A bout de souffle

Vanessa* est à bout de souffle, au propre comme au figuré. Elle a trop attendu cet instant, celui où elle ferait face à son violeur. Et puis les crises de larmes, à haute dose, ça ne vous tord pas que le cœur et les tripes ; ça attaque les bronches, aussi.

En juin 2016, elle n’a commis qu’une erreur : celle d’ouvrir la porte de sa maison, dans l’Est de la Somme, à Michaël, celui dont elle avait partagé la vie pendant trois ans, sans s’épargner ni les crises de manque, ni les allers-retours à l’hôpital psychiatrique. « Il était six heures, j’ai eu peur qu’il ne dégrade la porte » , se désole-t-elle. Au début, la discussion se passe à peu près bien, même s’il est « défoncé ». Il ne supporte pas la rupture, il le répète, « et puis deux fils ont dû se toucher, son visage a changé, il avait le démon en lui, il m’a dit je vais te sauter » . Il a tenté de m’étouffer avec un oreiller, il m’a dit je préfère te voir crevée plutôt qu’avec un autre . Il m’a enlevé mon short et ma culotte. Il m’a pénétrée, plusieurs fois. Je lui ai dit tu es en train de me violer ! Il m’a répondu je m’en fous . C’était pour me salir, et rien d’autre».
Elle ne porte pas plainte, reprend le travail « comme si de rien n’était » , se confie tout juste à deux amies, mais pendant l’été, il envoie SMS sur SMS. Certains prouvent à quel point il a réifié sa victime, l’a réduite à l’état de chose : « J’irai te choper comme un pack de binouzes, un doigt dans ton cul et l’autre comme tu aimes, comme l’autre fois… »
En août, elle pousse enfin la porte d’une gendarmerie. Une psychologue doit évaluer sa crédibilité. Cette dernière s’endort sur son dossier. Son rapport ne sera jamais rendu, et la brigade ne la relancera jamais. Vanessa attend.
Heureusement – je sais ce que l’adverbe a de choquant – une nouvelle petite amie de Michaël portera plainte à son tour, en mars 2017. Lors d’une soirée, où il a mélangé alcool et LSD, soudain, « son visage a changé , explique-t-elle. Il était comme fou. Il m’a caressé les seins et les cuisses, il a ouvert ma ceinture. J’ai cru qu’il allait me violer » .
Le Parquet est saisi. Les gendarmes se souviennent enfin de Vanessa. C’est ainsi que son viol, « correctionnalisé », se retrouve en audience de comparution immédiate, entre un vol à la tire et une conduite en état alcoolique. Michaël en prend pour sept ans. Les juges ont fait de leur mieux, mais qui contredira l’avocate de défense, Me Yahiaoui, quand elle s’étrangle : « Ici, c’est la justice de rapidité. La rapidité est l’ennemie du jugement »
*Les prénoms ont été modifiés afin de protéger l’anonymat des victimes

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