L’humour beauf de « Charlie Hebdo »

La couverture du numéro de Charlie Hebdo fait réagir.

Nouvelle polémique autour d’un dessin de Charlie Hebdo. Après les victimes de l’attentat de Bruxelles démembrées traitées façon « où est Charlie ? » ou le petit garçon syrien s’effondrant devant un panneau McDonald’s, c’est la couv’ de ce mercredi qui fait réagir notamment sur les réseaux sociaux.

L’hebdo satirique salue, à sa façon et avec un dessin de Riss, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron avec ce titre « Il va faire des miracles« , illustré par une image de Brigitte Macron enceinte. Si la satire des puissants et, ici, de la complaisance exacerbée, voire du délire mystique de certains au sujet du nouveau Président est bien dans la tradition de Charlie Hebdo, le choix de l’illustration du propos est pour le moins raté.

Bien sûr, on peut inscrire ce dessin dans la lignée de Hara-Kiri qui ne craignait pas de faire dans le sexisme bien gras et fort peu subtil. Mais, d’une part, factuellement, Brigitte Macron a déjà eu des enfants. D’autre part, surtout, ce dessin s’inscrit dans la ligne des blagues (?) récentes insistant lourdement sur l’âge de l’épouse du Président ; celles-ci venant renforcer très publiquement les remarques et regards que le couple Macron a dû sûrement encaisser depuis le début de leur union. Bref, venir ajouter son poids à la beaufitude ambiante déjà trop présente n’est pas franchement une preuve d’impertinence (ni d’intelligence), ni une démonstration d’humour.

C’était bien la peine que Charlie Hebdo fasse la morale – de façon plus subtile cette fois – la semaine dernière sur la nécessité du vote Macron ! Ou en rajoute une couche cette fois sur les « abstentionnistes de gauche fiers d’avoir gardé les mains propres« . Car certaines images salissent aussi. Et cette fois Charlie Hebdo a choisi, de ricaner avec les beaufs.

Une fois de plus, il convient de ré-affirmer qu’il est indispensable de défendre le droit à la satire et le droit de se moquer de tout… Mais on peut aussi, en défendant cela, dire qu’un dessin est con.

Ni Dieu, ni limites dans le dessin

Ni Dieu, ni eux, Tignous. Editions du Chêne, 96 pages, 14,90 euros.

La couverture annonce la couleur et la dénonciation par des dessins – parfois très cinglants – des dérives religieuses de tout poil et de toutes obédiences. Chacune des « grandes religions » instituées en prend pour son grade.
L’église catholique pour son opposition au mariage gay ou ses ambiguïtés quant aux cas de pédophilie de certains membres de son clergé ; l’islam avec ses intégristes radicaux et terroristes (et Tignous réinterprète deux fois le fameux dessin de Cabu qui avait provoqué l’éruption de colère contre Charlie hebdo) ou avec certain aspects rigoristes ; la religion juive à travers son instrumentalisation d’une part par le régime israélien actuel pour justifier l’annexion des territoires palestiniens, mais aussi en faisant un clin d’oeil à l’humour juif – avec notamment une planche très réussie ou le pape et un mollah affichent leur rêve de reprendre le pouvoir tandis qu’un juif traditionaliste souligne qu’eux respectent la démocratie, la preuve: « notre peuple a été élu » ! Même les bouddhistes ne sont pas épargnés (à travers une descente en flammes du Dalaï Lama…), la religion sikh (pour son manque d’humour) et les sectes improbables (pour l’escroquerie financière qu’elles représentent)…

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A Lille, Charb rendu muet une nouvelle fois

Deux ans après sa mort, la parole de Charb est tuée une seconde fois. A travers les difficultés à pouvoir jouer le spectacle inspiré par son dernier livre posthume.

Gérald Dumont, metteur en scène de la compagnie Théâtre K (photo La Voix du Nord)

C’est notre confrère Laurent Decotte, de La Voix du Nord, qui révèle le sujet, ce samedi. Et le « Drôle de climat » qui règne autour de la lecture-spectacle du livre posthume de Charb Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes.

S’il a pu être joué dans divers centres sociaux ou en milieu scolaire, ce spectacle a du mal à passer la rampe des « vraies » salles. Ainsi, il a été déprogrammé par la présidence de l’université de Lille 2, où il devait être joué ce 21 mars (par crainte de débordements et d’un climat « lourd », selon son président). De même, ce 2 mai, la Maison régionale de l’environnement et des solidarités (MRES) de Lille n’accueillera pas non plus cette lecture-spectacle, cette fois en raison semblerait-il d’une opposition du MRAP et de la Ligue des droits de l’homme. Cette dernière, selon notre confrère qui cite un responsable local, étant gênée de paraître cautionner  « la ligne politique mise en avant par Charlie depuis Val et dont les prises de position sur la religion musulmane ne correspondent pas à l’idée que nous nous faisons de la laïcité »...

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Deux ans après, « Charlie hebdo » pense ses plaies

Numéro spécial de Charlie hebdo cette semaine. Afin de commémorer le souvenir de la rédaction assassinée le 7 janvier 2015. A défaut d’être drôle, ce n°1276 laisse une drôle d’impression.

Deux ans. Deux ans tout juste que la rédaction de Charlie Hebdo était massacrée par deux terroristes se revendiquant d’Al-Qaïda. L’événement parait déjà lointain, renvoyé à une sinistre liste avec les attaques au Bataclan, à Nice, etc. Deux ans qui ont fait oublier l’événement et une succession d’attentats qui ont participé aussi à le banaliser, ainsi que le déplore Riss, dans son éditorial du numéro spécial de Charlie hebdo paru ce mercredi. Car, le directeur de l’hebdo satirique réaffirme l’aspect singulier de cette attaque-là, « crime politique qui avait pour objectif de supprimer des idées et ceux qui les proclamaient » et victimes tuées pour leurs idées et dessins publiés dans le « journal politique Charlie Hebdo ».
Au regret s’ajoute chez lui beaucoup de rage douloureuse et d’amertume, à l’égard des « musulmans intolérants, catholiques traditionnalistes, fachos racistes ou gauchistes sectaires ». Et cet éditorial donne le ton d’un numéro pas franchement plaisant…

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Charlie hebdo remonte au front à Verdun

1237222760_b9710186212z-1_20161109160546_000_gqt7v7fne-1-0-pngCette semaine, Charlie Hebdo fait plutôt fort, avec sa couverture sur les élections américaines et un joli contrepoint.

Mais l’hebdo antimilitariste (de tradition), participe aussi à sa manière à la commémoration du 11 novembre, cette semaine. Avec une double page de reportage dans la région de Verdun, signé Antonio Fischetti et Riss (avec un dessin nettement moins caricatural que son style habituel).

Le fil rouge en est Jean-Paul de Vries, d’origine hollandaise, installé dans la Meuse depuis une quarantaine d’années et qui accumule chez lui tous les objets liés à la Grande Guerre qu’il a récupéré dans les champs fraîchement labourés, au fil de ses balades. Au total, raconte Fischietti, il a collecté plus de… 100 000 objets, du bouton de veste au tronc d’arbre garni d’éclats ou à une collection de casseroles trouées. Huit dessins de Riss, sobres et évocateurs, en noir et blanc, accompagnent le récit…

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La polémique sur « l’argent de Charlie Hebdo » ressurgit encore

L’époque des polémiques – plus ou moins faisandées – autour de l’utilisation des « millions d’euros » de Charlie Hebdo semblait dépassée. Mais une information relayée ce matin par le journal La Montagne relance la polémique. De façon assez ubuesque.

La Une de Charlie hebdo du 21 octobre 2009. A l'époque, quand l'hebdo évoquait l'argent, c'était celui des autres.

La Une de Charlie hebdo du 21 octobre 2009. A l’époque, quand l’hebdo évoquait l’argent, c’était celui des autres.

C’est donc la veuve de Michel Renaud (le fondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand, qui était invité lors de la conf de rédaction tragique du 7 janvier 2015) qui a porté l’affaire devant la justice. Accusant la direction de l’hebdo satirique de « trahison ».
Dix-huit mois après le décès de son mari, Gala Renaud et son conseil, Me Portejoie, contestent l’affectation des millions d’euros amassés par Charlie Hebdo après la tuerie. Leur argumentation vaut son poids de papier journal. Leur démonstration s’appuierait en effet, si l’on en croit notre confrère auvergnat « sur les propos de Philippe Val, l’ex-directeur de l’hebdo satirique, qui s’était engagé à reverser l’intégralité des recettes du numéro dit « des survivants » aux familles des victimes. »…

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L’actualité très honorée

0Petite anthologie du dessin politique, Honoré, préfaces François Morel et Hélène Honoré. Editions de la Martinière, 288 pages, 25 euros.

Le premier dessin montre deux vahinés réduites à l’état de squelettes, annonçant la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique en juin 1995. Le dernier, vingt ans plus tard, est plus connu : le chef de Daesh, Al-Baghdadi prononce ses voeux, en janvier 2015: « Et surtout la Santé ! »
Le jour même de la sortie de Charlie hebdo qui publiait ce dessin, son auteur, Philippe Honoré, était assassiné avec ses collègues par les frères Kouachi.

Le choix de ses deux images pour encadrer cette Petite anthologie du dessin politique illustre bien le style si personnel d’Honoré : le recul distancié face à l’événement et l’angle qui touche juste et synthétise, en un dessin unique et généralement muet, tout le propos politique. Ici la mort atomique polluant les atolls du Pacifique et discréditant l’image cliché du paradis océanien ; là le prêche faussement empathique d’un leader terroriste provoquant la mort à stade industriel.
Cette même approche se retrouve au fil des presque 300 pages de ce beau recueil préfacé sobrement par la fille du dessinateur, Hélène Honoré, et par l’acteur et humoriste François Morel. Ce dernier pointe avec justesse la bienveillance et la considération qu’Honoré portait aux autres – ou du moins celle qui transparait dans ses dessins : « Enragé, il restait bienveillant. En colère, il demeurait prévenant. Furieux, furibond, corrosif, votre père, profondément, était respectueux. Manuel Valls ou Sarkozy, John Wayne ou al-Baghdadi étaient représentés sans être déformés ou enlaidis. Ils étaient juste mis en situation »

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La beauté retrouvée de Catherine Meurisse

La légèreté_couvLa légèreté, Catherine Meurisse. Editions Dargaud, 136 pages, 19,99 euros.

Comme Luz, Catherine Meurisse fait partie des « survivants » du massacre à Charlie hebdo, le 7 janvier 2015. Comme Luz, elle doit indirectement la vie à une histoire d’amour. Une nuit trop prolongée avec sa femme pour lui, le blues d’une rupture pour elle. Le traumatisme post-attentat lui avait fait perdre son dessin. Pour Catherine Meurisse, c’est la mémoire qui a flanché. Un grand vide qu’elle va tenter de remplir à travers sa redécouverte de la beauté, de la nature et de l’art (elle, dont les albums précédents, comme Le Pont des arts ou Moderne Olympia étaient justement des variations et des réflexions autour des peintres et des poètes).

Tandis que Luz racontait sa reconstruction par l’amour de Camille, Catherine (ainsi qu’elle signe ses dessins dans Charlie) relate sa tentative – ratée – de retrouver Proust, son auteur favori, à Cabourg ou ses plongées dans Baudelaire, poète préféré de Mustapha, le correcteur assassiné de Charlie. Elle revient aussi plus longuement, dans ce qui fait la seconde partie du livre sur son passage à la Villa Médicis, à Rome, où chaque oeuvre vue lui rappelle des aspects du 7 janvier et qui va lui permettre de vivre un « syndrome de Stendhal » à l’envers…

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Siné enterré en demi-teinte par « Charlie hebdo »

dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo  n°1242 de ce 11 mai.

dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo n°1242 de ce 11 mai.

Avouons-le, on attendait avec une certaine curiosité le numéro de Charlie hebdo de ce mercredi, pour la manière dont il saluerait la disparition de Siné. Dessinateur quand même « historique » de l’hebdo satirique, du premier Charlie, mais aussi des prémisses de la « deuxième époque », avec la Grosse Bertha puis une « zone » qui accompagnera Charlie Hebdo de 1992 jusqu’à son licenciement en 2008.

La réponse à cette interrogation se trouve en der, dans les « couvertures auxquelles vous avez échappé », avec ce dessin de Foolz qui constate : « Siné, un hommage en demi-teinte« . Et de montrer un évêque et des militaires soulignant « On n’était pas d’accord sur tout« . C’est aussi manifestement l’état d’esprit au sein de la rédaction de Charlie, qui a plutôt opté pour le traitement minimum. A deux exception près…

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Quand « Charlie Hebdo » fait dans l’humour belge

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La une de « Charlie hebdo » de ce mercredi 30 mars…

Ainsi donc, une nouvelle fois, la une de Charlie hebdo aurait fait « polémique » cette semaine et suscité son lot de commentaires outrés sur les réseaux sociaux. Pas de petit garçon syrien mal (ré)interprété cette fois, ni de dénonciation anticléricale, mais un dessin de Riss sur les attentats du 22 mars à Bruxelles, à la finesse et à la pertinence, certes, toute relative.

Que Charlie hebdo manque parfois d’inspiration, que son équipe ait du mal à se reconstruire (dans tous les sens du terme) depuis un an, que sa ligne éditoriale verse de plus en plus ouvertement – et régulièrement – dans l’anti-islamisme (mais bon, non sans quelques raisons aussi) apparaît de plus en plus indéniable.
Mais il faudrait, une fois pour toute, accepter que si c’est la liberté de chacun de ne plus l’acheter ou de ne plus « être Charlie », c’est aussi celle de l’hebdo d’avoir le traitement qu’il entend. Et ne pas oublier que la raison d’être d’un journal satirique, c’est de rire de tout (le problème venant, sans doute, que désormais, tout le monde le lit ou au moins le voit).
Et comme le rappelle bien le Figaro (comme quoi…) sur son site, ce n’est pas d’aujourd’hui que Charlie hebdo est un journal « bête et méchant »…

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