La polémique d’Angoulême, cette fois c’est après le festival

Ces dernières années, les polémiques éclataient avant le festival d’Angoulême. Cette fois, c’est juste après la manifestation et une 44e édition saluée par tous comme une belle réussite. L’origine du conflit part de la volonté ministérielle de créer une association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême, ayant pour but d’« Assurer une meilleure coordination et une meilleure implication des partenaires dans les orientations importantes du festival ». L’idée avait germé après, justement, les tumultes de l’édition 2016.
Sauf que l’association historique porteuse du Festival ainsi que sa société organisatrice, 9e Art, s’estiment un peu placés sous la chape du nouvel organisme censé jouer un rôle de « médiation » entre tous les partenaires, dont les éditeurs qui déplorent l’aspect trop élitiste parfois de la manifestation angoumoisine. Communiqué de presse alarmiste à l’appui, ce 23 février, les deux structures en appellent à la préservation de l’indépendance du festival. Et demandent à « solennellement » et « conjointement » au ministère de la Culture de « faire modifier dans les meilleurs délais les statuts de l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême, sur la base d’un changement de son objet social« .

Difficile d’y voir vraiment clair là-dedans, mais pour ceux que ça intéresserait, notre confrère de Franceinfos Francis Forget en livre un décryptage assez fouillé sur son blog. Et ce matin, notre consoeur Frédérique Roussel consacre une double page bien complète sur le sujet dans Libération.

De quoi au moins commencer à se faire une idée sur la situation.

Grand prix d’Angoulême 2017 : Cosey au sommet !

Cosey est le Grand prix 2017 du Festival d’Angoulême, qui vient de l’annoncer lors de la séance d’ouverture du festival.

Avec Cosey, le Festival d’Angoulême s’offre à la fois un grand bol d’air et une dose de sérénité zen. Et après Hermann, le milieu du 9e art honore un second grand nom de la bande dessinée franco-belge « mainstream ».

Né en 1950 à côté de Lausanne, Bernard Cosendai (de son vrai nom), commence son travail d’illustrateur dans la pub. Mais en 1969 son dessin remporte le 3e prix d’un concours de couverture pour Spirou. L’année suivante, sa rencontre avec Derib – alors l’un des rares voire le seul auteur de BD professionnel en Suisse – est décisive. Il devient son assistant et travaille notamment sur Go West et Yakari.
En 1971, Cosey signe des aventures de Monfreid et Tilbury dans Le Soir Jeunesse, supplément du quotidien bruxellois Le Soir, sur des scénarios d’André-Paul Duchâteau. En 1974, retour au pays avec la création, pour le journal suisse 24 heures,  Paul Aroïd, Clarence et Séraphin Ledoux.
C’est l’année suivante que commence vraiment sa carrière, lorsqu’il entre au journal de Tintin et débute la série qui va lui apporter la reconnaissance : Jonathan. Série d’aventures atypique qui suit les pérégrinations himalayennes d’un jeune routard suisse. De 1975 à 2013, une quinzaine d’albums seront publiés, qui lui assurèrent un succès rapide et une reconnaissance artistique aussi, traduite par le Prix Saint-Michel Avenir puis en 1979, à seulement 29 ans, le Grand Prix Saint-Michel. Et en janvier 1982, l’album Kate obtient l’Alfred du meilleur album au festival d’Angoulême.

Un brin lassé des péripéties himalayennes, Cosey situe, en 1983-1984, son diptyque À la recherche de Peter Pan chez lui, dans les Alpes. Celui-ci est un nouveau succès critique comme public. Sans délaisser Jonathan, il publie en1986 Voyage en Italie, qui inaugure la collection « Aire libre » chez Dupuis. Cinq albums suivront dans ce label fameux entre 1990 et 2003.
En 1993, il lancera aussi une autre collection, « Signé » aux éditions du Lombard (avec Zélie Nord – Sud). Angoulême le récompense encore en 1993, avec l’album Saigon – Hanoï, qui obtient le prix du scénario.

Singulier dans le milieu des bandes dessinées grand public d’aventures, Jonathan se démarque par son côté méditatif et sa recherche spirituelle. Et par son cadre principal, au sommet du monde et au pays des neiges éternelles, qui permet à Cosey d’être reconnu aussi pour ses paysages de montagnes subtils, légers et magnifiques.

Cet automne, dans un autre genre, il a repris Mickey dans le cadre de la belle collection au héros de Walt Disney lancée par les éditions Glénat.

Grand prix d’Angoulême 2017 : il n’en reste plus que trois…

A l’issue du premier tour de l’élection du Grand Prix, du 9 au 15 janvier 2017, ont été retenus pour la « short short list » finale Cosey, Larcenet et Chris Ware.

Comme chez Agatha Christie, mais en moins sanglant (enfin, en général), ils étaient dix et ne sont maintenant plus que trois. En attendant l’ultime désignation. Trois auteurs d’horizons assez différents restent donc en lice pour être nommé Grand Prix d’Angoulême 2017.
A noter que le festival précise qu’Alan Moore figurait, une fois encore et comme les deux précédentes années parmi les trois auteurs plébiscités à l’issue du premier tour. Mais « bien qu’il soit heureux et fier de cet honneur, il ne souhaite plus participer à la vie publique de la bande dessinée ou recevoir de prix« . D’où le rattrapage d’un des trois finalistes : Cosey, Manu Larcenet et Chris Ware…

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Les dix derniers albums en lice pour le Grand prix d’Angoulême

Le Grand Jury de la 44e édition du Festival d’Angoulême vient d’établir sa « short » liste des dix albums en lice pour le Fauve d’Or (Prix du meilleur album), parmi les 42 titres précédemment pré-selectionnés. Rappelons que ce jury 2017 se compose des auteurs Posy Simmonds (présidente) et Jean-David Morvan, des journalistes Marius Chapuis (Libération) et Catherine Robin (Elle), de l’écrivain Mathias Enard, de l’humoriste Nora Hamzawi et de la libraire Vo Song Nguyen.

Rappelons aussi que « Meilleur Album » prime le meilleur album de l’année – logique – « sans distinction de genre, de style ou d’origine géographique ». Il sera remis le 28 janvier à 19 heures pendant la cérémonie de remise des Fauves du Festival au théâtre d’Angoulême.
Par ordre chronologique, voici ces albums…

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dBD cartonne pour son centième numéro

dBD_100Et de cent pour dBD. Un nombre symbolique pour une aventure débutée en 1998 sur laquelle Frédéric Bosser, le « boss » et co-fondateur du magazine revient dans son éditorial ainsi que dans un entretien donné au site ActuaBD.

Ce numéro est marqué, pour sa partie actu, par un coup de gueule du directeur de la publication et rédacteur en chef Frédéric Bosser… contre le festival d’Angoulême. Affirmant son inclination pour une vision grand public et populaire de la BD, il affiche son désarroi et sa colère face à l’évolution élitiste de la manifestation. Pour ponctuer l’argumentation, François Pernot, directeur général du pôle image de Média Participations apporte aussi son éclairage, de façon plus diplomatique, mais tout aussi désabusé.

Mais surtout, pour fêter dignement cet anniversaire, la revue « cartonne » d’une autre façon, proposant en supplément à sa livraison mensuelle de ce mois de février un album de 48 pages reprenant une centaine de dates « incontournables » de la bande dessinée…

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Angoulême, dernier retour sur un fau(ve) pas…

A défaut de comique de répétition, le Festival d’Angoulême s’est spécialisé, cette année, dans la rectification et la contrition à répétition et avec retard.

FIBD-rectifAprès les multiples virages pris pour la désignation du Grand prix de l’année (qui a couronné sans polémique cette fois le Belge Hermann), c’est au tour de la cérémonie de clôture de susciter son mea culpa. En cause, donc, la mise en scène se voulant humoristique de la soirée et qui, incontestablement, a réussi au moins en ce qui concerne l’animation mise dans le petit monde de la BD. Avec l’énoncé de « faux Fauves », précédant le vrai palmarès.

Pour ceux qui n’étaient pas dans la salle, le FIBD s’est résolu, ce dimanche, au lendemain de la cérémonie, à publier le verbatim complet des propos de Richard Gaitet, animateur littéraire sur Radio Nova et comédien embauché pour jouer le rôle d’animateur…

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Le palmarès d’Angoulême, « in » et « off »… c’est Ici

Avec un peu de retard, retour sur le 43e palmarès des Fauves d’Angoulême… et d’autres prix « off » décernés ce week-end.

2-3-palma_2Entamé sur fond de polémique, le Festival d’Angoulême s’est achevé sur un autre couac, avec l’idée d’énoncer un « faux palmarès » – idée très diversement appréciée apparemment par les festivaliers (et les journalistes, dont certains se sont fait piéger).

Le vrai palmarès « in »… c’est ici

ici_couvS’agissant du « vrai palmarès » officiel, cette année 2016 consacre donc Ici, de Richard Mc Guire (éditions Gallimard), et son voyage temporel immobile effectivement très fascinant. A la limite de la bande dessinée, mais relevant incontestablement de l’art séquentiel.

Les huit autres « fauves » ont, pour leur part, reflété des tendances diverses.

Le public a plébiscité Cher pays de notre enfance, le livre-enquête de Benoît Colombat et Etienne Davodeau (ed. Futuropolis) parcourant les coulisses glauques de la 5e République, sujet tout d’abord évoqué dans la Revue dessinée. Pozla a reçu un « prix spécial du jury » mérité pour son impressionnant Carnet de santé (ed. Delcourt), également salué ici.
Le prix de la meilleure série a été attribuée à Ms Marvel (ed.Panini), première super-héroïne musulmane de la galaxie Marvel et donc dans l’air du temps. Celui de la révélation est revenu à Une étoile tranquille, de Pietro Scarnera (ed.Rackham) consacrée à la vie de Primo Levi. Et le prix SNCF du polar est revenu à Tungstène, du Brésilien Marcello Quintanilha (ed. ça et là).
Le prix jeunesse a été attribué au drôle Grand méchant renard, de Benjamin Renner (ed.Delcourt) et celui de la BD patrimoine à Père et fils, série de strips allemands muets de l’entre deux-guerres (ed. Warum / Steinkis), signés O.Plauen, alias eric Ohser.
Enfin, le prix de la BD alternative a été décerné à Laurence 666, revue « graphique et collective ou la bande dessinée, l’illustration et le graphisme se mettent au service du récit », revue que j’avoue ne pas connaître du tout.

trois prix « off »… et trasH(ed)

A côté des prix officiels, Angoulême est aussi le lieu où sont remis de nombreuses autres récompenses « off » (comme le prix ACBD de la critique décerné en décembre, dont le dernier à Zaï Zaï Zaï Zaï).

Un nouveau prix, qui en a, sculpté par l'artiste Denis Hilt.

Un nouveau prix, qui en a, sculpté par l’artiste Denis Hilt.

C’est ainsi qu’Europe Ecologie les Verts a remis son « prix Tournesol » à Trashed, de l’Américain Derf Backderf (ed. ça et là), contant de façon plus ou moins autobiographique une tranche de vie d’un éboueur.

Le prix Charlie Schlingo, lui, créé notamment à l’initiative de la dessinatrice Florence Cestac, il a été remis cette année à Pixel Vengeur et Mo/CDM pour leur « reload » du conte des 3 petits cochons (ed. Fluide glacial).

Quant au nouveau prix « Couilles au cul », impulsé par Yan Lindingre (pour rappeler le FIBD à sa promesse d’honorer la liberté d’expression dans la lignée de l’an passé) a été décernée à la Tunisienne Nadia Khiari pour son personnage Willis From Tunis, chat moqueur et impertinent qui accompagne la révolution tunisienne. Dessins d’actu réalisés au fil de jours dont certains ont été édités aux éditions La Découverte.

Madrigal/Gallimard grand gagnant de l’année chez les éditeurs

Logo_groupe_madrigallEnfin, si l’on veut intégrer cette dimension éditoriale dans la lecture de ces palmarès, on notera que le grand gagnant de l’année est le groupe Madrigal (Gallimard and co: Futuropolis, Fluide, etc) avec le doublé entre grand prix du jury (Ici) et prix du public (Cher pays de notre enfance). Doublé qui devient même un trio avec le prix Charlie Schlingo.

Parmi les trois principaux groupes de presse BD – Médias Participation, Glénat et Delcourt – seul ce dernier apparaît ici, deux fois primé (pour Carnet de santé et Grand méchant renard). Le groupe Steinkis est lui présent à travers sa marque Warum, ainsi que Panini (plutôt pas trop habitué aux palmarès « littéraires » annuels).
A noter que deux maisons indépendantes tirent leur épingle du jeu : Rackham et ça et là (avec Tungstène et Trashed), reflet d’une politique éditoriale assumée et soutenue.

Patfawl et ses projets à Angoulême

DSC_1614Le Courrier picard consacre aujourd’hui un sujet au dessinateur Albertin Pierre Dealet, alias Patfawl.

Ce dernier est à Angoulême en cette fin de semaine, invité sur le stand de l’Association des paralysés de France, aux côtés de Geg, auteur de La Bande à Ed, ou il dédicacera son Carnet de santé. Ou plutôt ses Carnets de Santé. Le tome 1 est paru voilà deux ans, le tome 2 sortira en librairie le 15 mars (et le tome 3 est envisagé au plus tard pour début 2017).

En parallèle, Patfawl travaille sur une BD sur les microbes, une autre sur un enfant autiste ou un autre sur la gestion de la douleur.

Quelques bulles dans la presse pour saluer Angoulême

Traditionnelle revue de presse, à l’occasion de l’ouverture du Festival d’Angoulême… traditionnel instant de rendez-vous de la presse généraliste avec le 9e art. complété.

Question d’ambiance ou de ressenti subjectif. Angoulême ne suscite pas, cette année, un grand engouement dans la presse quotidienne ou magazine. Et une certaine paresse dans le choix des angles.

Libé BD 26 01 2016

Même « Libé », qui y va encore de son traditionnel numéro dessiné est un ton en dessous cette année.

Libération, certes fidèle à son habitude, livre encore ce matin, une édition « toute en BD ». Et même vue uniquement par des dessinatrices (sauf la repro d’un dessin de Hermann pour saluer sa désignation comme Grand Prix 2016). Manière de prendre position dans le débat qui a ému le milieu du 9e art ces dernières semaines.

Au final, ce « Libé en BD » 2016 n’en demeure pas moins un mou et vide, à l’image de la une, très dépouillée (mais pas très forte) consacrée à Christiane Taubira à travers un dessin de Catel. De quoi déplorer encore plus l’arrêt du Cahier Livres, qui permettait chaque année de présenter 8 pleines pages consacrées à la BD (même sous des angles très pointus). Quelques réussites quand même, comme une drôle de bande dessinée (au sens littéral, courant sur une double page) de Florence Cestac sur la crise du foie gras, un gros plan sur la collection Sociorama lancée par Casterman et une petite sélection d’albums, dont California Dreamin’ de Pénélope Bagieu, Cher pays de mon enfance de Colombat et Davodeau, le manga Deathco (dont on ne désespère pas d’arriver à parler plus longuement un jour) ou l’été diabolik, le nouvel opus jubilatoire de Clérisse et Smolderen (idem…). Enfin, si l’idée de réaliser un « entretien-portrait imaginaire » en der avec Lucky Luke était amusante, le résultat est un brin plombant (principale singularité: être illustré par un dessin-portrait réalisé par Aude Samama… qui présente une curieuse ressemblance avec Pascal Mériaux, directeur d’On a marché sur la bulle d’Amiens !).

Le_Monde_des_livresLe Monde de son côté, consacre quasiment autant de sujets à la bande dessinée, dans son édition datée de ce vendredi. Avec tout d’abord, une page en séquence culture, consacrée au Grand Prix accordé à Hermann ainsi qu’à l’expo Morris / Lucky Luke. Le cahier livres s’ouvre, lui, sur un grand article consacré à Otomo, par le (bon) spécialiste maison, Frédéric Potet. Le même consacre également un sujet à la transmission des connaissances via la BD, à travers la nouvelle collection Sociorama mais aussi de la Petite bédéthèque des savoirs lancée par Le Lombard. Sans compter l’incontournable page sur « l’affaire des femmes », complété par une sélection d’albums « singuliers » (comme Golem de LRNZ chez Glénat ou Chroquettes de Jean-Christophe Menu).

Ce même choix vers la BD « au féminin » est fait également à la fois par l’Humanité et La Croix. Avec moins de visibilité à la une mais, toutes proportions gardées, pas moins d’intérêt en pages intérieures, à chaque fois en ouverture de la séquences « livres »…

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Hermann, Grand Prix d’Angoulême 2016

Hermann a reçu cet après-midi le Grand prix 2016 de la ville d’Angoulême, mettant fin à la polémique autour du sexisme, qui a animé le petit monde du 9e art depuis le mois dernier.

Hermann (photo Charles Robin / Editions Dupuis

Hermann (photo Charles Robin / Editions Dupuis

A croire que certains ont pris un malin plaisir à rajouter un peu de sel sur la plaie, en désignant comme lauréat du Grand Prix 2016 d’Angoulême, après des semaines marquées par la polémique sur le sexisme supposé du festival, un dessinateur dans le nom, phonétiquement en anglo-allemand (certes), peut signifier « ici l’homme »… Car c’est donc en effet le dessinateur belge Hermann qui a reçu en cette fin d’après-midi, le prix. Il a été préféré, lors du choix final à la dessinatrice Claire Wendling – réapparue dans la short list après l’abandon de la pré-sélection 100% masculine – et au scénariste anglais Alan Moore.
Le lauréat 2015, le mangaka Katsuhiro Otomo, interrogé lundi à Paris par l’AFP a clos le débat sur les accusations de sexisme dans le monde la BD, en expliquant en substance que l’art n’a pas de sexe : « Dans le monde de la BD ou du manga, seul le talent compte. Il faut travailler. La différence de sexe n’a pas d’importance. Seules les oeuvres sont intéressantes », a souligné l’auteur d’Akira. Et l’accent mis sur le sexisme masquera donc, pour cette année, un autre débat – récurrent – sur la prédilection donnée aux dessinateurs sur les scénaristes…

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