La guerre d’Espagne avec du recul…

Le recul du fusil, tome 2 : les batailles, de Jean-Sébastien Bordas, éditions Quadrants/Soleil, 48 pages, 10,95 euros.

Fernand Tormes continue son périple au milieu du tumulte de ce milieu du XXe siècle. Découvert, dans le premier tome, alors qu’il montait à Paris en plein Front populaire et contraint de quitter la capitale à la suite de diverses péripéties mêlant trafic d’armes communistes et marivaudages ayant mal tourné, le jeune provençal se trouve obligé de s’engager dans les brigades internationales. Direction l’Espagne en pleine révolution et guerre civile entre républicains et franquistes. Un épisode pas très évoqué en BD, si l’on excepte la trilogie Max Fridman.

On le retrouve, au début de ce tome 2, brancardier sur le front de Madrid, avant d’être reversé dans l’infanterie. Et le romantisme initial s’estompe vite face à la réalité des combats… Même si, pour le jeune homme, les jeunes espagnoles restent plus séduisantes que l’affrontement idéologique.

La nonchalance du récit qui séduisait dans l’album précédent, cette manière de traverser l’Histoire sans le vouloir, est toujours bien présente, dans le dessin léger et relâché de Bordas et dans le décalage de son héros, impliqué malgré lui. Certes, « le temps des héros insouciants s’était achevé« , avec la plongée dans la guerre, comme le constate Fernand (page 20). Et d’ailleurs, on récit, souvent en « voix off » prend une petite tournure célinienne (dans l’esprit du Voyage au bout de la nuit), décrivant, avec le renfort d’un dessin très expressif proche de celui d’un Christophe Blain, la guerre sans aucune emphase, au quotidien, loin de tout héroïsme. Plein d’humanisme, cette série retranscrit bien ce qu’à pu être cette époque pour un jeune type pas vraiment concerné et impliqué malgré lui. Et son aspect personnel (Bordas raconte, en creux, l’histoire de ses grands-parents, républicains espagnols réfugiés dans le sud de la France) la rend encore plus touchante.

La troisième, et dernière partie, devrait plonger encore plus le jeune Fernand dans les tragédies de la guerre civile. Point d’orgue attendu avec impatience.

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La saga de science-friction
de Fabrice Neaud

Nu-Men, tome 1: guerre urbaine, de Fabrice Neaud, éditions Quadrants / Soleil, 48 pages, 13,95 euros.

Milieu du XXIe siècle. A défaut d’être très spirituel, l’avenir est passablement catastrophique : l’Afrique sombre, traversée par la pandémie du Sida, une grande partie des Etats-Unis a disparu après le réveil du super-volcan Yellowstone, l’Europe, avec le Moyen-Orient et l’Asie, a désormais repris le leadership mondial. Mais le continent doit faire face aux flux de migrants et aux émeutes urbaines. Pendant ce temps, de mystérieuses expériences « d’amélioration » de l’humanité ont lieu, avec des résultats assez effrayants – comme on le découvre dans le prologue de cette série aussi ambitieuse qu’alléchante. Une « nouvelle humanité » (d’où l’argotique « Nu-Men » pour « new men » du titre) qui demeure, à l’issue de ce premier tome, toujours opaque.

En revanche, on commence à mieux connaître le héros du récit, un super-soldat de l’armée qui sauve une petite fille lors de l’effondrement d’un immeuble et qui, à travers ce sauvetage anodin, va se voir embarqué dans une étrange affaire en lien, justement, avec les expérimentations évoquées précédemment.

Quittant la veine autobiographique et intimiste de son Journal, Fabrice Neaud se lance ici dans un grand récit de politique-fiction et de science-fiction qui embrasse large. Avec un style penchant parfois (la fin de l’album) vers l’ambiance des Comics US.

Ce premier tome, qui se consacre largement à poser le cadre, laisse forcément sur sa faim. Mais Fabrice Neaud brosse des portraits suffisamment forts pour accrocher, et faire oublier quelques faiblesses dans le dessin. Et il esquisse des intrigues croisées et complexes qui donnent envie d’en savoir plus. Potentiellement, un grand cycle en devenir… Et une belle signature pour la collection Quadrants (solaires).

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Ticket gagnant à la loterie napoléonienne

POUR TOUT L’OR DU MONDE, t.1: Impostures, Hautière et Grand, ed. Quadrants/Soleil, 48 pages, 14,30 euros.

Nouvelle série pour le scénariste amienois Régis Hautière, et nouvel univers. C’est cette fois au crépuscule de la seconde république, en 1850, à la veille du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte que se situe l’intrigue de Pour tout l’or du monde.  C’est d’ailleurs le désir du président en fin de mandat de rétablir l’empire à son profit qui est au coeur de l’histoire. Pour se faire, le chef de l’Etat imagine une grande loterie du Lingot d’or. Alors qu’on vient de découvrir des filons du précieux minerai en Californie, le jeu permettra de financer le voyage jusqu’en Amérique pour tous les gagnants… dont, va s’assurer Louis-Napoléon Bonaparte, la plupart de ses opposants et autres gêneurs qui pouraient lui barrer la route vers un pouvoir personnel.

Stanislas de Rochebourg, étudiant en minérologie, n’a pas franchement le profil de l’opposant politique acharné. Mais après une rencontre avec le journaliste Thibault Marsan et pour les beaux yeux de Fanny, une jeune fille croisée par hasard au parc du Luxembourg (du moins le croit-il…), il va se retrouver embarqué par cette sombre machniation et ces « impostures » napoléoniennes qui, telles des poupées gigogne, peuvent en cacher encore d’autres.

Dans ce premier album, classiquement, on en est encore surtout aux séquences d’exposition. Et le grand voyage outre Atlantique est pour plus tard. En revanche, la narration est déjà bien dense, ne manque pas de rebondissements (ni de clin d’oeils aux feuilletons de l’époque) et se permet même quelques audaces scénaristiques en faisant mourir quelques uns des protagonistes (mais chut…).

C’est à Alain Grand, qui avait jusqu’ici surtout publié pour la jeunesse chez Milan, qu’est revenu la tâche de mettre en images cet épisode assez méconnu de l’Histoire de France. Il y parvient avec talent, avec un dessin semi-réaliste et un style classique soignés et bien en phase avec l’univers de la série. Pour l’heure, ce premier tome a tiré le bon ticket !

La deuxième planche de l'album

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Marqué plus que marquant

LA BOUSSOLE, de Sévérine Lambour et Benoît Springer, ed. Quadrants / Soleil, 120 p. 17 euros.

Mieux que Médium ! Alors que Patricia Arquette dans la célèbre série TV se contente d’avoir des visions nocturnes et de communiquer avec les morts, Dan, le héros involontaire de La boussole, lui, voit apparaître sur son corps des stigmates, similaires à celles des victimes de kidnapping ou d’enlèvement lorsqu’il en est proche.

Résolument original dans son approche du polar, le récit de Séverine Lambour à l’intelligence de ne pas s’apesantir sur les causes de cette stupéfiante particularité. Les trois petits récits qui forment ce one-shot s’inscrivent plus dans l’action de l’enquête visant à retrouver trois jeunes disparus. Un effet répétitif – qui, là encore, fait songer aux séries télé policières qui peuplent nos écrans – qui donne un ton et une ambiance pas désagréable.

On peut en revanche déplorer, dans le rythme, que la plus forte histoire soit la première et que la dernière, plus banale et faible, achève l’album sur une petite déception. Mais le dessin de Benoît Springer, par son authenticité, rattrape le coup. Bref, un petit format qui garde son cap et ne perd pas la boussole. C’est déjà ça.

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Le Front pop’ vu avec du Recul

LE RECUL DU FUSIL, t.1: les chambres de Jean-Sébastien Bordas, ed.Quadrants (Soleil), 56 pages, 11,50 euros.

 1936. La France s’engage dans le Front populaire. Fernand Tormes lui, embarque pour Paris avec un objectif nettement plus pragmatique. Ce jeune paysan provençal, lui « monte à la capitale » pour y suivre des études de médecine. Une possibilité inespérée due à l’hébergement offert par une riche famille bourgeoise. Mais en cette période de bouleversement sociaux, les lignes de classe vacillent aussi.

André, le copain de vacances bourgeois, est répudié par ses parents pour être devenu communiste ; Fernand lui est surtout préoccupée par la jolie voisine du dessous. Entre marivaudages et politique, le drame va s’imiscer dans la vie des deux jeunes hommes.

Rattrapés par les rets de la grande Histoire et par un enchaînement malencontreux de circonstances, on les quittera, à la fin de ce premier album dans un autre train. En route vers l’Espagne et la guerre civile, tous deux engagés dans les brigades internationales…

Inspiré par l’histoire de son propre grand-père, Jean-Sébastien Bordas, auteur jusque là d’une adaptation en BD de Maupassant, livre ici un récit attachant, où la légereté du trait et la finesse du récit n’empêchent nullement la profondeur des propos.  La complexité des sentiments et du contexte est fort bien amené, sans y toucher, au tournant d’un dialogue ou par quelques cases de manifs ou de rue.

Bref, un regard sensible et personnel sur le destin d’un jeune homme ordinaire au milieu d’une époque qui ne l’était guère.

On attend donc avec impatience la suite de la trilogie.

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A la fin du cycle, on éteint la lumière

« Quelques pas vers la lumière, t.3 : les voyageurs de l’autre monde », Bruno Marchand, Coll.Quadrants, éd. Soleil. 48 p.,14 30 euros.

Sorti au printemps 2008, le premier tome de cette trilogie ambitionnant de faire franchir au lecteur Quelques pas vers la lumière intriguait par son charme suranné, sa ligne claire réaliste et cette insistance mise sur la synchronicité – ces « curieux hasards » qui régiraient nos vies.

 Un an après, on retrouvait avec plaisir Marianne Bell et Peter Banning, compagnon d’armes du défunt père de la jeune héroïne dans un « voyage improbable » (titre du second volet). Plus que jamais placés sous cet étrange cycle du destin qui guide la vie de la famille Bell, on les suivait du Paris des années 50 jusqu’en Inde, à la recherche d’un gurkha qui pourrait les aider dans leur quête pour laver la réputation de Simon Bell.

De coïncidences en signes du destin, la jeune femme réussit à suivre la piste lui permettant de mettre la main sur le carnet de son père, mort durant la Seconde Guerre mondiale, et censé le disculper de l’accusation de trahison qui accable sa famille. Avec ce troisième et dernier album de la série, qui vient de paraître en cette rentrée, on se balade du Népal à Londres puis New-York avant de revenir à Paris, bouclant la boucle – géographique.

Encore quelques pas vers la lumière...

Après un début attirant, ce troisième tome s’avère un brin décevant. L’intrigue est parfaitement menée et résolue et même sa fin, faussement décevante, clôt parfaitement la série. En revanche, si jusqu’ici la narration dense (on songe parfois à Jacobs) créait une ambiance en phase avec l’histoire, cette fois, on verse un peu dans le verbeux et l’étirement inutile de l’histoire. On appréciera aussi diversement la dimension mystique de l’album.

Reste le côté insolite d’une BD quasi existentialiste,  des dessins toujours aussi soignés et une ambiance des années 1950 très bien restituée. Ce qui, même si l’éblouissement n’est pas là, mérite bien déjà un petit éclairage

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