Un père perdu

Victor, 10 ans, a deux particularités : il est plutôt grand pour son âge et il met un peu de temps à comprendre les consignes. Ce n’est pas un demeuré, loin là, c’est juste qu’il faut « lui expliquer lentement », témoigne sa maman. Christophe, son papa, n’est pas du genre patient. Surtout, il demande beaucoup à ce fils aîné. « Vous comprenez, c’est le premier fils et le premier petit-fils. Qu’il soit un peu en difficulté, ça gâche le tableau. Il faudrait qu’il fasse tout comme un homme sauf que Victor, il a dix ans », complète la mère.

Tu parles… (KaCey97078 sous CC)

Le 25 mars dernier, quand il est rentré de l’usine, Christophe, comme à son habitude, a appelé son fils afin qu’il lui donne « un coup de main ». Dans ce village de l’ouest de la Somme, c’est ainsi. Pas de fainéant à la baraque ! « Avec mes frères, dès qu’on a pu, on a aidé nos parents », justifie le père de famille. Il s’agit cette fois de poser une clôture. Victor est chargé de tenir un piquet pendant que son père tend le grillage. A un moment, le grillage lâche. « Bon à rien, s’exclame Christophe, rentre à la maison ! » La mère assiste à la scène derrière la porte vitrée : « J’étais au téléphone avec ma maman. Je lui ai dit « je raccroche, Victor est en train de prendre cher ». J’ai vu mon mari lui mettre un coup de tête, un coup de pied, puis lui jeter un bâton ». Christophe minimise : « Le bâton, il est quand même passé à 80 centimètres. Les coups de tête, je les ai juste mimés. Après, c’est vrai qu’involontairement, je lui ai mis une claque. Bon, assez forte. C’était sur le coup de la colère ».

Les témoignages l’accablent. La petite sœur : « Papa il tape Victor et moi, j’aime pas trop ». Le petit frère : « Il est comme un fou et en plus, comme il porte des chaussures de sécurité, il fait mal ». Le voisin : « Ce soir-là, je me suis dit que ça bardait. C’est souvent le plus grand qui prend. Dès qu’il rentre, il lui crie après, il lui dit de venir travailler. L’enfant, on l’entend pleurer ».

Cinq jours plus tard, la mère prend ses petits sous le bras et part vivre à l’hôtel : « Ça ne pouvait plus durer ». Christophe en est persuadé : « Elle voulait déjà partir avant. Le 23, elle avait écrit à son cousin comme quoi elle voulait quitter le domicile. Je le sais, j’ai les textos ».

Jugement : six mois avec sursis. La procédure de divorce se met lentement en place. Christophe sera seul pour la fête des pères, aujourd’hui. « Et pourtant, plaide tristement son avocat Me Jérôme Crépin, je suis sûr que ce n’est pas un homme qui n’aime pas son gamin et que ce n’est pas un gosse qui n’aime pas son père ».

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