Le happening spatial de Kris et Martin Trystram

Infinity 8, tome 4: Guérilla symbolique, Lewis Trondheim et Kris (scénario), Martin Trystram (dessin). Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 17 euros.

L’Infinity 8 arrive à mi-parcours du space opera cyclique conçu par Lewis Trondheim et Olivier Vatine. Le vaisseau spatial, lui, est toujours bloqué devant l’immense nécropole intergalactique « grande comme le système solaire » (avant que celui-ci ne soit détruit). Cette fois, c’est l’agent Patty Stardust, à la splendide coiffure afro, qui est convoquée par le capitaine de l’Infinity afin d’explorer l’amas galactique pendant une boucle temporelle de 8 heures. Et ce au risque de griller son travail d’infiltration auprès de la Guérilla symbolique. D’autant plus gênant que le gourou de ce groupe artistico-révolutionnaire, embarqué sur le vaisseau et suivi par tous les médias, est sur le point de créer un happening gigantesque impliquant le mausolée géant du « club des 27 » (Jim Morrison, Brian Jones, Kurt Cobain, etc.). Mais Patty devra aussi se débarrasser du collant Mister Moosh, journaliste auto-proclamé aux 87 millions de followers…

Lire la suite

Beaux fragments d’une Première guerre dessinée

Là où poussent les coquelicots, fragments d’une guerre dessinée, film documentaire de Vincent Marie, 52 minutes, 2016. 15 euros.

Certains ont pu le voir le 14 novembre dernier sur France 3. Le beau documentaire de Vincent Marie Là où poussent les coquelicots pourra être vu cette fois sur grand écran, dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, ce samedi au Ciné Saint-Leu d’Amiens (à 14 heures) et en présence du réalisateur, enseignant-chercheur spécialiste de l’histoire de la bande dessinée. Une bonne occasion de revenir un peu sur ce film envoûtant.

Comme l’explique Vincent Marie dans le dossier de présentation « Là où poussent les coquelicots, désigne cet endroit où la terre a été remuée par la guerre mais c’est aussi un lieu de l’imaginaire des auteurs de bande dessinée où refleurit la mémoire du premier conflit mondial… »  Neuf auteurs de bande dessinée, qui ont fait de la Première Guerre mondiale le sujet de leur travail graphique sont sollicités pour témoigner. Avec des interventions qui s’insèrent dans la chronologie de la guerre Jacques Tardi, bien sûr, principalement à travers son dernier livre, son Dernier assaut intervient sur la mobilisation en 1914 mais aussi les « mutins » en 1917, Kris et Maël, dont leur série Notre-Mère la Guerre est devenue une référence « post-Tardi » pour la Somme en 1916 ou les traces chez les combattants. D’autres auteurs d’albums forts sur le sujet sont aussi présents, comme Charlie Adlard (désormais célèbre pour Walking Dead) et Robbie Morrison pour La Mort blanche et le front austro-italien en 1916-197, l’Américain Henrik Rehr pour Gavrilo Princip, l’homme qui changea le siècle, et l’attentat de Sarajevo bien sûr, David Vandermeulen pour sa saga sur Fritz Haber, et l’utilisation des gaz Joe Sacco et son livre-fresque sur le premier jour de la bataille de la Somme ou encore Delphine Priet-Mahéo pour Gueule d’amour, sur les gueules cassées.

Lire la suite

La Guerre d’Espagne en mode athlétique

Sept athlètes, Kris et Bertrand Galic (scénario), David Morancho (dessin). Editions Delcourt, 64 pages, 15,50 euros.

Juillet 1936, En contrefeux aux jeux olympiques de Berlin, devenus instrument de propagande du régime nazi, la jeune république espagnole organise ses « Olimpiadas populares ». Cinq jeunes athlètes de l’Etoile rouge de Montreuil (qui « brise et passe tous les écueils »…) s’y inscrivent pour représenter la France. Dans le train qui les emmène à Barcelone, ils vont faire la connaissance de Rudi Rosenwald, juif allemand, qui participe à la compétition. Sur place, ils rencontreront un autre athlète étranger, Neil, colosse irlandais, membre de l’IRA et lanceur de poids. Mais la liesse de la fraternisation prolétaire et populaire va être courte. Le jour même de leur arrivée, le 18 juillet 1936, Franco a déclenché son putsch. S’engageant dans la défense de Barcelone, les sept athlètes vont se retrouver intégrés à la colonne de l’anarchiste Durruti. Mais l’un d’eux, le réfugié espagnol Francesco apprend que son village est passé sous la coupe des franquistes. Il décide alors de monter, de son propre chef, une opération-commando avec ses amis…

Lire la suite

Ce soir sur France 3 Picardie, fines fleurs de la bande dessinée et coquelicots de la mémoire

Ce lundi 14 novembre, après le soir 3 (soit donc vers 23h30), France 3 Picardie et Nord – Pas-de-Calais diffusent Là où poussent les coquelicots, jolie réflexion sur les rapports entre la Première Guerre mondiale et la bande dessinée.

4On va s’efforcer de trouver le temps de revenir plus en détails sur ce film – qui le mérite amplement – mais, d’ores et déjà et en dernière minute, une info urgente à noter : ce soir, après le Soir 3, France 3 Picardie et Nord – Pas-de-Calais proposent, dans leur case documentaire régionale, Là où poussent les Coquelicots, un film de Vincent Marie, sur la manière dont les dessinateurs de bande dessinée appréhendent la Grande Guerre.
Très bon spécialiste du sujet (on doit à cet universitaire montpellierien les deux expos sur Tardi et les dessinateurs de BD et 14-18 de l’Historial de Péronne en 2009), Vincent Marie évoque ici le sujet avec une dizaine d’auteurs, pour autant de portraits sensibles et de réflexions fines sur cette thématique…

Lire la suite

Notre espoir l’Amérique

notre-amerique-t1_couvNotre Amérique, premier mouvement : quitter l’hiver, Kris (scénario), Maël (dessin). Editions Futuropolis, 64 pages, 16 euros.

12 novembre 1918. La Guerre s’arrête en France et en Europe, mais l’effervescence notamment révolutionnaire, enclenchée par le premier conflit mondial continue. Notamment pour Max Brunner, Alsacien enrôlé dans l’armée allemande et qui, à peine démobilisé, cherche à rejoindre ses camarades à Paris. Le hasard va lui faire croiser Julien, jeune soldat français ramenant une voiture de l’Etat-Major dans la capitale. Une rencontre fortuite qui va influer sur leur destin. Et embarquer le jeune Français dans le sillage révolutionnaire de son ami. Détournant un cargo allemand capturé par les Français afin d’aller soutenir les Spartakistes à Berlin, ils vont se retrouver finalement au coeur de la révolution mexicaine, à cause d’une passagère clandestine qui ne s’en laisse pas compter. Début d’une grande aventure…

Lire la suite

Quand la Guerre d’Espagne refait surface en rade de Brest

Nuit noire sur brestNuit noire sur Brest, d’après l’essai Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay, Kris et Bertrand Galic (scénario), Damien Cuvillier (dessin). Editions Futuropolis, 80 pages, 16 euros.

Kris avait déjà dévoilé magnifiquement une page d’histoire méconnue de Brest, cette manifestation meurtrière de l’immédiat après-guerre évoquée dans Un homme est mort. Il récidive, avec l’aide Bertrand Galic en mettant en lumière un chapitre tout aussi méconnu et étonnant de l’immédiat avant-guerre : comment un sous-marin espagnol est venu accoster à Brest en 1937 et comment le bâtiment est devenu un enjeu très politique pour les franquistes et pour communistes et anarchistes locaux qui ont cherché à contrecarrer l’opération.

Le dimanche 29 août 1937, le C-2, sous-marin républicain espagnol, fait surface au large de la rade de Brest. Souffrant d’avaries, il doit être réparé. Mais alors que la guerre d’Espagne fait rage et que la France suit sa ligne de non-intervention, sa présence devient un enjeu sensible. Sous la direction de Troncoso, chef militaire de la région d’Irun (qui sera la futur président de la fédération de football espagnol et vice-président du Real Madrid !), des partisans de Franco vont s’activer pour récupérer le bâtiment. Ils pourront compter sur l’aide d’un contact parmi l’équipage, mais aussi sur la jolie Mingua, entraîneuse au dancing de l’Ermitage et qui va séduire le capitaine du C-2, tout comme sur les militants français d’extrême droite, Croix de feu ou membres de la Cagoule, force croissante dans ces heures de crépuscule du Front populaire. En face, les partisans de la République ne sont cependant pas inertes, avec notamment un très actif agent secret anarchiste qui saura désamorcer l’action fasciste…

Lire la suite

Le boxeur était surtout son père

mon père était boxeur_couvMon père était boxeur, Barbara Pellerin et Kris (scénario), Vincent Bailly (dessin). Editions Futuropolis, 80 pages (plus un DVD du film de Barbara Pellerin), 20 euros.

Son père était boxeur, elle est photographe et cinéaste et entreprend, à travers un film, de renouer le fils d’une relation rompue, ou du moins hâchée.

Débutée sous le faux prétexte de réaliser un documentaire sur la boxe, au printemps 2011, cette captation va se poursuivre jusqu’au décès du père, en novembre 2012. Hubert Pellerin, trois fois finaliste du championnat de France poids lourds au début des années 80, est décédé à l’hôpital psychiatrique normand où il était en traitement pour dépression.

Partant de l’enterrement de son père, Barbara Pellerin porte un regard subjectif et impliqué sur ce dernier. Se mettant souvent en scène, elle restitue ce père à travers son propre regard, passé et présent. Un regard qui ne cache rien des déchirements familiaux, de l’éloignement ressenti de ce père qui pouvait être violent à l’égard de la mère de Barbara, ours maladroit parfois  et capable d’apprendre à nager à sa fille en la menant en pleine mer.
Un père boxeur dont la présence sur le ring n’est évoquée qu’en filigrane, ou comme un fil rouge, une porte d’entrée vers l’homme…

Lire la suite

Une somme sur la Grande Guerre en BD

Grande Guerre et BD_luc révillonLa Grande guerre dans la BD, un siècle d’histoires, Luc Révillon. Beaux Arts édition – Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux, 240 pages, 29 euros.

Alors que le Musée de la Grande Guerre de Meaux accueille, ce samedi 28 mai, son premier salon de la bande dessinée sur 14-18, c’est l’occasion rêvée d’évoquer et de revenir sur ce livre de l’historien Luc Révillon, commandité justement par le musée dirigé par Michel Rouger, qui s’affiche volontiers grand fan du 9e art. Et dans sa préface, il souligne combien son musée « entretient des liens étroits avec la BD: des exemplaires du Bon-Point amusant, de la Semaine de Suzette ou encore des Trois couleurs au sein des collections ; une fresque dans la salle d’introduction tirée d’un dessin original ; des ateliers d’initiation à la bande dessinée pour les groupes scolaires ; un rayon BD au sein de la boutique qui connaît un beau succès... » Auxquels on pourrait encore ajouter l’expo consacrée, l’an passé à Pat Mills et la Grande Guerre de Charlie et le fait que le musée est né, en grande partie, des collections cédées par Jean-Pierre Verney, collaborateur attitré de Tardi. Bref, ces liens entre Grande Guerre et BD ne sont plus à démontrer. Et ils se concrétisent dans cette Grande Guerre dans la BD. Et dans la superbe double couverture originale réalisée par Maël…

Lire la suite

Le FLN droit au but

Un maillot pour l'Algérie_couvUn maillot pour l’Algérie, Kris, Bertrand Galic (Scénario), Javi Rey (dessin). Editions Aire Libre / Dupuis, 136 pages, 24 euros.

Avril 1958, alors que les « événements » d’Algérie s’enfoncent dans une répression forcenée et à deux mois de la Coupe du monde en Suède, le football tricolore découvre la disparition soudaine d’une douzaine de joueurs d’origine algérienne, dont quelques vedettes appelés à endosser le maillot des Bleus, comme Rachid Mekhloufi, attaquant de Saint-Etienne (qui avait été confronté dès 1945 à Sétif, alors enfant, à la violence et au prélude de la lutte anti-coloniale), Hamid Kermali, la vedette de l’Olympique lyonnais, Amar Rouaï attaquant d’Angers ou Mustapha Zitouni, le patron de la défense de Monaco et de l’équipe de France. Tous quittent clandestinement l’Hexagone pour rejoindre Tunis, allant former la première « équipe nationale algérienne ».  L’idée en serait venue à Mohamed Boumezrag, un des responsables de la Fédération de France du FLN : utiliser une équipe de sportifs, dans le plus médiatique des sports, pour casser la censure sur le combat pour l’indépendance de l’Algérie et faire de cette équipe un outil de propagande en faveur du futur Etat.
Partis pour quelques mois, cette équipe va jouer dans le monde entier pendant près de quatre ans, du moins dans les pays frères d’Afrique ou du bloc de l’Est. Ces « footballeurs fellaghas », combattants du ballon rond vont disputer plus de quatre-vingt matchs, contre des clubs irakiens ou roumains, mais aussi contre la sélection nationale de Yougoslavie, battue 6-1 à Belgrade. A chaque fois, moins que l’exploit sportif, c’est la reconnaissance politique de la future nation algérienne qui est en jeu.
En 1962, au lendemain des accords d’Evian, Ben Bella, premier président de l’Algérie leur rendra hommage, en saluant, à travers leurs matchs, le fait d’avoir « conquis plusieurs années de paix, épargnant ainsi des milliers de vies« …

Lire la suite

Des Colères toujours bien au présent à Arras

Le 14e Salon du livre d’expression populaire et de critique social « Colères du présent, a lieu cette fois du 30 avril au 2 mai à Arras (Pas-de-Calais). Avec toujours des auteurs de BD. Et un débat autour de Charlie hebdo.

salon-du-livre-2015-webCela fait quatorze ans que l’association Colères du présent agit à Arras pour, comme elle le note dans sa présentation « faire connaître et développer le champ littéraire particulier qui la préoccupe autant dans les secteurs de la bande dessinée, de la jeunesse que des secteurs plus généralistes« . Cette approche, déjà, mêlant, sur le même niveau, littérature blanche et noire, ouvrages jeunesse et bande dessinée, est à saluer.  Surtout dans « un champ en perpétuel labour : l’expression populaire et la critique sociale« . Et cela fait aussi quatorze ans que l’association concrétise et met en lumière cette démarche avec son festival littéraire du 1er mai.  Et, désormais, elle occupera les pavés de la ville d’Arras dès le 30 avril et jusqu’au 2 mai. Avec deux jours supplémentaires et complémentaires: le 1er mai reste une journée où le livre est en débat ; le 30 avril sera une journée où le livre se déguste, s’écoute, se lit, se vit. Le 2 mai sera davantage tourné vers le lien entre image et texte, illustrations, photos, performances, dessins, documentaires ». Tout un programme, donc. Un programme qui, pour s’en tenir à l’univers de la bande dessinée et du roman graphique, a de la prestance…

Lire la suite