Dieu le pire pour l’Infinity 8

Infinity 8, tome 3: l’évangile selon Emma, Lewis Trondheim, Fabien Vehlmann (scénario), Olivier Balez (dessin). Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 17 euros.

Troisième « boucle » temporelle pour l’Infinity 8. Après les deux précédents reboot, le capitaine du vaisseau spatial bloqué dans la gigantesque nécropole galactique est déjà parvenu à neutraliser une horde de Kornaliens nécrophages puis à empêcher l’instauration d’un IVe Reich robotique. Cette fois, c’est au tour de l’agent Emma O’Mara d’intervenir.
Pacifiste, pieuse, adepte de la religion pax-tholmaniste, celle-ci cache cependant son jeu. Elle ne va pas hésiter à sacrifier la vie de l’équipage pour une quête plus élevée: retrouver le dernier évangile perdu de son dieu afin d’en finir avec la guerre sainte. Pour cela, elle se retrouve à faire équipe avec une bande de malfrats aux objectifs nettement moins nobles. Et elle risque même, a contrario de son plan, de mettre en péril l’ensemble des races de l’univers…

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« Seuls » réussit plutôt bien l’épreuve du passage de la page à l’écran

De gauche à droite: Dodji, Leïla (mise en avant aussi dans le film), Camille, Terry et Yvan, en chair et en os.

Seuls, la série-phare de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti (aux éditions Dupuis) sera-t-elle désormais aussi Seuls, le film de David Moreau ? Transposée sur grand écran avec des acteurs plus vieux que les personnages de bande dessinée et avec un budget relativement limité, on pouvait craindre le pire. Ou le juste médiocre.

En fait, il faut admettre qu’on est ressorti de la salle plutôt rassuré. Le réalisateur de The Eye et 20 ans d’écart s’en sort plutôt bien. Si le film n’est pas un chef d’oeuvre – avec notamment un manque de rythme et un aspect trop répétitif – il réussit à passer plutôt bien l’épreuve du grand écran. Et le passage du dessin à l’action réelle…

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Un voyage en Satanie diablement bien réussi

Satanie, Fabien Vehlmann (scénario), Kersacoët (dessin). Editions Soleil, coll. Métamorphose, p.128 pages, 22,95 euros.

Il aura fallu attendre cinq ans, finalement, pour connaître la fin de l’histoire. Initialement publié chez Dargaud comme un diptyque, le tome 2 n’est jamais paru, semblant promettre ce récit très singuliers aux enfers des projets éditoriaux abandonnés. Il faut saluer donc l’initiative des éditions Soleil et de sa collection Métamorphose pour avoir repris le projet. Métamorphosé désormais en gros one-shot de 125 pages, d’aspect plus luxueux et à la très jolie couverture rouge rehaussée d’argent.

Le récit, lui, n’a pas changé et conserve tout les atouts qui avait conquis, dans sa première forme, en 2011.
On replonge donc dans les ténèbres souterrains, avec une équipe de sauvetage partie rechercher un jeune homme, Constantin, persuadé que la porte de l’enfer est vraiment sous terre et que les hommes de Néanderthal s’y sont établis pour fuir la glaciation de la surface et y ont développé des capacités physiques qui les font ressembler aux figures du diable. L’étrange expédition formée par l’éditeur de Constantin, un prêtre spéléologue et râleur, un villageois de plus en plus cinglé et Charlie, la soeur de Constantin, va s’enfoncer dans un voyage sans retour.
Projetés dans une zone inconnue par une crue, ils vont aboutir à Ultima Thulé, cité utopique secrète puis découvrir enfin le continent mystérieux ou vivent les « sataniens », créatures cornues aux yeux rouges et imprévisibles…

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Seuls, toujours rois de l’arène

Seuls, tome 8 : les Arènes, Fabien Vehlmann (scénario), Bruno Gazzotti, éditions Dupuis, 56 pages, 10,60 euros.

C’est avec un léger décalage dans le rythme de sortie printanier que déboule ce huitième album de Seuls. Dodji, Leïla, Yvan, Camille et Terry n’ont réussi à quitter la « zone rouge » que pour se faire capturer par d’étranges soldats à l’allure antique. Emmenés à Néosalem, une ville fortifiée régie par « les sept familles du bien », clans d’enfants régissant ce coin du monde des limbes, nos cinq petits héros vont devoir réussir de terribles épreuves dans les arènes romaines de la ville. En cas de réussite à ces jeux du cirque, ils pourront intégrer les sept familles, sinon, ils seront relégués parmi les esclaves, réprouvés de la « huitième famille ». Et à cela s’ajoute un autre enjeu, plus secret, pour découvrir qui, parmi eux, est le futur chef des forces du mal.

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Le numérique dans la BD
passé en revues

Les « revues numériques » commencent à apparaître en ligne, tels Professeur Cyclope ou Mauvais esprit, ou sont annoncées (La Revue dessinée). Seront-elles l’avenir de la BD où le plaisir de la lecture sur papier demeurera-t-elle ? Et n’est-il d’ailleurs pas trop manichéen de définir une telle alternative?

Déjà évoqué lors du dernier festival d’Angoulême, le débat sera aussi présent aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, aujourd’hui. Cette après-midi, le festival réunit pour cela Olivier Jouvray (La revue dessinée) et Fabien Vehlmann (Professeur Cyclope) et James (Mauvais esprit). La question a déjà été évoquée hier, lors une rencontre entre les bibliothécaires et professionnels du livre de Picardie et déjà Fabien Vehlmann, accompagné de James (Mauvais esprit) et Kris (La revue dessinée).

Nous avons pu rencontrer ces deux derniers auteurs, avant leurs interventions amiénoises. Occasion d’évoquer trois projets plus complémentaires que réellement concurrents et qui, surtout, se sont créés un peu de la même manière – autour d’auteurs – et à peu près avec la même dimension « militante », la volonté de parvenir à maîtriser un peu son destin et une même logique de support payant.

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Diagonale du goût en Belgique

Le premier prix Diagonale-Le Soir a été remis ce vendredi soir.

Sans faute pour le premier palmarès du prix Diagonales – Le Soir, dévoilé vendredi soir à Louvain : Prix du Meilleur album décerné à Tchernobyl (Futuropolis), d’Emmanuel Lepage ; prix de la meilleure série pour Seuls (Dupuis) de Gazzotti et Vehlmann et Grand prix pour l’ensemble de son oeuvre au Suisse Cosey, créateur notamment de Jonathan. Enfin, le Prix Raymond-Leblanc de la jeune création (doté de 20 000 euros) a été remis à Manon Textoris et Julien Lambert pour leur projet « Edwin, le voyage aux origines ».

Ce premier prix, boostant le prix Diagonale déjà décerné depuis cinq ans par la ville de Louvain est co-organisé par le Soir, journal de référence en Wallonie (et « vaisseau amiral » du groupe Rossel, dont fait partie le Courrier picard, via son actionnaire principal, La Voix du Nord). Il vise surtout à offrir à la Belgique, « l’autre pays » de la BD franco-belge, une récompense prestigieuse qui faisait défaut jusqu’ici.

Au vu de ses dotations et, surtout, de ses choix artistiques, ce premier essai est une réussite !

Les terres baissent, pas le niveau
de la série

Seuls, tome 7 : les terres basses, Fabien Vehlmann, Bruno Gazzotti, éditions Dupuis, 48 pages, 10,60 euros.

Fidèle au rendez-vous annuel de la fin du printemps, le nouveau tome de Seuls, la série-phare de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzoti, vient de sortir en ce début juin. Deuxième du nouveau cycle entamé par La quatrième dimension et demie (sortie 2011), ces Terres basses se déroulent encore dans la ville désertée de toute présence adulte (pour la raison tragique que l’on sait depuis deux albums…). Les deux clans d’enfants sont désormais prisonniers de la « zone rouge » qui s’enfonce dans le sol, et sous le menace d’une étrange contagion qui les transforment en zombies aux yeux rouges. Face au danger, Dodji et Saul, les deux chefs et ennemis intimes vont devoir s’associer pour tenter de sortir tout le monde de là. Et s’il y parviennent, c’est pour retomber dans un autre piège…

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Deuxième journée du festival d’Amiens 2012

 

17es Rendez-vous de la bande dessinée d’amiens.

Un peu moins de soleil à l’extérieur, mais toujours autant de monde à l’intérieur du festival. Et, à noter, dans tous les espaces, qu’il s’agissent des salles de dédicaces d’auteurs ou des expos.

Grands moments de cette seconde journée, la « visite commentée » de l’expo Okko, par l’auteur de la série, Hub – accompagné de sa coloriste depuis trois albums « Li » – ainsi que la rencontre-débat autour de la « filière espagnole », avec notamment Julio Ribera et Juanjo Guarnido.

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Le rouge bien noir

La mort de Staline, tome 2 : funérailles, Fabien Nury, Thierry Robin, éditions Dargaud, 64 pages, 13,99 euros.

8 mars 1953. Cette fois, ça y est, Staline est bien mort. Mais les effets de son régime de terreur sont encore bien présents. Et au politburo, intrigues et tensions sont à leur comble. Cette seconde partie du diptyque de Fabien Nury et Thierry Robin conclut cet épisode historique sur la même veine d’humour noir très sombre. Le « grand homme » n’étant plus, toutes les faiblesses de son entourage se révèlent: les crimes attribués au fils de Staline, médiocre alcoolique qui sera exfiltré vers un sanatorium pour éviter d’avoir à subir les accusations de l’armée, un flash-back sur la tragi-comique arrestation d’un flirt de la fille du dictateur soviétique – qui ne pouvait être, selon ce dernier, qu’un espion pour s’amouracher d’un « tel laideron », mais aussi la fusillade du peuple voulant venir assister aux funérailles, effet collatéral absurde et sanglant de l’opposition entre Béria, chef de la police devenu vice-président du conseil des ministres, et Kroutchev. Cette lutte pour le pouvoir, cristallisation des conflits au sommet de l’Etat, s’achève par la destitution du premier, au cours d’un putsch joliment mis en image ici, puis son exécution, qui marque la deuxième mort de Staline.

Un épisode crépusculaire, décrivant un univers bureaucratique bien terne, aussi terrifiant que grotesque, bien rendu par le dessin semi-réaliste de Thierry Robin. Quant à Fabien Nury, tout comme dans Il était une fois en France, il parvient avec bonheur à raconter les coulisses de l’Histoire.

Un grand album intemporel

LES DERNIERS JOURS D’UN IMMORTEL, Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann, éd. Futuropolis, 152 pages, 20 euros.

« L’éternité c’est long, surtout vers la fin« . Cet aphorisme de Woody Allen résume bien le sentiment de lassitude du héros mélancolique des Derniers jours d’un immortel, stimulant album de SF qui vient de paraître chez Futuropolis

En ce lointain avenir, si l’angoisse de la mort a disparu, c’est au détriment de la mémoire. Chaque homme a la possibilité, grâce à des transmutations, de voir son esprit renaître à volonté dans d’autres corps (ses « échos »), mais en perdant à chaque fois quelques bribes de passé, comme une vieille K7 trop souvent réenregistrée qui se démagnétise. C’est pourquoi Elijah en vient à ne plus utiliser ses échos… Avant cela, on aura suivi ce médiateur de la police philosophique résoudre plusieurs énigmes aux confins de l’espace.

Ambiance SF classique

Dans une ambiance renvoyant à la SF américaine classique à la Isaac Asimov, sentiment renforcé par le dessin dépouillé et subtilement rétro de Gwen de Bonneval, cet album s’avère une vraie réussite, démontrant qu’on peut parler en BD de sujets aussi forts que la mort ou l’altérité, avec une réelle ambition, dans une ambiance poétique et non dénuée d’humour.

Quant à Fabien Vehlmann (scénariste des séries IAN et Seuls – le 6e paraît en juin ou des nouvelles aventures de Spirou), après le superbe travail réalisé pour le cruel et candide Jolies ténèbres avec Kerascoët, il démontre joliment une nouvelle facette de son talent de conteur.