Le bouquet qui fait déborder le vase

À la barre, Vincent, 34 ans, dégouline comme une madeleine. L’avocate de sa femme prévient : « Sa propre mère a dit de lui qu’il pleure beaucoup et n’est qu’un manipulateur. »
Le 23 juin 2015, Hélène a poussé la porte de la gendarmerie de Corbie, près d’Amiens dans la Somme, pour expliquer qu’elle subissait depuis 2013 du harcèlement et des violences. « Il la bat et il est grossier, c’est encore pire depuis qu’il a ouvert un bar », ont attesté des témoins. Il admet les coups.

Dites-le avec des fleurs. (mags sous CC)

Quant au harcèlement, il suffit de se référer à ses textos pleins de romantisme : « Je te défonce, je te jure que tu vas mourir, sale garce, je vais te faire la misère, je t’arrache la gueule, je te tuerai espèce de pute.»

« Il a fini par la persuader qu’elle était une moins que rien », plaide l’avocate de l’épouse qui cite ce jeu de société entre amis, au terme duquel, parce qu’ils avaient perdu, il a traité sa femme de « grosse nulle » devant tout le monde.
Et puis il y a la Saint-Valentin 2015…
Ce matin-là, Hélène reçoit un beau bouquet. Malgré les coups et les injures, son petit cœur fond. Elle textote à Vincent : « Merci pour cette délicate attention qui m’a beaucoup touchée. Tu peux être tellement chou, quand tu veux. »
Lui fait mine d’être étranger à l’envoi : « C’est quoi ce délire ? » Il faudra qu’elle enquête auprès du fleuriste pour confirmer que c’est bien son mari qui a commandé les fleurs. Il réagit alors : « Il fallait que je te monte la tête pour voir à quel niveau tu pouvais encaisser. » C’est moins grave qu’un coup de poing mais ce n’est pas moins douloureux…
« Derrière tout ça, il y a une raison. C’est dans le dossier, alors dites-le…» invite le président Montoy.
À voix très basse, Vincent s’exécute : « En fait, j’avais quelqu’un. Je voulais quitter ma femme mais je n’avais pas le courage de divorcer alors j’espérais qu’en la poussant à bout, elle ferait le premier pas. » On apprend que le couple, formé depuis 2001, s’est délité quand il a procréé. C’est ainsi : certains enfants cimentent les unions plus solidement que du mortier, d’autres sont des vampires qui aspirent la substantifique moelle de l’amour à qui ils doivent leur venue sur terre.
« On a perdu le mode d’emploi », rechiale Vincent. Rapidement, sa maîtresse l’a largué. Hélène a retrouvé du travail et un conjoint. Qui a intérêt à glisser un petit mot dans ses bouquets de roses…
Jugement : quatre mois avec sursis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *