Dans le moule des Gadzarts

Rentre dans le moule, Le Cil Vert, éditions Delcourt, coll.Shampoing, 128 pages, 15,50 euros. Parution 27 septembre 2017.

Alors que sa femme, Clara, est sur le point d’accoucher, Jean a accepté d’aller revoir son « ancien » de l’école des Arts et métiers, qui pourrait lui procurer un travail sur de chef de chantier. Ce qui n’enchante guère Clara, qui voit surtout poindre un avenir de jeune mère esseulée tandis que son mari sera toujours absent. Jean, lui, est en plein doute existentiel. N’ayant jamais trop su ce qu’il voulait véritablement faire de sa vie, il a accepté de s’inscrire dans le rêve parental de le voir ingénieur. En allant retrouver son « ancien Gad’zarts », il se remémore son passage dans la célèbre école, ses rites et comment il est « rentré dans le moule ». Et comment cela pourrait rejaillir sur sa vie de couple…

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Mise en boîte du travail

Au taf, Vaïnui de Castelbajac, éditions Delcourt, coll. Tapas, 128 pages, 16,95 euros.

Après les vacances, c’est le temps du retour au boulot. Autant reprendre avec le sourire. Comme dans la boîte imaginée par Vaïnu de Castelbajac. Son patron à l’air d’un grand-père paternaliste avec ses grosses lunettes rondes et sa moustache blanche, mais il se montre impitoyable, au point d’aller à l’enterrement de la mère d’un de ses employés pour vérifier l’excuse de celui-ci, en se mettant à l’écoute de son personnel en introduisant des micro-espions dans les locaux ou en tentant la « pet therapy » au bureau. Si investi dans son entreprise que même hospitalisé, son rythme cardiaque  copie le cours boursier de la société. Procédures (atypiques) de recrutement, fêtes rituelles, profils de salariés, tout y passe pour ausculter ces bêtes de travail que nous sommes tous (plus ou moins).
En – gros – bonus, ce sont d’autres bêtes de travail qui sont mises en scène, cette fois littéralement, avec des animaux en situation…

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L’art d’Artemisia

Artemisia, Nathalie Ferlut (scénario), Tamia Baudouin (dessin). Editions Delcourt, 72 pages, 15,95 euros. Sortie annoncée le 16 août.

Artemisia Gentileschi s’est faite un nom dans le monde de la bande dessinée avec le prix qui a utilisé son patronyme pour mettre à l’honneur le travail d’auteur(e)s féminines du 9e art. Ce biopic est l’occasion de comprendre les raisons de ce choix.

Elle fut la première femme peintre officiellement reconnue par l’Académie des Arts de Florence, en 1616. Elle fut, surtout, un modèle de volonté et de liberté dans un monde qui ne lui laissait ni l’une, ni l’autre.
Fille d’Orazio Gentileschi, peintre contemporain et connaissance du Caravage, Artemisia ne dut qu’à l’amour et à la reconnaissance – contrainte – de son père de pouvoir s’adonner à la peinture (art réservé aux garçons). A son grand dam, celui-ci, veuf et élevant seul ses enfants, est en effet forcé de reconnaître que sa fille est bien plus douée que ses deux garçons. Pour l’aider, il va prendre une décision lourde de conséquences en priant son ami Agostino Tassi de venir apprendre l’art de la perspective à Artemisia. Tassi va en effet déflorer la jeune fille, puis en abuser à de nombreuses reprises. Celle-ci souffre d’abord en silence avant de révéler la situation à son père, après que Tassi se soit enfui avec des tableaux. Le scandale devenu public va se transformer en procès à sensation.
A l’issue, Artemisia se mariera avec un époux amoureux, mais falot et s’établira à Florence. Elle assurera finalement le train de vie la famille grâce à la vente de ses tableaux. Avant de partir avec ses enfants et retrouver son père, pour sa dernière année, à Londres…

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Gantz, retour « parfait »

Gantz « perfect edition », volume 1, Hiroya Oku (scénario et dessin). Editions Delcourt/Tonkam, 440 pages, 15 euros.

Riche idée que celle des éditions Delcourt d’avoir lancé la republication de la série Gantz, dans une nouvelle version en double-volume dite « Perfect édition ».
Sorti début juillet, le volume 1, de 440 pages, devrait sans nul doute faire le bonheur des fans de la première heure mais aussi de ceux qui découvrent cet ovni du genre, accompagné de nouveau fichiers et d’une mise en page retravaillée.

Manga culte pré-publié à partir de 2000 dans le fameux magazine Young Jump au Japon, Gantz avait, à l’époque, séduit de nombreux lecteurs mais aussi refroidi quelques âmes sensibles. La vague Gantz avait, elle, déferlé, en France au début des années 2000. Au total 37 volumes, toujours disponibles chez Delcourt (Tonkam), dans lesquels s’entremêlent suspense, science-fiction, action, amitié et… horreur.

De type seinen, Gantz met en scène deux lycéens dans le Japon contemporain. Anciens amis de l’école primaire, Kei Kurono et Masaru Kato sont percutés par un train dans le métro tokyoïte en sauvant un clochard ivre tombé sur une voie. Quelques instants plus tard, les deux jeunes se réveillent dans un appartement inconnu, donnant sur la tour de Tokyo, et où se trouvent d’autres personnes qui semblent, elles aussi, avoir perdu la vie. Une étrange sphère noire baptisée Gantz trône au milieu de la pièce.
Passée la surprise et les questions existentielles, une musique de kermesse se fait entendre puis c’est une mystérieuse voix qui ordonne au groupe tout entier d’éliminer un certain homme-poireau, en réalité un extraterrestre ultra violent. Sans d’autres explications, la sphère fournit aux protagonistes armes et équipements.
Rêve, jeu de télé-réalité, purgatoire…, les théories sur leur présence dans ce lieu fusent mais les « morts-vivants » n’obtiennent aucune réponse. Tous n’ont pas d’autres choix que de suivre les instructions de Gantz. Commence alors une mystérieuse lutte pour la vérité et… la survie…

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Chronosquad, du bon temps à revendre

Chronosquad,
t.1: lune de miel à l’âge du bronze,
t.2: destination Révolution, dernier appel,
t.3: poulet et cervelle de paon à la romaine
,
Giorgio Albertini (scénario), Grégory Panaccione (dessin). Editions Delcourt,

Il n’est jamais aisé de prendre une série en route, mais le principe même de Chronosquad étant d’évoquer les voyages dans le temps, c’est ici un moindre mal. D’autant que la série semble prendre sa véritable ampleur – caustique – avec ce troisième épisode. Et qu’il est temps de s’y mettre, vu que le quatrième et dernier tome doit paraître en ce mois de septembre.

Dans cette société du futur, les voyages temporels se sont démocratisés et sont devenus un tourisme de masse. Les chronosquads, unité d’élite sont chargés de veiller au bon déroulement des opérations et empêcher des interférences entre les vacanciers et les épisodes historiques qu’ils visitent. Justement, une alerte a été déclenchée en Egypte antique, où deux touristes ont disparu dont l’une n’est autre que la fille du directeur de la banque centrale. Faute d’effectifs, Bloch, jeune stagiaire est embarqué dans l’escouade du lieutenant Penn (qui en parallèle, doit gérer sa relation secrète avec Léonard de Vinci, dont elle est enceinte).
Sur place, ils vont découvrir que les deux adolescents ont été kidnappés par d’étranges marchands d’esclaves, qui paraissent venir du XXe siècle. En parallèle, la lieutenant Penn à découvert dans le paléolithique le cadavre d’un détenu de la prison du Dévonien – dans les premiers âges de la Terre. L’enquête des chronosquads de Penn va ensuite les emmener au Nicaragua dans les années 1930, mais aussi, dans ce troisième tome, dans la Rome antique, où ils seront confrontés une nouvelle fois à d’étranges géants à la tête hypertrophiée. Et les dérèglements vont aller crescendo, laissant apparaître une opération de grande ampleur d’activistes désireux d’émanciper les pauvres de toutes les époques, mais aussi une campagne de déstabilisation des chronosquads menée en sous-main par une grande multinationale qui pourrait être à l’origine des géants…

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La Mort blanche, sommet du genre sur la Première Guerre mondiale, versant italien

La mort blanche, chronique de la der des ders, Robbie Morrison (scénario), Charlie Adlard (dessin). Editions Delcourt, 96 pages, 15,95 euros.

La venue à Amiens, ce week-end, pour les 22e Rendez-vous de la bande dessinée, de Charlie Adlard, dessinateur-vedette de Walking Dead, donne l’occasion de revenir sur une de ses oeuvres antérieures décisives.
Ce n’est pas tout récent (l’édition originale date de 1998, la réédition de 2014), mais de saison en cette période de centenaire de la Grande Guerre, puisque l’essentiel du récit se déroule durant l’hiver 1916-1917. Implacable et originale, cette histoire est située dans les Alpes italiennes, lors de la bataille du plateau d’Alighieri. Elle suit la guerre d’un soldat italien d’Istrie (territoire austro-hongrois en 1914), Pietro Aquasanta, qui a changé de camp après avoir été fait prisonnier. En butte à un lieutenant obtus et à un chef sanguinaire, Pietro va vivre un vrai cauchemar dans ce théâtre d’opérations si singulier, dans la neige et le brouillard où mêmes les avalanches deviennent des armes meurtrières: « la mort blanche »…

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Chaud effroi à la scandinave

Gudesonn, t.1: la nuit de Walpurgis, Eric Adam, Pierre Boisserie et Didier Convard (scénario), Mr Fab (dessin). Editions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros.

En Suède, de nos jours. Tandis que la population fête la nuit de Walpurgis, ce rituel païen célébrant le passage de l’hiver au printemps, un drame atroce se prépare à Vörstorp, au nord de Stockholm. Un commando très professionnel massacre tous les enfants de la crèche du village. L’équipe de l’inspecteur Martin Gudesson, lui même ayant bien fête Walpurgis, qui lui rappelle un trauma familial, est appelé sur place. Après avoir découvert un enfant miraculé du massacre, le neveu de la policière locale, Jonna, Gudesson va se rendre compte qu’il a mis le doigt sur une affaire qui dépasse de loin le simple fait divers et cache une affaire d’Etat, voire même une histoire pouvant bouleverser tout l’équilibre de la planète…

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La Guerre d’Espagne en mode athlétique

Sept athlètes, Kris et Bertrand Galic (scénario), David Morancho (dessin). Editions Delcourt, 64 pages, 15,50 euros.

Juillet 1936, En contrefeux aux jeux olympiques de Berlin, devenus instrument de propagande du régime nazi, la jeune république espagnole organise ses « Olimpiadas populares ». Cinq jeunes athlètes de l’Etoile rouge de Montreuil (qui « brise et passe tous les écueils »…) s’y inscrivent pour représenter la France. Dans le train qui les emmène à Barcelone, ils vont faire la connaissance de Rudi Rosenwald, juif allemand, qui participe à la compétition. Sur place, ils rencontreront un autre athlète étranger, Neil, colosse irlandais, membre de l’IRA et lanceur de poids. Mais la liesse de la fraternisation prolétaire et populaire va être courte. Le jour même de leur arrivée, le 18 juillet 1936, Franco a déclenché son putsch. S’engageant dans la défense de Barcelone, les sept athlètes vont se retrouver intégrés à la colonne de l’anarchiste Durruti. Mais l’un d’eux, le réfugié espagnol Francesco apprend que son village est passé sous la coupe des franquistes. Il décide alors de monter, de son propre chef, une opération-commando avec ses amis…

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Le Pen et Chirac par la bande

 

 

 

 

 

 

 

 

La dynastie Le Pen, son univers impitoyable, Renaud Dély (scénario), Fred Coicault (dessin). Editions Delcourt, Coll.Encrages, 144 pages, 16,95 euros.
Le Grand et le trop court, Jean-Luc Barré (scénario), Krassinsky (dessin). Editions Casterman, 80 pages, 14,90 euros.

En cette période électorale qui remet la politique au coeur de l’actualité, deux regards décalés, et en coulisses, sur la vie de deux personnages qui ont marqué l’histoire récente : Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Deux albums qui, malgré des différences de style et d’objet, partagent la même astuce narrative pour amener leur sujet et la même inclination à aller chercher en coulisses le détail qui fait sens ou la petite phrase vacharde…

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Ballon d’essai sur fond de crépuscule de la guerre froide

Luftballons, tome 1: Able Archer 83, Jean-Pierre Pécau (scénariste), Maza (dessinateur). Editions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros.

C’est reparti pour une nouvelle uchronie d’aviation. Dans un contexte plus contemporain que les deux guerres mondiales qui servaient généralement de cadre jusqu’ici à la majorité des albums du genre. Et le récit colle beaucoup – pour l’instant – à l’Histoire réelle.

1983, l’Otan lance une grande manoeuvre dénommée « Able Archer 83 », qui fait craindre au bloc de l’Est un risque de déclenchement de la 3e guerre mondiale. La pilote est-allemande Lena Stauss est aux premières loges, échappant de peu à une attaque par des avions américains.
Mais une autre guerre, plus secrète, se déroule également, orchestrée par Markus Wolf, le chef de l’espionnage est-allemand, qui est par ailleurs l’oncle de Lena et de sa soeur Romi (partie avec ses parents à Berlin-Ouest en 1953, pour une mission d’espionnage au long cours). Les pions se mettent donc en place, dans l’attente, peut-être, de la confrontation fatale, le tout sur l’air de 99 Luftballons du groupe allemand Nena…

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