Les filles venues d’une autre planète de Gaiman et des jumeaux brésiliens

Comment aborder les filles en soirées, Neil Gaiman (scénario), Gabriel Bá et Fábio Moon (dessin). Editions Urban Comics, coll. Urban Graphic, 72 pages, 13 euros.

Attention à ne pas se tromper: il ne s’agit pas ici d’un guide pratique pour ado complexé. Mais l’histoire traite bien de ce problème fondamental: comment aborder les filles en soirées ? Grande question existentielle chez une bonne partie des adolescents (et d’autres aussi). Et problème qui préoccupe notamment Enn, un jeune londonien plutôt timide, qui se trouve moche et qui doit, en plus, faire avec son nettement plus entreprenant copain Vic, blond séducteur et nettement plus à l’aise sur le sujet. Ce dernier réussit à convaincre Enn d’aller dans une fête et lui donne un conseil : il suffit de parler. Mais les étranges, belles et fascinantes créatures qu’il va rencontrer ce soir-là semblent véritablement venir d’une autre planète…

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Avec « Fairyland », Skottie Young le magicien ose le conte trash

I hate Fairyland, tome 1: le vert de ses cheveux, Skottie Young. Editions Urban comics, 136 pages, 10 euros (prix promotiionnel jusqu’au 30 juin 2017).

Il était une fois une petite fille aux cheveux verts nommée Gertrude qui rêvait d’un monde magique dont elle serait la princesse… Et elle va voir son rêve se réaliser. Aspirée par la moquette, elle se retrouve projetée à Fairyland, le royaume de la reine Cloudia, régnant sur ses créatures étranges et charmantes, dans son monde sucré peuplé de licornes, de colosses coquins (à ne pas confondre avec les trolls taquins), de faunes et d’îlot de glaces réellement fait de crème glacée.
Pour repartir chez elle, Gertrude doit juste trouver la clé qui ouvrira la porte menant vers son monde. Aidée par Larrigon Wentsworth III (une sorte de grosse mouche aux yeux globuleux) et d’une carte de Fairyland, sa quête ne devrait pas lui prendre plus d’une journée. Sauf que 27 ans plus tard, Gertrude est toujours là ! Son apparence de petite fille n’a pas changé, mais elle est devenue franchement caractérielle, haineuse et prête à massacrer tout ce trop gentil petit monde, histoire de passer sa rage (compréhensible). La reine, qui selon la loi ne peut s’en prendre aux invités de Fairyland, fourbit néanmoins quelques stratégies pour se débarrasser de l’intruse, dont la dernière pourrait bien causer sa perte…

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Un beau clair de lune mécanique

Descender, tome 2: Lune mécanique, Jeff Lemire (scénario), Dustin Nguyen (dessin). Editions Urban comics, 116 pages, 14 euros.

Le premier tome de Descender fut une belle surprise de l’an passé, avec son ambiance de space opera mêlant des thématiques sociales et philosophiques, porté par un dessin surprenant de beauté, avec des aquarelles et un trait au crayon a priori antinomique avec l’ambiance de la saga. Mais qui, justement, renforçait la singularité de ce récit touchant et fort. Le deuxième tome ne dément pas ces qualités.

Le cadre posé, l’aventure peut pleinement se déployer. D’autant que le volume précédent avait déjà eu son lot de rebondissements. Capturés par une équipe de liquidateurs, le capitaine Telsa, l’agent Tullis, le Dr Quon (qui s’était révélé être un imposteur) et le petit robot Tim-21 se retrouvent aux mains du « Programme », la résistance robotique dirigée par le robot Psius et son fils… Tim-22, copie conforme du jeune robot de compagnie. Et ce n’est pas la seule surprise en matière de filiation puisqu’apparaît également dans ce nouvel épisode un chasseur de primes et de droïdes qui n’est autre qu’Andy, le « grand frère » humain de Tim-21. Pendant ce temps, Foreur et Bandit, les amis robots de Tim-21 sont abandonnés sur la planète Gnish, réduits à combattre dans une arène pour sauver leur peau (enfin, façon de parler). Et Tim-21 paraît bien être l’élément essentiel pour la revanche des robots…

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Violent cases, la naissance d’un duo magique

Violent cases, Neil Gaiman (scénario), Dave McKean (dessin). Editions Urban comics, 64 pages, 14 euros.

Premier album réalisé ensemble par Neil Gaiman et Dave McKean (en 1987), Violent Cases ressort dans une version soignée. Et présente un incontestable intérêt bibliographique et avant tout graphique.

Le récit, assez court, est un flash-back un peu nébuleux. Le narrateur, jeune adulte, confie un souvenir intime et traumatique de son enfance. Alors qu’il était âgé de 5 ou 6 ans, son père lui cassa accidentellement le bras et l’emmena chez un ostéopathe qui avait eu pour client… Al Capone ! Et le médecin confia ses souvenirs, également traumatiques, du chef de la mafia au jeune garçon…

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Saga, la grande évasion

Saga, tome 6, Brian K.Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin). Editions Urban comics, 152 pages, 15 euros.

Et la Saga continue. Toujours aussi enthousiasmante en ces chapitres 31 à 36. Hazel, sa grand-mère et sa ravisseuse sont captives d’une prison pour luniens. Mais l’enfant d’Alana et Marko peut compter sur de nouvelles amies, dont sa maîtresse arachnoïde. Pas inutile alors que le risque de révélation de son secret de naissance s’accroit.

De leur côté, Alana et Marko mettent au point une audacieuse tentative pour aller libérer leur fille. Pour cela, ils vont devoir convaincre le prince-robot, plus que rétif. Pendant ce temps, le Testament, toujours inconsolable et habité par la présence de sa soeur, la Marque, ne cherche qu’à se venger et un couple de journalistes-paparazzi se retrouve impliqué beaucoup plus que désiré dans cette quête…

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L’essentiel est dans les Détails

Détails d'une vie brésilienne_couvDétails d’une vie brésilienne, Gabriel Bà et Fabio Moon. Editions Urban Comics, 136 pages, 15 euros.

Oeuvre de jeunesse des jumeaux brésiliens Gabriel Bà et Fabio Moon, ces Détails recouvrent une douzaine d’histoires courtes inspirées de la vie quotidienne, réalisées au début des années 2000. Des récits reflet de la vie de leurs auteurs, des histoires d’amitié, d’amour, de travail, revisitées par une sorte d’onirisme fantastique, de « réalisme magique » si sud-américain.

La première histoire est d’ailleurs celle d’un rêve simultané faite par deux jeunes auteurs incités à franchir la porte de leurs prochaines histoires… Une bonne introduction pour les historiettes qui vont suivre. Comme l’étoile, où dans un bar, le regard d’un homme et d’une femme se croise ; dans un autre bar, un homme tarde à aller parler à une jeune femme qui le regarde avec insistance, au risque de la voire disparaître. Autre rencontre surprenante, où une jeune femme aborde un jeune homme inconnu dans la rue et lui assène qu’il « est trop tard pour que tu tombes amoureux de moi… », ce dernier va donc tenter de lui démontrer le contraire. Il est aussi question d’amitié plus forte que la mort, lorsqu’un groupe de copains, par un rite singulier, fait revenir l’un d’entre eux décédé le temps de son anniversaire. Gabriel Bà et Fabio Moon se mettent aussi plus directement en scène, pour une séquence un peu cauchemardesque dans le métro parisien. A l’inverse, le dernier récit, Autrement dit, muet et nocturne est d’une douce poésie, où la petite flamme de l’amour survit au milieu de la nuite…

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Des étoiles de métal plein les yeux

Decender_1_couvDescender, tome 1: étoiles de métal, Jeff Lemire (scénario), Dustin NGuyen (dessin). Editions Urban Comics, 152 pages, 10 euros.

Après Saga, début d’une nouvelle série portant très haut les couleurs de la science-fiction, judicieusement éditée chez Urban Comics. Version plus hard SF cette fois.

Dans une lointaine galaxie, le Conglomérat galactique unifié (CGU) tente de faire règner l’ordre, dix ans après l’assaut des « Moissonneurs », des robots géants surgis de nulle part qui ont ravagé les neuf planètes majeures de la confédération. Depuis, une rage « robophobe » s’est emparée de la population humaine (ou humanoïde) menant à des « botgroms » brutaux. C’est dans ce monde ou l’on a appris à haïr les mécaniques que le CGU prend connaissance du réveil de Tim-21 sur la lune Dirishu-6. Ce petit droïde de compagnie détiendrait, à son insu, l’héritage des Moissonneurs. Et peut-être la clé de la compréhension du phénomène.
Une équipe menée par la capitaine Telsa et le Docteur Quon, spécialiste de robotique et le créateur de la série des Tim, est envoyée sur place. Les premières révélations vont être aussi surprenantes que douloureuses…

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Hägar ne perd toujours pas le nord et gagne du volume

hagar dunor_couvHägar Dünor : Tome 1, Dik Browne. Editions Urban comics, coll.Urban Strips, 232 pages, 22,50 euros.

Tout le monde l’a sans doute aperçu au moins vu une fois, au hasard d’une page de quotidien ou dans le Journal de Mickey. Désormais, grâce à Urban Comics, on va pouvoir  le lire en version intégrale.

Hägar Dünor est sans doute le viking le plus connu de la planète. Terrible chef de guerre… mais sous la coupe de son épouse Hildegarde, fier de ses traditions (en gros, les beuveries, les bonnes bastons et le pillage de l’Angleterre) mais accablé par un fils qui lit des livres, se pique de poésie et rêve de vivre dans un monde pacifié). Et sans compter sa fille, Ingrid, plus portée, elle sur les valeurs guerrières de son père mais incapable de se trouver un mari qui lui convienne. Entre campagnes épiques (aux côtés de son fidèle compagnon Eddie) et vie de famille, Hägar Dünor n’a pas fini de faire sourire ses nombreux lecteurs…

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Saga 5, drames d’une famille éclatée

Saga_tome_5_couvSaga, tome 5, Brian K.Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin). Editions Urban Comics, 160 pages, 15 euros.

Le rythme ne se dément toujours pas dans cette Saga décidément toujours  étonnante et passionnante. Et l’action se démultiplie même dans ce volume 5 (réunissant les épisodes 25 à 30).

Déjà, la famille d’Hazel – l’enfant « contre-nature né des amours d’un ailé et d’une cornue, enjeu central de la saga – est séparée.

Hazel et sa fille sont prisonnières de Dengo, le serviteur-robot qui cherchait à faire connaître sa douleur d’avoir vu mourir son fils en ayant kidnappé le nouveau-né princier de son royaume. Depuis, il a fait aussi appelle à d’étranges « révolutionnaires » afin de parachever sa vengeance. De son côté, Marko, le père d’Hazel s’est lancé à la recherche de sa femme et de sa fille en compagnie du prince-robot. En parallèle, Gwendoline et Sophie partent en quête d’un remède capable de guérir le Testament, afin que celui-ci puisse mener à bien sa mission: capturer la famille d’Hazel. Et les retrouvailles auront un côté dramatique pour tous les protagonistes…

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Des pavés pour la plage…

Retour sur quelques (beaux) livres sur le 9e art, parus dernièrement et jamais évoqués ici, faute de temps. En attendant la rentrée et avant quelques jours de pause de ce blog.

Van hamme_mémoires d'écritures_couvJean Van Hamme, mémoires d’écriture, éditions GrandAngle, 112 pages, 15,90 euros. Jean Van Hamme l’a avoué ouvertement dans le dernier numéro du mensuel Casemate. Mais il le laissait déjà entendre dans ses « Mémoires d’écritures », parus fin mai (« Je vais aussi lâcher bientôt ce brave Largo. Pour retrouver ce temps qui me file entre les doigts afin de réaliser avant qu’il ne soit trop tard d’autres projets qui me tiennent à cœur. De toute manière, Philippe, qui a vingt-cinq ans de moins que moi s’y prépare déjà »)… Dans le dossier de presse accompagnant la sortie du livre, il déclarait d’ailleurs vouloir arrêter complètements son activité de scénariste BD ! Une remarque parmi toutes celles qui parsèment ce livre, dans lequel le romancier et scénariste belge raconte son parcours. Dans une « autobibliographie » plus qu’autobiographie d’ailleurs.

Dans une approche plutôt chronologique, Van Hamme ne livre pas de « scoops », mais des réflexions sur sa carrière, sur la bibliothèque de son aventureux de père en qui il voit l’origine de sa vocation, sur ses péripéties professionnelles (à l’extérieur comme à l’intérieur du monde du 9e art) et bien entendu sur la genèse de toutes ses séries, de XIII (dont on apprend qu’il fut un roman avant d’être la série phare que l’on sait) à Thorgal ou aux Maîtres de l’orge. Avec humour et une pointe d’autodérision, l’auteur égratigne au passage certains de ses pairs, mais insiste surtout sur des rencontres marquantes, avec Rozinski entre autre. Avec une riche illustration et d’une lecture aisée, ce livre apporte un joli regard sur l’un des plus grands conteurs de la BD contemporaine.

jack-kirby-king-of-comicsJack Kirby, King of comics, Mark Evanier, ed. Urban Comics, 224 pages, 29 euros. 2015 fut une « année Kirby » avec une expo hommage lors du festival d’Angoulême et une très belle version française de cette biographie signée Mark Evanier, ancien collaborateur du créateur de Thor, Hulk ou des 4 fantastiques. Préfacé par Neil Gaiman, l’ouvrage suit une approche et un chapitrage très classiquement chronologique, avec un inclinaison très empathique avec son sujet d’étude. Mais, paradoxalement, c’est une impression douce-amère que laisse cette vie d’un créateur présenté ici comme souvent exploité et rarement reconnu dans ses mérites – sinon quasi post mortem. quatrieme-monde-le-270x404Mais, à travers lui, c’est toute l’histoire des Comics qui est évoquée, avec sa traditionnelle opposition entre DC Comics et Marvel (qui doit énormément à Jack Kirby et Stan Lee). Mais le plus intéressant est dans l’approche esthétique et iconographique. Le livre reproduit de très nombreuses reproductions de planches (souvent en version originale), de couvertures, de crayonnés. Et propose quelques incises sur des collaborateurs du maître. En parallèle, Urban comics a aussi eu la bonne idée de republier une des œuvres phares (et longtemps mésestimée de Kirby) : Le quatrième monde ( 35 euros), un vrai trip mêlant Jimmy Olsen, des « chevelus », des gangs de motards, mêlés à des néo-dieux et à une guerre intergalactique. Un gros livre de 408 pages, lui aussi superbement édité, avec une introduction de Grant Morrison et une postface de Mark Evanier.

tout-lart-du-joker-270x363Tout l’art du Joker, Daniel Wallace. Urban Comics, 209 pages, 29 euros. Quatre mois après Kirby, Urban Comics exhume de nouveau un pan de l’univers graphique des comics avec sa version française d’une grosse monographie consacrée au Joker, l’emblématique adversaire ricanant de Batman, à l’occasion des 75 ans du personnages. Réalisé par un spécialiste des comics, Daniel Wallace, ce gros volume est, une fois encore, richement illustré. Mais il se distingue par son approche très thématique, évoquant ses débuts, mais aussi ses complices, ses méfaits emblématiques, etc. killing-joke-75-ans-270x407Le tout déployant une très grande diversité graphique, illustrant les multiples réutilisations du personnage depuis trois quarts de siècle. Dans la même logique éditoriale que pour le précédent ouvrage, est publiée une version « collector » en noir et blanc de Killing Joke, épisode culte signé Brian Bolland et Alan Moore et racontant les origines du Joker, comique minable instrumentalisé par des gangsters avant de sombrer dans la folie. Une œuvre majeure de « l’âge sombre » des comics et qui n’a rien perdu de sa noirceur et de sa force.

etre làÊtre là, avec Amnesty International reportages de Christophe Dabitch illustrés par treize dessinateurs. Editions Futuropolis, 184 pages, 24 euros. Après avoir recueilli des paroles « d’immigrants » pour Amnesty International, le journaliste Christophe Dabitch a repris la route, à la rencontre de militants et de victimes. Un périple aussi divers que les atteintes aux droits de l’homme peuvent également l’être. Son chemin débute en Argentine, auprès des familles et amis qui cimentent, dans des carreaux de céramiques colorées, la mémoire des victimes de la dictature ; action étonnant et poignant. Au Cambodge, il fait témoigner des femmes ayant résisté aux expulsions forcées des Khmers rouges ; en Ingouchie, il rencontre un avocat racontant son combat forcément très inégal contre un état oppressif. En Syrie, c’est une chercheuse, spécialiste des « conflits en phase aiguë » qui évoque – sans manichéisme – son action, sous les bombes des troupes de Bachar El-Assad. En Côte d’Ivoire, c’est aussi une atteinte à la nature qui est mise en avant, avec le rappel du scandale écologique du déversement de tonnes de produits toxiques à Abidjan. Mais les atteintes aux droits de l’homme ont aussi lieu en occident. Ceux-ci donnent lieu à deux reportages parmi les plus marquants de cet album. A travers les multiples réseaux de surveillance mises en place depuis une dizaine d’années, que des lanceurs d’alerte comme Snowden ou Assange ont révélé, mais aussi, plus prosaïquement en écoutant des roms de Grigny, dans l’Essonne. Eclectiques (à l’image des treize dessinateurs qui ont mis en images ces reportages), très denses, cet album collectif n’est pas d’un abord forcément très facile. Mais incontestablement utile. Venant rappeler l’actualité de la défense des droits humains un peu partout sur la planète.