux Maliens sont obligés d’admettre qu’ils ont joyeusement pompé la carte bancaire de la victime, s’offrant, quinze jours après le passage à tabac – quand M. Bernier luttait contre la mort à l’hôpital, où il ne mourra qu’en avril 2013 – une virée à Deauville avec femmes et enfants. Cette carte, ils l’auraient trouvée dans la voiture que Falentin avait garée devant chez eux.

Si ces trois-là furent complices, ils ne sont plus que des ennemis dans le box, qui évitent soigneusement de croiser leurs regards. Seul un verdict vendredi unira encore leurs destinées.

Mercredi 21 septembre 2016

« C’est leur merde. S’ils assument pas, ils assument pas »

C’est peu banal : il se prénomme Saint-Ange ; or il n’est ni l’un, ni l’autre. D’ailleurs, quand il ne loge pas en prison, il réside rue Denfert. La légende dit qu’il fut le plus jeune détenu de France.

Saint-Ange n’a que 14 ans le 5 août 2012 quand Bernard Bernier, 62 ans, est battu à mort dans « le coin des homosexuels », comme les accusés l’appellent, près de la gare de Saint-Quentin. Il en a 15 quand la police l’interpelle, parce qu’il a été filmé en train de se servir de la carte bancaire volée à la victime.

D’emblée, il se met à table. « A la gare, je suis tombé sur les trois : Falentin, Sacko et Konate. On s’est posé, on a bu, on a fumé. Le monsieur est passé. Ils m’ont dit « t’es pas cap de lui mettre deux claques ». J’ai voulu faire le grand, j’ai tapé. Sacko lui a mis des coups de poing dans le visage, le monsieur a glissé. Tous les autres lui sont tombés dessus. Le monsieur disait « pourquoi vous me faites ça ? » Puis je les ai vus le traîner sous le pont. Je suis rentré chez moi, j’ai vomi… »

On lui fait remarquer que seul Mickaël Falentin a avoué tardivement, lundi, alors qu’il fait comme les deux autres appel des vingt ans de réclusion prononcés l’an dernier. Hier, l’ancien boxeur de Lehaucourt a précisé son rôle : « Je les ai retrouvés en contrebas du pont de la gare. Je n’ai pas bu mais j’ai fumé vite fait. J’ai vu Saint-Ange mettre des claques à un monsieur sur un banc. Je me suis levé, j’ai mis une claque et un petit coup de poing. Après, je suis parti. J’avais honte de moi ».

Demba Sacko et Mahamadou Konate – déjà condamnés pour un vol avec violence dans le centre de Saint-Quentin – ne risquent pas de démentir cette version minimaliste puisqu’ils jurent qu’ils sont innocents.

Commentaire de Saint-Ange, qui purge actuellement les quatre ans prononcés par le juge des enfants : « C’est leur merde. S’ils assument pas, ils assument pas. J’en ai rien à foutre ».

Avis d’expert…

Jeudi 22 septembre 2016

La triste fin du petit homme gay

La victime du crime jugé cette semaine menait une double vie : employé modèle de l’usine Godin le jour, homosexuel en soirée. L’a-t-il payé de sa vie ?

Bernard Bernier était un petit homme « gentil, serviable, très ordonné », d’après sa sœur entendue hier. Il mesurait un mètre cinquante-cinq, était né le 16 décembre 1949, est mort le 30 avril 2013, huit mois après avoir été tabassé dans le coin des homosexuels de la gare de Saint-Quentin.

Car Bernard était gay. Sa famille dit ne l’avoir appris qu’au palais de justice de Laon, il y a un an. Avouer son orientation sexuelle n’était déjà pas simple à Paris ou New-York dans les années 60. Alors pensez, quand on est un petit employé de l’usine Godin, à Guise ! Bernard était celui qui s’occupe de sa maman. Bernard ne ramenait jamais de copine à la maison. Bernard avait un bon copain et, pour les extras, se rendait discrètement à Saint-Quentin.

Ses agresseurs pouvaient-ils ignorer ce que faisait un homme seul, entre la gare et le pont, vers 21 heures ? L’instruction n’a pas retenu la qualification de crime homophobe…

Après avoir été roué de coups, le visage de Bernard Bernier n’était plus que bouillie. Les jurés l’ont constaté sur photos hier. Toute la nuit, son état s’est dégradé. Découvert à 6 heures le lendemain, il a été admis à l’hôpital pour des polytraumatismes, puis interné à cause de séquelles neurologiques, d’infections pulmonaires et urinaires, de dénutrition qui l’ont lentement mené vers la mort, sans jamais reprendre conscience. Sur la fin, Bernard devenait méchant…

Il a fallu deux semaines pour que la banque s’inquiète de mouvements suspects sur le compte du sexagénaire méticuleux et encore huit jours pour que des voisins répondent à l’avis de recherche lancé dans la presse.

Pendant presque un mois, Bernard n’était personne. Pas de quoi inciter la police locale à partir ventre à terre à la recherche de ses bourreaux. Parmi les nombreux errements de l’enquête, on relèvera cette acmé : le 6 août 2012, une sacoche est retrouvée au côté du corps meurtri de Bernard Bernier. A l’intérieur se trouvent les papiers d’identité de Mickaël Falentin, ainsi qu’un billet tâché du sang de la victime. Rarement un crime n’aura été signé de manière aussi explicite, mais Falentin ne sera interpellé par les « Experts-Saint-Quentin » que le 6 octobre 2013 !

Aujourd’hui, il avoue, tandis que ses deux co-accusés, Demba Sacko et Mahamadou Konate, persistent à nier. Tous trois avaient écopé de vingt ans de réclusion l’an dernier. Ils connaîtront leur nouvelle peine demain vendredi. Les réquisitions de l’avocat général sont attendues ce jeudi soir.

Vendredi 23 septembre 2016

La prime aux aveux pour Falentin

Les jurés de l’Oise ont revu à la baisse les peines infligées par ceux de l’Aisne aux auteurs du racket mortel.

LES FAITS

Hier, lles assises de l’Oise ont condamné en appel de l’Aisne les Saint-Quentinois Mickaël Falentin, Demba Sacko et Mahamadou Konate à 10, 16 et 16 ans de réclusion.

Tous trois sont coupables d’avoir battu à mort un habitant de Guise, âgé de 62 ans, le 5 août 2012 près de la gare de Saint-Quentin.

En octobre 2015, ils avaient été condamnés à 20 ans de réclusion.

L’avocat général Dominique Tailhardat a justifié la subtilité de ses réquisitions (15 ans contre Mickaël Falentin et 22 ans contre Demba Sacko et Mahamadou Konate)  : Falentin, celui qui a avoué lundi, « apporte quelque chose. Il est venu demander pardon ». Les deux autres, qui nieront jusqu’au bout, sont des « psychopathes »

Longuement, M. Tailhardat revient sur le calvaire de Bernard Bernier, « massacré » afin de lui voler une carte bancaire qui sera débitée de 8000 euros en neuf jours : « La mort d’un homme, les économies de toute une vie pour se payer quoi ? Des ordinateurs, de la vodka, un week-end à Deauville ! »

L’avocat général suggère ce que ne dit pas l’ordonnance de mise en accusation : le caractère homophobe de l’agression. « Car pour voler sa carte et son code à ce petit homme de 60 kg et 1,55 mètre, il n’y avait pas besoin de le laisser pour mort ».

Sur le fond, Dominique Tailhardat mêle l’orthodoxie pénale et le bon sens populaire. On ne juge ni un assassinat, ni un meurtre, mais un vol, dont la violence ayant entraîné la mort n’est que la circonstance aggravante. Dès lors, « pas besoin de se demander qui a frappé ou pas, qui a tapé du poing ou du pied. Ils ont tous décidé de racketter. A partir de là, ils en assument toutes les conséquences ».

En défense, pour Falentin, Me Domitille Risbourg demande aux jurés de « juger un homme, pas un numéro de dossier », et donc de « refuser l’amalgame ».

Me Benoit Varin, conseil de Mahamadou Konate, avoue qu’il n’était pas convaincu qu’une plaidoirie d’acquittement fût « le bon choix » mais que son client l’a obligé à « aller au charbon ». Il stigmatise, comme son confrère Lavalois, pour Sacko, « l’extrême lenteur » de l’enquête. Il estime « incohérent » de condamner son client à 22 ans pour un vol aggravé, quand le mineur n’a écopé que de quatre, et que la même cour vient d’infliger à une femme meurtrière huit ans de détention.

Si les assises étaient une science exacte, ça se saurait…