Siné mensuel mobilisé avec les initiatives citoyennes et François Ruffin

Après une numéro consacré aux « sans voix » voilà deux mois, Siné mensuel met l’accent ce mois-ci sur les mobilisations citoyennes. Et aussi sur la campagne de François Ruffin dans la Somme !

Il y a deux mois, Siné Mensuel donnait la parole aux « sans voix ».

Ce mois-ci, il propose un nouveau numéro spécial, consacré cette fois aux « mobilisations citoyennes » face à « la nullité des politiques ». Un tour de France illustré par Berth, qui signe aussi le dessin de couv’ du numéro, sur Emmanuel Macron.

Car, bien sûr, l’élection du nouveau Président est l’événement qui a forcément inspiré les dessinateurs.

Des « amuse-gueules » de la page 2 jusqu’à la dernière page, c’est un vrai festival de dessins, plutôt vachards et saignants, on s’en doute…

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« Fakir » explique aussi le CETA en dessins

moton304-0167fLe journal alternatif Fakir a aussi une pratique quelque peu alternative du dessin de presse, plus ou moins présent selon les numéros. Le numéro 78, de décembre-janvier, qui vient de paraître fait partie de ceux plutôt bien garni en la matière.

C’est déjà le cas avec le dessin de Soulcié (un habitué du bimestriel de François Ruffin) en couv’. Mais c’est surtout, en pages intérieures, le traitement du CETA par le biais des dessins de Rodho, qui méritent le détour. Accompagnant un bon dossier expliquant, de façon très claire, l’historique de ce traité de libre-echange avec le Canada, le dessinateur propose quatre dessins au style assez minimaliste mais à l’impact incontestable et à la ligne particulièrement explicite…

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Merci patron(s) !

isa_cac40_couvTerreur sur le CAC 40, Isa. Editions Fluide glacial, 56 pages, 12 euros.

Isa avait s’était déjà occupée de Laurence Parisot dans La vie sentimentale de Laurence P. Cette fois, dans ce recueil d’une douzaine d’histoires courtes parues dans Fluide glacial, elle élargit la focale, avec le même élan acide et jubilatoire. Et touche plus juste.

L’ancienne présidente du Medef et ex-tête de turc de la dessinatrice marseillaise est toujours là, twitteuse compulsive accrochée à son Blackberry et ne parvenant pas à se faire à l’idée de devoir laisser son fauteuil de patronne des patrons. Mais on croise aussi Serge Dassault, tyrannique crétin, méprisant tout le monde et notamment son fils Olivier Dassault (par ailleurs député Les Républicains de l’Oise), tout falot derrière l’ombre parentale. Il y a aussi Bernard Arnault qui lorsqu’il ne songe pas à l’exil fiscal en Belgique se bat sur  le terrain artistique avec François Pinault, Mulliez le PDG d’Auchan en patriarche un brin à côté de ses pompes, Antoine Sellière, au style toujours hautain à l’opposé de celui d’Arnaud Lagardère, gamin irresponsable amoureux de sa bringue de mannequin. Et d’autres personnages frayant dans le cac 40 ou l’élite économique et sociale passent apparaissent également en guest star, comme Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT désormais présidente du Siècle, le conseiller parasite Alain Minc, l’inévitable DSK, etc…

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L’horreur économique traitée par le rire

La survie de l’espèce, Paul Jorion, Grégory Maklès, éditions Futuropolis & Arte Editions, 126 pages, 18 euros.

L’économie n’est pas toujours gaie. Surtout en ce moment. Avec Paul Jorion et Grégory Maklès, elle se montre en revanche férocement drôle à suivre, dans ce petit bouquin co-édité par Futuropolis et Arte.

Dans des courts chapitres, le sociologue (qui fut l’un de ceux qui prédit la crise un an avant la chute de Lehman Brothers) et le dessinateur de Ruppert expliquent, de façon certes caricaturale mais non sans pertinence, la loi de la compétitivité, l’invention du travail, la répartition inégalitaire du surplus de production, le partage des richesses, le fonctionnement de la bourse et ses bulles spéculatives, ou l’idéologie ultralibérale.

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« Fakir » renoue avec le BD-reportage politique

Fakir, le « journal d’enquêtes sociales », Amienois d’origine et rayonnant désormais dans tout l’Hexagone, renoue dans son nouveau numéro de septembre-octobre avec le « BD-reportage » (en plus des nombreux dessins de presse habituels dans ses pages).

En l’occurrence, une double page, intitulée « A la fin, c’est nous qu’on va gagner » (slogan gimmick de l’équipe). Cette politique-fiction imagine les dix premiers jours au pouvoir, en mai 2012 de la socialiste « Martine Hollande » (pas de prise de risque ou oécuménisme ?). Oeuvre de François Ruffin (l’âme journalistique du journal) et du dessinateur amienois Damien Cuvillier, ces deux planches conservent le côté acide et critique qui est la marque du magazine, mais le ton et l’épilogue sont plus portés à l’optimisme. L’utopie au pouvoir et l’envie d’y croire.

Si l’auteur de la Guerre secrète de l’Espace s’avère plus doué pour croquer Laurence Parisot ou Alain Duhamel que Jean-Luc Mélenchon ou le syndicaliste de Continental Xavier Mathieu, l’ensemble s’avère être une bande dessinée politique de bonne facture et une synthèse bien affutée sur les enjeux et écueils accompagnant un éventuel retour de la gauche au pouvoir.

Enfin, notons que le site internet du journal a bénéficié d’un joli lifting et s’est nettement enrichi.

Le Monde diplo’ “bédéssiné”

Le Monde diplomatique publie un hors série de bande dessinée. Inégal, mais réjouissant quand même.

Périodiquement, les magazines généralistes (Marianne ou Le Magazine littéraire, ces derniers mois) sortent leur supplément « bande dessinée ». Beaux Arts magazine s’en est même fait une spécialité récurrente – et au résultat souvent de très bonne qualité, ainsi de leur récent numéro consacré  à « un siècle de bande dessinée américaine ».

Mais voir l’altermondialiste, engagé et – relativement – austère Monde diplomatique se mettre aussi à la formule « bédéssinée » surprend quand même un peu. En bien, forcément, pour qui considère que l’art séquentiel peut très bien tenir son rang en matière de reportages (Joe Sacco en est un bel exemple, ou la revue XXI, qui le démontre chaque trimestre), voire d’analyses politiques ou idéologiques critiques (citons seulement le copieux et emballant à sa manière Dol de Philippe Squarzini).

Bref, voici en tout cas une belle initiative, pour un joli objet d’une centaine de pages (au prix, certes, lui aussi assez élevé de 9,95 euros !), associant des dessinateurs confirmés et émergents, parfois associés à des signatures du mensuel – ainsi, Jochen Gerner illustrant (mais un peu confusément) un article de Frédéric Lordon plaidant pour la fermeture de la bourse ou Victor Gurrey mettant en scène l’emprise des duty free des aéroports avec Philippe Rekacewicz.

Au final, comme avec toute compilation, l’éclectisme du sommaire se traduit par des résultats inégaux.

Roman-photo avec l’Amienois François Ruffin

Personnellement, j’en retiendrai surtout le drôle d »éditorial » de « Monsieur Léopold Ferdinand-David Vandermeulen, éminent pédagogue né en 1925 à Saint-Pol-sur-Ternoise  » (alias le double littéraire que s’est créé le Belge David Vandermeulen, l’auteur notamment de Fritz Haber, dont on a pu découvrir l’expo au printemps à l’Historial de Péronne) – un texte qui par son ton très sérieux et très second degré déstabilisera sans doute quelques lecteurs fidèles du « Diplo ».

La stratégie de "désindustrialisation" de Bernard Arnault, en roman-photo par Jarry & Ruffin.

Autre documents forts, les émouvants témoignages de la jeune coréenne Juhyun Choi sur les soubresauts de l’histoire contemporaine de son pays et le rappel biographique de la vie étonnante de Marek Edelman par Maximilien Le Roy et David Warschawski. Ou encore l’onirique vision des mythes politico-religieux du Caucase – graphiquement superbe – des deux Italiens Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini ou le décryptage, minimaliste mais très efficace, du discours de Nadine Morano par Morvandiau.

Et puis, « régionalisme » oblige (mais qualité du reportage surtout !), on saluera le roman-photo de Grégory Jarry sur la base d’un reportage réalisé avec l’Amienois François Ruffin (de Fakir et Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet) sur une fermeture d’usine du Nord de la France par Bernard Arnault.

Mais bon, on ne peut que souscrire à l’ambition énoncée dans le communiqué de presse : « Plutôt qu’une énième anthologie de fonds de tiroirs et de re-publications d’auteurs médiatiques, ce recueil est exclusivement composé de créations originales et ne cède ni sur l’engagement politique, ni sur l’exigence artistique. » Après, les goûts et les couleurs (politiques)… ça se discute, comme on dit.