Hollande et la femme à côté

Hollande et ses 2 femmes, Aurel, Renaud Dély, éditions Glénat, 112 pages, 15,50 euros. Sortie le 24 avril 2013.

Après avoir aligné sévèrement – mais non sans justesse – Nicolas Sarkozy, ses femmes puis ses riches amis, Renaud Dély et Aurel seront forcément attendus au tournant pour cette nouvelle « BD-enquête » journalistique au sommet du pouvoir. Il était plus délicat, pour ceux qui sont par ailleurs respectivement directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et dessinateur à Politis – et donc une claire étiquette de gauche – de s’en prendre au nouveau président normal qu’à son prédécesseur, trépidante incarnation des dérives de la droite « bling-bling ». Mais le duo s’en sort très bien avec ce nouvel épisode des investigations dessinées des desseins et moteurs secrets de nos dirigeants.

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Aurel est hardi

C’est dur d’être de gauche, Aurel, préface de Renaud Dély, éditions Glénat, 144 pages, 15 euros.

Moins médiatique qu’un Plantu, que la bande à Charlie hebdo ou le gentillet Jul, Aurel est pourtant un dessinateur de presse qui gagne à être connu. Et lu. On peut le retrouver aujourd’hui toutes les semaines dans Politis, mais aussi ponctuellement dans Le Monde, Marianne, Le Nouvel Obs ou CQFD. Avec son trait d’apparence gentille et évidente – normale, pourrait-on dire – et un vrai talent pour croquer les personnalités, il livre une analyse aussi pertinente et percutante sur la vie politique. Des primaires socialistes à cet automne 2012, on retrouve un an de vie politique hexagonale, un almanach plutôt tourné vers la gauche donc. Mais sans tendresse particulière. Il se montre aussi sévère avec le PS qu’avec l’UMP ou les Verts… même si se devine une certaine proximité avec le Front de Gauche.

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Renaud Dély : « Sarkozy est le monsieur sans-gêne de la politique française »

Avec Sarkozy et les riches, le journaliste Renaud Dély (ci contre croqué par son dessinateur) et le dessinateur Aurel abordent, après Sarkozy et ses femmes, un volet moins glamour mais plus intéressant encore de la biographie de Nicolas Sarkozy : celui de ses rapports avec l’élite financière française. Une relation nouée depuis longtemps, comme le rappelle judicieusement l’album à travers treize chapitres et autant de « cas », de Martin Bouygues à Liliane Bettencourt. Avec des vedettes bien connues du grand public comme Bernard Tapie, mais aussi d’autres qui recherchent moins les feux des projecteurs et qui s’avèrent encore plus intéressants, comme le vieil Antoine Berheim, le plus « émouvant » du lot dans son rôle de parrain abandonné par celui sur qui il avait tout parié, ou Stéphane Richard, PDG d’Orange, le « modèle » avoué de Nicolas Sarkozy.Un album-enquête à lire pour mieux comprendre l’ascension de l’ancien maire de Neuilly et la politique menée lors de ce quinquennat, mais aussi pour sourire de la caricature joyeuse qui en est faite.

Rencontre avec Renaud Dély, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et picard d’origine.

 


« Je pense qu’il s’agit
d’une grille de lecture pertinente
du sarkozysme »

 

Ce projet de second album, sur un tel sujet, était-il déjà présent au moment de lancer Sarkozy et les femmes ou s’est-il imposé après la réussite du premier ?
Chronologiquement, nous avons été sollicités par Glénat pour refaire un album sur Nicolas Sarkozy, en effet car le premier avait bien marché. Mais c’est moi qui ait proposé ce thème. Car j’avais déjà travaillé sur le sujet, notamment dans Sarkozy et l’argent roi avec Didier Hassoux, et je pense qu’il s’agit d’une grille de lecture pertinente pour lire le sarkozysme…

Le thème a été accepté tout de suite par votre éditeur ?
Oui, sans souci. Après, c’est vrai qu’il s’agit d’un sujet plus explosif et gênant pour le pouvoir. Donc, le travail d’enquête a été encore plus poussé. C’est la raison aussi des notes dans la marge, qui servent à expliciter et valider l’enquête… Et le résultat a nécessité une relecture très précise de la part de l’avocat de Glénat !

Comment s’est fait le choix des treize personnages évoqués dans l’album ?
Il y aurait bien sûr pu en avoir d’autres, comme des stars richissimes du show-business tel Johnny Hallyday ou Christian Clavier ou d’autres stars du CAC40. Mais mon idée, et l’objectif de l’album, étaient de raconter des échanges de services. Nicolas Sarkozy, jeune élu de Neuilly, pour avancer, va chercher à courtiser ses riches administrés et eux vont s’apercevoir que c’est « le bon cheval ». Cette relation va bien sûr évoluer. Au début, c’est Nicolas Sarkozy le courtisan. Une fois président, cela va s’inverser. Mais ces treize cas illustrent de façon emblématique, ces « échanges de service » qui sont au coeur de la carrière du président.

 


« L’argent et la fréquentation
de ce monde « bling-bling »
sont l’essence du sarkozysme »

 

L’intérêt de votre album est en effet de rappeler la « genèse du sarkozysme », à Neuilly, un passé qui est aujourd’hui occulté par les images par exemple du Fouquet’s en 2007 qui montre une fête entre « égaux » de l’élite…
Oui, dès le début, lorsqu’il est élu en 1983 – il n’a alors que 27 ans ! – l’argent et la fréquentation de ce monde « bling-bling » constituent l’essence du sarkozysme, sa marque de fabrique et sa spécificité par rapport à d’autres personnalités de la droite française.

La première vignette de l'album : Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues s'empiffrant de chocolats. L'ambiance est posée.

Dans la narration et son expression graphique, on constate un écart entre les textes, les informations transmises et le dessin d’Aurel qui se montre outrancier et caricatural, au sens qu’il exagère les situations. Par exemple, dès la première planche, avec Martin Bougues, à Neuilly. On voit Nicolas Sarkozy manger des chocolats avec l’héritier de la dynastie Bouygues, mais complètement avachi dans un fauteuil, les pieds sur la table, le visage barbouillé de chocolat. Et ce principe est ré-utilisé à de très nombreuses reprises ensuite…
L’idée, qu’Aurel a fort bien rendu par cela, c’est de montrer un personnage très nature. Nicolas Sarkozy, c’est le monsieur sans-gêne de la politique française. Il a ce côté : pas de raison de se cacher, j’assume. Par exemple dans la planche que vous évoquez, on sait, c’est une info vérifiée que Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues ont sympathisé très tôt, que ce dernier venait régulièrement le dimanche chez les Sarkozy et qu’ils aimaient manger des chocolats. Bien sûr, nous n’étions pas là pour voir comment cela se passait! Mais en le montrant s’empiffrer de chocolat, le trait d’Aurel renvoit à l’idée qu’il n’y a pas de raison de se gêner, que lorsqu’on sera au pouvoir, on va se gaver…

 


« Là, je vais essayer
de vivre sans
Nicolas Sarkozy »

 

Avez-vous eu des retours des personnes évoquées dans l’album ?

La bande dessinée est sorti récemment. Donc non. En revanche, on évoque trois affaires qui ne sont pas encore terminées (l’affaire Tapie – Crédit lyonnais dans le chapitre sur Tapie, l’affaire de Karachi dans celui sur Nicolas Bazire et bien sûr l’affaire Bettencourt), et donc on s’est vraiment blindés.

Vous ne craignez pas de contrôle fiscal ?
(rires) C’est un classique des rétorsions possibles du pouvoir sur les journalistes. Mais, non. Nous sommes en règle et, de toute façon, ni Aurel ni moi n’avons des revenus gigantesques !

Vous avez d’autres projets à venir ?
Là, je vais d’abord essayer de me « sevrer » du sarkozysme, j’ai déjà fait un polar, deux essais et deux bandes dessinées sur lui. Je vais essayer d’apprendre à vivre sans Nicolas Sarkozy !

La jolie quatrième de couverture, épurée et percutante.

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Avoir de bons copains…

Sarkozy et les riches, Renaud Dély et Aurel. Editions Drugstore, 96 pages, 15 euros.

Après avoir publié un « Sarkozy et les femmes »consacré de façon explicite aux femmes qui marquèrent la vie du Président de la République, les mêmes auteurs (journalistes) reviennent sur leur tête de Turc préférée, et montrent ce que la presse (surtout celle d’opposition) a déjà révélé. Nicolas Sarkozy est fasciné par les hommes puissants et fortunés.  En une dizaine de tableaux l’on voit défiler des hommes et des femmes connus ou non du public, ce sont ceux qui forment « la bande du Fouquet’s ». On y trouve pêle-mêle Liliane Bettencourt, Bernard Tapie, Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré, Bernard Arnaud, Serge Dassault, Nicolas Bazire, Stéphane Richard ou Antoine Bernheim. Rien que des amis sans gros problème de fin de mois dont les intérêts et les attachements ne sont pas toujours bien compris du public.

 Si l’on ne peut parler ici ni de scoop, ni de véritable scénario, chaque camp y trouvera son compte. Les sarkophobes vont crier qu’il y a quelque chose de pourrie en terre de France et les sarkolâtres trouveront  dans ces pages la preuve que leur héros est crucifié une fois de plus. Qu’en dire ? Si tout n’est pas obligatoirement vrai, tout ne semble pas faux non plus et les tribunaux se penchent sur certaines affaires évoquées dans ces pages. Cependant, l’on peut estimer qu’il s’agit du raccourci peu flatteur d’un quinquennat où fleurirent nombre de polémiques.

 

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Des projets qui s’annoncent alléchants

Quelques projets ou esquisses de projets à venir qui s’annoncent alléchants. Echos glanés, notamment, au cours des 16e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens.

Les Pieds nickelés revus par Luz, Ptiluc et Malka

Ce trio un brin insolite (quoique les deux derniers aient déjà commis La pire espèce voilà quelques mois), travaille sur une nouvelle version des Pieds Nickelés, avec la volonté de renouer avec l’esprit anar initial et confronter le trio de magouilleurs aux grands chefs d’Etat de la planète…

Ratafia prêt à reprendre la mer

Après quelques péripéties éditoriales, Nicolas Pothier (qui a lâché les pirates pour le far west avec Caktus) est prêt à repartir pour le sixième tome de Ratafia. L’album est quasi écrit, mais le scénariste est à la recherche d’un dessinateur, Salsedo ayant décidé d’arrêter la série.

Notre-Mère la guerre, l’épilogue

La – superbe - histoire policière au coeur de la Guerre de 14/18 de Kris et Maël touche à sa fin. Le quatrième et dernier tome devrait paraître début 2012, à peu près au même moment que le deuxième tome de Svoboda, la nouvelle saga lancée avec Jean-Denis Pendanx (saga sur laquelle on revient bientôt, avec enthousiasme).

Sarkozy de nouveau décrypté

Après le succès de Sarkozy et ses femmes, Aurel et le journaliste Renaud Dély (désormais au Nouvel Obs) poursuivent leur analyse décapante de la Sarkozie, avec Sarkozy et les riches (premier des douze portraits pré-publié ce mois dans l’Echo des Savanes). L’album est prévu pour sortir en fin d’année… en pleine campagne présidentielle, donc. Un coffret avec les deux tomes pourrait aussi voir le jour pour Noël.

Universal War 2

Denis Bajram est apparemment prêt pour se lancer dans son deuxième cycle de sa magistrale série Universal War. Et, assure-t-il, la première série – pourtant un des sommets dans l’univers de BD de SF et des histoires de paradoxes temporels – ne serait qu’une petite entrée en matière au vu des enjeux à venir…

Alléchant, donc…

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