Néonazes

« Dans la Somme, même pas à Amiens, dans nos campagnes, juste à côté de chez nous » : le procureur a raison d’insister. Le gang de 17 néonazis jugés cette semaine à Amiens ne débarquait pas d’un reportage télévisé mais de Ham, Athies, Gauchy, Estrées-Mons, dans ce coin pas folichon qui s’est déjà fait remarquer comme un haut lieu du trafic d’héroïne. Mêmes causes, mêmes effets…

Avec les beaux jours, le retour du ku klux klan (allégorie). (zeevveez sous cc)

Là, au cœur de la Picardie, s’est constituée une milice, digne d’ Orange Mécanique, qui a fait régner la terreur pendant plus de deux ans.

L’audience a au moins une vertu pédagogique : on voit ce qu’est un néonazi, du genre à coller des croix gammées ou des photos d’Hitler sur les murs de sa chambre. Pas un phantasme. Un gars comme nous. Un voisin.
En gros, ils ne savent rien de l’Histoire. Leur racisme est réel, leur nazisme est un vernis pour le recouvrir. « Les drapeaux, c’est parce que nous, à la base, on est raciste. Moi, au collège, j’ai eu des complications» dit Kevin. « Moi j’étais le seul petit blond aux joues roses de la ZUP de Noyon. Au collège, tous les blancs se faisaient ramoner par les Arabes», se souvient l’autre. Un troisième se souvient qu’un « Arabe » lui a «mis un coup de couteau au lycée ». Éric, le « raciste pacifiste, comme 40 % de la population française », d’après son avocate M e Houria Zanovello, justifie tranquillement sa xénophobie par « les actualités, le travail qui s’en va ailleurs, les copains qui se font jeter de leurs usines. On travaille pour nos enfants, pour qu’ils soient bien, mais il n’y a pas d’avenir pour eux… »
C’est ainsi qu’on se retrouve en rangers cirées à plonger dans le canal de Ham glacé pour prouver sa virilité…
Faut-il désespérer ? « Quand ils ont tous été mis en examen, on a été appelés parce que les avocats de permanence n’allaient pas suffire , rappelle M e Stéphane Diboundje. J’ai su que c’était un groupe de néonazis. Pour la première fois, je me suis posé la question du cas de conscience, et je sais que d’autres collègues ont hésité. J’ai demandé à Christopher si ça le dérangeait d’être défendu par un avocat de couleur. Il m’a répondu : « Non, maître. Depuis que je suis en détention, tous ceux qui avaient les mêmes idées que moi m’ont tourné le dos. Les seuls qui m’ont tendu la main, ce sont des Maghrébins. Ils m’ont dit chez nous, on ne laisse pas un gars dans la merde ».
« Alors j’ai pensé comme le grand Albert Naud qu’il fallait les défendre tous », conclut l’avocat…

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