C’est fort, Apache !

Apache, Alex W.Inker. Editions Sarbacane, 128 pages, 22,50 euros.

On peut saluer le jury du Prix Polar BD SNCF d’avoir mis en lumière Apache. Et on peut noter l’ouverture d’esprit du prix décerné par une entreprise de transports pour un ouvrage qui se déroule dans le huis-clos d’un bar parisien des années 1920 !

Un bar miteux dans lequel s’arrête, à la nuit tombée, un couple bourgeois atypique: une jolie métisse et son micheton, gros homme acariâtre qui attend avec angoisse les résultats des courses de la « Grande nuit de Longchamp », sur lesquelles il espère toucher le pactole. Délaissée, la jeune femme engage la conversation avec le barman, ex-boxeur qu’un coup trop violent lors d’un match truqué à envoyé au bagne. Arrivera ensuite le chauffeur du couple, antipathique et à l’origine de cet arrêt impromptu pour cause d’incident mécanique. Des rebondissements tragiques viendront révéler les liens noués entre tous les personnages…

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Carrément noir

La Louve, Lorenzo Palloni. Editions Sarbacane, 192 pages, 22 euros.

La « Louve » est une redoutable collecteuse d’argent, se chargeant de récupérer les impayés au profit de son mystérieux patron, prêteur à gages mafieux. Elle a des méthodes radicales: tabassage, menaces, torture, enlèvement et jusqu’au meurtre s’il le faut. Sans émotions, en pro. Androgyne et violente, cette femme, Ginger, est aussi une épouse banale et attentionnée qui rejoint son mari – inconscient de cette double vie – après ses expéditions punitives. Tiraillée entre ces deux univers si lointains, elle va voir cet équilibre se rompre lorsque, justement, sa vie « professionnelle » et sa vie privée vont brutalement entrer en collision. Et une coupable faiblesse va aussi l’entraîner vers sa perte…

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Huis clos d’un été 48 dans le Montana

Montana, 1948, Nicolas Pitz, d’après le roman de Larry Watson. Editions Sarbacane, 128 pages, 19,50 euros.

Dans le Montana, à la frontière avec le Canada, dans l’après Seconde Guerre mondiale, le jeune David Hayden est le fils du sheriff de Mercer County. Il vit avec sa mère, luthérienne fervente et Marie, sa jeune nounou indienne. Et son père n’a rien d’héroïque, à la différence de son frère, Frank, charismatique héros de guerre devenu le médecin de la ville. Mais derrière l’image publique se cache une réalité plus sordide. Frank est soupçonné d’attouchements et d’agressions sur les jeunes indiennes de la réserve toute proche. Et toute la famille va être prise dans une douloureux choix, entre la loyauté familiale et la justice…

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Dramatique histoire Damour

Jacques Damour, Vincent Henry (scénario), Gaël Henry (dessin). Editions Sarbacane, 144 pages, 19,50 euros.

Après une jolie évocation de l’anarchiste-cambrioleur Alexandre Jacob, Vincent et Gaël Henry se retrouvent de nouveau chez Sarbacane autour d’un autre personnage du tournant du siècle (plutôt campé cette fois dans la fin du XIXe siècle que dans le début du XXe siècle).
Paris, 1880, Emile (Zola ?) se voit éconduit de chez sa maîtresse, Louise de Savigny. Celle-ci vient de retrouver son père, qu’elle croyait mort, qui lui a été ramené par un vieil ami ambigu de ce dernier, Berru. Jacques Damour, ce père disparu donc, était sur le point de se jeter dans la Seine. Il est vrai que sa vie ne semblait plus vouloir lui apporter grand chose.
Tout n’avait pourtant pas si mal commencé. Pauvre, mais heureux, il vivait sa petite vie de ciseleur sur métaux à Ménilmontant, avec son fils Eugène, sa petite « Louise » à la constitution fragile, son épouse Félicie et son ami Berru, un brin pique-assiette aux idées révolutionnaires. Mais tout va basculer lors de la Commune de Paris.
A la fin de celle-ci, déporté en Nouvelle-Calédonie, Jacques Damour va vivre dix ans d’errances, en Amérique ou en Belgique, avant de rentrer dans sa ville où on le croit mort et où sa femme s’est remariée. Choyée par sa fille (devenue la protégée d’un riche comte), son histoire rocambolesque va inspirer aussi Emile…

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L’Ecureuil vole toujours haut

L’Ecureuil, tome 1: un démon sous les toits ; tome 2: par-dessus la Commune, Fabien Grolleau (scénario), Benjamin Miallet (dessin), Lou Bonelli-Cresta (coloriste). Editions Sarbacane, 64 pages, 13,90 euros.

Alors que les Prussiens sont aux portes de Paris, que l’empire de Napoléon III vacille définitivement, alors que bientôt les Parisiens feront vivre une éphémère et utopique Commune, c’est un autre drame qui se joue… en haut des immeubles de la capitale. Un étrange petit voleur aux longs cheveux roux voltige de toit en toit, détroussant habilement les bourgeois de leurs bijoux. Mais il est poursuivi par la vindicte de Max, le vicieux roi des malfrats. Et ce drôle « d’Ecureuil » va aussi devoir sauver sa protectrice des griffes de Max. Tandis qu’on va en savoir plus sur son identité, le petit voleur va continuer de bénéficier de l’aide de Victor Hugo, qui le suit depuis longtemps…

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La clé Desonge

Couleurs, Sylvain Escallon. Editions Sarbacane, 144 pages, 18,50 euros.

Voici un album contrasté et intrigant. Comme son prologue montrant une colonne de fourmis qui pensent avoir trouvé un bon chemin pour rejoindre leur fourmilière, un rail immaculé… mais le passage d’un train ne leur laissera aucune chance. Dans ce train, se trouve justement le héros de l’histoire. Un jeune homme, fiévreux, maladif et amnésique se réveille dans un semi-sommeil. En face de lui, un vieil homme se présente. Il se nomme Herman Desonge, il est artiste-peintre et lui explique qu’après la « grande catastrophe », les particuliers viennent suppléer les hôpitaux surchargés ; et qu’il va donc héberger le jeune homme chez lui en échange de menus travaux d’entretien. Pour faire face à ses crises, le jeune homme pourra bénéficier de l’aide d’un médecin, qui lui ouvrira les portes d’une autre perception, révélant son instinct créatif. Mais tout cela n’est peut être pas si désintéressé et généreux que cela…

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Western social entre « compadres »

Compadres, Pierre Colin Thibert (scénariste), Fred Pontarolo (dessin). Editions Sarbacane, 96 pages, 19,50 euros.

Le western revient en force en bande dessinée et il continue d’inspirer.

Octobre1874, dans l’Oklahoma, un voyageur se fait surprendre dans son bivouac par un indien. Mais celui-ci ne le tue pas (comme il avait pu le faire un mois avant d’un capitaine de cavalerie), séduit par la présence d’un violon auprès de cet immigrant solitaire.
Antoine est un ancien Communard en fuite, venu chercher la fortune dans l’Ouest ; Two Moons est lui aussi un solitaire, qui cherche à venger sa famille, massacrée quelques années plus tôt par l’armée. Leur errance va les amener finalement à une mine de cuivre, South Mountain. Two Moons est engagé dans la bande de vigiles chargée de surveiller les mineurs, Antoine est embauché pour ses talents de ferronnier, dans l’atelier de réparation de matériel. Il va découvrir la dure exploitation des mineurs et rencontrer quelques autres proscrits: Stolichine, un anar russe ou Finkelstein, rescapé d’un pogrom en Pologne. Et ils vont tenter d’améliorer leur sort. Mais ils vont faire face à ce monde vraiment « sans foi ni loi » de l’Ouest…

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Scout pas toujours prêt

Totem, Nicolas Wouters (scénario), Mikaël Ross (dessin). Editions Sarbacane, 160 pages, 22,50 euros.

Pas sûr que ce gros album serve beaucoup la cause du scoutisme.
Alors que son petit frère, gravement malade,  doit être hospitalisé, Louis, 12 ans, est envoyé dans un camp scout, au fond d’une forêt profonde. Là, il doit se fondre aux rites du groupe, avec ses brimades, ses bagarres entre les « patrouilles » et trouver sa place, jusqu’au grand moment du rite de la « totemisation », cette sorte de bizutage où Louis prendra son identité de scout en découvrant son animalité. Et, en parlant d’animaux, un léopard échappé d’un zoo se balade aussi dans ces bois, faisant peser un danger sur les scouts inconscients…

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Pereira, poids plume de la résistance au Salazarisme

pereira-pretend_couvPereira prétend, Pierre-Henry Gomont, d’après le roman d’Antonio Tabuchi. Editions Sarbacane, 160 pages, 24 euros.

Adaptation subtile et forte d’un roman à succès d’Antonio Tabuchi.

En 1938, en pleine dictature salazariste, le doutor Pereira est un journaliste vieillissant, veuf inconsolable et solitaire. Depuis une trentaine d’années, il rédige sans passion la page culturelle du Lisboa, quotidien conservateur de Lisbonne. Indifférent aux violences du régime, « bon catholique« , conversant surtout avec le portrait de sa défunte épouse et les affres de sa conscience, il s’interroge sur la résurrection de l’âme et pense avoir trouvé une partie de la réponse chez un jeune écrivain, Francesco Monteiro Rossi, qu’il engage – sans logique véritable – comme collaborateur, sous le prétexte de lui faire rédiger des nécrologies anticipées d’écrivains. Mais emporté par sa fougue et par la ferveur de sa compagne au service des Républicains espagnols, Monteiro livre des textes sulfureux sur des auteurs interdits comme Garcia Lorca ou Maïakovski. Lorsqu’il se retrouvera confronté avec la police politique, Pereira devra, à son tour, prendre position…

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Une auteure qui a du chien

Gurty_couvLe Journal de Gurty, Bertrand Santini. Editions Sarbacane, collection Pepix, 144 pages, 9,90 euros.
Pour la première fois dans l’histoire de la littérature, voici un livre entièrement écrit par un canidé: la malicieuse Gurty. Bien sûr, pour cette entreprise elle s’est fait aider par un humanoïde, à savoir Bertrand Santini. Ce dernier est l’auteur des truculents Yark et Jonas, le Requin Mécanique, tous deux aux éditions Grasset Jeunesse.

Pour son premier ouvrage, Gurty a choisi de raconter ses vacances en Provence

Celles-ci sont truffées d’aventures à quatre pattes. On y croise son amie Fleur, une chienne quelques peu atypique à l’intelligence relative, mais aussi Tête-de-Fesse (du moins, c’est ainsi que que Gurty surnomme le chat des voisins, son ennemi de toujours), l’écureuil qui fait hi hi et tout un tas de choses qui se mangent, qui se reniflent, comme ces petites annonces dans les pipis comme celui au pied d’un réverbère « Superbe Setter Irlandais, 9 ans bien conservé, cherche jolie rousse et + si affinité ». Le tout est rythmé par différentes pensées et perceptions de la réalité d’un canidé…

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