Les rats quittent le navire

Un PDG à la barre pour fraude fiscale ! Et de 366000 euros, en plus ! On salive, on suppute la revanche du fonctionnaire sans dent sur l’infâme capitaliste, cigare aux lèvres, mocassin à gland, chaussettes Gammarelli.

Ne jamais juger les autres sur leurs mocassins. Ni sur leurs glands, d’ailleurs.

Et puis on tombe sur Edouard, 63 ans, le visage las, les vêtements ternes et les pompes à velcro. Vers 2010, Edouard a perdu sa femme et appris qu’il avait un cancer. L’heure de la retraite aurait bien sonné, a considéré cet habitant de l’Est de la Somme. Ce n’est pas un héritier ! « Est-ce que mon client a une tête de joueur ? interroge son avocat Me Franck Delahousse. A 14 ans, il quitte l’école pour devenir apprenti mécanicien. Puis il passe chauffeur de poids-lourds. Enfin, il prend l’initiative de créer sa propre entreprise. » Quand on lui révèle l’existence d’une tumeur, il vend ses parts : il y en a pour pas loin d’un million, somme impressionnante qui représente le travail d’une vie, sur laquelle il vaut mieux compter, quand on est à son compte, que sur le RSI…

Edouard agit en totale transparence avec le comptable qui l’assiste depuis des années : « Vous savez, moi, je ne suis pas très paperasse. Je leur donnais tout, je signais, et ils se débrouillaient ». Justement, l’expert suggère à Edouard de différer la déclaration de sa plus-value afin de bénéficier d’une fiscalité plus avantageuse. Evidemment, il dit oui. Qui ferait le contraire ? Jusqu’à ce que les impôts lui réclament leur dû, 240000 euros, qu’ils majorent par principe de 40 % pour absence de déclaration afin d’atteindre 366000 euros. Tant qu’on y est, Edouard est convoqué devant le tribunal correctionnel, pour la première fois de sa vie !

En cas de tempête, les rats quittent le navire : l’expert-comptable jure qu’il n’a jamais entendu parler de la cession.

Là, on fait court, car l’histoire est embrouillée à souhait, d’autant que Franck Delahousse, qui doit se lasser qu’on lui parle de son frère Laurent, présentateur du JT de France 2, s’est trouvé à cette occasion un autre homonyme, son lointain cousin Christophe. Deux avocats portant le même nom des deux côtés de la barrière dans un dossier hyper-technique : vive la confusion !

En attendant, à la barre, c’est « Vas-y Francky » : « Il est culotté l’expert-comptable ! Il ose dire qu’il n’est pas au courant de la cession alors qu’il a reçu tous les documents, qu’il refuse d’ailleurs de nous restituer. J’espère bien faire reconnaître sa responsabilité devant la juridiction civile. Pour ce qui est du pénal, ce n’est pas parce que vous êtes chef d’entreprise que vous êtes nécessairement coupable. Cet homme n’avait aucunement la volonté de frauder même si fiscalement, il est responsable ».

Le tribunal l’entend : Edouard est relaxé « faute de l’élément intentionnel de l’infraction ».

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