Du grand cinéma

Du cinéma pour le dessert, Rémi Lucas. Editions FLBLB, 136 pages, 15 euros.

Un couple (dont l’auteur du livre) et ses deux jeunes enfants marchent dans la rue. Et voilà qu’ils croisent des personnes qui leur font songer à Fritz Lang, à Alfred Hitchcock, Luis Bunuel. Et finalement Rémi Lucas se cogne contre… Rémi Lucas jeune, tout excité d’avoir vu passer ses réalisateurs préférés… « Luc Besson et Steven Spielberg » ! Emoi choqué du Rémi Lucas adulte et début d’une introspection à la fois amusée et érudite sur l’évolution de ses goûts en matière cinématographique qui va le voir se confronter avec plusieurs autres de ses « moi ».

Au fil des pages et des réflexions, on va croiser des films et des auteurs célèbres, mais aussi d’autres figures ou d’autres longs-métrages moins connus, comme Boris Kaufman, chef-opérateur de Jean Vigo et frère de Dziga Vertov, John Ford, Richard Fleisher ou Phantom of Paradise de Brian de Palma. A noter encore un chapitre assez hilarant sur la traduction des titres de films américains ou une évocation plus sensible et autobiographique sur sa découverte du cinéma, à travers la salle de quartier, à Lamballe, dont ses parents étaient concierges…

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La Révolution française, Ah ça ira ! Ça ira ! Ça ira avec Gregory Jarry et Otto T

Petite Histoire de la révolution française_couvPetite histoire de la révolution française, Gregory Jarry, Otto T. Éditions Flblb, 188 pages, 20 euros.

La France est au bord de l’effondrement, en plein soulèvement populaire. Le président s’est enfui à Berlin, le parlement a voté les pleins pouvoirs à Louis XX, dernier descendant des Bourbons. Faisant son entrée à l’assemblée, celui-ci propose, la violence ayant échoué à faire cesser l’émeute, de jouer la ruse. Et de passer en revue les principaux épisodes de la révolution française pour déduire la marche à suivre afin de « transformer celle qui se lève en pétard mouillé, comme auparavant en mai 68, comme lors de la commune de 1871, comme en 1848 ou en 1830 » ou « comme lors de cette révolution de 1789 où nos ancêtres ont sauvé l’essentiel tout en laissant croire au peuple qu’il était, ne riez pas, libre et souverain... »

C’est parti donc pour une leçon d’histoire et de cynisme. Mais l’histoire ne bégaie pas toujours, elle peut même prendre une dimension impossible à maîtriser, quand ceux d’en bas ne veulent pas et quand ceux d’en haut ne peuvent pas, comme disait Lénine…

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Robot pour être vrai

adulteland-couvAdulteland, Oh Yeong Jin. Editions FLBLB, 272 pages, 15 euros.

Dans un futur proche, en Corée. Un homme, Seo Junho, culpabilisé encore d’avoir dû recourir à une euthanasie sur sa femme, en phase terminale, discute avec une femme-robot et s’aperçoit que celle-ci a les souvenirs de son épouse défunte. Un autre quinquagénaire un brin déprimé Yongbae se donne à fond pour son entreprise de batteries électriques et vit mal son éventuelle délocalisation. Osant enfin prendre des vacances, il se retrouve sur une petite presqu’île pluvieuse et découvre « adulteland », un étrange parc d’attractions avec des « robots de conversation », des hôtesses de charme programmées pour accompagner leurs clients dans l’évocation de leurs souvenirs. Et les amis de Yongbae ne vont guère mieux, l’un d’eux a même, quasi-SDF, été réduit à vendre sa vessie pour pouvoir ouvrir un petit café miteux…

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Délectable « Diletta » de Tezuka

La grande pagaille du Diletta, Osamu Tezuka, éditions FLBLB, 400 pages, 20 euros.

Si le drôle de bâtiment visible sur la couverture a un faux air de WC géant, ce n’est pas un hasard, mais bien l’incarnation, fulgurante, d’une société du spectacle dont il serait temps de tirer la chasse.

Connu surtout comme le père d’Astroboy ou l’auteur de l’Histoire des trois Adolf, Osamu Tezuka s’attaque ici au monde du show business et à la société consumériste, à travers deux histoires qui s’enchâssent l’une dans l’autre.

Au départ, il y a donc la frustration d’Ishiro Monzen, producteur mégalomane, frustré par le manque de reconnaissance de ses employeurs et qui n’a pas son pareil pour dénicher les vedettes du moment. C’est le cas, pense-t-il, avec Nagisa Harumi, chanteuse à la voix d’or mais au physique particulièrement ingrat… sauf quand elle a le ventre vide. Elle se transforme alors en une sublime jeune fille. En voulant exploiter son talent – et en l’affamant – Monzen va se confronter à Yamabe, dessinateur de mangas un peu looser, mais amoureux sincère d’Harumi. A l’issue d’une bagarre entre eux, Otohiko Yamabe, coincé de longs jours sous les fondations d’un immeuble, en vient à développer une faculté inconnue : il peut désormais faire partager les visions de son cerveau aux personnes qui l’entourent. Monzen saisit vite les possibilités d’exploitation de cette force inouïe. Une manipulation collective qui ne sera pas sans dangers…

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Recherche fondamentale

Le chercheur fantôme, Robin Cousin, éditions FLBLB, 128 pages, 18 euros.

Théorie du chaos, étude des systèmes complexes, problème de complexité algorithmique. Dans Le chercheur fantôme, Robin Cousin n’a pas choisi la facilité pour son « thriller scientifique ». Un sujet né de rencontres avec un chercheur du CNRS, Stéphane Douady, qui lui a inspiré le personnage central de son album. Ce personnage, justement, vient d’intégrer la Fondation pour l’étude des systèmes complexes et dynamiques, un site accueillant en résidence vingt-quatre chercheurs, avec des moyens illimités mais des buts un peu mystérieux. Le mystère s’accentue quand Stéphane (Douasy, au pseudo transparent donc), Louise et Wilhem, découvrent la présence d’un 4e chercheur inconnu résidant dans leur bâtiment et que ce chercheur mystérieux travaillait sur la résolution de l’équation « P=NP », un des « sept problèmes du millénaire » en maths modernes… Leur tentative de tirer au clair cette présence « fantôme » va aller de pair à une déliquescence de la fondation, glissant vers un fonctionnement chaotique… A moins, justement, que cela ne fasse aussi partie de l’expérience.

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