La guerre de Catherine et celle de Guy-Pierre, deux témoignages émouvants sur 39-45

La guerre de Catherine, Julia Billet (scénario), Claire Fauvel (dessin). Editions Rue de Sèvres, 168 pages, 15 euros.
Ma guerre de La Rochelle à Dachau, Tiburce Ogier, d’après le livre de Guy-Pierre Gautier. Editions Rue de Sèvres, 80 pages, 18 euros.

Les éditions Rue de Sèvres publient en ce printemps deux récits ayant pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Deux témoignages et deux regards forts sur deux traversées du conflit. Deux faces d’une même volonté de survie.

Adaptation de son roman, paru à l’Ecole des loisirs, La Guerre de Catherine a un petit côté Un sac de billes. Sauf que le périple, de Sèvres jusqu’aux Pyrénées est celui d’une jeune fille juive et de son appareil photo. En chemin, elle va rencontrer un certain nombre de « justes », paysans ou religieuses, tous dévoués pour la sauver, elle et les autres petits enfants juifs qu’elle va croiser. Ce récit émouvant et chaleureux est renforcée par une mise en images pleine de grâce et de lumière. Un dessin plutôt rond et un joli traitement à l’aquarelle qui vont bien avec cette démonstration bienveillante de courage et de générosité.

Après la face lumineuse – quelque part – de ce conflit, Ma guerre de Tiburce Ogier en évoque une approche beaucoup plus sombre. Inspiré des épreuves vécues par son propre grand-père, Guy-Pierre Gautier, l’album raconte assez classiquement son itinéraire de jeune résistant et déporté communiste. L’enfance à Saintes puis La Rochelle, l’engagement progressif dans la résistance avec son groupe de jeunes athlètes. Puis l’arrestation…

Lire la suite

Mauvaise fortune, bon coeur

Comment faire fortune en juin 40_couvComment faire fortune en juin 40 ? Xavier Dorison et Fabien Nury (scénario), Laurent Astier (dessin). Editions Casterman, 120 pages, 18,95 euros.

L’album est certes sorti en septembre dernier. Mais les 21e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, qui lui consacrent une expo lui redonnent une certaine actualité. Et le plaisir pris à lire cet album vaut d’être partagé, même avec un peu de retard.

Juin 1940, en pleine débâcle, une bande de malfaiteurs apprend qu’un ultime convoi de la banque de France va convoyer entre Paris et Bordeaux deux tonnes d’or oubliées dans un de ses coffres. Franck Propp, ancien boxeur et Sambio, caïd de la mafia corse, aidés par Kurtz, l’ex soldat allemand déserteur et la jeune Ninon, l’artiste horlogière spécialiste en explosifs et en ouverture de coffre se lancent dans le braquage. Mais ils ne sont pas seuls sur le coup, le commissaire Chabert, ancien de la crim’ se fait fort lui aussi de suivre le magot (avec des intentions moins patriotiques qu’il ne le laisse paraître). Et sur les routes de l’exode, avec l’avancée allemande, rien ne va se passer comme prévu…

Lire la suite

Johnny Red avec les têtes brûlées soviétiques

johnny_red_2_couvJohnny Red, tome 2: le diable rouge, Tom Tully (scénario), Joe Colquhoun (dessin). Editions Delirium, 116 pages, 22 euros.

Johnny Redrum poursuit sa guerre dans le camp soviétique. Désormais bien intégré dans les Faucons, l’Anglais se retrouve à participer à la défense de Léningrad. Amené dans de tragiques circonstances à prendre du galon, après avoir dû gérer les tumultueuses relations avec son chef d’escadrille, Johnny Red n’en continue pas moins de s’affronter à sa hiérarchie d’apparatchiks planqués et vicieux. Mais il est désormais devenu un mythe auprès des combattants, autant Russes qu’Allemands, avec son « diable rouge », terreur des Allemands. Mais son passé, qui en fit un meurtrier involontaire de son instructeur de la RAF, pourrait bien le rattraper, lors d’une permission à Mourmansk, là où tout avait commencé…

Lire la suite

La longue marche de la mémoire de Tardi

stalag II B_tome2_couvMoi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B, tome 2 : mon retour et la suite, Jacques Tardi. Editions Casterman, 150 pages, 25 euros.

D’une débâcle, l’autre. Après celle de l’armée française, en 1940 – qui avait fait de son père pendant cinq ans un prisonnier de guerre au Stalag II B – c’est celle du régime nazi qui est au centre de ce deuxième volet de l’évocation de la pas si drôle de guerre de René Tardi.

Ce tome 2 débute là où s’achevait le premier, à l’hiver 1944, lorsque les camps de prisonniers de guerre en Poméranie (aujourd’hui la Pologne) sont évacués face à l’avancée russe. Pour René Tardi et ses compagnons, c’est le début d’une longue marche, de la Baltique jusqu’à la Rhénanie puis le retour en France. Six mois, de janvier à fin mai 1945, racontés quasiment au jour le jour, en suivant les indications laissées par René Tardi dans ses carnets de guerre. Avec, en contrepoint, Jacques Tardi lui-même, qui se dessine enfant et qui relance parfois son père ou apporte des informations sur le contexte historique : la peur de l’arrivée « d’Ivan » (les Russes), les destructions massives et les enjeux stratégiques entre puissances alliées, la fin pathétique et pitoyable des dignitaires du IIIe Reich…

Lire la suite

Une guerre d’enfer

Divisions fer-couvLes divisions de fer, tome 1: commando rouge, Jean-Luc Sala (scénario), Ronan Toulhoat (dessin). Editions Soleil, 48 pages, 13,95 euros.

Et une relecture de plus de la Seconde Guerre mondiale, glissant tout doucement vers une évolution parallèle – et prolongée – du conflit.

En effet, après la signature de l’armistice entre le IIIe Reich et les Etats-Unis, en mars 1945, l’Allemagne, forte de ses divisions de « mekapanzers » parvient à renverser le cours du conflit. En 1946, sur le front de l’Est, l’Armée rouge est en pleine débandade et Moscou est sur le point de tomber. Les meilleurs éléments soviétiques sont alors réunis pour une opération de la dernière chance. Parmi eux, Tania Yakvolev, un as de l’aviation, qui va vite s’opposer au commissaire politique qui encadre le groupe.
Intégrant à leur tour des « armures diesel », les soldats russes vont tenter de s’emparer du meilleur mekapanzer allemand, tandis que les nazis sont sur le point de déployer une nouvelle arme encore plus destructrice…

Lire la suite

Johnny Red réussit son décollage

Johnny Red, tome 1: l’envol du faucon, Tom Tully (scénario), Joe Colquhoun (dessin), éditions Delirium, 128 pages, 22 euros.

Après la superbe Guerre de Charlie, les éditions Délirium de Laurent Lerner, poursuivent dans l’exhumation de bande dessinée de guerre britannique. Et après un « tommy » de 1914-1918, place à un aviateur de la Seconde Guerre mondiale. Un héros et des aventures encore très atypiques. Renvoyé de la RAF, Johnny Red Redburn, devenu matelot sur un convoi britannique dans la mer de Barents, rejoint aux commandes d’un Hurricane volé une unité avancée de l’aviation soviétique. Il va parvenir à galvaniser cette bande de partisans promise à la mort, multipliant les actions d’éclat, contre l’armée allemande, mais aussi pour aller récupérer du ravitaillement et des appareils dans le camp russe. Poursuivi par la haine d’un officier du NKVD, Johnny Red se retrouvera aussi au coeur de la bataille de Leningrad et croisera quelques pilotes femmes de l’armée rouge…

Lire la suite