Reconnaissance de dettes

Il n’y a pas que des « cas soc » à Amiens Nord. Le premier mérite de cette audience du mois de juin est de tordre le cou à cette idée préconçue. Lelia (prénom modifié), belle jeune femme soignée, est pharmacienne, son mari gagne copieusement sa vie, ses parents ont « du bien », comme elle le murmure, pour expliquer les ennuis dont elle fut victime.

(sous CC)

« Je me suis liée d’amitié avec Khafia parce que nos enfants vont dans la même école », se souvient-elle. Les deux femmes se fréquentent, d’autant plus régulièrement que Leila traverse à cette époque une dépression. « Je lui ai même vendu des bijoux dont je ne me servais plus », indique-t-elle. Puis elles se brouillent, selon Leila pour un motif futile, jusqu’à ce mois d’octobre 2015. La petite querelle se transforme en une plainte pour vol et tentative d’extorsion à l’encontre de Khafia, 26 ans, et sa sœur Siem, 21 ans.

La plaignante explique que les deux femmes – toutes deux insérées, aux casiers judiciaires vierges – lui ont soutiré de l’argent sous la menace de kidnapper ses enfants. « Elles sont venues chez moi, elles étaient très agressives. Nous avons eu peur, ma mère leur a versé 5000 euros, reconnaît-elle. Mais elles en voulaient davantage. Elles ont fait téléphoner un homme qui demandait 6000 euros ». La maman a gardé le message. On y entend une voix masculine, qui se présente comme « Yanis, de Paris, le cousin à Khafia » et promet : « Sur la vie de ma mère, paie ou je viens te chercher ! » Enfin, Lelia reproche aux deux sœurs de l’avoir agressée sur le parking de l’école, le 8 octobre, et d’avoir volé des objets dans sa voiture. « C’est du racket, pas autre chose, c’est quasiment mafieux » résume M e Hubert Delarue.
« Il n’est pas question de racket, il est simplement question de dettes ! » : en face, M e Guillaume Combes, dont les clientes sont hélas absentes, joue une tout autre musique. Il relaie les dires de Khafia qui affirme avoir prêté 8000 € à Lelia et simplement avoir voulu récupérer sa mise. De fait, on trouve trace d’un virement de 4900 euros de Khafia vers Lelia au début de l’année 2012.
« Pour me payer les bijoux », justifie la seconde. « Ça commence à faire cher la babiole », ironise M e Combes.
Sur le siège des victimes, Lelia se tasse, elle voudrait disparaître sous le plancher. « Non », « non », « c’est pas vrai » articule-t-elle sans interrompre la partie adverse qui met en exergue les propos de sa mère : « Je n’ai rien à voir avec cette affaire ». L’avocat triomphe : « Donc, il y a bien une affaire ! » Jugement : six mois avec sursis pour Khafia ; trois mois avec sursis pour Siem.

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