Olivier Frasier en Pôle position

Plusieurs auteurs sont au festival d’Amiens, ce week-end, avec de toutes récentes parutions. Notamment Olivier Frasier avec Sur les bords du monde, première partie d’un diptyque, paru ce 30 mai. Restitution intégrale d’un entretien déjà paru, sous forme plus concise, dans le Courrier picard du 1er juin.

copyright : DR / Courrier picard

Olivier Frasier, dans son atelier de dessinateur, à Péronne.

Auteur de la trilogie SF du Passeur des étoiles, Olivier Frasier, repart à l’aventure. Le dessinateur péronnais s’en va Sur les bords du monde (ed. Grand Angle/Bamboo), dont le premier tome est paru cette semaine. Le récit, avec Hervé Richez au scénario, conte l’odyssée au Pôle sud vécue en 1914 par l’expédition de Sir Ernest Schackleton. Rencontre.

Olivier Frasier, comment vous êtes vous retrouvé dans ce projet ?
Par le biais d’Hervé Richez, qui connaissait mon travail. Cela s’est fait lors du festival de Saint-Malo. J’avais envoyé, de mon côté, un projet chez Grand Angle et ils voulaient me voir, pour me proposer autre chose… Et c’était ce projet sur Schackleton !

L’une des particularités de cet album est d’avoir trois scénaristes ?
Oui. En fait, il y a deux scénaristes, qui ont travaillé sur le scénario initial pour un film, Jacques Malaterre et Jean-François Henry. Hervé Richez a travaillé à partir de ce scénario là, pour en tirer deux albums de bande dessinée. Ce ne fut pas simple, il s’agissait d’un gros scénario apparemment.

L’album est dense, dans cette première partie. Mais il conserve pas mal de «respirations», avec des grandes cases majestueuses – comme cette vue générale du navire, au début…
L’histoire n’était pas évidente, car il s’agit en fait d’un huis clos dans un bateau. C’est pour cela que j’ai mis l’accent sur le découpage des scènes extérieures, afin de donner de l’ampleur. Je voulais aussi du spectaculaire. J’ai imposé des grandes cases et j’ai eu assez de liberté pour donner ce que je voulais au niveau du découpage.

Autre difficulté, il y a beaucoup de personnages…
Ah oui, ne m’en parlez pas ! (rires). Là encore, j’étais libre dans la retranscription des personnages. Mais il faut savoir qu’il y avait un photographe professionnel dans l’expédition Schackleton. Et ils ont réussi à sauver près de 400 tirages, sous forme de plaques de verre, qui ont ensuite servi pour des livres. Je m’en suis inspiré pour les personnages principaux notamment. Schackleton ressemble à Schackleton, interprété à ma manière. Je ne voulais pas un dessin trop réaliste. Je voulais surtout donner de la dimension dans le découpage, dans les attitudes des personnages, les positions, les cadrages. Sans surcharger de détails superflus. Je voulais qu’on puisse savoir ce qui se passe avant même d’avoir lu le texte…

« Je ne voulais pas
un dessin trop réaliste
Je voulais surtout donner
de la dimension dans le découpage
Dans l’attitude des personnages »

 

Vos précédent albums s’inscrivaient dans la science fiction. Ici, cela a dû vous faire un grand changement, avec un univers réaliste, historique, avec des bateaux, bateaux qui ne sont pas toujours appréciés par tous les dessinateurs…
Je ne suis pas Pellerin (NDLR : Patrice Pellerin, l’auteur de la série l’Epervier) et je ne suis pas né au bord de la mer ! Mais ce qui est sympa en bande dessinée, c’est d’être amenés à essayer des choses qui ne sont pas habituelles. Le bateau, c’est un peu comme un vaisseau spatial. Il y a certaines règles à respecter, mais je me suis donné assez de liberté pour l’interpréter à ma façon. Je n’ai pas voulu tomber dans quelque chose d’hyper-réaliste, de très historique. J’ai essayé de me sortir de tout cela en me demandant comment, moi, j’aurai vu les scènes si on m’avait rapporté l’histoire sans avoir eu les documents à côté de moi.

L’une des réussites de cet album est de se lire comme un vrai récit d’aventure. Même si la fin est connue, on est emportés par le suspense de ces hommes pris au piège des glaces…
C’est ce à quoi j’aspirais. Et c’est l’idée du personnage, l’esprit d’aventure. Cette dimension d’aventurier me plaisait bien dans le scénario. Si j’ai réussi à la retranscrire, tant mieux.

Comment et par qui a été faite la mise en couleurs – autre défi, dans cet univers monochrome, glacé et bleuté ?
C’est moi aussi qui ai fait les couleurs. C’est un univers froid, donc « bleu ». J’ai essayé de décliner une palette autour de cela. C’est un univers et des couleurs que j’aime bien, d’ailleurs. Et pour créer une scission entre l’intérieur et l’extérieur, j’ai complètement fait l’inverse, en mettant des couleurs chaudes à l’intérieur. Cela donne un côté apaisant, cela crée une sorte de repos à la lecture et cela accentue la coupure entre les scènes d’intérieur et celles d’extérieur.

« Pour la mise en couleurs, j’ai essayé de créer quelque chose qui donne l’illusion d’une aquarelle peinte à la main, qui vibre, pour éviter le côté trop « ordinateur »

 

Techniquement, la mise en couleurs a été réalisée par ordinateur ?
Oui, mais j’ai essayé de créer quelque chose qui donne l’illusion d’une aquarelle peinte à la main, qui vibre, pour éviter le côté trop « ordinateur ». Comme c’était long à faire, j’ai été aidé par une assistante qui m’a fait les aplats.

Le dessin, lui, est réalisé de manière « traditionnelle » ?
Oui, tout à fait traditionnel ! Je commence à faire des crayonnés au niveau du storyboard, puis je les retranscris sur des pages propres, que j’encre à la plume et au pinceau. Enfin, c’est scanné et la mise en couleurs arrive ensuite.

Combien de temps ce premier album vous-a-t-il pris ?
Cela s’est fait sur un an, à peu près. Etant donné que j’avais d’autres travaux en parallèle.

 Et pour le second tome ?
Il est prévu pour la fin du printemps 2013. On va entrer dans une autre dimension, où les personnages n’ont plus leur bateau, où ils vont tenter d’atteindre une île dans des barques. Cela sera encore une aventure assez incroyable !

Vous avez d’autres projets en vue ?
J’ai eu des propositions de scénaristes de chez Bamboo, mais pour l’instant je me concentre sur ce projet là. Et puis, suite à ce diptyque, Jacques Malaterre aimerait toujours bien en faire un film. Je pense qu’il se servira de la BD pour appuyer la production de son film. Cela peut-être pas mal pour moi, pour avoir aussi un impact hors de l’édition…

 

 

 

 

 

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