La bande dessinée en gage

On ne sait pas trop s’il faut s’en féliciter – toujours dans le cadre d’une « légitimation » de la bande dessinée dans la société – ou le regretter, pour ce que cela concrétise en matière de crise sociale et économique. Mais, quoi qu’il en soi « Ma Tante » se lance dans la bande dessinée.

Ma tata ne va pas se mettre à dessiner, mais le Crédit municipal de Paris, l’illustre institution financière qui pratique le prêt sur gage depuis 1777 ex « Mont de Piété »  familièrement dénommée « Ma Tante »,  vient d’annoncer, lui, qu’il acceptait désormais en gageles bandes dessinées de collection, ainsi que les planches et les dessins.

A partir du 1er avril 2012 – à moins qu’il ne s’agisse d’une blague anticipée – le Crédit municipal de Paris élargit donc sa gamme d’objets pouvant être déposés en gage. Et les BD viendront bientôt prendre place aux côtés des bijoux (l’essentiel des objets), après  le vin (accepté depuis 2008), les vêtements vintage (en 2009), et la photographie d’art en 2010.

 

Prolongez les fêtes en BD avec Disney !

La reprise des titres Walt Disney par les éditions Glénat permet de retrouver avec bonheur des épisodes classiques et d’autres plus modernes, c’est aussi l’occasion rare de réunir plusieurs générations autour d’une même saga et de voir briller les yeux des petits et des grands. Donald, Mickey des histoires d’enfance, des histoires de bonheur.

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Sur la trace de la licorne et autres histoires est le premier tome d’une intégrale consacrée à l’œuvre de Carl Barks. Si celui-ci n’est pas le créateur de Donald Duck, il est cependant celui qui lui a imposé son caractère et l’a doté d’une famille aussi nombreuse qu’exubérante et fantasque. Ce premier recueil (d’une série qui en comportera 24) explore les années 1950-51. En début et en fin de volume, un dossier et un port folio éclairent le lecteur tant sur les personnages que sur le dessinateur qui ne dessina pas que des canards dans sa vie.

Mais l’essentiel reste bien sûr les histoires de Donald ! Vingt histoires où l’on redécouvre avec tendresse le canard le plus irascible et le plus paresseux qui puisse exister mais aussi le plus tendre et le plus généreux. Donald ? L’ami râleur sur qui l’on peut compter…

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Epic Mickey est un ouvrage d’un tout autre style. Cette bande dessinée est en effet l’adaptation du jeu-vidéo du même nom. Il s’agit donc du produit dérivé d’un produit dérivé, ce qui ne veut pas dire que la filiation au corpus disneyen soit absente ou éloignée car les citation et les clins d’œil sont nombreux à renvoyer à l’œuvre du maître.

L’histoire commence il y a longtemps, avant que Mickey ne soit célèbre dans le monde entier. Un jour, il passe au travers d’un miroir et atterrit dans l’atelier d’un magicien cherchant à créer un monde merveilleux. Inconscient de ses actes, il va se mêler de tout dans un rappel à Fantasia. Il pose ainsi en germe la création de Désolation d’où un monstre difforme et cruel va chercher à détruire la beauté du monde. Longtemps après, Mickey sera rattrapé par cet événement oublié et il va se retrouver face au Fantôme noir. Dans sa lutte, il sera aidé par Oswald le lapin, la première créature conçue par Walt Disney. Un Oswald qui reproche à Mickey de l’avoir fait plonger dans l’oubli…

Un graphisme très cartoon pour cette histoire qui intègre plusieurs scènes des films de Disney, des Silly symphonies à Peter Pan et d’autres. Mickey-Oswald deux visages de la gentillesse mais, si le récit est sans surprise, il est sans mièvrerie et d’une lecture agréable.

 

 

La Dynastie Donald Duck, Tome 1 : Sur la trace de la licorne et autres histoires, Carl Barks. Editions Glénat, 384 pages, 29 €

Epic Mickey, Peter, Fabio Celoni et Paolo Mottura, Editions Glénat, 72 pages, 14€

La bande dessinée, ça roule dans l’Oise

L'affiche de cette 4e édition, signée Kokor.

L’association amienoise On a Marché sur la Bulle et la médiathèque départementale va lancer sa quatrième opération « BD BUS en fête » dans l’Oise à partir de la semaine prochaine.

 Cela se traduira par la mise en place d’un bibliobus décoré à partir de l’affiche de cette nouvelle édition (affiche signée Alain Kokor, auteur des Voyages de Gulliver ou Petite souris, grosse bêtise), qui sillonnera toute l’Oise pendant un an.

 Trois tables rondes

Autre temps fort, la tenue de trois tables rondes grand public (entrée gratuite)avec des auteurs entre fin septembre et début octobre.

Samedi 25 septembre à Tracy-le-Mont, rencontre avec Jean-François Bruckner, dessinateur de III Empires, éd. Soleil ou Cicatrices de guerre(s) et Francis Laboutique, scénariste de Murailles.

Samedi 2 octobre à Belle-Eglise, rencontre avec Kokor.

Samedi 9 octobre, à Béthisy-Saint-Pierre, rencontre avec Julio Ribera, le dessinateur et scénariste du Vagabond des limbes.

Par ailleurs, du 20 septembre au 14 octobre également, quinze classes de primaires iront à la rencontre de la bande dessinée pendant toute une journée. Au cours de celle-ci, les jeunes visiteront une expo sur Petite souris, grosse bêtise spécialement adaptée pour le BD Bus, pourront lire des albums et même réaliser un strip de bande dessinée avec un intervenant professionnel d’On a marché sur la bulle.

Cette initiative, visant à amener la bande dessinée au contact d’un public rural, s’inscrit dans le cadre d’un travail de fond mené par l’association On a Marché sur la Bulle et la Médiathèque départementale de l’Oise (circulation d’expositions autour du médium bande dessinée, formation de bibliothécaires, renouvellement des collections, etc.).

La rentrée des « bulles du lundi » à Amiens

La saison des « bulles du lundi » reprend début octobre à Amiens.

Ces rencontres organisées mensuellement par l’association On a marché sur la bulle sont assez uniques dans leur genre. Elles sont en tout cas un moment privilégié pour les lecteurs de rencontrer des auteurs dans un cadre convivial – et loin de la foire habituelle des séances dédicaces.

Comme à chaque fois, la première partie de la soirée est consacrée à une discussion avec un dessinateur ou un scénariste, la seconde à un échange autour d’albums de bd amenés par les participants.

C’est Fred Duval qui lancera cette nouvelle saison, le 4 octobre, à partir de 20h30.

Le créateur normand de Carmen Mc Callum

Le scénariste Fred Duval, premier invité de la saison 2010-2011

Ce normand (il est né à Rouen en janvier 1965) a un rapport de longue date avec le dessin. Il décroche tout d’abord sa maîtrise d’Histoire en étudiant les caricatures d’un journal relatant l’affaire Dreyfus. Dans la foulée, il affûte sa plume dans des fanzines et journaux d’étudiants. Une rencontre avec Olivier Vatine et Thierry Cailleteau le décide à se lancer dans la bande dessinée… Première expérience au début 90 : Fish ‘n’ Ships, 300 strips réalisés en une année, dessiné par Turlan et publiés dans de nombreux quotidiens régionaux de métropole et d’outre mer.

Son premier album, 500 fusils, écrit avec Cailleteau, est publié en 1995 avec Lamy au dessin. La même année, il découpe et dialogue Carmen Mc Callum, série de science fiction dessinée par Gess. Depuis, il a créé d’autres séries de bande dessinée, comme Trävis (avec Christophe Quet), Hauteville House (dessiné par Thierry Gioux), Code Mc Callum (avec Didier Cassegrain), Lieutenant Mac Fly (mis en scène par Jean Barbaud), Gibier de Potence (coscénarisé avec Capuron et dessiné par Jarzaguet).

En 2008, il reprend les aventures de Carmen Mc Callum avec un nouveau collaborateur : Emem (Idoles) et publie Meteors, une nouvelle série de Science Fiction, dessinée par Philippe Ogaki avant de s’attaquer avec le dessinateur Zanzim à un vieux rêve : adapter Tartuffe en bande dessinée. Et il trouve aussi le temps pour écrire des scénarios pour la télévision (dessins animés Arsène Lupin, Carnaby Street, Nez de Fer).

Bref, de quoi nourrir une bonne discussion sur son oeuvre et ses projets.

Cela se passe toujours au centre culturel Léo-Lagrange (place Vogel à Amiens). Et l’entrée est toujours gratuite et ouverte à tous.

L’autre victime de l’assassinat de Trotsky

LES AMANTS DE SYLVIA, de Gani Jakupi, ed.Futuropolis, 66 p. ,17 euros.

Fin des années trente, à Barcelone, Paris, Moscou, se met en place l’opération du NKVD qui va aboutir à l’assassinat de Léon Trotsky.

Au-delà du thème – qui ne se prête pas, a priori, facilement à un traitement BD – l’originalité de ces Amants de Sylvia est de centrer le propos sur celle par qui le drame est arrivé : Sylvia Ageloff, militante trotskiste, dernière secrétaire personnelle du révolutionnaire, victime de la manipulation sentimentale à l’origine du complot qui coûta la vie au farouche opposant de gauche à Staline.

Cette version romancée – dans ses dialogues – mais très proche de la vérité historique,  expose l’ampleur de la machination menée par les staliniens : comment Jacques Mornard – alias Ramon Mercader – jouant les dandys a pu intégrer le cercle rapproché du fondateur de la IVe internationale, en se servant de Sylvia. Et comment celle-ci va basculer. Victime d’une double trahison, amoureuse et politique.

Par cette voie oblique, Gani Jakupi, auteur aux multiples talents,  parvient aussi à faire ressentir l’esprit de l’époque. Et ce mélange de paranoïa et de fragile naïveté qui constituait l’environnement du fondateur de l’Armée rouge en son exil mexicain.

Absurdité, en effet, de voir un homme se faire assassiner avec un piolet dans une maison-forteresse emplie d’hommes en armes, vertige de constater qu’un des leaders les plus lucides sur la situation du monde et des menaces qui pesaient sur lui a pu se laisser abuser au point  de permettre à un quasi-inconnu d’être seul avec lui dans son bureau.

Le début de ce roman graphique est – forcément – un peu bavard (mais plutôt judicieusement didactique), et il ne faut pas y chercher de l’action. Côté espionnage, on est clairement plus du côté de John le Carré que de James Bond, pour résumer. Le dessin de Jakupi s’avère également un brin rigide et imprécis. Mais cette froideur et ce flou, ainsi que la mise en couleurs originale, restituent l’atmosphère pesante et crépusculaire de l’époque, alors qu’il était « minuit dans le siècle », comme l’écrivait l’année précédente le révolutionnaire russe Victor Serge.

Cette page d’histoire du XXe siècle est en tout cas exhumée ici avec une grande honnêteté intellectuelle (et enrichie d’un « making-of » de l’album raconté comme une enquête journalistique par son auteur).  Et un traitement d’une belle cohérence graphique.