Un voyage en Satanie diablement bien réussi

Satanie, Fabien Vehlmann (scénario), Kersacoët (dessin). Editions Soleil, coll. Métamorphose, p.128 pages, 22,95 euros.

Il aura fallu attendre cinq ans, finalement, pour connaître la fin de l’histoire. Initialement publié chez Dargaud comme un diptyque, le tome 2 n’est jamais paru, semblant promettre ce récit très singuliers aux enfers des projets éditoriaux abandonnés. Il faut saluer donc l’initiative des éditions Soleil et de sa collection Métamorphose pour avoir repris le projet. Métamorphosé désormais en gros one-shot de 125 pages, d’aspect plus luxueux et à la très jolie couverture rouge rehaussée d’argent.

Le récit, lui, n’a pas changé et conserve tout les atouts qui avait conquis, dans sa première forme, en 2011.
On replonge donc dans les ténèbres souterrains, avec une équipe de sauvetage partie rechercher un jeune homme, Constantin, persuadé que la porte de l’enfer est vraiment sous terre et que les hommes de Néanderthal s’y sont établis pour fuir la glaciation de la surface et y ont développé des capacités physiques qui les font ressembler aux figures du diable. L’étrange expédition formée par l’éditeur de Constantin, un prêtre spéléologue et râleur, un villageois de plus en plus cinglé et Charlie, la soeur de Constantin, va s’enfoncer dans un voyage sans retour.
Projetés dans une zone inconnue par une crue, ils vont aboutir à Ultima Thulé, cité utopique secrète puis découvrir enfin le continent mystérieux ou vivent les « sataniens », créatures cornues aux yeux rouges et imprévisibles…

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Voyage au bout de l’enfer avec Vehlmann et Kerascoët

VOYAGE EN SATANIE, t.1, de Vehlmann et Kerascoët, ed.Dargaud, 56 pages, 13, 95 euros. Parution le 26 août.

Déjà auteurs, ensemble, du magnifique et inquiétant Jolies ténèbres, voilà deux ans, Fabien Vehlmann et Kerascoët (alias  Marie Pommepuy et Sébastien Cosset) et se retrouvent ici pour un diptyque qui s’annonce encore fort bien, version très particulière d’un voyage au centre de la Terre qui tourne au voyage au bout de l’enfer.

D’entrée, l’album plonge le lecteur au coeur des ténèbres, dans un gouffre, avec une équipe de sauvetage partie rechercher un jeune homme, Constantin, persuadé que la porte de l’enfer est vraiment sous terre et qu’une peuplade de néanderthalien s’est établi au coeur de la planète, mutant au fil des générations, développant une excroissance osseuse sur la tête en guise de protection, des jambes et corps velus pour se réchauffer, des pieds en forme de sabots afin de se déplacer sur la rocaille… bref, un vrai portrait-robot de la figure du diable des contes et légendes !  Etonnante fusion de la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces et de la mythologie satanique.

Mais le surprenant devient la règle au cours de cette expédition infernale qui mêle avec justesse noirceur et candeur. Déjà dans la drôle d’équipe de spéléologues, formée de Charlie, la jeune soeur rousse de Constantin, de l’éditeur de ce dernier, d’un prêtre râleur, d’un villageois passablement psychopathe. L’étrangeté des personnages n’est rien à côté de ce qu’ils vont découvrir : Ultima Thulé, utopie improbable d’abord, puis, descendant toujours plus profondément, une bande de diables aux yeux rouges et aux intentions difficiles à cerner… qui semble corroborer les thèses de Constantin. La dernière planche de cette première partie laissant la jeune héroïne en très mauvaise posture, au-dessus d’un océan de lave en fusion. Et le lecteur, haletant, aux prises avec les multiples hypothèses encore ouvertes…

Fantaisiste, mais très maîtrisé, le récit n’est pas dénué non plus d’une certaine cruauté – dans l’esprit de Jolies ténèbres – et cette trouble innocence est parfaitement rendue par le dessin faussement naïf et toujours très évocateur de Kérascoët. Bref, une nouvelle fois de la graine de chef d’oeuvre. On attendra juste la deuxième partie pour conclure définitivement là-dessus.

Et pour ceux qui ne tiendraient pas jusque là, à noter, fin août à Paris, l’exposition des Kerascoët à la Galerie 9ème Art réunissant des planches de l’album Beauté (Dupuis) et Voyage en Satanie (Dargaud). Avec un vernissage en présence des auteurs le 25 août à partir de 18 heures. Soit juste au moment de la parution de ce premier tome.