Charge graphique pour les femmes

C’est un strip et un blog qui font le buzz en ce moment sur les réseaux sociaux. Et pas forcément pour de mauvaises raisons !

Ingénieure informaticienne de 36 ans, dessinatrice à ses heures perdues, Emma (qui entend reste anonyme et se dit féministe et révolutionnaire), vient donc lancer une charge graphique et militante contre la « charge mentale » pesant sur les femmes, dès qu’elles retrouvent leur foyer à la sortie de la maternité. Et l’inégalité des répartitions des tâches domestiques au foyer entre hommes et femmes.
En l’état, ces jeunes mères doivent alors « penser à tout » quand le père se contente d’attendre et, s’étonne quand on lui en fait le reproche: « Fallait demander », comme le titre ce strip, simple et efficace d’Emma.

A noter que l’auteure vient de voir paraître aussi son premier livre, recueil de divers travaux sur son blog, Un autre regard, chez Massot Editions.

Extrait du début du strip « Fallait demander »

La journée de la Femen

Journal d'une femen_couvJournal d’une Femen, Michel Dufranne (scénario), Séverine Lefebvre (dessin). Editions Le Lombard, 128 pages, 16,45 euros.

Bonne journée, aussi, que ce 8 mars pour revenir sur ce petit album (paru l’automne dernier) qui s’impose, en cette journée de la femme… et des Femen, donc. Ou plutôt de l’itinéraire qui va pousser une jeune femme à adhérer au mouvement « sextremiste » qui manifeste les seins nus son hostilité aux « trois pilliers » du patriarcat que sont « la dictature », « la religion » et « l’industrie du sexe ».

Apolline est graphiste dans la com’. Un milieu qui, pour être tendance, n’en n’est pas moins enclin au sexisme, avec un patron (dont on découvrira plus tard le secret) qui n’hésite pas à lui demander d’échancrer son corsage avant de faire une présentation pour un client. Dans la rue ou le train, elle subit aussi les dragueurs lourdingues. Et en famille, ce n’est pas mieux. Sa mère ne cesse de l’interroger sur un futur fiancé et de futurs petits-enfants, la comparant à sa soeur, déjà mère de famille. Alors un soir, Apolline craque et envoie un courriel au Femen. C’est le début de la découverte de ce mouvement féministe (et activiste) atypique, venue d’Ukraine. Et l’intégration n’est pas facile, entre entraînements physiques soutenus et conséquences profondes sur sa vie sociale et professionnelle…

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Une sélection de bonne bande dessinée féministe

La fin de l’année est le moment pour attribuer prix et récompenses. Après le prix de la critique de l’ACBD, le prix Artemisia (bande dessinée féministe) vient de faire paraître sa sélection de l’année.

Prix Artemisia-logoDix albums ont retenu l’attention du jury du prix Artemisia, décerné depuis 2008, afin de mettre en avant les talents féminins dans le 9e art. Il s’agit de :

  • Mes cents démons, de Lynda Barry (éditions ça & là), journal intime en forme de strips zen.
  • Lililan the Legend de Kerry Byrne (éditions Agrume), histoire vécue d’une jeune russe partie tenter sa chance aux Etats-Unis dans les années 20 et qui rentra chez elle, à pied, jusqu’au détroit de Béring.
  • Lâcher prise de Myriam Katin (Futuropolis), la dessinatrice d’origine hongroise se confronte de nouveau à la guerre et au nazisme quand son fils part s’établir à Berlin.
  • Moderne Olympia, de Catherine Meurisse (Futuropolis), les personnages des tableaux du musée d’Orsay s’animent et vivent leur vie.
  • ô cruelle, de Nadja (Actes Sud BD), une rêverie à travers le regard d’une femme.
  • Irmina, de Barbara Yelin (Actes Sud, l’An 2), la vie d’une jeune Allemande des années 30 qui va être séduite par le nazisme.
  • Finnele, le front d’Alsace, d’Anne Teuf (Delcourt), le regard d’une enfant sur la guerre de 14-18 en Alsace, ouvrage inspiré par le récit de la grand-mère de l’auteure.
  • Cet été-là, de Jilian et Mariko Tamaki (éditions Rue de Sèvres), un été particulier de passage de l’enfance à l’adolescence pour une jeune fille de 13 ans.
  • Literary Life, de Posy Simmonds (Denoël Graphic), les chroniques sur la vie littéraire britannique parue dans le Guardian.
  • Niki, le jardin des secrets, de Dominique Osuch et Sandrine Martin (Casterman), la vie de l’artiste Niki de Saint-Phalle.

Hors sélection, le Prix Artemisia rend aussi hommage à Jacquline Duhême, pour Une vie en crobards (édition Gallimard), autobiographie illustrée d’une femme qui côtoya les plus grands artistes du début du XXe siècle.

Le prix Artemisia 2015 sera proclamé le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

La sélection pour l’album féminin
de l’année d’Artémisia

La sélection du Prix Artémisia vient d’être rendue publique. Ce trophée, destiné à saluer la bande dessinée féminine, sera remis le 16 janvier.

Après le Tournesol des Verts, autre prix atypique : le prix Artémisia, pour la promotion de la bande dessinée féminine. Et désormais resserré en se concentrant sur des albums réalisés intégralement par une ou plusieurs femmes.

Dans cette sélection, Ainsi soit Benoîte Groult, de Catel (Grasset) a le bon profil – portrait empathique d’une féministe par une auteure féminine et féministe – pour l’emporter. Mais les autres albums ne manquent pas d’intérêt non plus, comme C’est toi ma maman ? d’Alsion Bechdel, (Denoël Graphic), Dark room de Lila Quintero Weaver (Steinkis), Éve sur la balançoire de Nathalie Ferlut (Casterman), Jane, le renard et moi de Fanny Britt et Isabelle Arsenault (La Pastèque), L’Heure du loup de Rachel Deville, (L’Apocalypse), La tendresse des pierres de Marion Fayolles (Magnani), Le cirque de Ileana Surducan (Makaka), Les filles de Montparnasse, t.3 Les jupes noires de Nadja (Olivus), Les incrustacés de Rita Mercedes (L’Association), Moscou endiablé de Bettina Egger (Le Moule-à-Gaufres), ou Mauvais genre de Chloé Cruchaudet (Delcourt) et La Propriété de Rutu Modan, (Actes Sud) ; ces deux derniers ouvrages ayant déjà été dans le « top 5 » du prix de l’ACBD et le premier d’entre eux déjà primé par les critiques et journalistes membres de l’association (pour le coup très majoritairement masculins). Comme quoi la qualité peut s’affirmer au-delà, des seuls critères de genre.

La lauréate sera proclamée le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

Ainsi Catel…

Ainsi soit Benoîte Groult, Catel, éditions Grasset, 336 pages, 22 euros.

Tout est parti d’une commande de Libération, pour un reportage graphique de deux pages, en 2008. Mais la rencontre entre la dessinatrice Catel et la romancière féministe Benoîte Groult semble aller de soi, après ses précédents ouvrages consacrés à Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges, l’activiste girondine de la révolution française, auteure de la « déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » ; femme illustre à qui Benoîte Groult a aussi consacré un ouvrage.
De ce premier contact est né un projet de livre, qui aboutit aujourd’hui à ce gros pavé de plus de trois cents pages, qui tient de la biographie dessinée – bio-graphique, comme aime à le caractériser Catel – mais aussi du récit de ces cinq ans de complicité, progressive, entre les deux femmes de deux générations différentes.

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