Rerouter l’histoire

 Les Brigades du temps, tome 2 : La grande armada, Kris & Bruno Duhamel. Editions Dupuis, 48 pages, 12 euros

Avec la possibilité de voyager dans le temps,avec la possibilité de créer des uchronies un danger extrême est apparu. Pour éviter que l’Histoire ne déraille totalement et chamboule de façon irrémédiable la destinée de l’humanité, une agence spatio-temporelle a été créée pour redresser le cap en cas de besoin.

Daggy Kallaghan et Stuart Montcalm en sont membres. Le premier est un caractériel, ivrogne et irascible, le second est un bleu sans expérience. Un couple étrange qui va devoir remettre l’histoire dans le bon sens : la conquête de l’Amérique doit se faire ! Mission d’autant plus difficile que les Aztèques, bénéficiant d’une aide mystérieuse, se prépare à réaliser la conquête de l’Europe…

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Promo animée pour Revue dessinée

Lancée par un collectif d’auteurs (dont Sylvain Ricard, Franck Bourgeron ou Kris), La Revue dessinéee annonce toujours la sortie de son premier numéro en septembre 2013, avec un trimestriel de 200 pages de reportages, d’enquêtes et de documentaires, tout en bande dessinée.

En attendant, on peut déjà découvrir sur Daylimotion cette jolie petite présentation animée, qui donne le ton

http://www.dailymotion.com/video/xxzpp9
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Les éditions de la Gouttière
dessinent bien la crise

La crise, quelle crise ? collectif, éditions de la Gouttière, 64 pages, 12,70 euros.

Après Cicatrices de guerre(s), sur 14-18, place à une autre guerre, économique celle-là. Et qui fait aussi son lot de victimes. Mais les fronts sont plus mouvants et divers encore. Et les armes souvent plus inégales, entre traders et financiers d’un côté, salariés ou laissés pour compte de l’autre. Ce recueil aborde ces différentes facettes d’une situation dans laquelle on baigne, au bas mot, depuis… un demi-siècle. Car, pour toute une génération – voire même plusieurs depuis les années 70 – ce « changement subit », cette manifestation « soudaine » est devenu un état de fait, un tunnel dont on ne voit jamais le bout – depuis Raymond Barre… Généralisée et omniprésente, elle est pourtant difficilement définissable. Dans ce nouvel album collectif, les éditions de la Gouttière y posent donc un regard subjectif. Neuf regards plutôt, pour autant d’histoires courtes au ton au départ plutôt doux amer, pas si catastrophiste donc. Ou souvent, la vie reste la plus forte. Comme si à force d’y vivre, elle était assimilée, à défaut d’être acceptée.

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Joffo toujours sous une bonne étoile avec Kris et Maël

Un sac de billes, seconde partie, Kris, Vincent Bailly, éditions Futuropolis, 64 pages, 16,25 euros.

Le récit de souvenirs de Joseph Joffo, jeune juif sous l’occupation allemande, se poursuit, illustré de belle manière par Vincent Bailly et Kris. Après avoir réussi à traverser la ligne de démarcation, en septembre 1941, avec son frère Maurice, afin de rejoindre leurs frères aînés sur la côte d’Azur, Joseph Joffo pensait avoir fait le plus dur. Il n’en sera rien. Les trois années suivantes seront, au contraire, plus tumultueuses encore.

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Une belle leçon de vérité sur la guerre

Notre Mère la guerre, tome 4: Requiem, Kris, Maël, éditions Futuropolis, 64 pages, 16,25 euros.

C’est le troisième album dans l’actualité éditoriale de cet automne, après La Grande Guerre de Charlie et Folies Bergère à avoir pour cadre la Première Guerre mondiale. Et troisième récit qui mérite qu’on s’y attarde, d’autant plus que ce Requiem signe la fin de cette belle série qu’est Notre mère la guerre, de Kris et Maël.

Cette fois, c’est vraiment la fin. Fin du premier conflit mondial, fin de l’enquête menée depuis trois ans par le lieutenant Vialatte, fin de certains des protagonistes. Mais la guerre, elle, ne finira jamais. Mal absolu qui touche et ronge tous ceux qui l’ont fréquenté de trop près ou trop longtemps. Personne n’en sort indemne, d’ailleurs à l’issue de ce quatrième épisode. Morts, survivants, personnages et lecteurs n’oublieront pas de sitôt ce qu’ils ont traversé.

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« Svoboda » avance à toute vapeur

Svoboda, tome 2: Iekaterinbourg, été 1918, Kris, Jean-Denis Pendanx, éditions Futuropolis, 48 pages, 13 euros.

Cette fois, la Légion tchèque fait vraiment son entrée dans l’Histoire avec un grand « H ». Mai 1918, les combattants tchèques et slovaques, incorporés dans l’armée austro-hongroise et prisonniers des Russes, ont profité de la Révolution de 1917 pour s’enfuir des camps tsaristes et, sur des trains blindés, veulent rejoindre Vladivostock afin de retrouver leur pays, où ils ambitionnent de créer une vraie république. Mais en ce printemps 1918, le convoi est bloqué à Tcheliabinsk. Et certains soldats sont emprisonnés, dont Jaroslav Chveik, le héros et auteur de ce « carnet de guerre imaginaire » dont Kris et Pendanx ont débuté le récit voilà un an.
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Le futur de Futuropolis

Les éditions Futuropolis viennent de donner, sur leur blog, un « avant-goût de la rentrée 2012″. De quoi saliver, en effet…

Au programme de cette rentrée 2012, (de fin août à octobre) sont notamment annoncés, le nouvel album de Jean-Claude Denis, président en titre du Festival d’Angoulême, Zone blanche, ainsi que le retour de Pierre Wazem avec une « autobiographie mélancolique et autocritique » Mars aller-retour (bouquin déjà réservé par Jacques Cheminade !), plus un album qui s’annonce fort de Denis Lapière avec Aude Samama, A l’ombre de la gloire, autour du destin croisé d’un boxeur juif tunisien déporté à Auschwitz où il disputera son dernier combat et d’une actrice à qui les FFI feront payer cher sa relation avec un officier allemand ; époque trouble qu’évoque aussi l’écureuil du Vel d’Hiv, nouvel album de Lax.

Kris, lui, sera doublement présent avec le quatrième et dernier tome de sa belle série Notre Mère la Guerre et la deuxième partie de son diptyque Un sac de billes Autre suite attendue, celle des Enfants de Jessica, la magnifique saga de Luc Brunschwig et Laurent Hirn, dont paraîtra le deuxième album.

Dans un registre plus d’actualité, on jetera un oeil curieux sur La Survie de l’espèce, de l’économiste Paul Jorion et Grégory Makles (connu jusqu’ici pour ses BD fantasy) qui se présente comme un « essai dessiné percutant, humoristique et pas complètement désespéré » ainsi que sur le récit d’Emmanuel Lepage à Tchernobyl

une page de croquis, qui sera dans la ré-édition enrichie de "Page noire".

Enfin, on notera la ré-édition de Page noire, du trio Ralph Meyer – Denis Lapière et Frank Giroud, dans une version enrichie de 16 pages de croquis et, plus historique, celle de Rumeurs sur le Rouergue, de Pierre Christin et Jacques Tardi… 40 ans après sa première parution dans les pages du magazine Pilote. Une histoire anarcho-écolo dans l’esprit du Larzac et toujours aussi jubilatoire.

Bref, carton plein.

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Quand l’histoire déraille

Les Brigades du temps -Tome 1 : 1942, A l’ouest rien de nouveau, Bruno Duhamel, Kris. Editions Dupuis, 48 pages ; 10,45€

1492, supposant que la Terre est ronde, Christophe Colomb cherche la route des Indes en passant par l’ouest. Une idée séduisante mais le navigateur génois ne pourra pas valider sa découverte, un léger problème vient contrecarrer ses plans : il est tué en touchant au terme de son voyage. La découverte de l’Amérique n’est pas faite.

Mais les agents Ukroniens veillent au grain, d’ailleurs leur fière devise le rappelle : «Notre avenir est aux mains du passé». Afin que l’Histoire ne diverge pas trop, ces agents, composant les brigades du temps, sont chargées de remettre l’Histoire sur ses rails ou d’éviter une dérive trop importante. Leur mission sera donc de faire hériter le second de Colomb de la GRANDE découverte. Pas une mission facile quand les membres de l’équipe sont plutôt du genre bras cassés… surtout quand un ennemi inconnu veut tournebouler l’Histoire.

Depuis H. G. Wells, les voyages dans le temps sont un incontournable de la S.F. et, dans le domaine de la BD, Valérian reste un des grands classiques du genre. Les auteurs ont osé se confronter aux tenants du titre et n’ont pas démérité. Bien sûr, les puristes vont crier que les paradoxes temporels ne sont pas pris en compte, mais est-ce le plus important ? Avec des héros pas franchement héroïques, de l’humour et de l’aventure, voici une uchronie qui tient la route avec un dessin classique et agréable, tout ce qu’il faut pour passer de bons moments. De quoi réconcilier la science-fiction et ceux qui ne l’aiment pas.

 

 

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Notre Mère la Guerre : retour aux sources

Notre-Mère la Guerre, troisième complainte, de Maël et Kris, éditions Futuropolis, 64 pages, 16 euros.

Comme l’emprise de la guerre qui en est le sujet, Notre Mère la Guerre s’installe, elle aussi dans le conflit, en ce début d’année 1917. Et elle se confirme comme une des toutes premières séries de bande dessinée sur la Guerre de 14-18, sur le fond comme la forme.

Deux ans après le début de l’intrigue, l’affaire des assassinats de femmes sur la ligne de front, au coeur du récit, semble classée et oubliée ; enterrée avec les jeunes assassins présumés de la section du caporal Peyrac, morts dans une tranchée de la Marne en 1915. Le lieutenant de gendarmerie Vialatte est de son côté devenu lieutenant de chars. Mais il sera dit que cette histoire inachevée n’a pas fini de le hanter

Blessé, Vialatte retrouve sur son lit d’hôpital le capitaine Janvier qui le remet sur la piste du ou des tueurs. Ou plutôt lui impose de tout reprendre à zéro, afin de « rendre justice à ces malheureuses femmes et à ces gamins perdus ». Le gendarme part enquêter à Paris, sur les origines de l’engagement de cette bande de jeunes repris de justice, qui préfèrent s’engager pour mourir au grand air plutôt que de crever dans leur cellule…

Album devant marquer, à l’origine, la fin de la trilogie annoncée, ce troisième tome rebondit, dans l’intrigue et dans l’ambiance. On sort des tranchées « classiques » pour retrouver d’abord les chars, « l’artillerie spéciale », cette nouvelle arme qui apporte une touche monstrueuse et industrielle à la guerre (à l’image du dessin magistral de couverture), puis l’ambiance – faisandée – de l’arrière.  En cette année 1917, c’est aussi l’occasion pour Kris d’évoquer le ressentiment et la colère qui monte dans les unités. Un esprit de mutinerie latent évoqué en deux planches aussi justes que fortes…

Quand aux dessin de Maël, toujours en aquarelles et en couleurs directes, il continue à restituer avec une grande sensibilité et élégance l’horreur et la pesanteur de ce premier conflit mondial.

Une fois ainsi replongé dans cette atypique enquête policière au coeur de la guerre, on en vient déjà à regretter qu’il n’y ait plus qu’un dernier album à venir…

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Kris et Pendanx se lancent dans une nouvelle série à train d’enfer

Nouveau récit historique et épopée romanesque, Svoboda exhume la légion tchèque, un épisode fascinant et oublié de la révolution russe. Et une série qui commence très bien !

Copyright : Daniel Muraz

Jean-Denis Pendanx et Kris, début juin, pendant les Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens. A noter que c'est à Amiens qu'ils se sont rencontrés pour la première fois.

La réalité plus vraie que la fiction. Le poncif est usé, mais approprié concernant l’aventure de la Légion tchèque qui, de 1918 à 1921 va traverser l’ex-empire russe dans des trains blindés pour tenter de retrouver sa patrie. Oubliée de l’Histoire, celle-ci est généralement confondue avec les troupes « blanches » contre-révolutionnaires.

C’est le mérite de Kris de restituer leur singularité dans cette nouvelle série. L’autre réussite de ce premier album, d’exposition, est de parvenir à réussir à mêler récit historique et épopée romanesque, et à surfer entre trois époques. 1918, début de l’odyssée ferroviaire ; août 1914, engagement du héros, Chveik, dans l’armée austro-hongroise et rencontre avec Pepa, le soldat aux pinceaux et crayons, dont le carnet imaginaire sert de base à l’intrigue ; 1938, accords de Munich qui braderont l’indépendance tchécoslovaque, épilogue de l’aventure née en partie dans les steppes russes vingt ans avant…

Kris, dont j’apprécie de plus en plus l’oeuvre, s’est fait une spécialité de fouiller dans les à-côté de la grande Histoire, pour en faire ressortir des récits forts, politiques et humains. A l’image bien sûr d’Un Homme est mort, enquête exemplaire et base d’une dynamique qui se poursuit encore aujourd’hui. Il a réussi, également, à s’associer à chaque fois avec des dessinateurs au trait réaliste élégant, livrant des albums de grande qualité.

C’est encore le cas avec cette nouvelle série Svoboda. En quelques pages, les personnages sont posés et la situation, absurde, de cette « armée sans nation » qui va changer trois fois de camps en quatre ans ! La fluidité avec laquelle on s’immerge dans le récit est également due au trait délicat de Jean-Denis Pendanx – qui abandonne la couleur directe de ses précédents albums pour un dessin fin, qui donne une légèreté grave  au récit.

Court, mais dense et enlevé, ce premier album place en tout cas cette nouvelle saga – appelée à se développer en huit ou neuf tomes – sur de très bons rails.

Lors du festival d’Amiens, début juin, les deux auteurs nous avaient déjà présenté, brièvement,  leur création. En voici une approche plus approfondie. Entretien à double voix (ferrée…).

« L’histoire d’une nation en marche »

Comment résumer, en quelques mots, l’histoire de Svoboda ?

Kris: Svoboda raconte l’aventure d’une nation en marche, la Tchécoslovaquie, quelque part créée par 70 000 soldats perdus de nationalité tchèque et slovaques, perdus au beau milieu de la guerre civile russe et qui ont imaginé, pensé leur futur pays entre 1917 et 1920. Ensuite, la question qui préside à ce récit, c’est :  que faisaient ces soldats en Russie ? On raconte donc tout leur itinéraire et leurs rêves et la fin de l’histoire qui a été difficile pour eux.

Comment vous êtes vous intéressés à ce sujet ?

Kris: Par hasard !  Je cherchais de la doc sur les trains blindés pour un autre projet, et je suis tombé sur un petit chapitre consacré à ces légionnaires tchèques, avec une photo datée de 1918, en Sibérie. Cela m’a intrigué. J’ai commencé à fouiller et, très vite, j’ai senti qu’il y avait dans cette histoire tout ce qui pouvait me fasciner : l’homme en guerre ou du moins dans un conflit suffisamment exacerbé pour faire ressortir ce qu’il y a de pire et de meilleur en lui – cela traverse aussi Notre-Mère la guerre, Un homme est mort ou Coupures irlandaises. Il y avait aussi le questionnement sur les fondements d’un pays, est-ce qu’un pays c’est des frontières ou une communauté de personnes qui décident de vivre ensemble ? Ce sont des questions qui me fascinent, en tant qu’auteur comme en tant qu’être humain. En plus, l’histoire se situait dans un contexte qui m’a toujours fasciné :  la russie en général, la Russie révolutionnaire encore plus. Enfin, j’ai toujours adoré l’univers ferroviaire. Bref, tout était fait pour me dire que ce projet était pour moi.

On assimile généralement ces Tchèques aux contre-révolutionnaires « blancs », alors que c’est beaucoup plus compliqué que cela…

Kris : Cela va être leur grand drame et leur dilemme. Et cela va créer en permanence des situations d’incompréhension et de conflits. Ce sont, déjà majoritairement des républicains au départ – même s’il y a une tendance monarchiste parmi eux, qui va disparaître avec la chute du tsar – et se sont au final des sociaux-révolutionaires (soit l’équivalent des socialistes en France à la même époque). Ils sont donc assez proches des bolcheviks. Simplement, ils ne partagent pas toutes leurs positions extrémistes. Et surtout, Trotsky les déclare hors la loi suite à l’incident de Tcheliabinsk, qui est raconté dans le premier tome. Cela va les rejeter dans le camp des blancs, et ils vont être instrumentalisés par les alliés. Pour eux, c’est la possibilité d’aller vers la création de la Tchécoslovaquie, mais en fait, ils n’ont qu’une idée : rentrer chez eux et laisser les Russes se débrouiller entre eux… Mais le problème va être pour sortir de Russie, en pleine guerre civile. Cela va prendre du temps, il faudra négocier en permanence, composer avec toutes les tendances. Au final, les Tchèques vont jouer leur propre jeu – ainsi, ce sont eux qui vont livrer Koltchak aux bolcheviks. Mais, pour eux, c’était la seule faÁon de survivre. Et ils ont tenu trois ans dans un univers particulièrement hostile.

« L’envie d’un dessin réaliste légèrement caricatural »

Au niveau du dessin, comment – et pourquoi -  aborde-t-on un tel univers ferroviaire, militarisé ?

Jean-Denis Pendanx : Déjà, il y a le plaisir de pouvoir dessiner la Sibérie, la révolution russe, ces costumes-là. Enfant, j’avais été marqué par Dr Jivago, le film de David Lean. Ensuite, Kris, qui était déjà depuis longtemps sur le projet, m’a transmis des documents. Et puis, j’ai cherché sur internet, on trouve des choses sur la légion tchèque. J’ai accumulé beaucoup de données, qui ne me serviront peut-être pas, d’ailleurs

… Encore qu’un des parti-pris, réussi, du projet, est de raconter l’histoire comme le « carnet de voyage d’un soldat-dessinateur ». Et cette optique du donne l’occasion de proposer, en fin d’album, une magnifique double page de vrai-faux carnet de voyage…

Jean-Denis Pendanx : C’est aussi ce qui m’a beaucoup attiré dans le projet. C’est le petit plus. L’idée de Kris me permet de me faire plaisir à la fin de chaque album, avec le carnet de Pepa et de revenir un peu à l’illustration, avec les fausses peintures de Pepa.

Les deux premières pages des "carnets" de Pepa Cerny.

Comment s’est fait le choix pour le style de trait, vous abandonnez ici la couleur directe…

Jean-Denis Pendanx : Nous en avons discuté avec Kris et Claude Gendrot, notre éditeur chez Futuropolis. Mais après, c’est en le faisant qu’on vois si cela fonctionne. Et c’est le lecteur qui reste le dernier critère. Ce qui me faisait aussi plaisir, avec Svoboda, c’était d’arriver à faire du réalisme, comme dans les derniers Hieronymus. C’était un dessin que j’avais envie de retrouver, un dessin, pas « semi-réaliste », mais d’un réalisme légèrement caricatural, pour varier, passer du réalisme à la légère caricature. Cela donne de la souplesse. Et pour une série d’aventure, rythmée et plus longue, je voulais un dessin un peu plus léger, au trait, pour ne pas plomber l’histoire.

« Une vraie graine de chaos »

L’un des héros se nomme Chveik, ce qui fait penser forcément au Brave soldat Chveik de Hasek. Cela ne doit rien au hasard, non ?

Kris : Non, pas du tout ! Jaroslav Chveik, dans notre récit, est un mélange entre l’écrivain Jaroslav Hasek et son personnage de Chveik : il est écrivain, avec un parcours biographique proche de Hasek – alcoolique, coureur de jupons, anarchiste mais militant surtout pour son propre compte, en fait c’est une vraie graine de chaos ! Et puis, le Chveik de Hasek est un type qui, à la base, veut absolument aller à la guerre. Il n’y arrive jamais et on se doute bien qu’il le fait exprès, mais officiellement il veut y aller. Or Jaroslav se retrouve aussi dans la légion tchèque. Il y est à reculons, mais sera toujours le premier à faire des conneries ! C’est un vrai moteur pour le récit. Et cela amène cette légèreté, cet humour dont j’avais besoin pour éviter  de n’avoir qu’une histoire militaire. Mais on ne peut pas faire un récit russe sans cette dimension tragi-comique burlesque ou l’on passe dans toutes les situations. Quand on lit les romans de l’époque, de Boulgakov ou Isaac Babel, c’est vraiment cela. Tout est mélangé à l’extrême. Je voulais retrouver cela… Quant au romantisme et à l’héroïsme, ils sont présents sans que j’ai besoin d’en rajouter !

Aux côtés de Chveik et de Pepa, le dessinateur, se trouve un troisième personnage, féminin. Un personnage fort aussi et qui fait imaginer un triangle amoureux…

Kris : les femmes étaient relativement absentes de mes récits jusqu’à présent. Et quand elles y sont, comme dans Notre mère la guerre, elles en prennent plein la figure (mais j’ai un beau personnage féminin qui arrive dans le quatrième tome) ! Pourtant l’amour, les relations amoureuses me fascinent  aussi. Ici, je ne voulais pas un personnage féminin qui soit seulement un faire-valoir, il me fallait un personnage fort. Je l’ai trouvé historiquement en la personne de la « comtesse rouge », Nora Kynski de son vrai nom, qui était sans doute une espionne autrichienne et qui a accomapgné les Tchèques. J’ai repris ses traits de caractères.Elle est un élément de tension permanent entre Chveik et Pepa, en plus d’être un personnage romantique qui a ses propres raisons d’être là.

« Nous sommes partis pour neuf albums en quatre ans »

Comment va se décliner votre saga ?

Kris: Idéalement, en neuf albums. Evidemment, si ça n’intéresse que deux personnes, on ne s’acharnera pas, mais je crois qu’il y a de quoi faire.  L’avantage, c’est que Jean-Denis étant rapide, on peut prévoir deux albums par an. Donc,  nous ne sommes pas partis pour une décennie, mais plutôt pour quatre ans de travail à peu près. Il y aura trois grandes époques : 1918, 1919, 1920, qui feront trois récits.

Le prochain tome est pour quand ?

Kris: La sortie est prévue aux alentours de mars 2012. Un peu avant peut-être, mais pas après. Ensuite, on sera sur un rythme de deux albums par an – sans doute en mars et novembre 2012. L’important pour nous est de travailler par cycle. Une fois réalisés les trois premiers, on pourra tirer un bilan : de notre motivation, de l’accueil du public et du temps qu’on y consacre.

Ce premier album s’achève sur un rebondissement assez haletant et en plein suspense…

Kris: On est quand même dans un vrai feuilleton. Cela va avec l’idée du rebondissement final… Et puis, quand on part dans une série longue, il y a quand même intérêt à donner envie aux lecteurs ne pas nous lâcher en route ! Je pense que vendre correctement les tomes 1 et 2 ne sera pas trop compliqué, mais cela sera une autre chose de garder les lecteurs sur la longueur. Je pense qu’il faut varier beaucoup les atmosphères. Si on reste neuf tomes sur les trains à combattre les Austro-hongrois, bof. Mais, par exemple, dans le tome 3, on sera sur les bateaux de la Volga, il va y avoir la neige, etc. Et puis on va pouvoir instiller de la fantaisie, aller voir du côté des ùakhnovistes, les anarchistes ukrainiens, avec leur cavalerie composée de chariots équipés de mitrailleuses. Nous imaginions une charge d’une telle cavalerie. Disons qu’il y a possibilité de développer un univers extrêmement riche. Le plus dur, pour moi, sera d’élaguer en permanence des choses, afin de garder une tension et une construction qui tiennent la route.

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