Satire de tous les côtés

Rafales de dessins satiriques, ces derniers jours, en kiosques.

Avec tout d’abord le nouveau numéro de Siné mensuel. Opus n°10 déjà. Un numéro qui affiche clairement la couleur et des dessinateurs inspirés par les débuts de la présidence « normale » de François Hollande. Un nouvel élu auquel Diego Aranega tire un joli portrait officiel en dernière page. Avant cela, et après quelques « amuse-gueules » plutôt enlevés, Jiho enterre avec joie et férocité quelques happy few du précédent quinquennat (de Philippe Val à Doc Gynéco en passant par Frédéric Lefebvre et Eric Besson) ; Mix & Remix dépeint un « état de grâce »  à l’enthousiasme vite calmé ; Faujour affiche son scepticisme en matière d’engagement écolo du nouveau gouvernemen et Aranega envoie le président sur le Divan… Et côté texte, on notera quelques évocations en lien avec la Picardie, comme les récents incidents à la centrale de Penly, les « bons chiffres » du néo-candidat socialiste et député sortant René Dosière, et une bonne critique du Grand soir, le film de l’Axonais Benoît Delépine (et Gus Kervern).

Un petit nouveau fait également son arrivée : Zminus, déclinaison sous forme de bimestriel « 100% illustré » du mensuel (décevant sur la longueur) Zélium. Du graphisme sous toutes ses formes : bande dessinée, dessins de presse ou illustrations. Avec un BD-Reportage d’incruste trash à l’UMP (de Piet et Sergio) et un autre, beaucoup plus sensible de Besse sur un cours d’alphabétisation pour demandeurs d’asile, le retour en pleine page BD d’Hiroshiman (contre la Femme de 50 pieds) de Rifo ou une double page très radicale de Marsault. A noter aussi la belle – et caustique -  planche de Clé sur la fin de l’humanité et l’évocation du foot à « l’acrylique noire sur rodoïde noir gratté à la pointe sèche de gravure » par Matieu Zanellato, lauréat du jeune talent du festival d’Angoulême 2012. Les débuts de la présidence Hollande et l’actu de ces dernières semaines ont aussi plutôt bien inspiré dessinateurs et illustrateurs – parmi lesquels Aurel, Decressac, Lasserpe, Lindingre ou Besse.

Comme son grand frère, un journal donc assez foutraque, au look volontairement cheap où cohabitent l’excellence et  le portnawak. Où, pour le dire autrement, tout le monde – enfin, beaucoup de monde – devrait trouver des choses à son goût. Et, en tout cas, l’initiative mérite d’être saluée à sa juste valeur (en l’occurrence : 3 euros seulement !)

Enfin, petit rattrapage au sujet du numéro spécial des 20 ans de Charlie Hebdo sorti spécialement pour les Rendez-vous de la BD d’Amiens et l’expo des Unes de l’hebdo qui lui était consacré. Un « collector » qui a été largement diffusé (gratuitement) durant le week-end du festival et dont l’association a peut-être conservé quelques exemplaires.

Parfaite duplication d’un numéro hebdomadaire classique, de l’édito (de Bernard Maris) aux « couverturesauxquelles vous avez échappé », ce journal revient, en 16 pages à travers toutes ses rubriques sur les deux décennies passées. Et rappelle quelques combats ou faits oubliés (de Michel Berger à la décrépitude européenne). De très bonne facture et de quoi se réconcilier avec l’équipe de Charb et Cavanna, après la phase terminale de la direction de Philippe Val et le pénible épisode Siné -  objet d’une rupture profonde avec une partie de son lectorat. Un sujet longtemps tabou dans ces colonnes et qu’Oncle Bernard évoque d’une phrase, mais sobrement et avec le ton juste. Tout comme il trouve les mots pour justifier la raison d’être, vingt ans plus tard, de Charlie Hebdo : « Ils ont du pain sur la planche. Car ce qui s’annonce est sinistre et merveilleux ; et Charlie va devoir une fois de plus défendre, réchauffer et réconforter la gueuse, et remonter le moral des futurs noyés du Titanic. Le bateau coule, mais ça va swinguer sur le pont ». Un programme dans lesquels les deux précédents titres pourraient aussi se reconnaître. Tout comme leurs lecteurs. Et,effectivement, il ne seront jamais assez nombreux, les journaux satiriques, à faire rire, sourire et grincer des dents sur une époque pas toujours très drôle.

 

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