Lewis Trondheim : « Je ne veux pas devenir un vieil auteur de BD qui rabâche »

En l’espace d’une trentaine d’années, il s’est imposé comme l’un des auteurs majeurs de la bande dessinée contemporaine. La sortie d’un album des Nouvelles aventures de Lapinot, son héros-fétiche est l’un des événements BD de cette rentrée.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy (il a choisi ce pseudo en découvrant un jour le nom de cette ville de Norvège) est à la fois dessinateur, scénariste et éditeur de bandes dessinées, ce qui est plutôt rare dans ce milieu. Co-fondateur au début des années 1990 de l’Association, maison d’édition indépendante, il a tracé son sillon chez divers éditeurs en produisant une œuvre prolifique et hétéroclite. Pour cette rentrée, il revient avec son personnage culte Lapinot, dans Un monde un peu meilleur (L’Association), treize ans après son dernier album où celui-ci connaissait une fin tragique. Une drôle de résurrection qui méritait bien un éclaircissement auprès de ce maître du 9e Art. Entretien…

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Le joli retour du lapin

Les nouvelles aventures de Lapinot, Un monde un peu meilleur, Lewis Trondheim. Editions l’Association, 48 pages, 13 euros.

Dès les premières cases, on a l’impression d’un air de déjà vu. Lapinot, dans un parc de la grande ville, en train de converser sur un banc avec son meilleur ami, l’inénarrable Richard, champion de la vanne. A priori, rien de nouveau dans ces Nouvelles aventures de Lapinot… sauf que ce dernier qui est censé être mort dans le précédent album, porte un tee-shirt noir marqué d’une tête de mort.
A ce détail près, notre héros à grandes oreilles et chaussant du 88, n’a pas changé. Moraliste devant l’éternel, il va se retrouver de nouveau au centre d’une histoire rocambolesque menant dans toutes les directions. Cela démarre par un accident banal de voiture, puis la rencontre avec un homme pouvant voir des « auras » (émanations psychiques négatives ou positives chez les gens), une course-poursuite avec des individus patibulaires et inquiétants ne connaissant pas le constat à l’amiable ou encore des journalistes sans scrupules en quête de scoops. L’histoire se déroule sur une trame très contemporaine, entre réseaux sociaux, menace terroriste, dangers de l’industrie pharmaceutique et sites de rencontres. Bref tous les ingrédients sont là pour de nouvelles et désopilantes aventures…

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La jolie colonie de vacance d’Arsène Schrauwen

Arsène schrauwen_couvArsène Schrauwen, Olivier Schrauwen. Editions l’Association, 256 pages, 35 euros.

A s’en tenir au synopsis ou au résumé littéral que l’on pourrait en faire, cela relève de la biographie historique et de l’exotisme colonial ; au regard de la couverture, du roman d’aventures populaire promettant « de la peur », « de l’amour », « de la luxure », « un piège »… et, moins classique : « de l’architecture », « des conneries artistiques » et même « rien » ! Et c’est en fait encore tout autre chose.

Arsène Schrauwen débute donc comme un hommage familial d’Olivier Schrauwen à son grand-père, Arsène. En 1947, celui-ci quitte les Flandres pour l’Afrique, appelé par son cousin, Roger Desmet, pour participer à l’édification d’une cité futuriste au coeur de la jungle. La traversée en bateau sera déjà éprouvante, après les mises en garde d’un étrange passager, contre les dangers qui l’attendent sur place: « vers-éléphants » et autre « hommes-léopards ». Sur place, s’il tombe sous le charme de l’épouse de son cousin, Marieke, il sombre dans la paranoïa, dans le huis-clos de son bungalow, secondé par un « boy » qu’il ne voit jamais. Et quand Roger subit à son tour un coup de folie, Arsène se voit confié la tête de l’expédition qui doit poser les bases de la future ville de Freedom Town…

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Rire comme un bâton de chaise avec l’Opus 6 de l’Oubapo

Opus6-couvOubapo Opus 6, collectif. Editions l’Association, 224 pages, 35 euros.

Fondé en 1992, l’Ouvroir de bande dessinée potentielle redonne de ses nouvelles après une « longue période de silence et de turbulences ». Cet Opus 6 paraît opportunément alors que les Rendez-vous de la bande dessinée et la Maison de la Culture d’Amiens consacrent une belle expo au créations du groupe.

Ce gros pavé, joliment édité par l’Association, réunit donc les « fruits dûment mûris et soigneusement sélectionnés » du travail de l’Oubapo depuis la parution de l’Opus 2, paru en 2003 (entretemps sont parus trois ouvrages, plus ponctuels, dont l’étonnant Journal directeur, bâti à partir de toutes les photos d’une édition du journal Libération). Ces travaux étant, dans un rigorisme tout oubapien, strictement classés suivant la « TACL » (table approximative des contraintes de Lécroart) dérivée du BCG (bouquet de contraintes de Groensteen). Avantage annexe, l’ouvrage peut aussi faire fonction de quasi-catalogue de l’expo amiénoise, puisqu’on retrouve dans ces pages une dizaine d’exercices repris sur les murs de la Maison de la culture.

Sélection d’une dizaine d’années de travaux des treize membres de l’Oubapo, cet Opus 6 rassemble une cinquantaine de réalisations, comme le résume fort bien la quatrième de couv’ : itérations de Gilles Ciment, upside-down de Killoffer, divisions d’images d’Alex Baladi, ordonnancements de Matt Madden, recadrages d’Ibn al Rabin, réordonnancements de François Ayroles, divisions séquentielles d’Andréas Kündig, réinterprétations de Jochen Gerner, substitutions de Lewis Trondheim et d’Anne Baraou, plurilecturabilité d’Etienne Lécroart, exercices collectifs avec Jean-Christophe Menu, etc.

Une deuxième partie, réalisée par Etienne Lécroart et Matt Madden recense – avec la même rigueur formelle – divers travaux qui, publiés hors Oubapo, s’inscrivent dans son sillage. Y sont notamment évoqués les oeuvres de Chris Ware, Richard Mc Guire, Stéphane Blanquet, Marc-Antoine Mathieu 3″ et le Décalage, ou Lignes noires du néo-Amiénois Ludovic Rio.

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Un Grand prix des critiques de BD 2013
plein d’Allan

L’Association des Critiques et journalistes de Bande dessinée vient de décerner son Grand prix de BD 2013. Il revient à L’enfance d’Allan, d’Emmanuel Guibert. Il lui sera remis officiellement lors du prochain festival d’Angoulême, le 31 janvier prochain.

A l’issue d’un long processus très collectif – 55 votants sur les 67 membres actifs de l’association – l’ACBD a donc désigné son meilleur album, parmi les 4062 parus entre octobre 2011 et octobre 2012. L’Enfance d’Allan d’Emmanuel Guibert l’a emporté de peu devant Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage, lui-même devançant David, les femmes et la mort. Ces trois albums réunissant un maximum de votes, devant Saison brune et En silence. Un résultat disputé, mais qui n’enlève rien – au contraire – au très estimable nouveau grand prix, qui succède donc à Polina, de Bastien Vivès.

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Artémisia choisit le Mambo
de Claire Braud

Le Prix Artémisia 2012 de la bande dessinée vient d’être attribué à Claire Braud, pour Mambo (l’Association).

Claire Braud, pour Mambo, (l’Association) est la cinquième lauréate du prix Artémisia, destinée à valoriser et mieux faire connaître une expression féminine en bande dessinée. Le prix (attribué par un jury mixte, lui, composé notamment de Chantal Montellier, Yves Frémion, Thierry Groensteen ou Laureline Mattiussi) a été décerné ce lundi et lui sera remis ce mardi à Paris.

Choisie parmi une douzaine d’auteures, Claire Braud succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011.

Le jury a apprécié dans Mambo (danse pratiquée à Cuba), « premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif », le fait que l’auteure porte un regard « original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée ». Ainsi qu’un dessin léger et libre faisant penser un peu à Topor.