Catherine Sinet: « Siné reste totalement actuel »

Un numéro 100 % Siné, de l’éditorial aux textes qui accompagnent les dessins (classés autour des grands thèmes de son œuvre : religion, politique, etc). C’est ainsi que se présente ce hors-série de Siné Mensuel, qui sort en kiosques ce 25 mai. Hommage au dessinateur décédé voilà un an.

Les recueils de dessins de Siné ne manquent pas (signalons juste l’excellent beau livre des Soixante ans de dessins, paru en 2010 chez Hoëbeke ou le plus récent mais également réussi Œil graphique, à La Martinière). Mais retrouver Siné dans un journal, c’est autre chose. Lui dont la carrière fut si intimement liée à la presse – avec des hauts, des bas, des déboires et toujours des éclats : ayant débuté à l’Express pendant la Guerre d’Algérie (d’où il s’en fit virer), collaboré à l’Enragé en Mai 68, puis à l’Événement du Jeudi, ayant lancé plusieurs magazines comme Siné Massacre, Siné hebdo et le dernier en date – toujours bien vivant, lui – Siné Mensuel. Et, bien sûr, son nom reste attaché à Charlie hebdo (première version avec Gébé et Cavanna, puis deuxième version, sous la direction de Philippe Val… qui le vira à la suite d’un procès en antisémitisme et anti-sarkozysme que certains procureurs auraient apprécié… du côté de Moscou dans les années 30).

Bref, s’il fut affichiste ou autre, Siné est avant tout dessinateur de presse, d’une féroce et étonnante actualité, ainsi que l’explique Catherine Sinet, sa compagne et aujourd’hui la directrice de rédaction de Siné Mensuel…

Lire la suite

Siné mensuel mobilisé avec les initiatives citoyennes et François Ruffin

Après une numéro consacré aux « sans voix » voilà deux mois, Siné mensuel met l’accent ce mois-ci sur les mobilisations citoyennes. Et aussi sur la campagne de François Ruffin dans la Somme !

Il y a deux mois, Siné Mensuel donnait la parole aux « sans voix ».

Ce mois-ci, il propose un nouveau numéro spécial, consacré cette fois aux « mobilisations citoyennes » face à « la nullité des politiques ». Un tour de France illustré par Berth, qui signe aussi le dessin de couv’ du numéro, sur Emmanuel Macron.

Car, bien sûr, l’élection du nouveau Président est l’événement qui a forcément inspiré les dessinateurs.

Des « amuse-gueules » de la page 2 jusqu’à la dernière page, c’est un vrai festival de dessins, plutôt vachards et saignants, on s’en doute…

Lire la suite

Les « sans » donnent de la voix dans « Siné Mensuel »

A la veille d’une élection présidentielle qui oublie pour l’instant tous les sujets de fond, Siné Mensuel livre, en ce mois de mars, un numéro spécial donnant la parole à tous les sans-voix. Un numéro qui n’en oublie pas pour autant aussi les dessins. Tout aussi retentissants parfois.

Configuration un peu particulière, donc, pour cet opus n°62 du mensuel fondé par Siné et qui entend bien toujours pousser son coup de gueule, à l’image du dessin de couv’ signé Faujour.

Outre l’illustration des différents témoignages de de prof, d’ouvrier, de chômeur, d’infirmière, d’étudiant, d’intérimaire et autres « sans-voix » qui occupent la plus grande part des pages du journal, la bande d’illustrateurs de l’équipe fait dans le « micro-comptoir ». Faujour dissout la primaire du PS dans un bar du nord Finistère, Lindingre se met en scène avec son héroïne Titine en immersion au « café des amis », Carali abandonne temporairement sa chronique autobiographique pour évoquer, avec finesse, le paradoxe de la prise du pouvoir. Et c’est Berth qui fait dans le témoignage personnel en contant une rencontre marquante avec un « SDF ».
Enfin, Rémi Malingrëy lâche son univers surréaliste pour mettre en scène les propos d’une infirmière en pédiatrie. Un témoignage fort et marquant. Tout comme le dessin de Lie, qui illustre bien un article de Thierry Leclère sur le méconnu mémorial des civils victimes de guerre de Falaise, en Normandie…

Lire la suite

« Siné Mensuel » au niveau de l’actualité caricaturale

Quand l’actualité devient elle-même caricaturale, c’est un plaisir pour la satire. C’est un peu le cas en ce moment et ça donne un nouveau numéro de Siné mensuel à la fois saignant et réjouissant.

Côté actu international, le dessin de couv’ de Berth donne le ton, avec ce très réussi, clin d’oeil au fameux « we want you » de l’Oncle Sam incitant les « boys » à s’engager en 1917. A l’intérieur, Donald Trump et sa nouvelle « Amérique d’abord » est évoquée aussi férocement par une pleine page de Jiho, évoquant différentes facettes des USA pro-Trump, plus poétiquement (mais finalement avec autant de mordant) par Malingrëy et le coiffeur de Trump, et par un florilège en dernière page, dont on retiendra notamment un dessin très binaire et efficace de Pakman (entre le bien et le mal: le ku klux klan et les femmes en burqa) et un petit dessin de Berth, montrant le « programme de Donald Trump », à savoir le président pissant sur le globe ! Même Siné retrouve une place pour évoquer le phénomène avec un joli dessin montrant un homme effaçant la bannière étoilée…

Lire la suite

L’année commence bien avec « Siné mensuel »

Si ce n’est pas franchement la joie du côté de Charlie hebdo, comme on l’a vu récemment, le premier Siné mensuel de 2017 redonne le sourire. A l’image déjà du dessin de couv’, de Geluck et sa méthode anti-emmerdes pour l’année à venir (sujet complété par son dessin en page 3 en forme de labyrinthe pour traverser et quitter 2017).

Autre motif de réjouissance, la reprise d’un beau dessin coloré de Siné montrant un peintre de la place du Tertre à Montmarte peignant une scène de cul devant une foule accablée et avec le Sacré-Coeur en fond (de quoi se venger de l’immonde édifice à l’architecture pâtissière et réactionnaire qui défigure la colline pour « expier les malheurs de la Commune de Paris »… Le dossier « présidentielle » du mois s’avère aussi très encourageant, avec une évocation de projets écologiques réussis au Costa-Rica, à Malmö ou dans le village andalou de Marinaleda, qui donnent envie d’aller vivre sur place.
Pour le reste, le contenu s’attache à des « petits faits vrais » traités avec grandeur…

Lire la suite

Mix & Remix, mort et pas seulement de rire

Quinze jours après le décès de Gotlib, c’est une autre triste nouvelle qui endeuille cette fin d’année dans le petit monde de la bande dessinée et du dessin de presse helvétique mais aussi français.

Moins connu que le fondateur de Fluide glacial, Philippe Becquelin est mort à l’âge de 58 ans des suites d’un cancer du pancréas. Son nom ne dira rien à personne, son pseudonyme sans doute un peu plus: Mix & Remix. Et ceux qui ont découvert un de ses dessins ou de ses strips dans Courrier international, la matinale du Monde ou dans Siné Mensuel ne pourront manquer de s’en souvenir, tant son oeuvre était singulière et son talent et son sens de la satire étaient éblouissants et hilarants, avec un style minimaliste, mais qui en disait un maximum…

Lire la suite

Siné, cadeau mensuel

Siné est mort, mais son journal se vend encore ! Le numéro de décembre, qui vient de sortir mêle encore une fois enquêtes, chroniques (avec l’arrivée de l’humoriste Guillaume Meurice aux côtés des habités Christophe Alévêque, Isabel Alonso, Berruyer ou autre Jean-Marie Laclavetine, qui signe l’édito du mois) et dessins de presse féroces.

Porté par l’actu, ce numéro fait la part belle à François Fillon – habillé pour l’hiver notamment dans les « amuse-gueule » et « Coups de boule » qui ouvrent le journal – et anticipe un peu sur Noël, avec trois pages d’idées cadeaux et un superbe dessin de der de Jacques Tardi (après sa magnifique couv’ du numéro de rentrée en septembre). Autre grand collaborateur attitré de Siné Mensuel, Geluck « se lâche » avec un dessin fameux, qui réussit l’exploit de (bien) saluer à la fois le décès de Fidel Castro et la non-candidature de François Hollande !
Pour en rester aux dessins, Lacombe consacre sa page à François Fillon (avec toujours la même verve, de mois en mois), Berth propose quelques « croquis d’audience » loufoques et drôles, Yan Lindingre décrit la réalité kafkaïenne d’un dessinateur-journaliste voulant faire valoir ses droits à Pôle Emploi, Faujour se paie le Vendée Globe ou plutôt Philippe de Villiers et Malingrey livre un très joli dessin de crèche de Noël « pour tous »…

Lire la suite

Siné mensuel, le jour(nal) d’après

Ce numéro de juin de Siné Mensuel est le premier sans son fondateur, Siné, décédé le mois dernier. Mais celui-ci est encore bien présent. Et son esprit aussi.

siné mensuel_54_couvLe combat continue ! La couverture de ce numéro de juin de Siné Mensuel a valeur de programme. Et de création graphique, avec les autoportraits d’une bonne partie des « piliers » du journal devant le bras d’honneur emblématique dessiné par Siné.

A l’intérieur aussi, le fondateur de Siné Mensuel n’est pas oublié.
A la place de sa traditionnelle « zone » il a droit maintenant à une série de ses anciens dessins. Avec, pour cette première, une rubrique spéciale « j’aime pas les flics » dont quelques perles exhumées du début des années 60.
Des dix pages d’hommage, qui reprennent des témoignages de lecteurs ou des personnalités présentes à l’enterrement, au cimetière de Montmartre, on retiendra surtout la planche ou Yan Lindingre reprend l’exercice de mot-valise dessiné popularisé par Siné, en y allant d’une déclinaison avec le mot « siné » (de Siné chat rade à Sine te – sans toi), mais aussi des dessins de Mric (avec Siné en grand nom du cubisme…) ou le joli dessin de Desclozeaux réinterprétant la pub des frères Ripolin…

Lire la suite

Siné mensuel toujours debout

L’annonce du décès de Siné, ce jeudi a différé l’habituelle évocation du contenu de son mensuel, sorti la veille. L’évoquer, le jour d’après, le charge forcément d’un autre sens. Et confirme, en tout cas, toute sa consistance.

C’est avec une plus grande émotion qu’on lira l’ultime « zone » de Siné, quasi prophétique, dans laquelle il s’interroge sur Dieu, dans Siné mensuel de ce mois de mai. Mais, à la différence de bien d’autres retrouvant, au dernier instant, la foi du désespoir, Siné, enterré ce mercredi 11 mai, six jours après son décès, demeure radicalement agnostique : « Compte tenu de mon extrême fragilité générale, je risque de ne pas me réveiller de l’anesthésie et de me retrouver plus vite que voulu à faire la connaissance du vieux débris céleste, si toutefois ce vieux blaireau existe ! Comme ça, j’en aurai enfin le coeur net et vérifierai si mon athéisme pur et dur était justifié... » Et puis, surtout, il termine sa chronique – la toute dernière donc – avec cette analyse pleine de vie et d’énergie, sur le mouvement Nuit debout (« … Malgré, comme nous tous, une certaine impatience à voir ce mouvement éminemment sympathique et porteur d’espoir déboucher sur un renouvellement drastique de notre politique pourrie actuelle. Soutenons Nuit Debout sans rechigner bien que leurs questions restent, pour l’instant, sans réponses. »…

Lire la suite

Siné a passé l’arme à (l’extrême) gauche

Ce jeudi 5 mai, à 8 heures, le dessinateur Siné est décédé à l’hôpital Bichat des suites d’une opération, a-t-on appris de son entourage.

medias-presse-sine-hebdo_5592949Mourir le jour de l’Ascension, pour un anar farouchement athée comme Siné, il faut y voir un dernier bras d’honneur. Le dessinateur est décédé ce matin à l’hôpital Bichat des suites d’une opération des poumons…

Avant-hier, il écrivait sa dernière zone, publiée hier sur le site de Siné Mensuel :
Ça m’énerve grave
. Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer que je ne nageais pas dans une joie de vivre dionysiaque ni dans un optimisme à tous crins, ce qui est pourtant mon penchant habituel. Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux !Heureusement que vous êtes là, admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés… vous ne pouvez pas savoir comme vos messages me font du bien, un vrai baume miraculeux !
Et banzaï malgré tout !

La dernière "une" de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

La dernière « une » de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

Il avait déjà été absent du numéro d’avril de Siné mensuel. Mais avait fourni deux unes (en avril et mai) particulièrement rageuses et vivantes. A l’image d’une vie toute entière dédiée à la révolte face à l’ordre établi. Vie qu’il avait en partie racontée dans son autobiographie dessinée en plusieurs épisodes…

Né Maurice Sinet, le 31 décembre 1928 à Paris, il était fils d’un ferronnier anarchiste (bon sang ne saurait mentir) et d’une épicière. Entré à l’école Estienne en 1942, il devient graphiste. Ses premiers dessins sont publiés en 1952 dans France Dimanche. En 1955, il reçoit le grand prix de l’humour noir pour son recueil Complaintes sans paroles, préfacé par Marcel Aymé et postfacé par Jacques Prévert.
En 1957, il publie 
les Chats, une oeuvre marquante qui lui donnera une première notoriété. En 1958, il entre à l’Express, mais sa fougue anticolonialiste durant la guerre d’Algérie passe mal et il finit par démissionner en novembre 1962. Il rebondit en créant son propre hebdo Siné Massacre. Et il prend part à Mai 1968 avec l’Enragé. Il participe ensuite à Hara-Kiri, dessine pour l’Humanité Dimanche et rejoint l’équipe de Charlie Hebdo en 1981.
Il fait aussi partie du « second Charlie Hebdo », celui de Philippe Val, en 1993, mais les relations se tendent progressivement avec le directeur de la rédaction et son orientation de plus en plus atlantiste et droitière. Il se fait virer de Charlie en 2008, accusé d’antisémitisme pour une évocation du fils de Sarkozy. Siné sortira totalement blanchi par la justice de cette accusation. Mais, suite à l’émotion suscité par ce licenciement, Siné et sa femme, Catherine Sinet, fondent Siné hebdo. Celui-ci passe ensuite mensuel et continue aujourd’hui de développer un humour sarcastique et politique.

Lire la suite