Chroniques guerrières des apaches

Géronimo de Matz et Jef, edition Rue de Sèvres, 120 pages 18 euros

C’est par une tragédie que démarre l’histoire de Géronimo. En 1850, l’armée mexicaine commet un massacre dans un village apache tuant hommes, femmes et enfants. De retour d’un voyage, Goyahkla, l’homme-médecine, découvre le carnage ayant coûté la vie à sa mère, sa femme et son bébé. Depuis le chaman emprunte avec les autres tribus apaches le sentier de la guerre. Impitoyable, il massacre à son tour les Mexicains qu’il croise sur sa route et qui bien malgré eux lui donneront son nom de guerre : Géronimo. Pendant trente ans, il se battra sans relâche et sans pitié contre les Mexicains mais aussi un nouvel ennemi nettement plus puissant et sournois, venu du nord appelés« les yeux clairs ». Cette épopée s’arrêtera en 1886 lors de sa reddition au chef de la jeune nation des Etats-Unis d’Amérique et son exil en Floride. Mais un mythe est né.

Lire la suite

Marius Jacob, le Travailleur de la nuit remis au goût du jour

Le travailleur de la nuit, Matz (scénario), Léonard Chemineau (dessin). Editions Rue de Sèvres, 128 pages, 18 euros.

C’est un accusé pas comme les autres qui comparait ce 8 mars 1905 au palais de Justice d’Amiens. Et sa désinvolture ironique et cinglante à l’égard des juges révèle une personnalité bien plus puissante que celle du « cambrioleur » qui est jugé là.

Avec ses «Travailleurs de la nuit », Alexandre Jacob a écumé la France de la Belle Epoque, défrayant la chronique par ses opérations audacieuses et son panache (il laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, il redistribue l’argent de son butin aux nécessiteux). Il mettait ainsi en pratique la pratique de la « reprise individuelle », théorisée par l’anarchiste Elisée Reclus, dans la lignée d’un Proudhon affirmant que « la propriété, c’est le vol« .

Jacob était surtout mu par un esprit de révolte nourri de son expérience passée. Rêvant d’aventures maritimes exotiques et mousse dès l’âge de 11 ans, il a vite déchanté, découvrant la dureté d’un monde brutal et colonial, qui, ajouté aux difficultés familiales ont nourri ses convictions anarchistes. Et c’est encore l’injustice du sytème – qui l’empêche de travailler en raisons de ses engagements politiques – qui va le jeter dans la carrière criminelle. Le procès d’Amiens marquera une bascule dans sa vie. Condamné au bagne, envoyé à Cayenne, il poursuivra son combat contre l’injustice là-bas pendant ses dix ans de détention, avec une énergie inouïe. De retour en France, il ne fera plus vraiment parler de lui, retiré dans l’Indre ou il traversera la Seconde Guerre mondiale, avant de choisir son heure pour partir, en 1950. Toujours en homme libre…

Lire la suite

Corps à corps avec un tueur en plein état d’âme

Corps et âme_couvCorps et âme, Walter Hill et Matz (scénario), Jef (dessin). Editions Rue de Sèvres, 136 pages, 18 euros.

Le trio de Balles perdues, une des surprises BD de l’an passé, se reconstitue: avec le réalisateur et producteur Walter Hill au scénario original, Matz à son adaptation en BD et Jef au dessin pour une nouvelle histoire de gangsters. Contemporaine cette fois.

Frank Kitchen est un tueur en gages très professionnel et réputé. Discret, efficace et répondant à toutes les commandes avec la froideur voulue, même s’il s’agit de descendre un grand couturier en pleine Fashion Week à New York. Sollicité ensuite pour un nouveau contrat à San Fransisco, il va tomber dans un piège scabreux. Et se retrouver victime d’une vengeance d’un nouveau genre dont il aura bien du mal à se remettre. Et à se sortir…

Lire la suite

Julio Popper redécouvert

Julio Popper_couvJulio Popper, le dernier roi de Terre de feu Matz (scénario), Léonard Chemineau (dessin). Editions Rue de Sèvres, 104 pages, 18 euros.

Roumain, polyglotte, grand voyageur, Julio Popper est l’un des derniers conquérants de l’Amérique. Né en 1857, il débarque dans le sud de l’Argentine encore très sauvage et en pleine fièvre de l’or en 1886. Mais cet ingénieur des ponts et chaussées, diplômé de la Sorbonne, auteur notamment du réaménagement du port de La Nouvelle Orléans et de la plus récente partie de La Havane n’est pas qu’un simple aventurier. Visionnaire et ambitieux, il réussit grâce à son entregent à se faire confier par le Président une grande concession en Patagonie. Mettant en oeuvre ses connaissances techniques, il industrialise la collecte de l’or, fait fortune et commence à bâtir une sorte de « principauté » dont l’autonomie va commencer à inquiéter l’Etat argentin. Mais il va mourir, dans des conditions demeurées obscures, à l’âge de 35 ans, alors qu’il commençait à rêver à un projet de conquête de l’Antarctique…

Lire la suite

Des Balles perdues qui atteignent leur cible

Balles perdues_couvBalles perdues, Walter Hill (scénario), Matz (adaptation et traduction), Jef (dessin). Editions Rue de Sèvres, 128 pages, 18 euros.

Réalisateur reconnu en cinéma d’action (on lui doit notamment les mythiques Guerriers de la Nuit et autre Street of Fire dans les années 80 ou, plus proche le Gang des frères James), scénariste notamment du Guet-Apens de Peckpinpah, Walter Hill se lance pour la première fois dans la bande dessinée avec Balles perdues. Sans surprise, une histoire violente, sombre et noire, dans l’Amérique du début des années 30.

Extrait de prison de façon rocambolesque par la mafia de Chicago, un tueur, Roy Nash, se voit confier la mission de retrouver les trois auteurs d’un braquage qui ont un peu oublié de partager. Cette mission se double pour Nash d’une quête plus personnelle puisque Lena, son ex, a été emmenée par l’un des gangsters. Après un prélude dans l’Arizona, aidé par son mutique chauffeur noir et un flic à la moralité discutable, l’affaire se réglera à Los Angeles, à coups de mitraillettes Thompson. Et où beaucoup de balles perdues atteindront, malheureusement, leur cible…

Lire la suite