Recouvrement de dette musclé dans la communauté sikh

Chez les sikhs (une communauté religieuse qui représente 2 % de la population indienne), qu’ils fussent du Penjab ou d’Aulnay-sous-Bois, tous les hommes s’appellent Singh. Autant dire qu’il ne fallait pas rêvasser pour comprendre quelque chose à l’affaire de violences en réunion examinée hier mardi par le tribunal d’Amiens, puisque les trois prévenus et deux des trois victimes – la dernière étant une femme – étaient affublés du même patronyme.

Heureusement, une fois dépassés le truchement d’un interprète et les palabres qui opposèrent jusqu’à la barre les protagonistes de ce dossier, il apparaît relativement simple.
Vicki (utilisons les prénoms !) considérait que Davinder lui devait 12000 euros, en paiement d’un chantier réalisé clandestinement en région parisienne. « Je ne lui étais pas redevable ! Je n’avais fait que le mettre en contact avec un entrepreneur ! » , se défend Davinder.
Fort du principe qu’Indien vaut mieux que deux tu l’auras, Vicki, 24 ans, déboule le 30 janvier 2016 rue Lecoq, à Amiens, où Davinder s’était récemment installé après son mariage avec Manmeet.

MENACÉS ET EXCLUS DE LA COMMUNAUTÉ

Cette dernière voit débarquer le pseudo-créancier de son époux, renforcé de Jatinder, 26 ans, et Inderjit, 28 ans. « Ils sont entrés de force dans la maison. J’ai appelé mon mari en lui disant de ne surtout pas venir mais il a voulu me porter secours » , se souvient-elle.
La discussion tourne court : Davinder, arrivé en urgence avec un copain, est roué de coups, d’abord de poings, ensuite de barre de fer, au point qu’il sera transporté à l’hôpital en état comateux.
À la barre, les trois prévenus, tout sourire, accusent les victimes d’être à l’origine de la rixe.
Me Hamel, avocate du couple, explique que depuis un an, il est «menacé téléphoniquement afin qu’il retire sa plainte. La propre mère de Davinder a subi des menaces en Inde ! » . Ils ont aussi été exclus de la communauté. Ils ne peuvent plus se rendre au temple, ce qui constitue pourtant une obligation de leur religion.
En détention depuis plusieurs mois, les trois agresseurs sont condamnés à deux ans de prison dont un an ferme. Avocate de Vicki, Me Yahiaoui a plaidé que c’était « le procès de la misère humaine. Ils sont sans papiers. Si on ne les paie pas, ils ne risquent pas de se plaindre aux prud’hommes !

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