Leur compte (bancaire) est bon avec Prado

Proies faciles, Miguelanxo Prado. Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 18 euros.

Au printemps 2014, dans une Espagne toujours marquée par la crise, c’est une étrange affaire que vont avoir à démêler l’inspectrice Olga Tabares et son adjoint Carlos Sotillo. Une série de décès suspects est constatée dans cette grande ville balnéaire de Galice: un commercial, célibataire, est retrouvé décédé à son domicile, la directrice d’une agence bancaire s’effondre sans vie dans un bar. Puis l’ex-président de la CaixatAtlantica est retrouvé mort sur une plage et une contrôleuse financière meurt à son bureau… Et la série noire continue, laissant entrevoir un tueur en série, voire une action terroriste.

Aucun ne se connaissait, mais tous semblent avoir été empoisonnés. Et tous ont comme point commun de travailler dans le secteur bancaire. Et cette série morbide pourrait bien aussi être en lien avec le suicide d’un couple de personnes âgées survenue l’automne précédent…

Lire la suite

Le drame des clandestins gagne en visibilité avec Tietäväinen

mains invisibles_couvLes mains invisibles, Ville Tietäväinen. Editions Casterman, 224 pages, 27 euros.

Les « migrants » ont disparu du devant de l’actualité, renvoyés à leur invisibilité par le festival de Cannes, avant qu’un nouveau naufrage massif ne les ramène sur nos plages et dans nos écrans. Et encore, la compassion ne s’exerce qu’envers les « réfugiés », les migrants économiques n’apparaissant dans les discours officiels que comme un mal à endiguer. En attendant donc un nouveau drame, Les mains invisibles, du Finlandais Ville Tietäväinen s’intéresse, justement, à ces exilés de « deuxième catégorie », à travers le cas d’un Marocain, Rachid, suivi au long cours de son errance du Maroc à Barcelone.

Tailleur vivant misérablement dans une cabane bâtie sur le toit de la maison familiale, peinant à nourrir sa femme et sa jeune fille, il se décide, lui aussi à « passer » en Espagne afin de pouvoir offrir une vie meilleure à sa famille. Après une traversée tragique où périt son meilleur ami, Rachid se retrouve exploité dans les serres agricoles du sud de l’Espagne. De ce nouveau ghetto de sans-papiers il va chercher à s’échapper, pour atteindre la capitale catalane, berceau de nouvelles illusions. Il va survivre dans cette jungle urbaine en allant de petits boulots en arnaques médiocres, sombrant toujours plus, dans la précarité et même la folie…

Lire la suite

Aurel: « Avec Clandestino, ce qui m’animait, c’était la prise de conscience »

Rencontre avec Aurel, autour du récent et très réussi Clandestino.

Dessinateur de presse et illustrateur des dérives people de la présidence de la République, Aurel vient de se lancer dans le « reportage fictionnalisé » avec Clandestino, belle évocation des migrants, entre l’Algérie et l’Espagne. Rencontré lors du Salon du livre de Paris, où le dessinateur montpelliérain était « monté » pour promouvoir son bébé, il revient sur la genèse du projet. Et ses suites possibles…

Premier contact avec votre album, la couverture est très réussie. Elle définit parfaitement le sujet…

Oui. Ces deux images résument l’album et la démarche. La barque, je ne l’ai pas vu de mes propres yeux c’est la partie fictive, et le dessin du dessous, avec le dessin sur un mur, c’est un croquis que j’ai réalisé sur place, c’est une inscription qui existe vraiment, sur ce mur là, dans cette ville-là. L’idée était aussi de raconter dans la couverture des choses qui ne sont pas évoquées dans l’album. La traversée en elle même, c’est très elliptique dans l’album, c’est une page et encore, on ne voit rien. Quant au soutien syndical, associatif et politique aux immigrants, il n’est lui aussi quasiment pas traité, car on ne pouvait parler de tout…

Lire la suite

Les migrants clandestins
en pleine lumière grâce à Aurel

Clandestino: un reportage d’Hubert Paris – envoyé spécial, Aurel. Editions Glénat, 72 pages, 17,25 euros.

D’Aurel, on connaît le trait de plume acéré des dessins de presse dans Politis ou ailleurs – objets de jolis recueils depuis deux ans. On avait aussi apprécié le caricaturiste des présidents, égratignés à trois reprises avec la complicité du journaliste Renaud Dély, avec une narration qui les rapprochait d’un album complet, mais en restant néanmoins plus dans le registre du reportage dessiné. Avec Clandestino, Aurel franchit le pas du récit fictionnalisé – et en tant qu’auteur complet.

Lire la suite

La crise espagnole décryptée
de l’intérieur

La crise de l’euro et ses dramatiques conséquences vu de l’intérieur d’un des pays qui en a le plus souffert pour l’instant : l’Espagne. Auteur de L’hiver du dessinateur, le dessinateur espagnol Paco Roca décrit et analyse cette crise et ses causes – la spéculation et la bulle immobilière dans une économie Monopoly déconnectée du réel – en partant de son expérience de jeune espagnol. Et il en tire, en une dizaine de planches claires, pédagogiques et non dénuées d’humour, les conséquences pour l’avenir, une fois la pyramide du capitalisme complètement détruite: une meilleure répartition des richesses et une société plus éthique. A lire pour mieux comprendre la situation actuelle.

Cette Chronique d’une crise annoncée a été publiée en ce mois de mai dans les pages de El País semanal. Elle peut désormais être lue en français, grâce aux éditions Rackham, qui l’ont traduite et mise en ligne (ou rendue accessible en version téléchargeable). Le tout en accès libre.