R.I.P. 2016

Avant de tourner définitivement la page de 2016, une dernière pensée pour la vingtaine de personnalités du monde du 9e art qui nous ont quitté cette année (merci au rapport Ratier pour le rappel d’une bonne partie de tous ces noms). En forme d’éphéméride de janvier à décembre. Et Requiescat in pace (que tous reposent en paix)…

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Siné tient toujours la forme

sine_loeil-graphique_couvSiné, l’oeil graphique, en collaboration avec François Forcadell. Editions La Martinière, 240 pages, 29,90 euros.

Alors que Siné mensuel continue vaillamment le combat en l’absence de son fondateur, l’oeuvre de Siné se redécouvre à travers l’angle graphique avec ce nouvel ouvrage des Editions de La Martinière, dans un format assez similaire à celui consacré aux dessins d’Honoré.

Connu surtout pour ses dessins politiques, ses coups de gueule et ses journaux (de Siné Massacre à Siné Mensuel en passant par l’Enragé), Siné était aussi un très bon graphiste, accordant un attention toute particulière à la mise en forme et à la présentation de ses travaux (ses « zones » dans Charlie hebdo puis Siné hebdo et mensuel le démontrent déjà amplement).
Si sa formation à l’Ecole Estienne fut un peu cahotique, Siné reconnaissait que celle-ci marqua profondément son goût pour la mise en page. Comme il l’explique dans un texte repris en introduction du livre : « J’ai appris à aimer les blancs autour d’un texte ou d’une illustration, à respecter un dessin qui m’est confié et à tout faire pour le mettre en valeur sans le retrécir, l’agrandir, le rogner, ni surtout l’anamorphoseer au prétexte qu’il n’a pas la taille qui m’arrangerait bien pour le faire entrer à l’endroit choisi. » Très exigeant en la matière, il souligne presque préférer « un dessin médiocre bien présenté à un bon dessin gâché par l’habillage intempestif d’une typo mal choisi« .

Pour présenter et ordonner cette foisonnante oeuvre, cet ouvrage choisi un classement à la fois chronologique et thématique, avec ses premiers travaux, puis ses commandes publicitaires (commerciales ou pour des pièces, des festivals ou des films), les couvertures d’ouvrages ou de disque, les journaux.
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Siné mensuel toujours debout

L’annonce du décès de Siné, ce jeudi a différé l’habituelle évocation du contenu de son mensuel, sorti la veille. L’évoquer, le jour d’après, le charge forcément d’un autre sens. Et confirme, en tout cas, toute sa consistance.

C’est avec une plus grande émotion qu’on lira l’ultime « zone » de Siné, quasi prophétique, dans laquelle il s’interroge sur Dieu, dans Siné mensuel de ce mois de mai. Mais, à la différence de bien d’autres retrouvant, au dernier instant, la foi du désespoir, Siné, enterré ce mercredi 11 mai, six jours après son décès, demeure radicalement agnostique : « Compte tenu de mon extrême fragilité générale, je risque de ne pas me réveiller de l’anesthésie et de me retrouver plus vite que voulu à faire la connaissance du vieux débris céleste, si toutefois ce vieux blaireau existe ! Comme ça, j’en aurai enfin le coeur net et vérifierai si mon athéisme pur et dur était justifié... » Et puis, surtout, il termine sa chronique – la toute dernière donc – avec cette analyse pleine de vie et d’énergie, sur le mouvement Nuit debout (« … Malgré, comme nous tous, une certaine impatience à voir ce mouvement éminemment sympathique et porteur d’espoir déboucher sur un renouvellement drastique de notre politique pourrie actuelle. Soutenons Nuit Debout sans rechigner bien que leurs questions restent, pour l’instant, sans réponses. »…

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Siné enterré en demi-teinte par « Charlie hebdo »

dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo  n°1242 de ce 11 mai.

dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo n°1242 de ce 11 mai.

Avouons-le, on attendait avec une certaine curiosité le numéro de Charlie hebdo de ce mercredi, pour la manière dont il saluerait la disparition de Siné. Dessinateur quand même « historique » de l’hebdo satirique, du premier Charlie, mais aussi des prémisses de la « deuxième époque », avec la Grosse Bertha puis une « zone » qui accompagnera Charlie Hebdo de 1992 jusqu’à son licenciement en 2008.

La réponse à cette interrogation se trouve en der, dans les « couvertures auxquelles vous avez échappé », avec ce dessin de Foolz qui constate : « Siné, un hommage en demi-teinte« . Et de montrer un évêque et des militaires soulignant « On n’était pas d’accord sur tout« . C’est aussi manifestement l’état d’esprit au sein de la rédaction de Charlie, qui a plutôt opté pour le traitement minimum. A deux exception près…

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Siné, un grand dessin tout tracé

Siné_60 ans de dessins_couvSiné, 60 ans de dessins, François Forcadell, Stéphane Mazurier, préface de Guy Bedos. Editions Hoëbeke, 192 pages, 30 euros.

La récente disparition de Siné incite à se replonger dans son oeuvre. Pour cela, une bonne approche est apportée par Siné, 60 ans de dessins, beau livre publié voilà six ans et demi.

En quelques 200 pages richement illustrées de reproductions de ses meilleurs dessins (et couvertures), préfacé par Guy Bedos, l’ouvrage avait à l’époque valeur de « réhabilitation » ou plutôt de remise à sa juste place du dessinateur, quelques mois après « l’affaire Siné », qui avait vu son limogeage de Charlie Hebdo par Philippe Val sous la fallacieuse (et fielleuse) accusation d’antisémitisme, suite à un paragraphe d’une de ses chroniques, évoquant le fils de Nicolas Sarkozy, qui venait d’être relaxé pour délit de fuite en scooter et avait annoncé sa conversion au judaïsme et son prochain mariage avec l’héritière des magasins Darty (« Le parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! « ).
Un licenciement abusif et une accusation pour « incitation à la haine raciale » lancée par la Licra (d’autant plus absurde que c’est le propre président de la Licra qui, cité par Libération, avait évoqué le premier le futur mariage du rejeton du Président) dont Siné sortira blanchi par la justice et qui enclencha le lancement de Siné hebdo, devenu Siné Mensuel. Mais, alors que son décès est l’occasion pour certains esprits « bien pensants » de ressortir cette injuste accusation, il n’est pas inutile de se rafraîchir la mémoire sur son parcours et sur son oeuvre…

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Siné a passé l’arme à (l’extrême) gauche

Ce jeudi 5 mai, à 8 heures, le dessinateur Siné est décédé à l’hôpital Bichat des suites d’une opération, a-t-on appris de son entourage.

medias-presse-sine-hebdo_5592949Mourir le jour de l’Ascension, pour un anar farouchement athée comme Siné, il faut y voir un dernier bras d’honneur. Le dessinateur est décédé ce matin à l’hôpital Bichat des suites d’une opération des poumons…

Avant-hier, il écrivait sa dernière zone, publiée hier sur le site de Siné Mensuel :
Ça m’énerve grave
. Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer que je ne nageais pas dans une joie de vivre dionysiaque ni dans un optimisme à tous crins, ce qui est pourtant mon penchant habituel. Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux !Heureusement que vous êtes là, admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés… vous ne pouvez pas savoir comme vos messages me font du bien, un vrai baume miraculeux !
Et banzaï malgré tout !

La dernière "une" de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

La dernière « une » de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

Il avait déjà été absent du numéro d’avril de Siné mensuel. Mais avait fourni deux unes (en avril et mai) particulièrement rageuses et vivantes. A l’image d’une vie toute entière dédiée à la révolte face à l’ordre établi. Vie qu’il avait en partie racontée dans son autobiographie dessinée en plusieurs épisodes…

Né Maurice Sinet, le 31 décembre 1928 à Paris, il était fils d’un ferronnier anarchiste (bon sang ne saurait mentir) et d’une épicière. Entré à l’école Estienne en 1942, il devient graphiste. Ses premiers dessins sont publiés en 1952 dans France Dimanche. En 1955, il reçoit le grand prix de l’humour noir pour son recueil Complaintes sans paroles, préfacé par Marcel Aymé et postfacé par Jacques Prévert.
En 1957, il publie 
les Chats, une oeuvre marquante qui lui donnera une première notoriété. En 1958, il entre à l’Express, mais sa fougue anticolonialiste durant la guerre d’Algérie passe mal et il finit par démissionner en novembre 1962. Il rebondit en créant son propre hebdo Siné Massacre. Et il prend part à Mai 1968 avec l’Enragé. Il participe ensuite à Hara-Kiri, dessine pour l’Humanité Dimanche et rejoint l’équipe de Charlie Hebdo en 1981.
Il fait aussi partie du « second Charlie Hebdo », celui de Philippe Val, en 1993, mais les relations se tendent progressivement avec le directeur de la rédaction et son orientation de plus en plus atlantiste et droitière. Il se fait virer de Charlie en 2008, accusé d’antisémitisme pour une évocation du fils de Sarkozy. Siné sortira totalement blanchi par la justice de cette accusation. Mais, suite à l’émotion suscité par ce licenciement, Siné et sa femme, Catherine Sinet, fondent Siné hebdo. Celui-ci passe ensuite mensuel et continue aujourd’hui de développer un humour sarcastique et politique.

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Un air de jeunesse souffle toujours sur « Siné mensuel »

Siné mensuel_avril 2016S’il offre, en une, un dessin joyeusement positif, plein de jeunesse et de révolte, Siné ne sème pas sa zone dans Siné Mensuel, en ce mois d’avril. A cause, précise un petit encadré « de toutes les nouvelles péripéties de sa rate, de son coeur, de ses reins et de ses poumons, ajoutées aux effets de la chimio et parachevées par un usage immodéré de la morphine… »  Pas en état de « gamberger », il se contente de rêver, « avant de passer l’arme à l’extrême gauche, d’avoir les peaux de BHL et de Philippe Val ». Même si cette perspective, assure le journal, ne devrait pas tarder à le remettre d’aplomb, le message n’est pas de bonne augure, forcément.
Ce qui est plus réconfortant, en revanche, c’est la qualité du journal et le mordant des dessins, notamment ceux de nouvelles signatures. Ainsi, si l’on déplore aussi ce mois-ci l’absence de la page de Mix & Remix, voit-on apparaître deux nouvelles pages d’auteurs prometteurs…
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« Siné » enterre Hollande au champagne

Sine mensuel_fevrier 2016En forme Siné et son mensuel pour ce numéro de février. Avec un excellent dessin du « patron » en Une – parfait édito politique – pour débuter, une page « d’amuse-gueules » tout aussi bonne : notamment le nouvel espace Schengen pour les sans-papiers résumé par Faujour, Macron brisant le Code du travail par Jiho, le dessin du Rafale customisé à l’indienne par Waner – nouvelle signature inconnue de ma part – et un dessin d’un humour très noir sur la Syrie de Mix & Remix. Le dessinateur suisse, très souvent excellent (c’est le cas ce mois-çi) est d’ailleurs très présent dans ce numéro, à travers sa page (ou il brocarde plutôt gentiment le « mea culpa » de Sarkozy), un strip et aussi via l’illustration de la grande interview d’Edgar Morin, ou le dessin décalé se met à la hauteur des propos du sociologue…

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« Siné mensuel » sans peur

Nouveau numéro, percutant, de Siné Mensuel. Riche et varié.

Siné_Mensuel_décembre2015_uneSiné Mensuel parvient à faire, au sujet des attentats, ce que Charlie Hebdo a échoué à réaliser. Alors que l’hebdo de Riss, objectivement – enfin, le plus honnêtement possible dans la subjectivité personnelle – marque le pas et n’est pas parvenu à trouver le bon ton après les attaques à Paris et au Stade de France (ce qui peut se comprendre, vu le trauma interne), le mensuel de Siné arrive à faire sourire, voire franchement rire dans son nouveau numéro.

« Même pas peur », comme proclame Siné en une (reprenant le titre de son nouveau confrère belge né après les attentats de janvier), avec un dessin qui dit tout et illustre bien l’ambiguïté des sentiments présents. Avec des échos multipliés à l’intérieur…

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Siné, toujours aussi Enragé

•HS_SMV_09_Couv+DosBLEU-OK_BAT-DEF.inddSiné, ma vie, mon oeuvre, mon cul ! tome 9. Siné mensuel hors série, 80 pages, 8 euros.

Siné poursuit la publication de ses mémoires, reprise l’an passé et désormais sous pavillon Siné mensuel. Et ce deuxième nouveau tome, qui couvre la période 1965 – 1968, contient son lot de pépites et de surprises.

Le début n’est pourtant pas très réjouissant (du moins pour l’auteur) avec un voyage en Chine maoiste assez catastrophique, après un interminable trajet ferroviaire par le transsibérien. Et sur place, d’innocentes cartes postales où il s’amuse à dessiner un chat miaulant « Mao » manquent de l’envoyer en camp de rééducation !
La suite sera plus riante, puisque Siné y conte sa fabuleuse – et étonnante – période algérienne lorsque, sollicité par un ami nommé PDG de la société des pétroles, il se voit confier tout l’habillage graphique de la Sonatrach. Une expérience méconnue qui va durer jusqu’en 1978, lorsque son copain sera viré de son siège par le nouveau président algérien. Mais entretemps, Siné aura relooké l’ensemble des productions et sites de la société, du logo aux uniformes des pompistes jusqu’aux stations-service. En Algérie mais aussi dans l’Europe entière. Pour preuve, Siné reproduit (exceptionnellement dans un récit qui privilégie ses dessins) une série de photos d’époque de ses créations… Un design très moderniste (pour les 60′) d’une belle classe…

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