C’est ce jeudi 14 octobre que l’on pourra – enfin – voir les dessins érotiques des illustrateurs de jeunesse censurés par le conseil général de la Somme. Plus quelques autres à la Briquetterie, axés sur la censure. Qui revient décidement dans l’air du temps.
« Pour adultes seulement« , la désormais si fameuse expo de dessins coquins d’illustrateurs de jeunesse organisée par l’Isarienne Janine Kotwika, à qui le conseil général de la Somme a fait une pub incroyable en l’interdisant avant l’été, se découvrira (si l’on peut dire…) dès ce soir au siège du conseil de l’ordre des avocats d’Amiens. Avec sans doute pas mal de monde pour regarder de visu l’objet du scandale… ou pas, concernant ces dessins surtout amusants ou poétiques, dus à des auteurs aussi renommés et reconnus dans leur domaine que Tomi Ungerer ou Nicole Claveloux – pour ne citer qu’eux.
On comptera peut-être même parmi les visiteurs Christian Manable, le « censeur » qui a annoncé sa venue… Un président qui, côté pub, a encore eu droit à un paragraphe vachard de Delfeil de Ton dans le Nouvel Observateur de la semaine dernière…

L'affiche de l'expo "Anastasie" inaugurée ce 14 octobre par la Briquetterie d'Amiens
Ce même 14 octobre, on pourra voir à Amiens une autre expo consacrée à « Anastasie », à la Briquetterie cette fois. Avec des oeuvres semble-t-il plus « osées »… Et une affiche due à Léo Kouper, qui avait aussi réalisé celle de « Pour adultes… »
Le sujet est, en tout cas, d’actualité en cette rentrée. Les déboires de Larry Clark à Paris ont remis un gros coup de projecteur sur la question et celle de l’attitude pubidonde (ou frileuse) de quelques élus socialistes.
Quand les socialistes rosissent devant « l’érotisme »
A Amiens, c’était donc une expo de dessins interdite de bibliothèque départementale ; à Paris, c’est une expo du photographe et cinéaste Larry Clarke, sur les ados qui est interdite au moins de 18 ans. Dans les deux cas, ce sont des élus socialistes – président du conseil général ici, maire de Paris, là – qui ont pris l’initiative d’une telle mesure. Avant même toute protestation. Par peur d’un procès ou du harcèlement de quelque groupuscule d’intégristes. Et au risque de se voir, comme dans la Somme, félicités par le Front national…
Il fut un temps où, à gauche, on se serait plutôt battu pour la liberté d’expression.
Et tout récemment, on en revient à la bande dessinée, avec cette autre censure – étonnante – révélée lundi par Yves-Marie Labé dans le Monde : Reiser interdit aux mineurs non accompagnés au festival de Saint-Malo ! Pour le coup, la mairie (UMP) n’y est pour rien. Cette fois, c’est l’organisateur du festival lui-même qui a pris la décision. Déjà un effet de la « jurisprudence Larry Clark » ? Cela augure mal de la suite. Les temps changent et le fond de l’air effraie. On se dépêchera de relire Manara ou La Survivante du Picard Paul Gillon avant qu’ils ne soient placés à l’index.