Une pas si drôle de guerre

Une génération française, tome 2 : populations trahies, Thierry Gloris (scénario), Manuel Garcia (dessin). Editions Soleil, Coll. Quadrants, 48 pages, 14,50 euros.

Deuxième destin de cette « génération française » qui va basculer dans la Seconde Guerre mondiale et l’occupation. Après Martin Favre, l’étudiant germanophile d’une famille vaguement socialiste (que l’on recroisera d’ailleurs dans un rôle secondaire ici), place à l’aristocrate empli de la grandeur de la France. Fils d’un colonel héros de la Grande Guerre, Tanguy Brettin d’Arçonet tient à son tour son rang dans la longue lignée militaire familiale. Antirépublicain, avec un père qui cultive le culte du Maréchal Pétain, il est lieutenant de char en ce printemps 1940. Engagé en Belgique pour contrer l’offensive allemande en ce printemps 1940, il se rend progressivement compte de l’impéritie du haut commandement et de sa stratégie obsolète face au blietzkrieg allemand. Des Ardennes à Dunkerque et jusqu’à sa fuite dans le sud, il accompagne la déroute française, que l’on suit en contrepoint du côté du gouvernement Reynaud… Lire la suite

Génération de Gaulle et Pétain

Une génération française, tome 1: Nous vaincrons, Thierry Gloris (scénario), Eduardo Ocaña (dessin). Editions Soleil, coll. Quadrants, 48 pages, 14,50 euros.

Six albums découpés en trois diptyques, un scénariste et trois dessinateurs pour décrire trois destins sous l’Occupation. C’est le concept et l’ambition de cette Génération française qui vise à reconstituer un « panorama général de la société française d’avant-guerre« .

Celui-ci débute le 6 février 1934, à Paris, lors de la fameuse manif des ligues d’extrême droite qui faillirent renverser le régime. Un arrière-fond, très années 30, éclipsé par une ellipse qui amène directement en 1938 sur les bancs de la fac où un étudiant à la Sorbonne, Martin Favre, en pince pour une jolie anglaise et partage avec son ami allemand son inclination pour les fêtes et les conquêtes d’un soir. Une insouciance qui va disparaître à l’automne 1939 lorsque l’étudiant se retrouver mobilisé et projeté dans un univers militaire – une unité d’artillerie – complètement étranger à son monde. Et le déclenchement des hostilités va changer son destin…

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Larmes à l’extrême droite danoise

infiltres_t2_couvInfiltrés, tome 2: les larmes de Jolène, Olivier Truc et Sylvain Runberg (scénario), Olivier Thomas (dessin). Editions Quadrants / Soleil, 56 pages, 14,95 euros.

L’équipe anti-terroriste de la commissaire Suzanne Hennings est en état de de vigilance extrême. Les membres du Renouveau danois, ce mouvement d’extrême droite qui prépare un attentat, sont sous surveillance. Mais le tueur fantômatique qui devrait intervenir, le « Faucon » est toujours introuvable. Et la nature, comme la date ou le lieu de l’attentat sont toujours inconnus.
Dans ce contexte, les velléités d’indépendance de la fille de Suzanne, qui s’en va avec ses amis au festival pop de Roskilde peuvent apparaître bien secondaires…

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Mal de mère et sacrée gueule de bois

MalDeMere_C1C4.inddMal de mère, Rodéric Valambois. Coll. Quadrants / Editions Soleil, 224 pages, 18,95 euros.

Encore un album redécouvert, ou plutôt injustement laissé de côté. Sans doute aussi parce qu’il y a une certaine réticence à se plonger dans cet univers familial si banal et si destructeur. Si autobiographique également.
On est donc transporté dans l’enfance de Rodéric Valambois, âgé de 9 ans au début du récit, et de sa famille : son frère aîné un peu bourru ; sa jeune soeur ; son père, dur, très occupé, maire du village et apparemment travaillant « dans les livres », toujours dans son bureau. Et bien sûr, sa mère, l’élément central de ce roman graphique. Institutrice en école maternelle, s’occupant de la maison, des tâches ménagères, pestant un peu contre ses enfants qui ne l’aident pas. Une famille de la classe moyenne, comme tant d’autres dans la France des années 80. Un peu austère. Où les parents s’engueulent un peu plus souvent que la norme, peut-être.
Mais, comme on le découvre en même temps que Rodéric – dernier informé de la famille – cette famille banale, à défaut d’être idéale, se cache un grand tabou : cette mère d’apparence parfaite est « alcoolique ». Et la famille va devoir vivre avec…

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Infiltrés dans l’extrême droite scandinave

Infiltrés_couvInfiltrés, tome 1: le sourire du faucon, Olivier Truc et Sylvain Runberg (scénario), Olivier Thomas (dessin). Editions Quadrants / Soleil, 56 pages, 14,95 euros.

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark. Et ce n’est plus du Shakespeare !

En ce mois de juin 2015, le Renouveau danois, un mouvement d’extrême droite inspiré par Anders Breivik et la théorie politique sur l’Eurabia (complot entre l’Europe et les pays arabes actant l’islamisation de nos pays contre du pétrole) s’attaque aux musulmans. Connu des forces de l’ordre, il est même infiltré par un membre des services spéciaux danois. Mais l’agenda politique et médiatique vient interférer dans l’enquête. A la suite d’une attaque violente contre une mosquée qui a choqué l’opinion publique, le service de contre-terrorisme dirigé par Suzanne Hennings n’a que quinze jours pour découvrir et déjouer un projet d’attentat de plus grande envergure que semble préparer le mouvement islamophobe radical…

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Le futur recomposé de Fabrice Neaud
s’approfondit

Nu-Men, tome 2 : Quanticafrique, Fabrice Neaud, éditions Soleil (coll. Quadrants),  48 pages, 13,95 euros.

En abordant pour la première fois la science-fiction, après son très personnel Journal, Fabrice Neaud avait surpris. Mais il avait séduit avec ce premier tome de Nu-Men, abordant le genre sous une grande variété d’approches, à la fois dans ses aspects géo-politiques, sociaux, technologiques, etc. Mais aussi dans une vision planétaire globale !

Après l’Europe, coup de zoom cette fois sur la situation en Afrique, encore plus délaissée et victime de pandémies en ce milieu du XXIe siècle. C’est au coeur de la brousse que le soldat Anton Csymanovic s’est retrouvé téléporté – à l’issue du premier tome – pour avoir été le témoin gênant d’une expérience étrange de maintien de l’ordre. Et il est toujours poursuivi par un mercenaire, tout aussi musculeux, Mstislav, lui-même tenu par ses mystérieux et cruels employeurs. Pendant ce temps, Tamara, la jeune co-équipière de Csymanovic, pour avoir été, elle aussi, trop curieuse, s’est retrouvée mutée de force dans les services secrets, et retrouve Emma (le docteur ayant recueilli la jeune fille sauvée par Anton de l’effondrement de l’immeuble où elle s’était réfugiée). Toutes deux ne lâchent pas la piste pour retrouver leur ami, de nouveau en bien mauvaise posture à la fin de ce deuxième album…

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Quelques pas vers la lumière…
des cristaux

Quelques pas vers la lumière, tome 5: le livre de la vie, Bruno Marchand, Coll. Quadrants, éditions Soleil, 80 pages, 14,30 euros.

Après avoir réussi à réhabiliter l’honneur de son père – Simon Bell, pilote de la Royal Air Force, décédé pendant la Seconde Guerre mondiale – dans le premier cycle de la série, Marianne Bell a fait une nouvelle étrange découverte dans les archives familiales : des fragments de cristaux aux étranges pouvoirs, qui lui ont fait remonter de curieuses réminiscences sur le passé mystérieux qui a entouré leur découverte. Ceux-ci ont été découverts au Groenland par un archéologue, Stuart Flint, ami de Simon Bell, disparu avec sa découverte dans le naufrage de son navire, torpillé par un U-Boat.  Toujours aidé par son ami Peter Banning, Marianne va tenter d’éclaircir ce nouveau mystère et retrouver ces minéraux qui « pourraient changer la face du monde« . Après avoir dû aller jusqu’en URSS, l’épilogue de cette nouvelle quête de la jeune documentariste se déroulera principalement en plein milieu de l’Atlantique, à la recherche du navire de Stuart Flint…

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Au coeur de la Croisière jaune

Le marin, l’actrice et la croisière jaune, tome 3: mauvaises rencontres, Régis Hautière, Arnaud Poitevin, éditions Quadrants / Soleil, 48 pages, 10,95 euros.

Deux mois après son départ (en juin 1931), la croisière jaune lancée par André Citroën pour prouver la supériorité de l’automobile quel que soit le contexte poursuit sa route, même confrontée à ses premières vraies difficultés. Le groupe Pamir débute son franchissement de l’Himalaya et le groupe Chine dirigé par le « marin » Victor Point est fortement ralentie par les tergiversations bureaucratiques chinoises, affronte les tempêtes du désert de Gobi, avant de tomber en pleine insurrection dans le Sinkiang, dans les marges septentrionales du pays. Pendant ce temps, à Paris, « l’actrice », Alice Cocéa paraît céder au charme et aux assauts d’un séduisant journaliste allemand. Comme quoi, les « mauvaises rencontres » ne se font pas seulement au fin fond de l’Asie.

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François doit encore se faire un nom

François sans nom, tome 1: le sculpteur et la voleuse, Sylvain Ricard, Sylvain Runberg, Marci Bianchini, Coll. Quadrants, éditions soleil, 48 pages, 13,95 euros.

Vers 1465, pendant le siècle de Louis XI, juste après la guerre de Cent ans, quelque part en France. Une petite voleuse croise la route de « François sans nom », un « routard », arpenteur de sentier aux origines cachées, pour un temps hebergé par un sculpteur. Peut-être s’agit-il de François Villon, le sulfureux poète, compagnon de route de la bande de truands des coquillards, à qui l’évêque d’Orléans, Thibaut d’Aussigny voue une haine farouche. Or, justement, l’évêque arrive dans le village où réside François.

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La guerre d’Espagne avec du recul…

Le recul du fusil, tome 2 : les batailles, de Jean-Sébastien Bordas, éditions Quadrants/Soleil, 48 pages, 10,95 euros.

Fernand Tormes continue son périple au milieu du tumulte de ce milieu du XXe siècle. Découvert, dans le premier tome, alors qu’il montait à Paris en plein Front populaire et contraint de quitter la capitale à la suite de diverses péripéties mêlant trafic d’armes communistes et marivaudages ayant mal tourné, le jeune provençal se trouve obligé de s’engager dans les brigades internationales. Direction l’Espagne en pleine révolution et guerre civile entre républicains et franquistes. Un épisode pas très évoqué en BD, si l’on excepte la trilogie Max Fridman.

On le retrouve, au début de ce tome 2, brancardier sur le front de Madrid, avant d’être reversé dans l’infanterie. Et le romantisme initial s’estompe vite face à la réalité des combats… Même si, pour le jeune homme, les jeunes espagnoles restent plus séduisantes que l’affrontement idéologique.

La nonchalance du récit qui séduisait dans l’album précédent, cette manière de traverser l’Histoire sans le vouloir, est toujours bien présente, dans le dessin léger et relâché de Bordas et dans le décalage de son héros, impliqué malgré lui. Certes, « le temps des héros insouciants s’était achevé« , avec la plongée dans la guerre, comme le constate Fernand (page 20). Et d’ailleurs, on récit, souvent en « voix off » prend une petite tournure célinienne (dans l’esprit du Voyage au bout de la nuit), décrivant, avec le renfort d’un dessin très expressif proche de celui d’un Christophe Blain, la guerre sans aucune emphase, au quotidien, loin de tout héroïsme. Plein d’humanisme, cette série retranscrit bien ce qu’à pu être cette époque pour un jeune type pas vraiment concerné et impliqué malgré lui. Et son aspect personnel (Bordas raconte, en creux, l’histoire de ses grands-parents, républicains espagnols réfugiés dans le sud de la France) la rend encore plus touchante.

La troisième, et dernière partie, devrait plonger encore plus le jeune Fernand dans les tragédies de la guerre civile. Point d’orgue attendu avec impatience.