Voyage au bout de l’enfer avec Vehlmann et Kerascoët

VOYAGE EN SATANIE, t.1, de Vehlmann et Kerascoët, ed.Dargaud, 56 pages, 13, 95 euros. Parution le 26 août.

Déjà auteurs, ensemble, du magnifique et inquiétant Jolies ténèbres, voilà deux ans, Fabien Vehlmann et Kerascoët (alias  Marie Pommepuy et Sébastien Cosset) et se retrouvent ici pour un diptyque qui s’annonce encore fort bien, version très particulière d’un voyage au centre de la Terre qui tourne au voyage au bout de l’enfer.

D’entrée, l’album plonge le lecteur au coeur des ténèbres, dans un gouffre, avec une équipe de sauvetage partie rechercher un jeune homme, Constantin, persuadé que la porte de l’enfer est vraiment sous terre et qu’une peuplade de néanderthalien s’est établi au coeur de la planète, mutant au fil des générations, développant une excroissance osseuse sur la tête en guise de protection, des jambes et corps velus pour se réchauffer, des pieds en forme de sabots afin de se déplacer sur la rocaille… bref, un vrai portrait-robot de la figure du diable des contes et légendes !  Etonnante fusion de la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces et de la mythologie satanique.

Mais le surprenant devient la règle au cours de cette expédition infernale qui mêle avec justesse noirceur et candeur. Déjà dans la drôle d’équipe de spéléologues, formée de Charlie, la jeune soeur rousse de Constantin, de l’éditeur de ce dernier, d’un prêtre râleur, d’un villageois passablement psychopathe. L’étrangeté des personnages n’est rien à côté de ce qu’ils vont découvrir : Ultima Thulé, utopie improbable d’abord, puis, descendant toujours plus profondément, une bande de diables aux yeux rouges et aux intentions difficiles à cerner… qui semble corroborer les thèses de Constantin. La dernière planche de cette première partie laissant la jeune héroïne en très mauvaise posture, au-dessus d’un océan de lave en fusion. Et le lecteur, haletant, aux prises avec les multiples hypothèses encore ouvertes…

Fantaisiste, mais très maîtrisé, le récit n’est pas dénué non plus d’une certaine cruauté - dans l’esprit de Jolies ténèbres – et cette trouble innocence est parfaitement rendue par le dessin faussement naïf et toujours très évocateur de Kérascoët. Bref, une nouvelle fois de la graine de chef d’oeuvre. On attendra juste la deuxième partie pour conclure définitivement là-dessus.

Et pour ceux qui ne tiendraient pas jusque là, à noter, fin août à Paris, l’exposition des Kerascoët à la Galerie 9ème Art réunissant des planches de l’album Beauté (Dupuis) et Voyage en Satanie (Dargaud). Avec un vernissage en présence des auteurs le 25 août à partir de 18 heures. Soit juste au moment de la parution de ce premier tome.

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