La horde sauvage de John Glanton, chasseur de scalps

Scalp, la funèbre chevauchée de John Glanton et ses compagnons de carnage, Hugues Micol. Editions Futuropolis, 192 pages, 28 euros.

Les tiraillements entre les Etats-Unis et le Mexique ne sont pas nouveaux. Au début du XIXe siècle, l’état du Texas cristallisait déjà ces tensions. Département mexicain, il se voit colonisé progressivement par des anglo-américains qui deviennent bientôt majoritaires et aspirent au rattachement avec le nord, ce qui arrivera après diverses péripéties dont le fameux épisode de Fort Alamo.
Ce nouvel album d’Hugues Micol replonge dans cette époque mouvementée, à travers une figure historique moins connue que Davy Crockett ou Jim Bowie : John Glanton (1819-1850). Texas ranger durant la guerre américano-mexicaine de 1845 ou il se fait remarquer par sa férocité, il est déclaré hors-la-loi par le président Houston, mais il se fait engager par des états mexicains pour chasser les apaches. C’est à partir de là qu’il va faire naître sa légende de « chasseur de scalps ». Massacrant indifféremment hommes, femmes ou enfants, guerriers ou pacifiques cultivateurs (voire même quelques mexicains à l’occasion), Glanton se fait payer en effet payer au scalp, des trophées qu’il fait sècher dans une cabane. Vivant dans la violence, il périra, jeune, dans la violence…

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L’homme est un loup (breveté) pour l’homme

Le temps des sauvages, Sébastien Goethals, d’après le Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig. Editions Futuropolis, 272 pages, 26 euros.

Dans un futur proche, ou la reproduction humaine a été privatisée, le commerce des gènes devenu un secteur prospère permettant toutes les mutations, le projet de licenciement abusif d’une caissière de supermarché va être à l’origine d’un engrenage sanglant, après sa mort accidentelle lors de son entretien préalable de licenciement. Jean, l’employé de sécurité qui avait été chargé de la piéger par enregistrements vidéo va se voir poursuivi par les quatre fils de la défunte. Des « enfants-loups », devenus braqueurs de fourgons bancaires, éloignés de leur mère mais mus par un désir de vengeance. Marianne, la femme de Jean – commerciale hyper-efficace – va aussi se retrouver impliquée, séquestrée par les loups, tandis que Jean se voit approché par Blanche de Castille-Dubois, chargée du dossier par le groupe de supermarchés Eichmann…

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Vanyda en trois exemplaires ce samedi à Bulle en stock Amiens

Rencontres-dédicaces plurielles, ce samedi à Bulle en stock Amiens avec Vanyda et deux dessinateurs de ses trois récents albums, François Duprat et Nicolas Hitori De.

(photo éditions Dargaud)

Trois bonnes raisons de venir rencontrer Vanyda, ce samedi à la librairie Bulle en stock.

La dessinatrice résidant désormais à Lille, auteure notamment de la série Celle Que/Valentine revient cette fois pour son beau roman graphique mémoriel et familial sur le Laos, d’où est originaire son père, Un million d’éléphants (Futuropolis).

Mais elle sera aussi là en tant que scénariste de l’Année de la chèvre (La Boîte à bulles), suite de son récit de la vie de couple de Bernadette, et d’un autre album, Mia and Co (Dargaud) début d’une série sur une bande de copains et leurs préoccupations d’ados.

Et Vanyda ne viendra pas seule, ce samedi, puisqu’elle sera accompagnée de ses deux dessinateurs (ou co-dessinateur, s’agissant de L’année de la chèvre), respectivement François Duprat et l’Amiénois Nicolas Hitori De.

Une mémoire d’éléphants

Un million d’éléphants, Jean-Luc Cornette (scénario), Vanyda (dessin). Editions Futuropolis, 160 pages, 23 euros.

Avant de basculer dans un régime communiste, le Laos était connu comme le « pays du million d’éléphants et du parasol blanc« . D’où le titre un peu énigmatique de ce roman graphique, qui fait découvrir ce petit pays du sud-est asiatique enclavé entre Vietnam et Thaïlande à travers l’histoire de plusieurs de ses membres. Principalement ceux de la famille de la dessinatrice lilloise Vanyda Savatier, fille de François Savatier, né Thong Lith Phongsavath.

Le récit débute en revanche deux générations auparavant, en 1935, avec une anecdote familiale mythologique, du grand-père de Thong Lith. Agriculteur et chasseur, qui se récitait des formules magiques pour avoir une peau résistante aux dents du tigre, tombé dans son propre piège aux pointes acérées de bambou. Un premier drame et une forme de résilience qui va se poursuivre de générations en générations. Xien Oun, le père de Thong Lith (devenu Virasay dans l’album) est soldat dans la garde royale, combattant avec les Français contre le Viet-Minh mais surtout musicien. Comme tel, il sera envoyé en camp après le renversement du dernier roi, en 1975, libéré après la mort de sa femme, il deviendra moine bouddhiste. Son fils, Soulivanh (Thong Lith ou François, donc) échappera aux purges car il se trouve alors en France, à Saint-Cyr, puis en s’engageant dans la Légion étrangère et bourlinguant de casernes en casernes…

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A lire d’art, d’art : Plonk & Replonk exhument une collection oubliée du Musée d’Orsay et Le Chat revisite ses classiques

L’art d’en bas, Plonk et Replonk. Editions Futuropolis, 144 pages, 25 euros.
L’art et le Chat,
Philippe Geluck. Editions Casterman, 80 pages, 14,95 euros.

La bande dessinée est donc un art, le neuvième dans la liste. La chose est désormais, globalement, actée. Il arrive aussi qu’elle se penche plus directement sur les autres arts. Les Bidochon parcourent ainsi les musées des beaux arts avec Binet ; Zep réinterprète les oeuvres de celui de Lille ; voilà un an, Frédéric Bézian évoquait Mondrian dans un original leporello et on peut encore signaler la récente et jolie évocation de Magritte par Campi et Zabus (sur laquelle on ne désespère pas de revenir plus en détail prochainement). Sans oublier la désormais établie collection montée entre Futuropolis et le Louvre ; collection qui s’est étoffée d’une variante « jeunesse » avec Delcourt et s’est déclinée au Musée d’Orsay (avec notamment l’excellente évocation de la Moderne Olympia par Catherine Meurisse).
Deux albums récents viennent de s’ajouter, avec profit et humour, à la liste…

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Délicate « Délicatesse »

« La délicatesse », Cyril Bonin, d’après le roman de David Foenkinos. Editions Futuropolis, 96 pages, 17 euros.

Un album sur la délicatesse. L’adaptation du roman best-seller de David Foenkinos semblait faite sur mesure pour Cyril Bonin, par l’élégance de son trait et son intérêt pour les récits sentimentaux plein de finesse.

L’histoire débute comme un conte de fées moderne. Dans la rue, Nathalie, une toute jeune femme belle et discrète est abordée par François, qui n’a pu retenir cette impulsion à la vue de la discrète et belle jeune femme. Ils se plaisent, vont se marier et vivre un parfait amour jusqu’à ce qu’un accident fasse basculer la vie de Nathalie. Son amour mort, elle se remet mécaniquement au travail, dans l’entreprise suédoise ou elle avait été embauchée quelques temps auparavant. Elle ne cède pas aux avances de son patron, mais un jour, elle se met à embrasser Markus, un employé un peu pataud et bizarre, arrivé tout droit d’Uppsala. Si pour elle, il ne s’agit que du relâchement d’un instant, pour lui, c’est un événement qui transfigure sa vie. Ils vont nouer une relation amicale, pleine de délicatesse…
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L’esprit incandescent d’Antonin Artaud

lesprit-rouge_couvL’esprit rouge, Antonin Artaud, un voyage mexicain Maximilien Le Roy (scénario), Zéphir (dessin). Editions Futuropolis, 160 pages, 21,90 euros.

Maximilien Le Roy s’est fait une spécialité de brosser (avec talent et intelligence) le portrait de réprouvés, de révoltés, d’esprits indépendants et révolutionnaires, des républicains espagnols à Nietzsche, Thoreau, Gauguin ou Blanqui. Antonin Artaud ne dépare pas dans la liste et la présence de l’écrivain, poète et comédien mort interné après de nombreux séjours en psychiatrie s’imposait même.

C’est un court épisode de la vie d’Artaud qui est évoqué ici, le récit du voyage qu’il fit au coeur de la sierra mexicaine en 1936, à la rencontre des indiens Tarahumaras et de leurs traditions ancestrales. On le suit ainsi depuis son départ sur le paquebot jusqu’à l’escale cubaine et une première rencontre marquante, puis à Mexico où il croise notamment le  peintre Diego Rivera, fait une conférence savante sur le surréalisme et cherche à s’extirper de sa dépendance à l’opium et au laudanum. Le tout vu comme un flash-back depuis l’hôpital de Rodez où Artaud est interné…

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Notre espoir l’Amérique

notre-amerique-t1_couvNotre Amérique, premier mouvement : quitter l’hiver, Kris (scénario), Maël (dessin). Editions Futuropolis, 64 pages, 16 euros.

12 novembre 1918. La Guerre s’arrête en France et en Europe, mais l’effervescence notamment révolutionnaire, enclenchée par le premier conflit mondial continue. Notamment pour Max Brunner, Alsacien enrôlé dans l’armée allemande et qui, à peine démobilisé, cherche à rejoindre ses camarades à Paris. Le hasard va lui faire croiser Julien, jeune soldat français ramenant une voiture de l’Etat-Major dans la capitale. Une rencontre fortuite qui va influer sur leur destin. Et embarquer le jeune Français dans le sillage révolutionnaire de son ami. Détournant un cargo allemand capturé par les Français afin d’aller soutenir les Spartakistes à Berlin, ils vont se retrouver finalement au coeur de la révolution mexicaine, à cause d’une passagère clandestine qui ne s’en laisse pas compter. Début d’une grande aventure…

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Epiphanie boréale avec des renards pendus

fore%cc%82t-des-renards-pendus_couvLa forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil, d’après le roman d’Arto Paasilinna. Editions Futuropolis, 144 pages, 21 euros.

Depuis une vingtaine d’années maintenant et son remarqué Qui a tué l’idiot ? Nicolas Dumontheuil amène sa touche de fantaisie, de réjouissante fraîcheur et d’humour volontiers burlesque dans le neuvième art. Et cela même en s’attaquant à des thèmes qui n’incitent pas franchement à la rigolade (comme la Première Guerre mondiale, par exemple, dans son Roi cassé). De son côté, Arto Paasilinna n’est pas en reste, en matière de loufoquerie et de personnages déglingués. L’adaptation en bande dessinée du second par le premier pouvait ainsi apparaître d’une parfaite logique. L’auteur du Landais volant étant particulièrement bien indiqué pour mettre en dessins l’univers du Finlandais fou.
Et pour qui ne connaîtrait pas l’oeuvre de ce dernier, cet album apparaîtra s’inscrire pleinement dans l’oeuvre de Dumontheuil. Avec des personnages aussi déjantés que sympathiques (dans leur style), une intrigue rocambolesque et a priori absurde mais qu’on ne peut quitter qu’avec regret…

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Quand la Guerre d’Espagne refait surface en rade de Brest

Nuit noire sur brestNuit noire sur Brest, d’après l’essai Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay, Kris et Bertrand Galic (scénario), Damien Cuvillier (dessin). Editions Futuropolis, 80 pages, 16 euros.

Kris avait déjà dévoilé magnifiquement une page d’histoire méconnue de Brest, cette manifestation meurtrière de l’immédiat après-guerre évoquée dans Un homme est mort. Il récidive, avec l’aide Bertrand Galic en mettant en lumière un chapitre tout aussi méconnu et étonnant de l’immédiat avant-guerre : comment un sous-marin espagnol est venu accoster à Brest en 1937 et comment le bâtiment est devenu un enjeu très politique pour les franquistes et pour communistes et anarchistes locaux qui ont cherché à contrecarrer l’opération.

Le dimanche 29 août 1937, le C-2, sous-marin républicain espagnol, fait surface au large de la rade de Brest. Souffrant d’avaries, il doit être réparé. Mais alors que la guerre d’Espagne fait rage et que la France suit sa ligne de non-intervention, sa présence devient un enjeu sensible. Sous la direction de Troncoso, chef militaire de la région d’Irun (qui sera la futur président de la fédération de football espagnol et vice-président du Real Madrid !), des partisans de Franco vont s’activer pour récupérer le bâtiment. Ils pourront compter sur l’aide d’un contact parmi l’équipage, mais aussi sur la jolie Mingua, entraîneuse au dancing de l’Ermitage et qui va séduire le capitaine du C-2, tout comme sur les militants français d’extrême droite, Croix de feu ou membres de la Cagoule, force croissante dans ces heures de crépuscule du Front populaire. En face, les partisans de la République ne sont cependant pas inertes, avec notamment un très actif agent secret anarchiste qui saura désamorcer l’action fasciste…

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