Les passions s’exacerbent
dans les deux mondes

Le Grand Mort, tome 4 : Sombre, Régis Loisel, Jean-Blaise Djian, Vincent Mallié, éditions Vents d’Ouest, 64 pages, 15,30 euros.

Avec ce tome 4 (sur une série prévue en six albums), on franchit le milieu du gué de cette jolie histoire et l’on commence à saisir les ramifications de cette double histoire, dans le monde d’ici – en très légère anticipation – et le « petit monde » d’en dessous. Mais, tous les fils ne sont pas encore tirés pour en saisir tous les aspects.

Cette fois, tout comme dans le tome 3, l’essentiel de l’album se déroule encore en Bretagne, où Pauline, l’ex-étudiante désormais mère improbable, s’est retirée avec son étonnante fille, Blanche, née de son viol par la prêtresse hermaphrodite. Erwan et Gaëlle, la rejoignent, toujours à la recherche des fioles et du grimoire qui permettront au jeune homme de retourner dans le petit monde et de tenter d’y réinstaurer l’harmonie.

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Drôlement azimuté

Azimut, tome 1: les aventuriers du temps perdu, Jean-Baptiste Andréae, Wilfrid Lupano. Editions Vents d’Ouest, 48 pages, 13,90 euros.

En navigation, l’azimut sert à déterminer sa direction,  mais en argot, une personne azimutée est un brin folle. Cette nouvelle série de Lupano (heureux scénariste d’Alim le tanneur) et Andréae justifie, dans son premier tome, pleinement ce double sens. C’est un univers passablement azimuté que les deux auteurs font en effet découvrir, un royaume de Ponchue aux moeurs tout aussi étranges que la faune (il ne faut pas oublier de lire à cet effet la page de garde), avec ces poissons volants géants ou chronoptères (belle lurette, clepsigrue et autres mouche gobe-temps), poétique et loufoque. Un univers qui fait songer, par ses bizarreries logiques – et par sa tonalité – à Horologiom ou à La Nef des fous.

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Une nouvelle jeunesse pour Jules Verne

Le voyage extraordinaire, tome 1, Silvio Camboni, Denis-Pierre Filippi, édtions Vents d’Ouest, 48 pages, 13,90 euros.

1927,  les combats de la Première Guerre mondiale se poursuivent entre Alliés et forces de l’Axe, troublés cependant par des robots géants d’une étrange « troisième force » qui s’en prennent indifféremment aux deux belligérants. Pendant ce temps, Noémie et Emilien, jeunes ados ayant le génie des inventions, quittent le pensionnat où leur famille les avait placé pour rejoindre le riche manoir familial, où les parents aventuriers de Noémie sont revenus, mais s’intéressent toujours aussi peu à leur fille. Et ces retrouvailles familiales seront surtout gâchées par l’absence du père d’Emilien. L’arrivée d’une étrange et (trop) opportune préceptrice, puis la révélation d’une disparition mystérieuse, vont entraîner les deux enfants dans un voyage extraordinaire, à la recherche du papa d’Emilien et, peut-être de la victoire dans le concours Jules-Verne, une course fantastique.

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Une mécanique pas grippée

La grippe coloniale, tome 2 : cyclone la peste, Appollo, Serge Huo-Chao-Si, édtions Vents d’Ouest, 56 pages, 13,90 euros.

Il est des épidémies qui laissent des souvenirs marquants. Le premier tome de cette grippe coloniale, arrivée de la Réunion en 2003, en fit partie. Ayant survécu à la Grande Guerre, en métropole, trois amis retrouvaient leur île : Voltaire le « tirailleur sénégalais », Grondin le colosse à la baraka hors du commun et Evariste, plus en retrait. L’aristo Camille de Villiers, devenu « gueule cassée » les avait précédé de peu. Mais croyant avoir échappé à la mort, ils en ramenaient une version plus insidieuse : le virus de la grippe espagnole, qui allait s’abattre aussi de ce côté de l’hémisphère.

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Royal Aubrac, un lieu, une histoire,
une vie…

Royal Aubrac, T1, par Christophe Bec et Nicolas Sure, éditions Vents d’Ouest, 13,90€.

Connaissez-vous le Royal Aubrac ? Aujourd’hui, un hôtel de luxe est en train de s’y terminer, exploitant le prétexte des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle pour faire sa publicité. Il y a encore quelques années, c’était un des plus beaux sites de vacances de la fédération des oeuvres laïques. Trop coûteux sans doute pour être conservé. Le Royal Aubrac, c’est surtout un site et un bâtiment magnifiques, en plein coeur du plateau de l’Aubrac et aux confins de trois départements rustiques : l’Aveyron, le Cantal, la Lozère. A deux pas d’un village dont le cimetière doit compter dix tombes tout au plus : Aubrac. Un site vraiment exceptionnel, comme en témoigne cette galerie de photos. A l’époque de sa construction, c’était un sanatorium.

L’histoire

1906. François de Peyregrandes, étudiant aux Beaux-Arts, crache du sang. La Tuberculose sévit alors sans espoir de guérison. C’est pour ça qu’il est envoyé dans un pays rude et pauvre : l’Aubrac.  Il y croise d’autres tuberculeux. Et la vie s’organise entre malades, dans un décor dur mais jamais sinistre. De quoi inspirer le jeune artiste, qui prendra goût aux balades à ski. Et l’amour a-t-il sa place dans les rapports entre tous ces gens torturés ?

Simple et sobre comme le pays qui lui sert de décor, ce tome 1 nous a suffisamment alléchés pour qu’on attende le tome 2. Sans impatience mais avec fermeté !

Feuilletez-en quelques planches !

 

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Le rossignol de Stepney

Les Quatre de Baker Street, tome 3 : Le Rossignol de Stepney, Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand & David Etien. Editions Vent d’Ouest, 56 pages, 13.50€

La Bande des 4 reprend du service. Sherlock Holmes traque l’infâme Moriarty et ne peut donc s’occuper d’une affaire de routine qu’il délègue aux enfants de la rue. Billy, Charlie et Black Tom (sans oublier le chat Watson) se voient donc confier une mission : veiller sur le jeune lord Neville Asprey, troisième du nom. Les occupations de celui-ci qui l’amènent à s’encanailler dans l’East End inquiètent beaucoup sa famille, d’autant plus que le jeune lord est riche, très riche et pour ne rien arranger il est amoureux d’une demoiselle dont le père tient un cabaret. So shocking !
Inutile de préciser que la surveillance discrète va se transformer en véritable enquête avec maints rebondissements. C’est une aventure policière avec de vrais méchants et une utilisation bien vue des différentes strates sociales de la société victorienne. Bref, nous sommes dans un bon polar et si le roi des enquêteurs ne joue que les seconds rôles c’est néanmoins très actif et les dessins de David Etien sont superbes ce qui ne gâte rien.

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Avec la nouvelle génération l’enchantement perdure

Le grand mort, tome 3 : Blanche, de Régis Loisel, Jean-Blaise Djian, Vincent Mallié, éditions Vents d’Ouest, 64 pages, 13,50 euros.

A son rythme, cette série poursuit sa séduisante et singulière petite musique. Toujours à la frontière entre réalisme et imaginaire, monde urbain cartésien – et oppressant – et univers rural aux contes toujours présents, ce Grand mort parvient encore une fois à surprendre. Le premier volume paraissait surfer sur la vague « féérique bretonne », envoyant ses héros – Pauline, l’étudiante parisienne rationnelle et Erwan, jeune homme solitaire – parmi le « petit peuple » en quête d’harmonie ; le deuxième volume, à l’inverse, ramenait Erwan vers une métropole rongée par les traumas modernes : pollution, misère, exacerbée, épidémies du N1-H1. Et, sous couvert de fantastique, se livrait à un réquisitoire ouvert sur les dérives d’une société contemporaine allant droit dans le mur. Nouveau virage subtil, avec ce troisième album, qui repart vers une dimension plus ouvertement fantastique, mais dans une veine plus angoissante et dramatique.

Désormais en compagnie de Gaëlle, l’amie de Pauline, Erwan continue de rechercher son amie, qui laisse derrière elle un dangereux sillage de blessés. De Paris, la trace de l’énigmatique Pauline va les ramener en Bretagne. Et tandis que les sentiments s’affirment entre les jeunes gens,on va découvrir un nouveau personnage, qui donne le nom à ce troisième album : Blanche, l’étrange fille de Pauline !

Toujours aussi joliment dessiné par Vincent Mallié – dans l’esprit de Loisel - ce nouvel épisode se termine encore par une dernière case superbe, et alléchante pour la suite…

Bref, sur un ton d’apparence plus mineur, encore une grande série pilotée par l’auteur de la Quête de l’Oiseau du temps ou Grand magasin. L’enchantement demeure intact.

La Grand Mort T3 de Loisel Djian et Mallié : la… par GLENATBD

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La guerre des boutons est déclarée au ciné, et en bande dessinée !

En salles obscures, la concurrence fait deux perdants. En BD, il pourrait
y avoir cinq lésés dans cette course à la reprise du roman de Pergaud.

Un seul film aurait pu cumuler jusqu’à trois millions d’entrées. Au lieu de ça, les deux concurrents font chacun face à un semi-échec, devant affronter la dure critique façon «rien ne vaut l’original». Pour mémoire, le film d’Yves Robert, sorti en1962, avait attiré plus de dix millions de Français au cinéma!
Qu’en sera-t-il de la guerre des BD sur le même terrain? Dargaud a dégainé le premier son lance-pierres, un premier tome du diptyque signé Berlion, fidèle adaptation du roman de Louis Pergaud publié en1913. La ligne claire et naïve va bien aux p’tits gars d’Longeverne et d’Velran. C’est aussi celle choisie, en plus aboutie, par Delcourt, sous la plume d’Aude Soleilhac. L’adaptation est très belle, fidèle aussi à l’original.
Il n’y a plus qu’à ramasser les boutons sur le champ de bataille
Les éditions La Martinière avaient eu du nez trop tôt, en2005, mais ressortent donc cet automne, opportunément, pour profiter de l’effet d’aubaine médiatique, l’album édité sous le label Petit à petit. La quatrième véritable œuvre du neuvième art est mise en couveuse par Vents d’Ouest qui reporte son interprétation à janvier2012. Les stratèges, partis trop tard, estiment qu’il vaut mieux laisser passer l’orage pour espérer récolter quelques boutons sur le champ de bataille. Enfin, Jungle tente sa chance avec l’officiel du film de Barratier, qui prend des libertés avec l’original. Un vrai coup marketing à moindres frais, qu’on découvrira en novembre. Un chef-d’œuvre? Il ne faut pas trop en attendre tout de même: l’album a été réalisé en trois mois, pour l’occasion.
Mais la BD n’est pas le cinéma. La concurrence sera peut-être plus dopante dans les librairies que sur les toiles. Car les vrais bédéphiles, comme les amateurs de passage, se plairont à faire cohabiter ces différentes versions dans les rayonnages d’une bibliothèque de salon. Pour peu que le roman de Louis Pergaud les y retrouve, c’est une bonne nouvelle littéraire. S’il aurait su, P’tit Gibus il l’aurait lu!

Au cinéma
La nouvelle Guerre des Boutons de Barratier dépasse les 800 000 entrées en deux semaines d’exploitation sur 559 écrans.

La bande annonce
La Guerre des boutons de Yann Samuell dépasse le million d’entrées en trois semaines sur 629 écrans.

La bande annonce

En bande dessinée
Dargaud, avec Olivier Berlion, est sorti le 2 septembre.
Delcourt, par Thirault, Soleilhac et Merlet, a publié sa version le 21 septembre.
La Martinière, avec Gabella, Vernay et Khaz: 29septembre, réédition de 2005.

Jungle, tente l’officiel du film de Barratier avec Follini, Orbe et Newman, sortie le 2novembre.

Vents d’Ouest prend son temps avec Lemoine et Cécile, parution envisagée en janvier2012.

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Les anges continuent à mordre la poussière

LA POUSSIERE DES ANGES, Damien Marie et Karl T., éditions Vents d’Ouest, 48 pages, 9,95 euros.

On avait découvert Anthon’ et Anne, dans la Cuisine du diable, enfants dans la mafia new-yorkaise au début des années 30. La suite du destin des jeunes amoureux (paru depuis un mois) est tout aussi tragique. On retrouve Anthon’ en 1945 à Los Angeles, pas franchement très frais malgré des signes de réussite évidente dans la cité des anges et des mirages. Ce premier album du nouveau diptyque aborde, dans un grand flash-back une étape encore new-yorkaise, en 1937. La prohibition est terminée, les familles de la mafia se sont restructurées et trouvé un nouveau débouché dans les jeux clandestins. Toujours au service du boss Big Bugsy, Anthon va se retrouver au coeur d’une guerre des gangs entre la bande à Dutch Schutz et la machiavélique Queen de Harlem. Anne, tenue par le clan de Bugsy par l’enfant qu’elle a eu suite au viol qu’elle a subi du fils (assassinée) de « Big B », junkie désespérée, sera la victime collatérale et innocente du conflit…

Toujours aussi sombre, le scénario du Normand Damien Marie (dont on attend le mois prochain la suite et fin de Back to Perdition) est sans pitié pour ses héros, étonnamment dense au vu de sa pagination, cette nouvelle aventure replonge pleinement dans l’univers de l’Amérique d’avant-guerre. Le dessin, réaliste et fouillé – mais parfois un peu approximatif sur les personnages – du dessinateur nordiste Karl T, est au diapason du climat de violence extrême dans lequel baigne l’histoire.

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