Quand la presse généraliste redécouvre la bande dessinée à l’occasion du Festival d’Angoulême

Le Festival d’Angoulême est aussi  le rendez-vous de la « grande presse » avec la bande dessinée, le moment rituel où le 9e art, plus ou moins ignoré le reste du temps devient le « marronnier » de l’instant – comme la rentrée scolaire en septembre et le froid en hiver…

Ce déferlement (quand même relatif) de sujets sur la bande dessinée présente aussi l’intérêt de voir le regard plus « généraliste », donc, porté sur elle dans les quotidiens et newsmagazines.

Libération, comme tous les ans, y va donc ce matin de son numéro « tout en dessins ». Mais celui-ci semble bien devenu également, lui-aussi, un vrai marronnier très convenu. Et  sa « une » tristounette (signée Minetarô Mochizuki, auteur de Tokyo Kaido) a valeur de symbole ou de symptôme, avec son journal délaissé sur le trottoir…   A l’intérieur, pas vraiment non plus d’explosion graphique époustouflante. Et la sensation d’un moins grand nombre de dessins que les années passées. Auteur de l’excellent Stupor Mundi, Nejib illustre sans grande inspiration et maladroitement le « penelopeGate » de François Fillon.
Ne ressortent que l’illustration contrastée des militants de Hamon et Valls par Pier Gajewski ou un évocateur dessin de Winschluss sur les « revenants tunisiens du jihad ». Ainsi qu’un portrait en dernière page de… Laureline. Amusant mais un peu laborieux et long. Long aussi, mais plus intéressant est le sujet, dans la rubrique « idées », consacré à la manière dont la BD s’empare désormais des concepts philosophiques ou scientifiques, notamment à travers la « petite bédéthèque » du Lombard ou la collection Sociorama de Casterman.  Quant à la partie « littéraire », consacrée à la bande dessinée, la suppression du cahier Livres lui fait perdre aussi de la présence. Pas de changement, en revanche, sur le fond et les sujets traités, tous pointus et « avant-gardistes » (Paysage après la bataille du Belge EricLambé, Big Kids de Michael Deforge ou Fantasma de Maïté Grandjouan), le plus « mainstream » étant Groenland Vertigo de Tanquerelle. Un positionnement d’éclaireur qui devient néanmoins désagréablement élitiste lorsqu’il s’accompagne de l’expression d’un souverain mépris pour le grand prix 2017, Cosey, « au trait daté », et qui « nous laisse froid ». Mais bon, il faut quand même noter que, sur la dernière période, « Libé » est encore le quotidien qui consacre le plus régulièrement de grands articles à des oeuvres de BD.

Les autres quotidiens nationaux et les hebdos, ce jeudi, sont plus en retrait…

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Un condensé frappant de 300 ans de presse non-conformiste

revue_presse_couvRevue de presse, Toma Bletner (scénario), Romain Dutreix (dessin). Editions Fluide glacial, 120 pages, 17 euros.

En 2015, Libération conviait Toma Bletner (un habitué des pages estivales du journal) associé cette fois à l’excellent Romain Dutreix de revenir sur l’histoire de 300 ans de presse en France et de sa difficile conquête de la liberté à travers un strip quotidien en 3 cases durant un mois et demi. Exercice difficile mais brillamment réussi par les deux auteurs, avec un art consommé de la synthèse et un trait expressif et coloré.
Dans la foulée, Dutreix et Bletner vont prolonger leur série dans les pages du mensuel Fluide glacial cette fois…

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Quelques bulles dans la presse pour saluer Angoulême

Traditionnelle revue de presse, à l’occasion de l’ouverture du Festival d’Angoulême… traditionnel instant de rendez-vous de la presse généraliste avec le 9e art. complété.

Question d’ambiance ou de ressenti subjectif. Angoulême ne suscite pas, cette année, un grand engouement dans la presse quotidienne ou magazine. Et une certaine paresse dans le choix des angles.

Libé BD 26 01 2016

Même « Libé », qui y va encore de son traditionnel numéro dessiné est un ton en dessous cette année.

Libération, certes fidèle à son habitude, livre encore ce matin, une édition « toute en BD ». Et même vue uniquement par des dessinatrices (sauf la repro d’un dessin de Hermann pour saluer sa désignation comme Grand Prix 2016). Manière de prendre position dans le débat qui a ému le milieu du 9e art ces dernières semaines.

Au final, ce « Libé en BD » 2016 n’en demeure pas moins un mou et vide, à l’image de la une, très dépouillée (mais pas très forte) consacrée à Christiane Taubira à travers un dessin de Catel. De quoi déplorer encore plus l’arrêt du Cahier Livres, qui permettait chaque année de présenter 8 pleines pages consacrées à la BD (même sous des angles très pointus). Quelques réussites quand même, comme une drôle de bande dessinée (au sens littéral, courant sur une double page) de Florence Cestac sur la crise du foie gras, un gros plan sur la collection Sociorama lancée par Casterman et une petite sélection d’albums, dont California Dreamin’ de Pénélope Bagieu, Cher pays de mon enfance de Colombat et Davodeau, le manga Deathco (dont on ne désespère pas d’arriver à parler plus longuement un jour) ou l’été diabolik, le nouvel opus jubilatoire de Clérisse et Smolderen (idem…). Enfin, si l’idée de réaliser un « entretien-portrait imaginaire » en der avec Lucky Luke était amusante, le résultat est un brin plombant (principale singularité: être illustré par un dessin-portrait réalisé par Aude Samama… qui présente une curieuse ressemblance avec Pascal Mériaux, directeur d’On a marché sur la bulle d’Amiens !).

Le_Monde_des_livresLe Monde de son côté, consacre quasiment autant de sujets à la bande dessinée, dans son édition datée de ce vendredi. Avec tout d’abord, une page en séquence culture, consacrée au Grand Prix accordé à Hermann ainsi qu’à l’expo Morris / Lucky Luke. Le cahier livres s’ouvre, lui, sur un grand article consacré à Otomo, par le (bon) spécialiste maison, Frédéric Potet. Le même consacre également un sujet à la transmission des connaissances via la BD, à travers la nouvelle collection Sociorama mais aussi de la Petite bédéthèque des savoirs lancée par Le Lombard. Sans compter l’incontournable page sur « l’affaire des femmes », complété par une sélection d’albums « singuliers » (comme Golem de LRNZ chez Glénat ou Chroquettes de Jean-Christophe Menu).

Ce même choix vers la BD « au féminin » est fait également à la fois par l’Humanité et La Croix. Avec moins de visibilité à la une mais, toutes proportions gardées, pas moins d’intérêt en pages intérieures, à chaque fois en ouverture de la séquences « livres »…

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« Libé » fait toujours des bulles

Libé_sfar Libé-Montaigne

 

 

 

Si sa nouvelle formule (déjà largement abandonnée d’ailleurs) peine à masquer la pénurie de ressources et l’hémorragie de « signatures », il faut constater que Libération continue quand même à plutôt bien traiter le 9e art. Comme un art, justement, et au-delà des « marronniers » incontournables (type Festival d’Angoulême ou sortie du prochain Astérix – encore que ce dernier exemple ne soit peut être pas forcément pertinent pour la vision très avant-garde du quotidien de la rue Béranger).

Et en cette fin de semaine, le quotidien au losange fait très fort en la matière, avec coup sur coup un portrait de Marion Montaigne, drôlement – et finement – disséquée – vendredi, puis ce samedi, un autre joli portrait d’un drôle d’animal de la BD, Joan Sfar.

Dans ce même numéro de ce 10 octobre, on compte aussi une double page sur Chilsakobé, un manga du japonais Minetaro Mochizuki et Mathieu Lindon consacre sa chronique « Comment ça s’écrit » au nouvel arrivage du Chat de Geluck.

Libédé, un bel été encore

Avec un temps de retard sur ces confrères, Libération se met aussi à l’heure de la bande dessinée estivale.

libé_logoUn léger retard à l’allumage – dû peut être aux dernières péripéties actionnariales et éditoriales – aurait pu faire penser que Libération, pourtant spécialiste du genre, faisait l’impasse, cette année sur son « cahier été » qui a toujours bien mis en avant, ces dernières années, la bande dessinée.

On sait donc, depuis ce samedi 18 juillet, qu’il n’en est rien. Jusqu’au 29 août, le quotidien sacrifiera bien, lui aussi comme nombre de confrères déjà évoqués, à la prépublication de bande dessinée. En l’occurrence, après Little Tulip de Boucq et Charyn l’an passé, le ton sera plus à la comédie, avec le Teckel, tome 2, d’Hervé Bourhis (sur 4 pages dont une d’entretien avec l’auteur, pour le lancement, ce samedi), suite des aventures drôlatiques du visiteur médical aux faux airs de Jean-Pierre Marielle.

Et deux autres rendez-vous quotidiens s’annoncent aussi très réjouissants…

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Luz toujours « Charlie » mais bientôt plus à l’Hebdo

Luz confirme dans Libération son départ prochain de Charlie Hebdo. Pour raisons personnelles surtout.

Libé_luzLa semaine dernière, Médiapart avait évoqué le premier ce qui n’était encore qu’une rumeur. Libération, dans son édition de ce mardi apporte la confirmation, lors d’un entretien avec le principal intéressé: Luz va quitter Charlie hebdo en septembre. « Je ne serai plus Charlie hebdo mais je serai toujours Charlie » affirme cependant le dessinateur devenu emblématique du journal depuis le massacre de janvier.

Cet entretien arrive opportunément, alors que Libé, qui héberge l’équipe de l’hebdo satirique s’est fait doubler par Médiapart et que Le Monde allait annoncer aussi, dans le Monde des Livres, le départ de Luz). Alors, aussi, que l’album « purificatoire » de Luz, Catharsis, sort ce 21 mai (on a d’ailleurs prévu d’y revenir très vite, plus longuement ici). Mais les propos de Luz sont tous sauf promotionnels dans ce long échange avec Quentin Girard (bon spécialiste BD de Libé). Et Luz n’entre pas non plus dans la polémique sur le climat supposé un brin délétère au sein de Charlie hebdo, avec la révélation de la procédure de licenciement entamée contre la chronique Zineb El Rhazoui et des explications un un alambiquées du directeur, Riss, dans Le Monde de ce lundi.

Alors que certains, pas innocemment, tentent de déboulonner les idoles (selon le classique triptyque médiatique « je lèche – je lâche – je lynche »), Luz se montre beaucoup plus retenu. Et fait montre d’une grande lucidité…

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Je suis Char…ognard ?

Il avait incontestablement sa place parmi les publications soit-disant solidaires de Charlie Hebdo apparues dans les kiosques cette semaine dont nous n’avions pas jugé utile de préciser le nom. Car cet opportunisme commercial doublé d’une médiocrité éditoriale ne nécessitait pas de plus ample publicité.

zoo_couvZoo, puisque c’est de ce titre qu’il s’agit nous était apparu seulement inintéressant. Il pourrait être, en plus, une vraie escroquerie.
Certains ont cru bon de ressortir le titre éphémère ayant paru entre 1997 et 2000, animé alors par Vuillemin, Berth, Faujour ou Eric Martin. Ce dernier, ex-rédac chef du magazine qui se voulait dans l’esprit d’Hara-Kiri a expliqué dans un texte envoyé à l’AFP, que les ex-collaborateurs de son magazine tenaient à informer les familles des victimes qu’ils « déclinent toute responsabilité dans l’édition de ce journal reprenant notamment des interviews de Wolinski et de Charb qui n’ont jamais été commandées ni publiées par la rédaction de Zoo« . Ils demandent aussi de ne pas s’abonner à cette publication « qui se révèle être une escroquerie et se réservent le droit de poursuites judiciaires envers le charognard qui a édité cet étron« …

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Revue de presse d’Angoulême

Comme tous les ans, l’ouverture du Festival international d’Angoulême est l’occasion pour la presse généraliste de se rappeler l’existence de la BD. Dans une ambiance plutôt studieuse cette année. (complété avec sortie du Monde).

Libé_bd_UneFidèle au rendez-vous, même si celui-ci prend forcément des airs de « marronniers », Libération se décline encore une fois « tout en BD » aujourd’hui.

Derrière une couv’ classique mais jolie et graphique de Richard Mc Guire, le quotidien consacre son « événement » du jour au dessin de presse – pour s’inquiéter de sa raréfaction grandissante, hormis dans ses propres colonnes, il faut le reconnaître et le saluer – et en profite pour donner quelques infos sur Charlie Hebdo, dont l’équipe est toujours hébergée dans ses locaux.

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Le bouclage de Charlie Hebdo : « Le Charlie des bonnes raisons »

Le bouclage du prochain numéro de Charlie Hebdo, à paraître ce mercredi, dans les locaux de Libération et filmé par Libération.

Gérard Biard détaille brièvement le contenu et Luz, explicite plus longuement le travail effectué. Le dessinateur évoque « Un numéro qui ne joue pas les victimes« , qui liste les « pour » et les « contre »… après l’attentat. Un numéro qui sera explique encore Luz le « Charlie des bonnes raisons de l’acheter (ou pas) et pourquoi Charlie a existé« …

http://www.dailymotion.com/video/x2ekkef

 

Killofer saisit bien Houellebecq

Libé-uneSoumission, le nouveau roman de Michel Houellebecq (et sa France « islamisée » à l’horizon 2022, suite à la démission des élites hexagonales) est parti pour nourrir la polémique de ce début d’année.
Ce qui, en revanche, ne devrait pas faire débat, c’est la qualité du portrait dessiné de l’auteur par Killofer, paru dans Libération ce matin. Une grande image particulièrement saisissante dans un style, pour une fois, hyper-réaliste (bien que caricatural en partie).

houellebecqC’est l’occasion de saluer, malgré sa baisse de qualité, la persévérance du journal à utiliser les illustrations (qui, souvent, parlent plus qu’une photo). Et pas seulement à l’occasion du festival d’Angoulême.