Nouvelle cause Commune autour de deux fortes femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Louise Michel, la vierge rouge, Bryan et Mary Talbot, éditions de La librairie Vuibert, 144 pages, 19,90 euros.
Des graines sous la neige, Roland Michon (scénario), Laëtitia Rouxel (dessin), éditions Locus-Solus, 144 pages, 20 euros.

Cent-quarante-six ans après, la Commune de Paris inspire toujours les auteurs de bande dessinée. Singulièrement ses destins féminins. Voilà un an, Wilfrid Lupano et son trio de dessinateurs et dessinatrices révélaient leur jolie trilogie sur des Communardes. Plus récemment, ce sont deux biographies qui remettent à l’honneur deux héroïnes de ce moment d’insurrection populaire fugitif, mais à la très longue traîne…

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Courbet, bien droit

Rendez-vous d'onze heures_couvCourbet_couvLe rendez-vous d’onze heures, André Houot. Editions Le Long Bec, 72 pages, 16,50 euros.
Courbet (coll. Les Grands peintres), Fabien Lacaf. Editions Glénat, 56 pages, 14,50 euros.

Quasi simultanément, voilà quelques mois, Gustave Courbet s’est retrouvé au centre de deux albums : l’un consacré à sa vie, l’autre autour de l’une de ses oeuvres majeures, l’Origine du monde. Deux albums complémentaires pour mieux cerner le chef de file de la peinture réaliste, autodidacte, ambitieux, révolté et controversé.

André Houot, spécialisé en bande dessinée historique chez Glénat saisit Courbet à la fin de sa vie, à la Tour-du-Peilz, en Suisse où il s’est réfugié après ses démêlés judiciaires avec l’Etat français. Dans un bar ou il s’adonne à son « charmant » pêché de l’absinthe, un mystérieux jeune visiteur vient l’interroger sur sa vie. C’est parti pour un long flash-back, depuis l’enfance à Ornans, le petit village franc-comtois auquel Courbet restera toujours attaché, puis la découverte de son talent pour le dessin, la montée à Paris et son immersion dans le petit monde artistique de l’époque, ses démêlés artistiques, son insoumission face au pouvoir napoléonien, la fameuse commande de « l’origine du monde » par le collectionneur egyptien Khalil Bey, la Commune et son réquisitoire pour faire abattre la Colonne Vendôme (« … dénuée de toute valeur artistique, qui évoque les conquêtes impériales et blesse nos voisins... ») qui lui vaudra la hargne et les poursuites de Thiers et Mac-Mahon, jusqu’à l’exil suisse et sa dernière interrogation, à la veille de sa mort, le 31 décembre 1877 (« ais-je fait toute cette peinture pour rien ?« ).
Dans la collection sur les « grands peintres » initiée par Glénat, Fabien Lacaf revient donc sur Courbet, en ce centrant sur la période de la peinture et des premiers échos de l’Origine du monde. Pourtant très discrètement exposé dans la salle de bain de Khalil Bey, le tableau semble avoir inspiré un tueur en série, traumatisé par cette peinture et qui tue toutes les femmes légères qui auraient pu être le modèle de l’oeuvre…

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Pour la cause des femmes

communardes_t3_femelles_couvCommunardes ! tome 3: nous ne dirons rien de leurs femelles, Wilfrid Lupano (scénario), Xavier Fourquemin (dessin). Editions Vents d’Ouest, 56 pages, 14,50 euros.

Ce 8 mars, jour de la femme, est un moment approprié pour évoquer ce troisième tome de cette série Communardes. Après Victorine, la jeune fille rêvant d’envoyer des pelotons d’éléphants contre les Versaillais et Elisabeth Dmitrieff, la belle Aristocrate fantôme, Wilfrid Lupano s’attache ici à Marie, petite servante et ouvrière. Un troisième album qui sonne comme le point d’orgue de cette belle trilogie.

On découvre Marie en jeune adolescente en 1858, domestique dans la famille du colonel Jeaujard, de retour des colonies. Devenue la meilleure amie de la fille du colonel, Eugénie, jolie jeune fille éprise d’un libraire anarchiste, Marie va connaître la déchéance, lorsque Eugénie se révélera enceinte et rapidement envoyée au couvent, tandis que Marie et sa mère sont renvoyées, accumulant rancoeur. Treize ans plus tard, on retrouve Marie sur les barricades, parmi les infirmières de l’Union des femmes. Le hasard va lui permettre de retrouver son amie Eugénie, réduite au spectre de ce qu’elle fut. De quoi la transformer en farouche militante de la Commune…

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Blanqui, ni vieux ni bête
grâce à Le Roy et Locatelli-Kournwsky

Ni Dieu, ni maître, Auguste Blanqui, l’enfermé, Loïc Locatelli-Kournwsky, Maximilien Le Roy, éditions Casterman, 198 pages, 23 euros.

Maximilien Le Roy poursuit avec talent sa galerie de portraits de grands insoumis. Après Thoreau, Gauguin ou les brigadistes d’España la vida, il s’attache ici à évoquer Auguste Blanqui, passé à la postérité pour son slogan Ni Dieu ni maître ou comme boulevard parisien (c’est là qu’est situé par exemple Le Monde), mais passablement méconnu pour autant.

Révolutionnaire français du XIXe siècle, socialiste (mais pas « utopique »), communiste (mais pas marxiste), libertaire qu’on classerait aujourd’hui à « l’ultra-gauche », Auguste Blanqui fut un insurgé permanent. Choqué par l’exécution des « quatre sergents de la Rochelle« , Républicain irréductible sous deux rois et un empereur, il n’eut de cesse de prôner l’insurrection – violente si besoin – et de participer ou de soutenir diverses révoltes et conspirations, qui toutes échouèrent, du mouvement des « carbonari » jusqu’à la Commune de Paris. Des échecs qui lui firent passer quarante-trois ans des soixante-quinze de sa vie derrière les barreaux, ce qui lui valut le surnom de « l’enfermé ».

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