Conflit de loyauté

Anne-Sophie, 33 ans, a ramené ses cheveux blonds en chignon. Petite et mince, elle s’est vêtue de noir et de blanc pour comparaître devant le tribunal. On l’accuse de violences sur deux de ses trois enfants en 2015 et 2016. Ce n’est pas rien. Elle a l’air fatigué, ne sourit que quand, justement, on évoque ses deux fils et sa fille. Sur le banc des parties civiles, le père de ses deux premiers, Sébastien, solide gaillard avec des tatouages plein les bras, est arrivé d’un air décidé : on va voir ce qu’on va voir. C’est lui qui a porté plainte, après avoir longuement conversé avec le dénommé R., père du troisième, à une époque où ce dernier ne savait plus comment convaincre Anne-Sophie de retirer sa plainte pour violences conjugales (R. est actuellement pensionnaire de la maison d’arrêt d’Amiens).

(Kevin Jarrett sous CC)

Contre la jeune mère, les témoignages se sont accumulés. Celui de sa fille – terrible procureur ! – avant tout. Née en 2007, elle a évoqué des claques reçues à tout bout de champ, pour des raisons futiles et parfois pour rien. La marraine de la petite (la nièce de Sébastien) retrace des scènes de violences, comme quand Anne-Marie aurait laissé l’enfant agenouillée, le nez contre un grillage, sous le soleil, au motif qu’elle avait posé ses pieds sur une chaise. « Elle frappe facilement et avec force. Elle a un problème avec ses nerfs », estime la marraine. Devant les policiers, Sébastien dépeint ainsi son ancienne compagne : « Elle est anorexique. Elle passe ses journées à picoler ».

La fille est partie vivre chez son père. Le fils, du haut de ses douze ans, a au contraire pris fait et cause pour Anne-Sophie (« Il faut bien, ils sont tous contre elle », justifie-t-il) : « Papa nous monte la tête. Il a dit que si on venait avec lui, il nous donnerait tout ce qu’on veut. Moi, il m’a promis une moto de cross. À ma sœur un portable ».
Anne-Sophie soupire : « J’ai peut-être mis des tapettes, mais pas de gifles. Je ne me suis jamais servie d’un martinet. Si je les avais frappés aussi fort, l’école aurait fait un signalement, non ? » Son avocate Delphine Crépin-Fontaine parle de « complot familial » : « Oui il y a eu des manquements, mais de la part des deux parents ». Ces parents en guerre ouverte, qui ne se parlent que par texto…
La maman est condamnée à une peine minimaliste : 500 euros avec sursis. Le juge a voulu élever le débat en s’adressant aux deux géniteurs : « Vous savez ce que c’est, un conflit de loyauté ? C’est quand un enfant doit choisir entre ses parents et qu’il se sent obligé de dire à l’un qu’il n’aime pas l’autre. »

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